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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2401273

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2401273

mardi 3 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2401273
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationCH 1 JU
Avocat requérantSCP BON DE SAULCE LATOUR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 avril 2024, M. B A, représenté par la SCP Bon de Saulce Latour, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 21 février 2024 par laquelle le préfet de la Nièvre a procédé à l'invalidation de son épreuve théorique générale du permis de conduire et l'a informé que son certificat d'examen du permis de conduire fera également l'objet d'une invalidation ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 000 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'un défaut de motivation ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 juin 2024, le préfet de la Nièvre conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués dans la requête n'est fondé.

Par une ordonnance du 24 juin 2024 la clôture de l'instruction a été fixée au

11 juillet 2024.

Par une décision du 13 mai 2024 M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 20 avril 2012 fixant les conditions d'établissement, de délivrance et de validité du permis de conduire ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Rousset, vice-président, pour statuer sur les litiges en application des dispositions de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Rousset a seul été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant macédonien résidant à Nevers, a réussi le 4 octobre 2022, l'épreuve théorique générale du permis de conduire. Le 6 décembre 2022, après son succès à l'épreuve pratique, il s'est vu délivrer un permis de conduire catégorie B. Le 29 décembre 2023 le préfet de la Nièvre l'a informé qu'il envisageait d'invalider l'épreuve théorique précitée au motif " qu'un doute a été émis quant à la réalité de cet examen " organisé le 4 octobre 2022 par le centre agréé France Code de Choisy-le-Roi dans le Val-de-Marne. M. A a présenté des observations écrites le 17 janvier 2024 par lesquelles il contestait la fraude qui lui était imputée. Par une décision du 21 février 2024 le préfet de la Nièvre estimant que les observations de l'intéressé ne permettaient pas d'écarter " les incohérences relatives au passage de cet examen ", a procédé à l'invalidation de son épreuve théorique générale du permis de conduire et annoncé que le certificat d'examen du permis de conduire ferait également l'objet d'une invalidation. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes des dispositions de l'article R. 221-1 du code de la route : " I. - Le permis de conduire un véhicule terrestre à moteur s'obtient () après réussite à l'examen du permis de conduire () ". Aux termes de l'article D. 221-3 du même code : " Les examens du permis de conduire susvisés comportent une épreuve théorique et une épreuve pratique qui se déroulent dans les conditions et selon les modalités fixées par arrêté du ministre chargé de la sécurité routière.() Le permis de conduire () est délivré sur l'avis favorable soit d'un inspecteur du permis de conduire et de la sécurité routière, soit d'un agent public appartenant à une des catégories fixées par arrêté du ministre chargé de la sécurité routière () ".

3. Aux termes de l'article 2 de l'arrêté du 20 avril 2012 fixant les conditions d'établissement, de délivrance et de validité du permis de conduire : " I.-Les candidats au permis de conduire () passent devant un expert désigné conformément au quatrième alinéa de ce même article du code de la route un examen technique, dans les conditions prévues au même article, comprenant : A.-Pour les catégories B1, B, BE, C, D, CE, DE, C1, D1, C1E, D1E, une épreuve théorique générale commune d'admissibilité,(), portant sur la connaissance des règlements concernant la circulation et la conduite d'un véhicule ainsi que sur celle des bons comportements du conducteur. (). B.-Une épreuve pratique d'admission permettant de contrôler les connaissances, les aptitudes et le comportement des candidats, nécessaires pour circuler de manière autonome et en toute sécurité en tenant compte des spécificités propres à chaque véhicule () ".

4. Aux termes de l'article 5 du même arrêté du 20 avril 2012 : " Sont considérées comme nulles les épreuves théoriques ou pratiques () passées par un candidat dans les cas

suivants : () IV. -Sur de fausses indications d'identité, substitution ou tentative de substitution de personnes ou encore avec l'aide frauduleuse d'un tiers ou par tricherie ; (). Dans chacun des cas cités au présent article, le bénéfice des épreuves ou de la formation qualifiante ou le titre de conduite est retiré sans délai par le préfet du lieu de résidence de l'usager. Le retrait intervient après que l'usager a été mis en demeure de présenter ses observations, sans préjudice des poursuites pénales encourues ".

5. Il résulte de la combinaison de ces dispositions qu'il appartient au préfet de procéder à l'invalidation de l'épreuve théorique générale du permis de conduire obtenue à la suite de manœuvres frauduleuses intervenues pendant l'une des épreuves mentionnées à l'article

D. 221-3 du code de la route. Il incombe toutefois à l'administration d'apporter la preuve de la fraude qu'elle allègue.

6. En se bornant à faire valoir " qu'un doute a été émis quant à la réalité de l'examen " organisé par un centre situé dans le Val-de-Marne le 4 octobre 2022 et que les observations de l'intéressé n'ont pas permis d'écarter " les incohérences relatives au passage de cet examen " le préfet de la Nièvre, qui n'a apporté dans le cadre de la procédure contradictoire, dans la décision en litige et dans son mémoire en défense aucun élément précis et circonstancié permettant de comprendre ce qui est reproché au requérant et qui ne soutient pas davantage que le centre France Code de Choisy-le-Roi serait soupçonné de fraude, ne démontre pas que

M. A aurait bénéficié directement ou indirectement de pratiques frauduleuses pour obtenir son épreuve théorique du permis de conduire.

7. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est fondé à soutenir que le préfet ne pouvait légalement retenir la fraude, qui ne se présume pas mais qui doit être établie, pour invalider son épreuve théorique générale du permis de conduire. En conséquence, la décision du 21 février 2024 en litige doit être annulée.

Sur les frais liés au litige :

8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens au titre des articles

L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

DECIDE :

Article 1er : La décision du 21 février 2024 du préfet de la Nièvre est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au ministre de l'intérieur et à la SCP Bon de Saulce Latour.

Copie sera adressée à la préfète de la Nièvre et, conformément à l'article R. 751-10 du code de justice administrative, au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Nevers.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 décembre 2024.

Le magistrat désigné,

O. RoussetLa greffière,

C. Chapiron

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

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