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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2500251

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2500251

mardi 11 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2500251
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantSCP THEMIS AVOCATS & ASSOCIES

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Dijon, statuant en référé, a rejeté la requête de M. A, ressortissant bangladais, qui demandait la suspension du refus du préfet de la Côte-d'Or d'enregistrer sa demande de titre de séjour. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, M. A s'étant lui-même placé dans la situation qu'il déplorait en ne se présentant pas au rendez-vous fixé et en déposant tardivement son dossier. Il a également considéré qu'aucun des moyens soulevés n'était de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision, le dossier étant incomplet et la demande présentée après le dix-neuvième anniversaire de l'intéressé, en méconnaissance de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 janvier 2025, M. C A, représenté par la SCP Thémis Avocats et Associés, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2° d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision, en date du 16 janvier 2025, par laquelle le préfet de la Côte-d'Or a refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour ;

3°) d'ordonner au préfet de la Côte d'Or de procéder à l'enregistrement de sa demande de titre de séjour et de lui en délivrer récépissé dans les quinze jours suivant la notification de l'ordonnance à venir, sous astreinte de 100 euros par jours de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement à son conseil de la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'urgence est caractérisée, dès lors que la décision attaquée, qui le place en situation irrégulière, l'expose à une mesure d'éloignement sans examen de sa demande de titre de séjour, et induit l'interruption de sa prise en charge alors qu'il bénéficie d'un contrat " jeune majeur ", créant ainsi une situation de grande précarité ;

- il est fait état de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée ; en effet :

•cette décision est entachée d'erreur de droit et d'appréciation, les pièces prétendument manquantes, en l'occurrence le formulaire de demande de titre de séjour et l'avis de la structure d'accueil, ayant bien été transmises ;

•son dossier est complet et l'authenticité des pièces produites ne saurait être remise en cause ;

•sa demande a été présentée avant son dix-neuvième anniversaire.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 février 2025, le préfet de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 500 euros soit mise à la charge de M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le dossier de demande de titre de séjour de M. A étant incomplète, la décision attaquée, qui lui oppose ce motif, ne fait pas grief, de sorte que la requête est irrecevable ;

- il n'est pas fait état de circonstances propres à démontrer l'urgence alléguée, ce d'autant que M. A s'est lui-même mis dans la situation dont il se plaint, en s'abstenant de venir au rendez-vous qui lui avait été fixé et en tardant à déposer sa demande de titre de séjour ;

- aucun des moyens invoqués n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée ; en effet :

•contrairement à ce qui est soutenu, l'avis de la structure d'accueil n'a pas été annexé à la demande de titre de séjour, de sorte que le dossier était effectivement incomplet ;

•cette demande, en tout état de cause, a été déposée après le dix-neuvième anniversaire de M. A, date limite fixée par l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête au fond n° 2500252, enregistrée le 27 janvier 2025.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 février 2025.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Kieffer, greffière d'audience :

- le rapport de M. Zupan, juge des référés ;

- les observations de Me Hebmann, pour M. A, qui a repris les conclusions et moyens exposés dans le mémoire introductif d'instance, y ajoutant qu'il n'a jamais reçu de convocation à un rendez-vous en préfecture et que le formulaire normalisé n'est pas au nombre des documents énumérés par l'annexe X du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

- les observations de M. B, représentant le préfet de la Côte-d'Or, qui a repris les conclusions et moyens exposés dans le mémoire en défense.

L'instruction a été déclarée close à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, né le 20 décembre 2005 et de nationalité bangladaise, est entré en France au début de l'année 2022 et a aussitôt été pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance de la Côte-d'Or. Devenu majeur, il a sollicité le bénéfice d'une mesure d'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il demande au juge des référés d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision, en date du 16 janvier 2025, par laquelle le préfet de la Côte-d'Or a refusé d'enregistrer cette demande en raison du caractère incomplet du dossier.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. M. A ayant obtenu en cours d'instance l'aide juridictionnelle totale, sa demande d'aide juridictionnelle provisoire a perdu son objet. Il n'y a donc pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions aux fins de suspension et d'injonction :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Le bien-fondé de la demande de suspension d'un acte administratif est en outre subordonné à la recevabilité du recours au fond dirigé contre cet acte.

4. Le refus d'enregistrer une demande de titre de séjour motif pris du caractère incomplet du dossier ne constitue pas une décision faisant grief susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir lorsque le dossier est effectivement incomplet, en l'absence de l'un des documents mentionnés à l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou lorsque l'absence d'une pièce mentionnée à l'annexe 10 à ce code, auquel renvoie l'article R. 431-11 du même code, rend impossible l'instruction de la demande.

5. Pour refuser d'enregistrer la demande de titre de séjour de M. A, le préfet de la Côte-d'Or a relevé que le dossier de l'intéressé, transmis par voie postale, ne comportait ni le formulaire normalisé prévu pour établir une telle demande ni l'avis de sa structure d'accueil. Si ce formulaire n'est pas, en tant que tel, au nombre des documents énumérés par l'article R. 431-10 et l'annexe 10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de sorte que le préfet de la Côte-d'Or ne pouvait fonder sa décision sur son absence, le requérant, en revanche, ne démontre pas, par ses seules affirmations et alors qu'il n'a pas pris le soin de numéroter les pièces annexées à sa demande de titre de séjour ou d'en dresser un bordereau, que la " note d'information " de la Cellule d'accueil et de suivi des mineurs non accompagnés du département de la Côte-d'Or versée aux débats était effectivement jointe à sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, ce qui demeure formellement contesté en défense. L'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoyant expressément que le préfet se prononce sur l'admission exceptionnelle au séjour d'un jeune majeur isolé au vu de l'avis de la structure d'accueil ou d'un tiers digne de confiance quant à l'insertion du demandeur dans la société française, l'absence au dossier de cet avis rend impossible l'instruction de la demande. Le préfet de la Côte-d'Or a ainsi à bon droit considéré que le dossier de M. A était incomplet. Il s'ensuit que le refus d'enregistrement contesté n'a pas le caractère d'une décision faisant grief susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'urgence et le sérieux des moyens invoqués, que M. A n'est pas fondé à demander la suspension de l'exécution de la décision du préfet de la Côte-d'Or du 16 janvier 2025. Ses conclusions en ce sens doivent donc être rejetées et il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique s'opposent à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, supporte le paiement de quelque somme que ce soit au profit du conseil de M. A en remboursement des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit à la demande présentée au même titre par le préfet de la Côte-d'Or.

O R D O N N E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire présentée par M. A.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Les conclusions du préfet de la Côte-d'Or tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de la Côte-d'Or.

Fait à Dijon, le 11 février 2025.

Le président du tribunal, juge des référés,

David Zupan

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière

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