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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2401531

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2401531

vendredi 14 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2401531
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationCH 3 JU
Avocat requérantSALKAZANOV CHARLY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 mai 2024, Mme E D, représentée par Me Salkazanov, avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 2 mai 2024 par lequel le préfet de Saône-et-Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de Saône-et-Loire de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 400 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de la renonciation, par son conseil, au bénéfice de l'aide juridictionnelle, ou, subsidiairement, sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme D soutient que :

- s'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français, il y a incompétence de l'auteur et du signataire de l'acte ;

- elle n'a pas été mise à même de présenter ses observations ;

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- il y a violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- s'agissant de la décision fixant le pays de renvoi, elle est illégale du fait de l'illégalité, constatée par voie d'exception, de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- il y a violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des articles L 542-2, L.741-3 et L. 7414 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il y a violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- s'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français, il y a erreur de droit sur la durée de l'interdiction.

Le préfet de Saône-et-Loire a produit 4 pièces, enregistrées le 17 mai 2024.

Vu :

- la décision du 21 mai 2024 accordant à Mme D le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a, par une décision du 25 janvier 2024, désigné M. B, magistrat honoraire inscrit sur la liste mentionnée à l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative par un arrêté du vice-président du Conseil d'Etat en date du 30 novembre 2023, pour statuer, en application des dispositions de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative, sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante congolaise, née le 27 août 1989, entrée irrégulièrement en France le 20 août 2017, selon ses déclarations, a déposé une demande d'asile qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 29 juin 2018. Elle a fait l'objet d'un premier arrêté portant obligation de quitter le territoire français le 27 mai 2019. Sa demande de réexamen de sa demande d'asile a été déclarée irrecevable par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 28 décembre 2023, décision confirmée par la cour nationale du droit d'asile le 13 février 2024. Par un arrêté du 2 mai 2024, le préfet de Saône-et-Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination, et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Sur les conclusions en annulation de l'arrêté du préfet de Saône-et-Loire du 2 mai 2024 :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, si, aux termes de l'article R. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente pour édicter la décision portant obligation de quitter le territoire français, la décision fixant le délai de départ volontaire et l'interdiction de retour sur le territoire français est le préfet de département et, à Paris, le préfet de police ", il est toujours loisible au préfet de déléguer son pouvoir, ainsi qu'il l'a fait en l'espèce, sur le fondement du décret n° 2004-374 du 29 avril 2004 relatif aux pouvoirs des préfets, à l'organisation et à l'action des services de l'Etat dans les régions et départements. Le préfet de Saône-et-Loire a ainsi, par un arrêté du 3 janvier 2024 référencé n°71-2024-01-03-00001, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial n° 71-2024-003 de la préfecture de Saône-et-Loire, donné délégation à Mme F A, cheffe du bureau des migrations et de l'intégration, signataire de la décision en litige, à l'effet de signer les actes relevant des attributions de ce bureau, au nombre desquels les arrêtés relatifs aux obligations de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur et du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, le moyen tiré de la violation de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne peut qu'être écarté, dès lors qu'il ne s'adresse pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. En tout état de cause, Mme D conservait la faculté, pendant la durée d'instruction de son dossier de demande d'asile et avant l'intervention de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination, de faire valoir auprès de l'administration tous éléments de nature à influer sur le contenu de ces mesures. Elle ne fait état d'aucun élément de cette nature et n'en produit pas plus devant le tribunal. Notamment, elle ne peut soutenir qu'elle aurait pu exposer qu'elle avait introduit un recours devant la cour nationale d'asile pour contester la décision de rejet de l'office français de protection des réfugiés et apatrides, dès lors que son recours devant la cour nationale du droit d'asile a été rejeté le 13 février 2024, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, soit avant l'intervention de l'arrêté attaqué. Par suite, elle n'a pas été privée du droit d'être entendue tel qu'il est consacré notamment par le droit de l'Union européenne.

4. En troisième lieu, l'arrêté attaqué retrace le parcours de Mme D devant l'Office français de protection des réfugiés et apatrides puis la cour nationale du droit d'asile depuis son entrée en France, sa situation familiale, et examine les risques qu'elle encourt en cas de retour dans son pays d'origine. Il est ainsi suffisamment motivé par des considérations qui n'apparaissent nullement stéréotypées.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Eu égard à la durée du séjour en France de Mme D, au fait qu'elle est célibataire, que sa fille mineure peut l'accompagner dans son pays d'origine, où résident ses deux autres enfants, ainsi que d'autres membres de sa famille, et où elle-même a vécu jusqu'à l'âge de 28 ans, et alors même qu'elle se serait insérée dans la vie associative et militante française, le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

6. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision fixant le pays de renvoi ne peut qu'être écarté.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Alors que sa demande d'asile a été déclarée irrecevable par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée par la cour nationale du droit d'asile, Mme D se borne à des considérations générales sur ses orientations sexuelles sans apporter aucun élément de nature à établir la réalité des craintes qu'elle invoque. Le moyen tiré de la violation des stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

8. En dernier lieu, pour les motifs exposés au point 5, le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

9. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français ". Et aux termes de l'article L. 612-10 du même code : Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. /

Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ". Compte-tenu de la durée de la présence en France de la requérante, de sa faible intégration, et du fait qu'elle n'a pas exécuté une précédente mesure d'éloignement du territoire, la durée d'interdiction de retour sur le territoire français fixée par le préfet de Saône-et-Loire n'apparait pas disproportionnée.

Sur les conclusions en injonction :

10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par la requérante, n'implique, par lui-même, aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par Mme D doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, une quelconque somme à verser à la requérante au titre des frais liés au litige.

DECIDE :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E D, au préfet de Saône-et-Loire et à Me Salkazanov. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 juin 2024.

Le magistrat désigné,

P. B La greffière,

M. C

La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°2401531

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