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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2400763

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2400763

jeudi 18 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2400763
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationCH 3 JU
Avocat requérantSI HASSEN MYRIAM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 mars 2024, Mme E G, représentée par Me Si Hassen, avocate, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 février 2024 par lequel le préfet de la Côte-d'Or ne l'a pas autorisée à résider en France au titre de l'asile, a abrogé l'attestation de demande d'asile en sa possession, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative, et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de la renonciation, par son conseil, du bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Mme G soutient que :

- le signataire de l'arrêté était incompétent ;

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- s'agissant de la décision portant refus d'admission au séjour, il y a défaut d'examen réel et sérieux de sa situation particulière ;

- s'agissant de l'abrogation de son attestation de demande d'asile, elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision de refus d'admission au séjour ;

- s'agissant de l'obligation de quitter le territoire français, elle est illégale du fait de l'illégalité, constatée par voie d'exception, de la décision portant refus d'admission au séjour ;

- il y a violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- s'agissant de la décision l'obligeant à se présenter une fois par semaine à la brigade de gendarmerie de Chatillon-sur-Seine, elle est illégale du fait de l'illégalité, constatée par voie d'exception, de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle ne réside plus à Chatillon-sur -Seine ;

- s'agissant de la décision fixant le pays de destination, elle est illégale du fait de l'illégalité, constatée par voie d'exception, de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- il y a violation des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Le préfet de la Côte-d'Or a produit cinq pièces, enregistrées le 8 avril 2024

Une nouvelle pièce a été produite pour la requérante et enregistrée le 8 avril 2024.

Vu :

- la décision du 25 mars 2024 accordant à Mme G le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a, par une décision du 25 janvier 2024, désigné M. D, magistrat honoraire inscrit sur la liste mentionnée à l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative par un arrêté du vice-président du Conseil d'Etat en date du 30 novembre 2023, pour statuer, en application des dispositions de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative, sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D,

- et les observations de Me Si Hassen, représentant Mme G.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme G, ressortissante congolaise, née le 20 mai 1988, entrée en France le 4 août 2022, selon ses déclarations, a déposé une demande d'asile qui a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 8 février 2023, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 30 janvier 2024 devenue définitive. Par un arrêté du 21 février 2024, le préfet de la Côte-d'Or ne l'a pas autorisée à résider en France au titre de l'asile, a abrogé l'attestation de demande d'asile en sa possession, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions en annulation de l'arrêté du préfet de la Côte-d'Or du 21 février 2024 :

En ce qui concerne les moyens de légalité externe communs à toutes les décisions attaquées :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme A C, cheffe du service de l'immigration et de l'intégration, à qui le préfet de la Côte-d'Or a, par arrêté du 8 janvier 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs du 10 janvier 2024, conféré à cet effet une délégation de signature en cas d'absence ou d'empêchement de M. F B, bénéficiant lui-même d'une délégation à cet effet en cas d'absence de tout membre du corps préfectoral. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision de refus d'admission au séjour doit être écarté.

3. En second lieu, la requérante soutient que la décision est insuffisamment motivée dès lors que le préfet n'évoquerait pas dans l'arrêté attaqué les risques avancés par l'intéressée en cas de retour dans son pays d'origine, et n'explique pas pourquoi il écarte lesdits risques au profit des décisions attaquées. Toutefois, Mme G ne fait elle-même état d'aucun risque dans sa requête, se bornant à joindre, en annexe à sa requête, le récit qu'elle avait présenté devant l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, et qui a fait l'objet, ainsi qu'il a été dit, d'une décision de rejet. En l'absence de tout élément nouveau, le préfet, après avoir cité la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment en son article 3, pouvait se référer à la procédure devant l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile pour motiver sa décision. Le moyen doit dès lors être écarté comme manquant en fait.

En ce qui concerne la décision portant refus d'admission au séjour :

4. Mme G soutient, sans autre précision, que la décision de refus d'admission au séjour n'a été prise qu'au prix d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation particulière. Il ne ressort pas des pièces du dossier que tel soit le cas, le préfet mentionnant au contraire expressément qu'il a procédé à un examen approfondi du dossier, après avoir rappelé les conditions d'entrée en France de l'intéressée, son parcours devant l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile, ainsi que sa situation familiale.

En ce qui concerne la décision portant abrogation de l'attestation de demande d'asile en sa possession, :

5. Cette décision n'est contestée que par voie de conséquence de l'illégalité alléguée de la décision de refus de séjour. Il résulte de ce qui a été dit au point 4 que ce moyen ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 4 ci-dessus que la décision portant refus d'admission au séjour au titre de l'asile n'est pas entachée d'illégalité. Le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait illégale du fait de l'illégalité, constatée par la voie de l'exception, de la décision portant refus d'admission au séjour au titre de l'asile doit être écarté.

7. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Les seules circonstances, présentées sans autre précision, que Mme G aurait " créé une vie privée et familiale en France ", qu'elle et sa fille se seraient insérées sur le territoire français, et que la requérante a intégré le système fiscal français et déclare ses revenus, ne sont pas de nature à établir que les stipulations susvisées auraient été méconnues, alors que le préfet relève, sans être contredit, que Mme G a deux autres enfants restés en République démocratique du Congo, où elle-même a passé la majeure partie de sa vie, et où elle n'établit pas être isolée. En outre, la fille de Mme G n'a été que très peu de temps scolarisée en France.

En ce qui concerne la décision l'obligeant à se présenter une fois par semaine à la brigade de gendarmerie de Chatillon-sur-Seine :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 7 ci-dessus que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Le moyen tiré de ce que la décision l'obligeant à se présenter une fois par semaine à la brigade de gendarmerie de Chatillon-sur-Seine serait illégale du fait de l'illégalité, constatée par la voie de l'exception, de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

9. En second lieu, si Mme G fait valoir qu'elle ne réside plus à Chatillon-sur-Seine, il ressort des pièces du dossier que la décision de l'office français de l'immigration et de l'intégration lui notifiant sa sortie d'un lieu d'hébergement pour demandeur d'asile ne prenait effet que le 29 février 2024, soit postérieurement à la date de la décision préfectorale attaquée, qui doit s'apprécier, en recours pour excès de pouvoir, à la date à laquelle elle intervient. Dans ces conditions, et en l'absence de toute information du préfet sur le lieu de sa nouvelle résidence, c'est à bon droit que celui-ci lui a imposé de se présenter à la brigade de gendarmerie de Chatillon. Il appartient à la requérante d'informer le préfet de sa nouvelle domiciliation, et de demander la modification sur ce point de l'arrêté attaqué.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

10. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 7 et 8 ci-dessus que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination serait illégale du fait de l'illégalité, constatée par la voie de l'exception, de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

11. En second lieu, si Mme G invoque, à l'appui de son moyen tiré de la violation des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, des risques d'atteinte à son intégrité physique qu'elle encourrait en cas de retour en République démocratique du Congo, elle ne produit aucune pièce justificative à l'appui de ses allégations, et ne précise même pas dans sa requête la teneur de ces risques, se bornant à produire en pièces jointes son récit devant les services de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, alors que sa demande de protection a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, puis la Cour nationale du droit d'asile, ainsi qu'il a été dit ci-dessus.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de Mme G tendant à l'annulation de l'arrêté par lequel le préfet de la Côte-d'Or lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de 30 jours, et a fixé le pays de renvoi, doivent être rejetées.

Sur les conclusions en injonction :

13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par la requérante, n'implique, par lui-même, aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par Mme G doivent être rejetées

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, une quelconque somme à verser à la requérante au titre des frais liés au litige.

DECIDE :

Article 1er : La requête de Mme G est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E G et au préfet de la Côte-d'Or. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2024.

Le magistrat désigné,

P. D La greffière,

A. Roussilhe

La République mande et ordonne au préfet de la région Bourgogne Franche-Comté et du département de la Côte d'Or, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier,0

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