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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2403451

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2403451

mardi 22 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2403451
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantSCP THEMIS AVOCATS & ASSOCIES

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Dijon, statuant en référé, a rejeté la requête de M. A, ressortissant bangladais, qui demandait la suspension du refus du préfet de la Côte-d'Or d'enregistrer sa demande de titre de séjour. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, car le requérant ne démontrait pas que la décision attaquée le plaçait dans une situation de précarité immédiate, notamment au regard de son contrat jeune majeur. De plus, aucun doute sérieux n'a été soulevé sur la légalité du refus, fondé sur le caractère incomplet du dossier, en l'absence d'acte d'état civil authentique, conformément aux articles R. 431-10 et R. 431-15-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 octobre 2024, M. D A représenté par la SCP Thémis Avocats demande au juge des référés :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision par laquelle le préfet de la Côte-d'Or a refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour et de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction ;

3°) de faire injonction au préfet de la Côte-d'Or d'enregistrer sa demande de titre de séjour et de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction dans les quinze jours suivant la notification de l'ordonnance à venir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que la décision attaquée le plonge dans la précarité, risque d'entraîner la suspension de sa prise en charge par les services de l'aide à l'enfance alors qu'il bénéficie d'un contrat jeune majeur et l'expose à une mesure d'éloignement ;

- il est fait état de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée qui est entachée d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'annexe 10 de ce code, son dossier de demande de titre de séjour étant suffisamment complet et au regard des dispositions des articles R. 431-15-1 et R. 431-15-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui impliquaient de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 octobre 2024, le préfet de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. A la somme de 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- la requête de M. A est irrecevable, dès lors que le refus d'enregistrement d'une demande de titre de séjour en raison du caractère incomplet du dossier ne constitue pas un acte faisant grief ; le dossier est en l'espèce incomplet, en l'absence d'acte d'état civil, document indispensable pour instruire la demande ; l'acte produit, non légalisé par l'ambassade de France au Bangladesh et qui avait été jugé irrecevable par l'expertise réalisée en 2021 devant le juge des enfants, ne présente aucune garantie d'authenticité ;

- la condition d'urgence n'est pas remplie, dès lors que le requérant conserve la faculté de déposer une demande complète avant la limite d'âge prévue par l'article R. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'il n'est pas susceptible de faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français ; par ailleurs, outre qu'il est lui-même à l'origine de la situation dont il se plaint, il ne démontre pas être exposé au risque de perdre le bénéfice de son contrat " jeune majeur " ;

- il n'est pas justifié d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, laquelle ne méconnaît pas l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'est entachée d'aucune erreur d'appréciation, M. A n'ayant pas justifié de son état civil.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête au fond n°2403452 enregistrée le 8 octobre 2024.

Vu :

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Roulleau, greffière d'audience,

- le rapport de M. Rousset juge des référés ;

- les observations de Me Hebmann, pour M. A , qui a repris les faits, moyens et conclusions exposés dans le mémoire introductif d'instance, y ajoutant que le certificat de naissance du 26 juillet 2021, dont le préfet conteste la validité, a été légalisé par les autorité bangladaises et que si la police aux frontières a conclu en 2021 à l'irrecevabilité de cet extrait de naissance s'agissant d'une copie extraite du site internet, cette expertise n'a jamais été communiquée ;

-les observations de M. C représentant le préfet de la Côte-d'Or qui persiste par les mêmes moyens dans ses conclusions tendant au rejet de la requête ; il rappelle en outre que le certificat de naissance produit par le requérant a été déclaré irrecevable lors de l'expertise diligentée devant le juge des enfants en 2021 et qu'il présente de nombreuses incohérences relevées dans le courrier électronique adressé le 7 novembre 2023 par l'ambassade de France au Bangladesh.

L'instruction a été déclarée close à l'issue de l'audience.

Le président du tribunal a désigné M. Rousset pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant bangladais né le 1er mars 2006, est entré sur le territoire français en 2021. Il a fait l'objet d'une ordonnance de placement par le juge des enfants et a été confié au service d'aide sociale à l'enfance. Il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile le 28 août 2024, comme en atteste la confirmation du dépôt d'une pré-demande sur le site de l'ANEF. Par un courrier électronique du 22 septembre 2024, un agent du ministère de l'intérieur l'a invité à transmettre " un certificat de naissance dument légalisé " et l'a informé qu'à défaut de réponse dans un délai de quinze jours sa demande serait clôturée. M. A, qui considère que son dossier de demande de titre de séjour était complet, n'a pas donné suite à ce courrier électronique. Le ministre de l'intérieur, qui a clôturé sa demande le 8 octobre 2024, doit par suite être regardé comme ayant refusé à cette date d'enregistrer sa demande et de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction. Par sa requête, M. A demande au juge des référés statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative de suspendre l'exécution de la décision de refus d'enregistrement de sa demande de titre de séjour et de délivrance d'une attestation de prolongation d'instruction.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par la juridiction compétente ou son président. ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de M. A.

Sur les conclusions à fin de suspension :

4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

5. Aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiants de son état civil ; justifiants de sa nationalité ; () ". L'annexe 10 de ce code, à laquelle renvoie son article R. 431-11, impose en sa rubrique 36, relative à la composition du dossier de demande du titre de séjour régi par l'article L. 423-22 du même code, la production, comme justificatif d'état civil d'" une copie intégrale d'acte de naissance comportant les mentions les plus récentes accompagnée le cas échéant de la décision judiciaire ordonnant sa transcription (jugement déclaratif ou supplétif ". Aux termes de l'article R. 431-15-1 de ce code : " Le dépôt d'une demande présentée au moyen du téléservice mentionné à l'article R. 431-2 donne lieu à la délivrance immédiate d'une attestation dématérialisée de dépôt en ligne. Ce document ne justifie pas de la régularité du séjour de son titulaire. () ".

6. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur son insertion dans la société française ".

7. Le refus d'enregistrer une demande de titre de séjour motif pris du caractère incomplet du dossier ne constitue pas une décision faisant grief susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir lorsque le dossier est effectivement incomplet, en l'absence de l'un des documents mentionnés à l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou lorsque l'absence d'une pièce mentionnée à l'annexe 10 à ce code, auquel renvoie l'article R. 431-11 du même code, rend impossible l'instruction de la demande.

8. En l'espèce, M. A a produit notamment, à l'appui de sa demande de titre de séjour, un certificat d'enregistrement d'une naissance bangladais établi le 26 juillet 2021 certifié les 21 décembre 2023, 24 décembre 2023 et 18 juillet 2024 par diverses autorités, diplomatiques notamment, du Bangladesh. En l'état, ce document, alors même qu'il ne constitue pas une copie intégrale d'acte de naissance, comporte des indications précises quant à l'état civil de M. A. L'administration fait toutefois valoir que la police aux frontières a conclu en 2021 à l'irrecevabilité de cet extrait de naissance s'agissant d'une copie extraite du site internet. Toutefois cette expertise qui n'est pas produite a été réalisée avant l'authentification de cet acte par les autorités bangladaises. En outre dans son jugement en assistance éducative du 17 mars 2022, le tribunal pour enfants de B avait relevé que M. A était enregistré sous cette identité et sous le numéro de naissance indiqué sur le site du gouvernement du Bangladesh. Dans ces conditions, l'absence de " certificat de naissance dument légalisé " ne pouvait être regardée comme rendant impossible l'instruction de la demande de titre de séjour de M. A et donc comme imposant d'en refuser l'enregistrement motif pris du caractère incomplet du dossier présenté, à charge pour l'administration, d'engager ultérieurement toutes investigations complémentaires et contradictoires, notamment en recourant aux services de ses experts en fraude documentaire. Il s'ensuit qu'en refusant d'enregistrer la demande de titre de séjour de M. A et de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction, le ministre de l'intérieur a pris des mesures qui ont le caractère d'actes faisant grief et à l'encontre desquelles l'intéressé est donc recevable à former un recours pour excès de pouvoir.

9. En deuxième lieu, compte tenu de ce qui vient d'être énoncé, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées au point 5 se révèle, en l'état de l'instruction, propre à susciter un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

10. En troisième lieu, la décision attaquée place M. A dans une situation particulièrement précaire, en l'exposant au risque d'une mesure d'éloignement et compromet la poursuite de sa formation professionnelle. Dans ces circonstances, quand bien même le requérant dispose encore d'environ quatre mois pour faire enregistrer sa demande de titre de séjour, laquelle doit être déposée avant qu'il n'ait atteint l'âge de dix-neuf ans, la condition d'urgence est remplie.

11. Il résulte de tout ce qui précède, que M. A est fondé à demander la suspension de l'exécution de la décision du 8 octobre 2024 refusant l'enregistrement de sa demande de titre de séjour et la délivrance d'une attestation de prolongation d'instruction.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

12. La présente ordonnance implique nécessairement que le préfet de la Côte-d'Or procède à l'enregistrement de la demande de titre de séjour de M. A et lui délivre une attestation de prolongation d'instruction, cela jusqu'à ce que le tribunal statue sur la requête au fond. Il y a lieu d'adresser au préfet de la Côte-d'Or une injonction en ce sens et de lui assigner un délai de quinze jours pour y satisfaire. En revanche il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

13. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions accessoires de M. A tendant à ce qu'il soit fait application, au bénéfice de son conseil, des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Les conclusions présentées au même titre par le préfet de la Côte-d'Or ne peuvent quant à elles qu'être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'exécution de la décision du 8 octobre 2024 refusant à M. A l'enregistrement de sa demande de titre de séjour et la délivrance d'une attestation de prolongation d'instruction

est suspendue.

Article 3 : Il est fait injonction au préfet de la Côte-d'Or d'enregistrer à titre provisoire la demande de titre de séjour de M. A et de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête ainsi que les conclusions du préfet de la Côte-d'Or tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetés.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D A, au ministre de l'intérieur, au préfet de la Côte-d'Or et à la SCP Thémis Avocats.

Copie en sera adressée au procureur de la République près le tribunal judiciaire de B et au bureau d'aide juridictionnelle près ce même tribunal.

Fait à B, le 22 octobre 2024.

Le juge des référés,

O. Rousset

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière

N°2403451

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