jeudi 4 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2400548 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | BEN HADJ YOUNES SANA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 19 février 2024, Mme B D, représentée par Me Ben Hadj Younes, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 3 janvier 2024 par lequel le préfet de la Côte-d'Or a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite d'office ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en qualité de mère d'un enfant français dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans le même délai ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 2 500 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soutient que :
- sa requête n'est pas tardive ;
- la décision portant refus de titre de séjour est insuffisamment motivée s'agissant de la prise en compte de l'intérêt supérieur de son enfant ;
- le préfet a commis une erreur de droit en considérant que la filiation de son enfant est frauduleuse, dès lors qu'aucune action en contestation de paternité n'a été introduite dans le délai imparti de dix ans, suivant les prévisions de l'article 321 du code civil ;
- il n'a pas examiné l'incidence de cette décision sur l'intérêt supérieur de son fils ;
- il a méconnu l'article L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans la mesure où le père de son fils contribue à son entretien et à son éducation ;
- les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ont été prises en violation de l'intérêt supérieur de ses enfants, protégé par l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour ;
- la décision fixant le pays de destination est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une méconnaissance de l'intérêt supérieur des enfants.
Par un mémoire en défense enregistré le 7 mars 2024, le préfet de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme D la somme de 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.
Par une décision du 11 mars 2024, Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Par une ordonnance du 25 mars 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 12 avril 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Viotti, conseillère,
- les observations de Me Ben Hadj Younes, représentant Mme D.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D, ressortissante nigériane née le 8 mai 1988 à Ubiaja, est entrée irrégulièrement sur le territoire français le 23 mai 2011. Le 17 janvier 2012, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande d'asile, décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 18 décembre suivant. Mme D a obtenu une carte de séjour en qualité de parent d'enfant français valable du 28 mars 2013 au 27 mars 2014, carte dont le renouvellement lui a cependant été refusé par arrêté du 9 mars 2015, lui assignant en outre l'obligation de quitter le territoire français. La légalité de cet arrêté a été confirmée par un jugement n° 1500948 rendu par le tribunal le 30 juin 2015, puis un arrêt n° 15LY03131 de la cour administrative d'appel de Lyon en date du 29 juin 2017. Mme D a ensuite sollicité le réexamen de sa demande d'asile, que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a déclaré irrecevable par une décision du 24 juin 2021 qui, cette fois encore, a été confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 29 octobre 2021. Le 1er août 2022, elle a sollicité un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français. Par l'arrêté attaqué, en date du 3 janvier 2024, le préfet de la Côte-d'Or lui en a refusé la délivrance, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite d'office.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, la décision en litige reproduit les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application, notamment son article L. 423-7. Elle retrace le parcours migratoire de Mme D et précise sa situation familiale. Après avoir constaté que la reconnaissance de paternité de son fils est frauduleuse et que le père de nationalité française n'établit pas participer à son entretien et à son éducation, l'autorité préfectorale en conclut que la requérante ne remplit pas les conditions posées par l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Enfin, la décision en litige expose les raisons pour lesquelles le préfet de la Côte-d'Or a estimé que le refus de titre de séjour opposé à la requérante ne porte pas une atteinte à l'intérêt supérieur de son fils. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Aux termes de l'article L. 423-8 de ce code : " Pour la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7, lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, doit justifier que celui-ci contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, ou produire une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. / Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant ". Enfin, aux termes de l'article 321 du code civil : " Sauf lorsqu'elles sont enfermées par la loi dans un autre délai, les actions relatives à la filiation se prescrivent par dix ans à compter du jour où la personne a été privée de l'état qu'elle réclame, ou a commencé à jouir de l'état qui lui est contesté. A l'égard de l'enfant, ce délai est suspendu pendant sa minorité ".
4. Si la reconnaissance d'un enfant est opposable aux tiers, en tant qu'elle établit un lien de filiation et, le cas échéant, en tant qu'elle permet l'acquisition par l'enfant de la nationalité française, dès lors que cette reconnaissance a été effectuée conformément aux conditions prévues par le code civil, et s'impose donc en principe à l'administration tant qu'une action en contestation de filiation n'a pas abouti, il appartient néanmoins au préfet, s'il est établi, lors de l'examen d'une demande de titre de séjour présentée sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que la reconnaissance de paternité a été souscrite dans le but de faciliter l'obtention de la nationalité française ou d'un titre de séjour, de faire échec à cette fraude et de refuser, tant que la prescription prévue par les articles 321 et 335 du code civil n'est pas acquise, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la délivrance de la carte de séjour temporaire sollicitée par la personne se présentant comme père ou mère d'un enfant français.
5. En l'espèce, il est constant que, le 18 novembre 2011, M. C, ressortissant de nationalité française, a reconnu auprès de l'état civil être le père du jeune A, né le 30 juin 2011 à Dijon. Le préfet n'établit pas ni même n'allègue qu'une action en contestation de cette filiation aurait été intentée devant l'autorité judiciaire. Ainsi, à la date de l'arrêté attaqué, la prescription prévue par l'article 321 du code civil était acquise et le préfet de la Côte-d'Or ne pouvait plus se prévaloir du caractère frauduleux de cette reconnaissance pour refuser de délivrer à Mme D un titre de séjour en qualité de mère d'un enfant français. Ce motif est dès lors entaché d'une erreur de droit.
6. En troisième lieu, en vertu de l'article 371-2 du code civil, chacun des parents contribue à l'entretien et à l'éducation des enfants à proportion de ses ressources, de celles de l'autre parent, ainsi que des besoins de l'enfant. Il suit de là qu'il appartient seulement à l'autorité administrative d'apprécier compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, notamment des ressources de chacun des deux parents et des besoins de l'enfant, la contribution financière de l'intéressé à l'entretien de son enfant français et son implication dans son éducation.
7. Si Mme D fait valoir que M. C s'acquitte d'une pension alimentaire de 50 euros et apporte la preuve de virements bancaires effectués à cette fin en août, septembre et octobre 2022 puis en janvier et avril 2023, une telle participation financière ne suffit pas, par elle-même, à établir qu'il contribue effectivement à l'éducation de l'enfant, âgé de douze ans à la date de la décision en litige.
8. En quatrième lieu, lorsque le parent étranger n'est pas en mesure de justifier que l'autre parent, auteur de la reconnaissance, contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, ou de produire une décision de justice, le préfet, dès lors qu'il n'a pas remis en cause la filiation de l'enfant de nationalité française, doit apprécier le droit au séjour du demandeur au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant. Est illégale, en particulier, une décision de refus prise sans examen du droit au séjour du demandeur au regard de l'intérêt supérieur de son enfant de nationalité française.
9. Ainsi qu'il a été dit au point 2, le préfet de la Côte-d'Or a dûment examiné si l'intérêt supérieur de l'enfant imposait la délivrance d'un titre de séjour à Mme D, de sorte que le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
10. En cinquième lieu, la décision en litige n'a pas pour effet de séparer la requérante de son fils de nationalité française ou de ses trois autres enfants. De plus, il n'est pas établi que le père du jeune A participerait effectivement à son éducation. Enfin, elle n'établit pas que son fils ne pourrait poursuivre sa scolarité au Nigeria, le cas échéant au sein d'un établissement d'enseignement français. Dès lors, le moyen tiré de la violation de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ne peut être accueilli.
11. Il résulte de l'instruction que le préfet de la Côte-d'Or aurait pris la même décision en la fondant sur le seul motif tiré du défaut de participation de M. C, à bon droit retenu ainsi qu'il a été énoncé au point 7. Dès lors, nonobstant l'erreur de droit relevée au point 5, Mme D n'est pas fondée à conclure à l'annulation de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
12. Les moyens invoqués à l'encontre de la décision lui refusant un titre de séjour ayant été écartés, Mme D n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de cette décision à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision l'obligeant à quitter le territoire français.
13. Pour les mêmes motifs qu'exposés au point 10, le moyen tiré de la méconnaissance de l'intérêt supérieur des enfants de la requérante doit être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
14. Les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance de l'intérêt supérieur des enfants de la requérante ne sont pas assortis des précisions permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé. En tout état de cause, s'agissant de l'intérêt supérieur des enfants, un tel moyen doit être écarté pour les mêmes motifs qu'exposés au point 10 du présent jugement.
15. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 3 janvier 2024. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être également rejetées.
Sur les frais liés au litige :
16. Les dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, verse quelque somme que ce soit à Mme D au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
17. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées sur le même fondement par le préfet de la Côte-d'Or.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par le préfet de la Côte-d'Or sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D, au préfet de la Côte-d'Or et à Me Ben Hadj Younes.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 16 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. David Zupan, président,
Mme Valérie Zancanaro, première conseillère,
Mme Océane Viotti, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2024.
La rapporteure,
O. VIOTTILe président,
D. ZUPAN
La greffière,
C. CHAPIRON
La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
No 2400548
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026