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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2400730

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2400730

mardi 18 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2400730
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantCABINET CLEMANG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 mars 2024 et un mémoire enregistré le 27 mars 2024, M. B A, représenté par Me Clemang, demande au tribunal :

1°) d''annuler l'arrêté du 31 janvier 2024 par lequel le préfet de Saône-et-Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de Saône-et-Loire de réexaminer sa situation.

Il soutient que :

- la décision d'éloignement est entachée d'un vice de procédure et d'un défaut de base légale, le préfet ne pouvant opposer à sa demande de titre de séjour la condition de délai visée à l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il s'est prévalu d'éléments de faits nouveaux relatifs à son état de santé postérieurement au rejet de sa demande d'asile ;

- la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français a été prise en violation du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et la régularité de la procédure suivie devant le collège de médecins de l'OFII devra être justifiée ;

- la décision d'interdiction de retour devra être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision portant fixation du pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 mars 2024, le préfet de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 26 février 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La rapporteure publique a été dispensée de prononcer des conclusions à l'audience, sur sa proposition.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience.

A seul été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme C, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant de nationalité turque né le 20 février 1994, déclare être entré irrégulièrement en France le 18 février 2020. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) le 8 septembre 2021. Il a présenté des demandes de réexamen, qui ont également été rejetées par l'Ofpra. Par arrêté du 13 décembre 2022, le préfet de Saône-et-Loire a obligé M. A à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. La requête de M. A contre cet arrêté a été rejetée par jugement du magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Dijon du 2 mars 2023. Le 19 juillet 2023, M. A a demandé la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade. Par courrier du 22 novembre 2023, le préfet de Saône-et-Loire l'a informé qu'il ne procèderait pas à l'enregistrement de cette demande, en raison de son caractère tardif, mais qu'il lui appartenait de saisir l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) d'une demande au titre de la protection contre l'éloignement. Le collège des médecins de l'OFII a émis un avis le 11 janvier 2024. Par l'arrêté attaqué, dont M. A demande l'annulation, le préfet de Saône-et-Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et prononcé à son encontre une interdiction de retour d'un an.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision d'éloignement :

2. Aux termes, d'une part, de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L.412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ". D'autre part, aux termes de l'article L. 431-2 du même code : " Lorsqu'un étranger a présenté une demande d'asile qui relève de la compétence de la France, l'autorité administrative, après l'avoir informé des motifs pour lesquels une autorisation de séjour peut être délivrée et des conséquences de l'absence de demande sur d'autres fondements à ce stade, l'invite à indiquer s'il estime pouvoir prétendre à une admission au séjour à un autre titre et, dans l'affirmative, à déposer sa demande dans un délai fixé par décret. Il est informé que, sous réserve de circonstances nouvelles, notamment pour des raisons de santé, et sans préjudice de l'article L. 611-3, il ne pourra, à l'expiration de ce délai, solliciter son admission au séjour. Les conditions d'application du présent article sont précisées par décret en Conseil d'Etat. ". Enfin, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ".

3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A n'a fait état de ses problèmes de santé qu'en janvier 2023, date de sa première consultation d'un médecin. Il justifiait ainsi, en application de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de circonstances nouvelles lui permettant de déposer une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. C'est par suite à tort que le préfet de Saône-et-Loire a décidé de ne pas enregistrer cette demande.

4. Pour autant, l'arrêté attaqué, s'il ne comporte pas dans son dispositif de décision explicite de refus de titre de séjour, se prononce, dans ses motifs, sur la demande de l'intéressé présentée sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il indique à cet égard que le collège de médecins de l'OFII a estimé que l'état de santé de M. A nécessite des soins, dont le défaut ne devrait pas entrainer de conséquence d'une exceptionnelle gravité, et conclut que l'intéressé ne peut prétendre à la délivrance d'un titre de séjour en application de de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La décision d'éloignement se fonde en conséquence sur les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du même code. Ainsi, dès lors que le préfet de Saône-et Loire s'est prononcé sur la demande de titre de séjour de M. A, l'erreur de droit qu'il a commise pour avoir estimé cette demande tardive est sans influence sur la légalité de la décision d'éloignement.

5. En deuxième lieu, le préfet de Saône-et-Loire a produit l'avis du collège des médecins de l'OFII émis le 11 janvier 2024 et si M. A soutient que la régularité de la procédure suivie devant le collège de médecins de l'OFII n'est pas établie, il n'assortit pas ce moyen de précision permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé.

6. En dernier lieu, M. A produit un certificat de son médecin daté du 14 mars 2023 qui indique que ses troubles psychiques et leur retentissement sont très marqués, et justifient une prise en charge médico infirmière ambulatoire intensive, qui ne pourrait être dispensée en Turquie en raison de l'appartenance de l'intéressé à la communauté kurde. Toutefois, ce seul certificat, peu circonstancié, ne peut suffire à établir que les soins nécessaires à son état de santé ne pourraient être assurés en Turquie, ni même que, contrairement à ce qu'a estimé le collège de médecins de l'OFII, le défaut de prise en charge médicale aurait pour lui des conséquences d'une extrême gravité. Ainsi, et en tout état de cause, le moyen tiré de la violation des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur doit être écarté.

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour :

7. Il résulte de ce qui précède que M. A n'établit pas l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, et n'est par suite pas fondé à exciper de son illégalité à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision d'interdiction de retour.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

8. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

9. M. A fait valoir qu'il risque d'être persécuté en cas de retour en Turquie du fait de son appartenance à la communauté kurde. Toutefois, il se borne à se référer à des informations générales sur la situation des kurdes en Turquie et s'il se prévaut d'une attestation du maire du district de Karliova, datée du 15 février 2022, faisant état de ce qu'il serait recherché par les forces de police, ce document n'apparait ni suffisamment précis et circonstancié, ni revêtu de réelles garanties d'authenticité. M. A n'établit dès lors pas qu'il serait personnellement et actuellement exposé à des risques de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

11. L'exécution du présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions en injonction doivent par suite être rejetées.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de Saône-et-Loire.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 5 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Rousset, président,

Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,

Mme Océane Viotti, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juin 2024.

La rapporteure,

M-E C

Le président,

O. Rousset

La greffière,

C. Sivignon

La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

La greffière,

N°2400730

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