Le Tribunal Administratif de Dijon a rejeté la requête de M. B... contestant le refus du département de l’Yonne de lui délivrer la carte « mobilité inclusion » mention « stationnement pour personnes handicapées ». Le tribunal a estimé que les éléments fournis par le requérant, notamment la fibromyalgie et l’utilisation d’une canne, ne démontraient pas une réduction importante et durable de sa capacité de déplacement à pied, telle que définie par l’article L. 241-3 du code de l’action sociale et des familles et l’arrêté du 3 janvier 2017. En particulier, le requérant n’a pas établi que son périmètre de marche était limité à moins de 200 mètres ou qu’il devait recourir systématiquement à une aide technique ou humaine pour tous ses déplacements extérieurs. Par conséquent, le tribunal a jugé que la décision de refus n’était pas entachée d’illégalité.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 7 juillet 2025, et des mémoires enregistrés les 29 août et
7 novembre 2025 M. C... B..., représenté par Me de Mesnard, demande au tribunal :
1°) d’annuler la décision, en date du 13 mai 2025, par laquelle le président du conseil départemental de l’Yonne a refusé de lui délivrer la carte « mobilité inclusion » portant la mention « stationnement pour personnes handicapées » ;
2°) d’enjoindre au président du conseil départemental de l’Yonne de lui délivrer la carte « mobilité inclusion » mention « stationnement », dans le délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, en application de l’article L. 911-1 du code de justice administrative ;
3°) de mettre à la charge du département de l’Yonne la somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il souffre de fibromyalgie ;
- son état s’est aggravé en 2023 avec l’apparition de douleurs diffuses et de paresthésies généralisées ;
- ce syndrome empêche les stations debout ou assises prolongées ;
- il est inapte à tout poste depuis mai 2024 et a été licencié ;
- il doit se déplacer avec une canne.
Par un mémoire en défense enregistré le 11 septembre 2025, le département de l’Yonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que le requérant ne démontre pas remplir les conditions de délivrance de la carte sollicitée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’action sociale et des familles ;
- l’arrêté du 3 janvier 2017 relatif aux modalités d’appréciation d’une mobilité pédestre réduite et de la perte d’autonomie dans le déplacement individuel ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Rousset, vice-président, pour statuer sur les litiges relevant de l’article R. 222-13 du code de justice administrative.
La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M Rousset ;
- et les observations de Me Nadjar substituant Me De Mesnard représentant M. B... qui persiste par les mêmes moyens dans les conclusions de sa requête ;
- le département de l’Yonne n’étant pas représenté.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B... demande l’annulation de la décision, en date du 13 mai 2025, par laquelle le président du conseil départemental de l’Yonne, a refusé de lui délivrer la carte « mobilité inclusion » portant la mention « stationnement pour personnes handicapées ».
2. Aux termes de l’article L. 241-3 du code de l’action sociale et des familles : « I. - La carte " mobilité inclusion " destinée aux personnes physiques est délivrée par le président du conseil départemental au vu de l’appréciation, sur le fondement du 3° du I de l’article L. 241-6, de la commission mentionnée à l’article L. 146-9. Elle peut porter une ou plusieurs des mentions prévues aux 1° à 3° du présent I, à titre définitif ou pour une durée déterminée. / (...) 3° La mention " stationnement pour personnes handicapées " est attribuée à toute personne atteinte d’un handicap qui réduit de manière importante et durable sa capacité et son autonomie de déplacement à pied ou qui impose qu’elle soit accompagnée par une tierce personne dans ses déplacements ». Le IV de l’article R. 241-12-1 du même code dispose : « Pour l’attribution de la mention “ stationnement pour personnes handicapées ”, un arrêté des ministres chargés des personnes handicapées, des personnes âgées et des anciens combattants définit les modalités d’appréciation d’une mobilité pédestre réduite et de la perte d’autonomie dans le déplacement individuel, en tenant compte notamment de la limitation du périmètre de marche de la personne ou de la nécessité pour celle-ci de recourir systématiquement à certaines aides techniques ou à une aide humaine lors de tous ses déplacements à l’extérieur ». Selon l’annexe de l’arrêté ministériel du 3 janvier 2017 susvisé, pris pour l’application de ces dispositions : « 1. Critère relatif à la réduction importante de la capacité et de l’autonomie de déplacement à pied : La capacité et l’autonomie de déplacement à pied s’apprécient à partir de l’activité relative aux déplacements à l’extérieur. / Une réduction importante de la capacité et de l’autonomie de déplacement à pied correspond à une difficulté grave dans la réalisation de cette activité et peut se retrouver chez des personnes présentant notamment un handicap lié à des déficiences motrices ou viscérales (exemple : insuffisance cardiaque ou respiratoire). / Ce critère est rempli dans les situations suivantes : [a] - la personne a un périmètre de marche limité et inférieur à 200 mètres ; ou [b] - ou la personne a systématiquement recours à l’une des aides suivantes pour ses déplacements extérieurs : - une aide humaine ; - une prothèse de membre inférieur ; - une canne ou tous autres appareillages manipulés à l’aide d’un ou des deux membres supérieurs (exemple : déambulateur) ; - un véhicule pour personnes handicapées : une personne qui doit utiliser systématiquement un fauteuil roulant pour ses déplacements extérieurs remplit les conditions d’attribution de la carte de stationnement pour personnes handicapées, y compris lorsqu’elle manœuvre seule et sans difficulté le fauteuil ; ou [c] - la personne a recours, lors de tous ses déplacements extérieurs, à une oxygénothérapie. / 2. Critère relatif à l’accompagnement par une tierce personne pour les déplacements : Ce critère concerne les personnes atteintes d’une altération d’une fonction mentale, cognitive, psychique ou sensorielle imposant qu’elles soient accompagnées par une tierce personne dans leurs déplacements. (...). / 3. Dispositions communes : La réduction de la capacité et de l’autonomie de déplacement à pied ou le besoin d’accompagnement doit être définitif ou d’une durée prévisible d’au moins un an pour attribuer la carte de stationnement pour personnes handicapées ».
3. Il résulte de l’instruction que M. B... est atteint d’un syndrome polyalgique diffus et de paresthésies, responsables de douleurs invalidantes empêchant la station debout ou assise prolongée. En outre, ce syndrome entraine une perte de force musculaire ainsi qu’une fatigue constante. Le certificat médical normalisé daté du 30 janvier 2024 joint à la demande de compensation du handicap indique que M. B... doit utiliser une canne de manière permanente pour tous ses déplacements intérieurs et extérieurs. Le certificat médical du docteur A... en date du 22 juillet 2025 corrobore ces faits. La circonstance que ce dernier document soit postérieur à la décision attaquée ne saurait faire obstacle à ce qu’il soit pris en compte, dès lors que, le litige relevant du contentieux de pleine juridiction, le tribunal statue au regard des dispositions applicables et de la situation de fait existant à la date à laquelle il rend sa propre décision. Si les pièces médicales versées aux débats ne permettent pas de relever que le périmètre de marche de l’intéressé serait inférieur à 200 mètres, il ressort en revanche de ce qui a été exposé plus haut que le requérant est contraint d’avoir recours de manière systématique, pour tous ses déplacements extérieurs, à une canne qui constitue l’une des aides limitativement énumérées par les dispositions citées au point précédent. Par suite, M. B... est fondé à demander l’annulation de la décision du 13 mai 2025 par laquelle le président du conseil départemental de l’Yonne a refusé de lui délivrer la carte « mobilité inclusion » mention « stationnement ».
4. Compte tenu de ce qui précède, d’où résulte la reconnaissance du droit de M. B... au bénéfice de la carte « mobilité inclusion » portant la mention « stationnement », il y a lieu de faire injonction au président du conseil départemental de l’Yonne de délivrer à l’intéressé une telle carte, cela dans le mois suivant la notification du présent jugement avec une durée de validité devant être fixée, dans les circonstances de l’espèce, à deux ans.
5. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge du département de l’Yonne, partie perdante dans la présente instance, la somme de 700 euros à verser à M. B... en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du président du conseil départemental de l’Yonne du 13 mai 2025 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au conseil départemental de l’Yonne de délivrer à M. B... la carte « mobilité inclusion » mention « stationnement » avec une durée de validité de deux ans, dans le mois suivant la notification du présent jugement.
Article 3 : Le département de l’Yonne versera à M. B... la somme de 700 euros en application de l’article L. 761‑1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C... B... et au département de l’Yonne.
Copie en sera faite à la maison départementale des personnes handicapées de l’Yonne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 février 2026.
Le magistrat désigné,
O. Rousset
La greffière,
M. D...
La République mande et ordonne au préfet de l’Yonne en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,