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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2303610

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2303610

mardi 19 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2303610
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationREFERE
Avocat requérantJOLET INGRID

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 15 décembre 2023, enregistrée le 16 décembre 2023 au greffe du tribunal administratif de Dijon, la magistrate désignée du tribunal administratif de Nancy a transmis au tribunal, en application de l'article R. 776-17 du code de justice administrative, la requête présentée par M. A.

Par une requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Nancy le 11 décembre 2023, M. C A désormais représenté par Me Jolet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 décembre 2023 par lequel le préfet de la Côte-d'Or lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire d'une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice d'incompétence ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une insuffisance de motivation ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de forme dès lors qu'il a été notifié dans une langue qu'il ne comprend pas ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français porte atteinte au respect de sa vie privée et familiale ;

- la décision refusant un délai de départ volontaire est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de renvoi méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision prononçant une interdiction de circulation sur le territoire est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 décembre 2023, le préfet de la Côte-d'Or, représenté par la SELARL Centaure Avocats, conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Bois, conseillère, en application des dispositions de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bois, magistrate désignée

- et les observations de Me Dussault pour le préfet de la Côte-d'Or.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant marocain né en 2001, entré en France, selon ses déclarations, en 2021, a fait l'objet de deux mesures d'éloignement assorties de deux interdictions de retour sur le territoire français d'une durée d'un an restées inexécutées les 3 février 2021 et 24 mars 2021. L'intéressé a été interpellé le 7 décembre 2023 par les services de gendarmerie de Dijon en situation irrégulière pour des faits de " trafic de produits stupéfiants ". Par un arrêté du 9 décembre 2023, le préfet de la Côte-d'Or lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire d'une durée de trois ans. Par un arrêté du même jour, M. A a été placé en rétention administrative pour une durée de quarante-huit heures. Par un arrêté du 12 décembre 2023, l'intéressé a ensuite été assigné à résidence dans le département de la Côte-d'Or pour une durée de quarante-cinq jours. M. A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 9 décembre 2023.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, par un arrêté du 4 décembre 2023, publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de la Côte-d'Or le 5 décembre 2023, le préfet de la Côte-d'Or a notamment délégué sa signature à M. B, directeur de cabinet du préfet, pour ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français, les décision de refus de délai de départ volontaire, les interdictions de retour sur le territoire et les décisions fixant le pays de renvoi lors des permanences de week-end, de jours fériés et de jours fériés. Le 9 décembre 2023 était un samedi et il ressort des pièces du dossier que M. B était de permanence ce jour-là. Par suite, le moyen tiré de ce que M. B était incompétent pour signer la décision portant obligation de quitter le territoire français manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée ".

4. La décision portant obligation de quitter le territoire français comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit dès lors être écarté.

5. En troisième lieu, M. A ne peut pas utilement se prévaloir d'un manquement dans les conditions de notification de l'arrêté du 9 décembre 2023. En tout état de cause, l'arrêté attaqué du 9 décembre 2023 a été traduit par un interprète en langue arabe, langue que l'intéressé comprend.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Il ressort des pièces du dossier, tout d'abord, que M. A, qui déclare être entré en France en 2021, a fait l'objet de deux mesures d'éloignement, comme il a été dit au point 1, et s'est maintenu sur le territoire français en situation irrégulière. Par ailleurs, M. A n'établit pas être dépourvu de tout lien avec son pays d'origine où il a vécu la majeure partie de sa vie et où résident ses parents. Ensuite, l'intéressé n'établit pas être significativement intégré professionnellement et personnellement sur le territoire français. Enfin, le requérant est défavorablement connu des services de l'ordre. Il a été ainsi interpellé par les services de police de Dijon le 7 décembre 2023 pour des faits de " trafic produits stupéfiants ". Cette interpellation fait suite à son signalement notamment pour un " vol à l'étalage " les 28 novembre 2021 et 10 décembre 2021, pour " vol aggravé par deux circonstances sans violence " le 27 février 2020, pour " vol dans un local d'habitation d'un bien appartenant à autrui " le 27 janvier 2020, pour " dégradation ou détérioration d'un bien appartenant à autrui " et " violation de domicile " le 24 mars 2021, pour " viol commis sur la personne d'un mineur de 15 ans " et " viol commis sur un mineur de 15 ans avec une différence d'âge d'au moins 5 ans " le 18 novembre 2021. Dans ces conditions, la décision attaquée n'a pas porté au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit dès lors être écarté.

En ce qui concerne la décision de refus de délai de départ volontaire :

8. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 2, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision de refus de délai de départ volontaire doit être écarté.

9. En deuxième lieu, la décision de refus de délai de départ volontaire comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit dès lors être écarté.

10. En troisième lieu, pour le même motif que celui indiqué au point 5, M. A n'est pas fondé à soutenir en tout état de cause qu'il s'est vu notifier la décision attaquée dans une langue qu'il ne comprend pas.

11. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Enfin, aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ".

12. Comme il a été indiqué au point 7, M. A s'est déjà soustrait à deux précédentes mesures d'éloignement. Dès lors, en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, le préfet de la Côte-d'Or n'a en l'espèce pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

13. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 2, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision fixant le pays de renvoi doit être écarté.

14. En deuxième lieu, la décision fixant le pays de renvoi comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit dès lors être écarté.

15. En troisième lieu, pour le même motif que celui indiqué au point 5, M. A n'est pas fondé à soutenir en tout état de cause qu'il s'est vu notifier la décision attaquée dans une langue qu'il ne comprend pas.

16. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

17. M. A, qui ne se prévaut d'aucun risque particulier en cas de retour dans son pays d'origine, n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Côte-d'Or a méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

18. En dernier lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 7, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire :

19. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 2, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision d'interdiction de retour sur le territoire doit être écarté.

20. En deuxième lieu, pour le même motif que celui indiqué au point 5, M. A n'est pas fondé à soutenir en tout état de cause qu'il s'est vu notifier la décision attaquée dans une langue qu'il ne comprend pas.

21. En dernier lieu, en vertu des articles L. 613-2, L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'autorité administrative, par une décision motivée, assortit l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une durée maximale de trois ans à compter de sa notification, lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger en tenant compte, pour fixer la durée de cette interdiction de retour, de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français.

22. D'une part, au regard des éléments figurant dans l'arrêté en litige, la décision par laquelle le préfet de la Côte-d'Or a prononcé à l'encontre de M. A une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit par suite être écarté.

23. D'autre part, compte tenu du comportement d'ensemble de l'intéressé et de ce qui a été dit au point 7, le préfet de la Côte-d'Or, en décidant de prononcer à l'encontre de M. A une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans, n'a pas commis d'erreur d'appréciation.

24. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 9 décembre 2023. Ses conclusions à fin d'annulation doivent par suite être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

25. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A, n'appelle, par lui-même, aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par le requérant doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

26. Les dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, une quelconque somme au bénéfice du conseil de M. A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1 : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, au préfet de la Côte d'Or et à Me Jolet.

Une copie de ce jugement sera transmise, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2023.

La magistrate désignée,

C. BoisLa greffière,

S. Kieffer

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier

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