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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2400727

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2400727

jeudi 11 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2400727
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSCP AUDARD & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 mars 2024, M. A C, représenté par Me Audard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du préfet de la Côte-d'Or n° 2024-2021-005 du 3 janvier 2024 portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et fixant le Kosovo comme pays de destination ;

2°) d'enjoindre, sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, au préfet de la Côte-d'Or de lui délivrer un titre de séjour d'un an portant la mention vie privée et familiale ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant du refus de titre de séjour :

- la commission du titre de séjour n'a pas été saisie ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- cette décision est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 avril 2024, le préfet de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 500 euros soit mise à la charge du requérant au titre des frais de l'instance.

Il fait valoir que :

- la requête est tardive et, par suite, irrecevable ;

- les moyens invoqués par M. C ne sont pas fondés.

Par une décision du 5 février 2024, M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Hamza Cherief,

- et les observations de Me Audard, pour M. C et de M. B pour le préfet de la Côte-d'Or.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant kosovar né le 9 mai 2000, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du préfet de la Côte-d'Or du 3 janvier 2024 portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. C est entré irrégulièrement sur le territoire français le 8 mars 2020. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 2 décembre 2020. Cette décision a été confirmée le 5 juillet 2023 par la Cour nationale du droit d'asile. Si le requérant, qui n'a pas d'enfant, fait valoir qu'il est lié à une ressortissante française par un pacte civil de solidarité depuis le 3 août 2022, cette union est récente et il n'établit pas, nonobstant les nombreuses photographies qu'il produit, la réalité de leur vie commune. Enfin, la seule circonstance que le requérant occupe un emploi en qualité de technicien du bâtiment depuis le 11 avril 2023 n'est pas suffisante pour justifier d'une insertion ancienne et stable au sein de la société française. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance () ".

5. Au regard de ce qui précède, M. C ne remplissant pas effectivement les conditions de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Côte-d'Or pouvait régulièrement statuer sur sa demande sans saisir préalablement pour avis la commission du titre de séjour. En conséquence, le moyen tiré d'un vice de procédure du fait de l'absence de saisine de cette commission doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, aucun des moyens soulevés à l'encontre du refus de titre de séjour n'ayant été retenu par le présent jugement, M. C ne peut se prévaloir de l'illégalité de cette décision, par la voie de l'exception, au soutien de ses conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

7. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 3 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

8. En premier lieu, aucun des moyens soulevés à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français n'ayant été retenu par le présent jugement, M. C ne peut se prévaloir de l'illégalité de cette décision, par la voie de l'exception, au soutien de ses conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision fixant le pays de destination.

9. En deuxième lieu, la décision attaquée vise les dispositions de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle précise que M. C possède la nationalité kosovare et que les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne sont pas méconnues au regard de sa situation. Dès lors, la décision attaquée est motivée, en droit comme en fait, avec une précision suffisante pour permettre au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

10. En troisième lieu, M. C fait valoir qu'il serait exposé en cas de retour dans son pays d'origine à un risque grave de traitements inhumains et dégradants en raison de son orientation sexuelle. Les documents et attestations qu'il produit, qui datent de 2021, ne permettent cependant pas d'établir le caractère réel et actuel des risques qu'il invoque, comme l'a au demeurant jugé la Cour nationale du droit d'asile dans un arrêt du 5 juillet 2023 au motif que les risques allégués de persécutions en raison de son orientation sexuelle, du fait de sa famille ou de la société en général, n'étaient pas établis, nonobstant la circonstance que, par un arrêt du 18 janvier 2023, la chambre de l'instruction de la Cour d'appel de Dijon a émis un avis défavorable à une demande d'extradition formulée par les autorités judiciaires du Kosovo aux motifs que la protection institutionnelle établie au bénéfice des personnes homosexuelles n'est pas effective et que la bisexualité de l'intéressé a été à l'origine de violences de la part de sa famille qui l'ont conduit à fuir son pays. Dès lors, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, ce moyen doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la recevabilité de la requête, que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 3 janvier 2024, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par le requérant doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, une quelconque somme au bénéfice du conseil de M. C au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Par ailleurs, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre la somme demandée par le préfet de la Côte-d'Or au titre des frais exposés et non compris dans les dépens à la charge du requérant.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le préfet de la Côte-d'Or au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au préfet de la Côte-d'Or et à Me Audard.

Une copie de ce jugement sera transmise, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 21 juin 2024 à laquelle siégeaient :

M. Nicolet, président,

Mme Hascoët, première conseillère,

M. Cherief, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2024.

Le rapporteur,

H. CheriefLe président,

Ph. Nicolet

La greffière,

L. Curot

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier

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