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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2402533

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2402533

vendredi 25 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2402533
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationCH 1 JU
Avocat requérantBOUTHORS CLÉLIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 juillet 2024, Mme A C représentée par Me Bouthors, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 juillet 2024 par lequel le préfet de Saône-et-Loire a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français durant un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de Saône-et-Loire de lui délivrer un titre de séjour, ou à défaut, de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

-la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée, a été prise sans examen réel et sérieux de sa situation sur laquelle elle n'a pas été invitée par la préfecture à présenter des éléments, et le préfet s'est cru à tort en situation de compétence

liée ;

- la décision fixant le pays de destination est entachée d'insuffisance de motivation et de défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle a été prise en violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;

- la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée et a été prise sans examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des circonstances humanitaires de sa situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 août 2024, le préfet de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme B en application des dispositions de l'article R. 776-13-1 du code de justice administrative, en vigueur jusqu'au 15 juillet 2014, pour statuer sur les requêtes prévues à l'article L. 614-5 et L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 4 septembre.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C, ressortissante arménienne, est entrée en France en décembre 2023, pour y solliciter l'asile. Sa demande a été rejetée par décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (Ofpra) du 22 mai 2024. Par arrêté du 4 juillet 2024, dont elle demande l'annulation, le préfet de Saône-et-Loire a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français durant un an.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de Mme A C.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les décisions d'obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué mentionne les considérations de droit et de fait sur lesquelles s'est fondé le préfet de Saône-et-Loire pour prononcer à l'encontre de

Mme C une obligation de quitter le territoire français. L'arrêté précise en outre que Mme C est de nationalité arménienne, et n'établit pas être exposée à des risques de traitements inhumains et dégradants dans son pays d'origine. Les moyens tirés du défaut de motivation des décisions d'obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination doivent, par suite, être écartés.

4. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni d'aucune pièce du dossier que le préfet de Saône-et-Loire se serait abstenu de procéder, au vu des éléments qui avaient été portés à sa connaissance, à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de

Mme C avant de prendre la décision d'éloignement et la décision fixant le pays de destination contestée. Si la requérante se plaint de n'avoir pas été convoquée par les services de la préfecture pour exposer les éléments de sa situation, elle n'apporte aucune précision quant aux éléments qu'elle aurait pu porter à la connaissance du préfet et qui auraient été susceptibles d'influencer le sens de ses décisions. Enfin, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni d'aucune pièce du dossier que le préfet de Saône-et-Loire se serait cru à tort en situation de compétence liée pour prononcer ces décisions. Par suite, les moyens tirés du défaut d'examen particulier de la situation de la requérante doit être écarté.

5. En troisième lieu, la requérante se borne, pour établir les risques encourus dans son pays d'origine, à faire état de son recours devant la Cour nationale du droit d'asile contre la décision de l'Ofpra, sans apporter d'éléments venant au soutien de ses allégations, au demeurant peu circonstanciées, relatives aux violences conjugales auxquelles elle serait exposée de la part de son conjoint. Par suite, le moyen tiré de la violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme, ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour :

6. En vertu des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'autorité administrative, par une décision motivée, peut assortir l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une durée maximale de deux ans à compter de sa notification, lorsqu'un délai de départ volontaire a été accordé à l'étranger en tenant compte, pour fixer la durée de cette interdiction de retour, de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français.

7. En l'espèce, l'interdiction de retour en litige est motivée, en droit, par le visa des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et en fait, par l'absence de liens anciens et stables en France. Elle mentionne que ses enfants mineurs peuvent l'accompagner dans son pays d'origine, et que sa situation permet de prononcer une interdiction de retour bien qu'elle n'ait pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et qu'elle ne présente pas de menace pour l'ordre public. Cette décision est ainsi suffisamment motivée, et il résulte de ces mentions que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation de la requérante avant de prendre cette décision.

8. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme C ne justifie pas de liens personnels en France, ses enfants ayant vocation à la suivre dans leur pays d'origine, ni d'une ancienneté de séjour notable. Elle n'apporte aucun élément relatif aux violences conjugales dont elle dit avoir été victime en Arménie. Quand bien même elle ne présente pas une menace pour l'ordre public et ne s'est pas soustrait à une précédente mesure d'éloignement, Mme C n'est pas fondée à soutenir que le préfet de Saône-et-Loire aurait commis une erreur d'appréciation en prononçant une l'interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions en annulation présentées par

Mme C doivent être rejetées.

Sur les conclusions en injonction :

10. L'exécution du présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions en injonction doivent par suite être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

11. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement à l'avocat de Mme C de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DÉCIDE :

Article 1er : Mme C est admise à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 La requête de Mme C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C, au préfet de Saône-et-Loire et à Me Bouthors.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et au bureau d'aide juridictionnelle près le Tribunal judiciaire de Dijon.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 octobre 2024.

La magistrate désignée,

M-E B

La greffière

C. Chapiron

La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

La greffière,

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