jeudi 11 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2400867 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | CH 2 JU |
| Avocat requérant | SI HASSEN MYRIAM |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 mars 2024, Mme A B, représentée par Me Si Hassen, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 4 mars 2024 par lequel le préfet de Saône-et-Loire l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite d'office et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet de Saône-et-Loire, à titre principal, de lui accorder un délai de départ supérieur à trente jours et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour couvrant ce nouveau délai de départ volontaire dans un délai de dix jours à compter de la notification du jugement à intervenir et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans le même délai ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- l'arrêté litigieux est entaché d'incompétence de l'auteur de l'acte et d'insuffisance de motivation ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision refusant d'accorder un délai supérieur à trente jours est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation et elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de son état de santé ;
- la décision fixant le pays de destination est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, et elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision d'interdiction de retour sur le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, et elle est disproportionnée.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 avril 2024 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Nicolet, conformément à l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes instruites selon les dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Nicolet, magistrat désigné,
- et les observations de Me Si Hassen, représentant la requérante.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, ressortissante kosovare née le 7 avril 1992, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 4 mars 2024 par lequel le préfet de Saône-et-Loire l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite d'office et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.
Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".
3. La requérante ayant été admise en cours d'instance au bénéfice de l'aide juridictionnelle, sa demande d'aide juridictionnelle provisoire a perdu son objet. Il n'y a donc pas lieu d'y statuer.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :
4. Par un arrêté du 3 janvier 2024, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial, le préfet de Saône-et-Loire a donné délégation à Mme D, cheffe du bureau des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer, notamment, les décisions relatives à l'éloignement des étrangers avec ou sans délai de départ volontaire et aux interdictions de retour et de circulation sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de ce que Mme D n'était pas compétente pour signer l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.
5. Les décisions contestées mentionnent les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fondent, et la décision d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an prend en compte les critères prescrits par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation des décisions contestées doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".
7. La requérante a déclaré être entrée en France le 27 mars 2023, être divorcée et avoir deux enfants mineurs au C où elle a vécu l'essentiel de sa vie. Si elle a mentionné la présence d'un frère en France, elle ne précise pas la nature ni l'intensité de leurs relations, et ne justifie pas d'une intégration sociale ou professionnelle, ni disposer sur le territoire national de liens anciens, stables et intenses. Au regard de l'ensemble de ces circonstances, la décision d'éloignement attaquée n'a pas porté au droit de la requérante au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En ce qui concerne la décision lui accordant un délai de départ volontaire de trente jours :
8. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'encourant pas la censure du tribunal, la requérante n'est pas fondée à exciper de son illégalité au soutien de ses conclusions dirigées contre la décision contestée lui accordant un délai de départ volontaire de trente jours.
9. En deuxième lieu, la requérante soutient que la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire supérieur à trente jours serait entachée d'un défaut d'examen particulier au regard de son état de santé. Toutefois, et alors que la décision contestée mentionne que l'intéressée n'a fait état d'aucune circonstance justifiant qu'un délai de départ volontaire supérieur à trente jours lui soit accordé, la requérante ne justifie ni même n'allègue avoir sollicité un tel délai en raison de son état de santé. Il ne ressort ainsi ni de la motivation de la décision contestée ni d'aucune pièce du dossier que le préfet se serait abstenu de procéder à un examen particulier de la situation de l'intéressée avant de prendre la décision attaquée.
10. En troisième lieu, le dossier médical produit mentionne qu'un drainage d'une fistule anale a été pratiqué sur l'intéressée le 12 juin 2023, son médecin traitant mentionne le 25 janvier 2024 que la cicatrisation est compliquée et toujours incomplète, et le chirurgien, qui a réalisé une nouvelle traction d'un lien élastique le 1er mars 2024, précise que la procédure s'est déroulée sans souci et qu'il recevra sa patiente en consultation dans trois semaines. Dès lors que le chirurgien s'est borné à certifier le 1er mars 2024, sans aucune précision, que l'état de santé de l'intéressée nécessite des soins pour une durée indéterminée à ce jour et l'empêchant de quitter le territoire français, les documents médicaux produits sont insuffisants pour établir que le préfet aurait, dans les circonstances de l'espèce, commis une erreur manifeste d'appréciation en n'accordant pas un délai de départ volontaire supérieur à trente jours, alors au demeurant que l'intéressée a indiqué par courrier du 28 mars 2024 aux services de la préfecture vouloir rentrer dans son pays par ses propres moyens, et qu'elle a quitté le territoire national le 10 avril 2024.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
11. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
12. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'encourant pas la censure du tribunal, la requérante n'est pas fondée à exciper de son illégalité au soutien de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination.
13. En second lieu, si la requérante fait valoir qu'elle encourt des risques en cas de retour dans son pays d'origine, elle n'assortit son moyen d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé, alors au demeurant que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande d'asile le 11 septembre 2023. Dans ces conditions, le moyen tiré de la violation des textes précités doit être écarté.
En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :
14. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'encourant pas la censure du tribunal, la requérante n'est pas fondée à exciper de son illégalité au soutien de ses conclusions dirigées contre la décision d'interdiction de retour sur le territoire français.
15. En deuxième lieu, et pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7 du présent jugement, la décision d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an n'est pas disproportionnée, alors même que l'intéressée ne s'est pas soustraite à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement et qu'elle ne représente pas une menace pour l'ordre public.
16. Il résulte de tout ce qui précède que le surplus des conclusions de la requête doit être rejeté, y compris les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais de l'instance.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de Mme B tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au préfet de Saône-et-Loire et à Me Si Hassen.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2024.
Le magistrat désigné,
P. NicoletLa greffière,
L. Curot
La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,lc
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026