lundi 2 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2403884 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | JU REFERE ETRANGERS 15 JOURS |
| Avocat requérant | MIFSUD ELODIE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 18 novembre 2024, Mme A C représentée par Me Mifsud, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 13 novembre 2024 par lequel le préfet de Saône-et-Loire a renouvelé pour une durée de quarante-cinq jours la mesure d'assignation à résidence décidée initialement le 7 août 2024 ;
2°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Me Mifsud au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- l'arrêté est entaché d'incompétence dès lors qu'il n'est pas établi ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation ; il n'est pas établi que l'éloignement demeure une perspective raisonnable ;
- les modalités d'assignation sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 25 novembre 2024, le préfet de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme B pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L.921-1 à L.922-3 et R. 921-1 à R. 922-28 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 2 décembre 2024 à 9h45.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Marie-Eve Laurent,
- et les observations de Me Mifsud, représentant Mme C, qui reprend les moyens et conclusions de la requête et ajoute d'une part que la décision se fonde sur une mesure d'éloignement prononcée plus d'un an auparavant, ce qui est désormais possible en application de la loi mais pose un problème de rétroactivité et porte atteinte à ses droits fondamentaux, d'autre part qu'il n'existe aucune perspective d'éloignement la concernant eu égard à sa situation familiale.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A C, ressortissante géorgienne née le 28 février 1990, est entrée en France en compagnie de ses deux enfants mineurs pour y demander l'asile. Après rejet de sa demande d'asile, elle a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français par arrêté du préfet de la Nièvre du 8 décembre 2022. Le 7 août 2024, le préfet de Saône-et-Loire l'a assignée à résidence pour une durée de 45 jours, puis a renouvelé cette mesure d'assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ; par arrêté du 13 novembre 2024 dont Mme C demande l'annulation.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ".
3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de Mme A C.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé pour le préfet par M. D, adjoint au chef du bureau des migrations et de l'intégration, en vertu d'une délégation consentie à cet effet par le préfet de Saône-et-Loire par décision du 5 novembre 2024, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs spécial du même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée, qui manque en fait, doit être écarté.
5. En deuxième lieu, la décision attaquée vise le 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne que Mme C a fait l'objet d'une mesure d'éloignement et d'une précédente mesure d'assignation, et que son éloignement demeure une perspective raisonnable. Cette décision mentionne ainsi les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde et est par suite suffisamment motivée. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
6. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni des autres pièces du dossier, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de Mme C avant de prononcer l'assignation à résidence en litige. Par suite, le moyen tiré d'un défaut d'examen particulier de la situation personnelle de l'intéressée doit être écarté.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants :1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé (). "
8. Si la requérante soutient que l'existence d'une perspective d'éloignement n'a pas été examinée et fait défaut, eu égard à sa situation familiale, il ressort des pièces du dossier que les autorités françaises ont saisi les autorités géorgiennes d'une demande de laisser-passer en vue d'un voyage en avion d'ores et déjà programmé le 23 décembre 2024, pour l'intéressée et ses deux enfants. Par suite, l'intéressée n'est pas fondée à soutenir qu'il n'existerait aucune perspective sérieuse d'éloignement la concernant.
9. En cinquième lieu, Mme C soutient que la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024 a prolongé à trois ans le délai pendant lequel une mesure d'assignation peut être prononcée, ce qui porte atteinte à ses droits fondamentaux. Ce moyen n'est pas assorti de précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé faute de désigner de quel droit Mme C entend se prévaloir, et ne peut dès lors, en tout état de cause, qu'être écarté.
10. En dernier lieu, l'arrêté d'assignation oblige Mme C à demeurer dans l'arrondissement de Mâcon, pour une durée de 45 jours, et à se présenter chaque jour, dimanches et les jours fériés ou chômés compris, à 9 heures, au commissariat de Mâcon, afin de faire constater qu'elle respecte la mesure d'assignation à résidence dont elle fait l'objet. Si son domicile est éloigné de près d'une heure de marche de ce commissariat, Mme C ne démontre pas qu'il lui serait impossible de respecter ces obligations, y compris le Dimanche, quand bien même elle devrait emmener ses deux fils avec elle et malgré l'absence de transports en commun ce jour-là.
11. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 13 novembre 2024 par lequel le préfet de Saône-et-Loire a renouvelé pour une durée de quarante-cinq jours la mesure d'assignation à résidence prononcée à son encontre le 7 août 2024. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Mme A C est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de Mme A C est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, au préfet de Saône-et-Loire et à Me Mifsud.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 décembre 2024.
Le magistrate désignée,
M-E. B
La greffière
S. Kieffer
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,
Tribunal Administratif de Dijon — N° TA21-2401853
18/02/2025
Tribunal Administratif de Dijon — N° TA21-2500275
18/02/2025
Tribunal Administratif de Dijon — N° TA21-2500276
18/02/2025
Tribunal Administratif de Dijon — N° TA21-2500200
05/02/2025