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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2402586

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2402586

lundi 12 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2402586
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationREFERE
Avocat requérantMANHOULI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Dijon, statuant en référé, a annulé la décision du 23 juillet 2024 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) refusait à M. E, ressortissant tchadien, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Le tribunal a jugé que cette décision était insuffisamment motivée au regard des articles L. 551-15 et D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, car elle ne comportait aucun élément sur les besoins ou la situation personnelle et familiale du requérant. Il a également retenu un défaut d'examen particulier de la situation de M. E, en méconnaissance des articles L. 551-10 et R. 551-23 du même code. En conséquence, le tribunal a enjoint à l'OFII de réexaminer la situation de l'intéressé dans un délai de huit jours.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 juillet 2024, M. E, représenté par Me Manhouli, demande au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 23 juillet 2024, par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de réexaminer sa situation, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir.

Il soutient que :

- il n'est pas établi que la signataire de cette décision était compétente à cet effet ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée, au regard des dispositions des articles L. 551-15 et D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'elle ne comporte aucun élément relatif aux besoins à ni à la situation personnelle et familiale du requérant ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier ;

- il a été privé du droit d'être informé sur les modalités de refus des conditions matérielles d'accueil, en méconnaissance des dispositions des articles L. 551-10 et R. 551-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er août 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- à titre principal, la requête est irrecevable, dès lors que M. A ne justifie pas de l'enregistrement par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides d'une demande de réexamen de sa demande d'asile ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- la décision du 15 mars 2023 portant organisation générale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B, par une décision du 22 juillet 2024 pour statuer sur les requêtes relevant des procédures régies par les articles L. 921-1 à L. 922-3 et R. 921-1 à R. 922-28 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 12 août 2024 à 10 heures 15 minutes.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Irénée Hugez ;

- les observations de Me Manhouli, représentant M. A, qui soutient que, contrairement à ce que fait valoir l'Office français de l'immigration et de l'intégration, celui-ci n'était pas dispensé de fournir de nouveau les informations utiles à M. A, quand bien même elles lui auraient déjà été mentionnées par le passé, que le certificat qui a été produit en dernier lieu doit conduire à ce que l'Office réexamine sa situation et permet d'établir sa situation de particulière vulnérabilité.

L'Office français de l'immigration et de l'intégration n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 10 heures 33 minutes.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant tchadien, né en 1989 à N'Djamena, qui s'est vu refuser le bénéfice de l'asile, sollicité le 22 janvier 2018, par une décision du 28 décembre 2018 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, puis par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 26 août 2019, a formé, le 23 juillet 2024, auprès des services de la préfecture de la Côte-d'Or, une demande de réexamen de sa demande d'asile. Par une décision du 23 juillet 2024, qui lui a été notifiée le même jour et dont il demande l'annulation au juge de l'excès de pouvoir, l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de M. A.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, aux termes d'une décision du 2 juin 2023, régulièrement publiée sur le site internet de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, le directeur général de l'Office a donné délégation à Mme D C, directrice territoriale à Dijon, à l'effet de signer, dans le cadre des instructions qui lui sont données et dans la limite de ses attributions, tous actes, décisions et correspondances se rapportant aux missions dévolues à la direction de Dijon, telles que définies par la décision du 15 mars 2023 portant organisation générale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Aux termes de l'article 11 de cette dernière décision, " les directions territoriales sont responsables, sur leur territoire de compétence, de la mise en œuvre des missions de l'OFII ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée, qui manque en fait, doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : / () 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ; / () La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. / Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. ". Aux termes de l'article D. 551-17 du même code : " La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-15 est écrite et motivée. Elle prend en compte la situation particulière et la vulnérabilité de la personne concernée. Elle prend effet à compter de sa signature. ".

6. En l'espèce, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée qu'elle est motivée en droit par le visa des articles L. 551-15 et D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et en fait par la circonstance tirée de ce que l'intéressé présente une demande de réexamen de sa demande d'asile. Les dispositions précitées ne faisaient pas obligation à la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de mentionner dans sa décision les éléments retenus dans le cadre de la prise en compte de la situation particulière du requérant. Dès lors, cette décision, qui comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation, qui manque en fait, doit être, pour ce motif, écarté.

7. En troisième lieu, il ne ressort ni de la décision attaquée ni d'aucune des pièces du dossier que la décision attaquée serait entachée d'un défaut d'examen particulier de la situation du requérant. Par suite, ce moyen doit être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui figurent dans une sous-section intitulée " Proposition " de la section 3 du chapitre I du titre V du livre V de ce code : " Le demandeur est informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut lui être refusé ou qu'il peut y être mis fin dans les conditions et selon les modalités prévues aux articles L. 551-15 et L. 551-16. ". Aux termes de l'article R. 551-23 du même code : " Les modalités de refus ou de réouverture des conditions matérielles d'accueil sont précisées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration lors de l'offre de prise en charge dans une langue que le demandeur d'asile comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend. ".

9. Dès lors que l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a fait à M. A aucune offre de prise en charge à la suite du dépôt de sa demande de réexamen de sa demande d'asile, le requérant ne peut utilement soutenir que l'Office ne lui a pas précisé les modalités de refus des conditions matérielles d'accueil lors d'une telle offre de prise en charge en méconnaissance des dispositions citées au point précédent. En outre, l'intéressé a lui-même reconnu le 20 mars 2018, comme en justifie l'Office français de l'immigration et de l'intégration, avoir été informé dans une langue qu'il comprend des conditions et modalités de suspension, de retrait et de refus des conditions matérielles d'accueil. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure allégué doit être écarté.

10. En cinquième lieu, à supposer même que le requérant ait entendu soulever à l'audience un moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation qu'aurait commise l'Office français de l'immigration et de l'intégration, il ressort du certificat médical, établi par le service de médecine légale du centre hospitalier universitaire Dijon Bourgogne que celui-ci a constaté divers séquelles, cicatrices, remaniements osseux, amputation partielle, signes de fractures anciennes et ptosis de la paupière supérieure, qu'il a considérés comme compatibles avec les violences physiques, dont l'intéressé soutient avoir été victime au Tchad en 2007 et en 2008. Toutefois, ce certificat se borne à faire état, s'agissant des pathologies dont souffre l'intéressé, de la persistance actuelle d'importantes douleurs de la hanche gauche et d'une gêne de la jambe gauche, traitées par anti-douleurs. Ainsi, les seuls éléments produits par M. A ne permettent pas d'établir la situation de particulière vulnérabilité qu'il allègue à l'audience. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et le moyen soulevé doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 23 juillet 2024, par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Ses conclusions à fin d'annulation, et par voie de conséquence ses conclusions à fin d'injonction doivent donc être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. E est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Karima Manhouli.

Copie en sera adressée au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon et au préfet de la Côte-d'Or.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 août 2024.

Le magistrat désigné,

I. B

La greffière,

L. Lelong

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

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