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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2502845

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2502845

jeudi 5 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2502845
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationCH 1 JU

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Dijon a annulé la décision du président du conseil départemental de Saône-et-Loire refusant la délivrance d'une carte mobilité inclusion avec la mention « stationnement ». Le tribunal a jugé que l'état de santé de la requérante, caractérisé par des pathologies sévères et durables réduisant considérablement son autonomie de déplacement, répondait aux critères légaux. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'action sociale et des familles et de l'arrêté du 3 janvier 2017 définissant les conditions d'attribution.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er août 2025, Mme C... B... conteste la décision, en date du 19 juin 2025, par laquelle le président du conseil départemental de Saône-et-Loire a refusé de lui délivrer la carte « mobilité inclusion » portant la mention « stationnement pour personnes handicapées ».

Elle soutient que :
- elle ne peut pas marcher sur une longue distance au risque d’avoir de fortes douleurs ;
- elle a besoin de l’aide d’une tierce personne pour tous ses déplacements quotidiens :
- elle perd régulièrement l’équilibre et est instable physiquement ;
- elle a été victime d’un AVC en 2010 ;
- elle est atteinte de rhumatisme psoriasique ;

La requête a été communiqué au département de Saône-et-Loire, lequel n’a pas produit d’observations.

Vu les autres pièces du dossier.


Vu :
- le code de l’action sociale et des familles ;
- l’arrêté du 3 janvier 2017 relatif aux modalités d’appréciation d’une mobilité pédestre réduite et de la perte d’autonomie dans le déplacement individuel ;
- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Rousset, vice-président, pour statuer sur les litiges relevant de l’article R. 222-13 du code de justice administrative.

La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

A été seulement entendu, au cours de l’audience publique, le rapport de M. Rousset, les parties n’étant ni présentes ni représentées.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.


Considérant ce qui suit :

1. Mme B... doit être regardée comme demandant l’annulation de la décision, en date du 19 juin 2025, par laquelle le président du conseil départemental de Saône-et-Loire, a refusé de lui délivrer la carte « mobilité inclusion » portant la mention « stationnement pour personnes handicapées ».

2. Aux termes de l’article L. 241-3 du code de l’action sociale et des familles : « I. - La carte " mobilité inclusion " destinée aux personnes physiques est délivrée par le président du conseil départemental au vu de l’appréciation, sur le fondement du 3° du I de l’article L. 241-6, de la commission mentionnée à l’article L. 146-9. Elle peut porter une ou plusieurs des mentions prévues aux 1° à 3° du présent I, à titre définitif ou pour une durée déterminée. / (...) 3° La mention " stationnement pour personnes handicapées " est attribuée à toute personne atteinte d’un handicap qui réduit de manière importante et durable sa capacité et son autonomie de déplacement à pied ou qui impose qu’elle soit accompagnée par une tierce personne dans ses déplacements ». Le IV de l’article R. 241-12-1 du même code dispose : « Pour l’attribution de la mention “ stationnement pour personnes handicapées ”, un arrêté des ministres chargés des personnes handicapées, des personnes âgées et des anciens combattants définit les modalités d’appréciation d’une mobilité pédestre réduite et de la perte d’autonomie dans le déplacement individuel, en tenant compte notamment de la limitation du périmètre de marche de la personne ou de la nécessité pour celle-ci de recourir systématiquement à certaines aides techniques ou à une aide humaine lors de tous ses déplacements à l’extérieur ». Selon l’annexe de l’arrêté ministériel du 3 janvier 2017 susvisé, pris pour l’application de ces dispositions : « 1. Critère relatif à la réduction importante de la capacité et de l’autonomie de déplacement à pied : La capacité et l’autonomie de déplacement à pied s’apprécient à partir de l’activité relative aux déplacements à l’extérieur. / Une réduction importante de la capacité et de l’autonomie de déplacement à pied correspond à une difficulté grave dans la réalisation de cette activité et peut se retrouver chez des personnes présentant notamment un handicap lié à des déficiences motrices ou viscérales (exemple : insuffisance cardiaque ou respiratoire). / Ce critère est rempli dans les situations suivantes : [a] - la personne a un périmètre de marche limité et inférieur à 200 mètres ; ou [b] - ou la personne a systématiquement recours à l’une des aides suivantes pour ses déplacements extérieurs : - une aide humaine ; - une prothèse de membre inférieur ; - une canne ou tous autres appareillages manipulés à l’aide d’un ou des deux membres supérieurs (exemple : déambulateur) ; - un véhicule pour personnes handicapées : une personne qui doit utiliser systématiquement un fauteuil roulant pour ses déplacements extérieurs remplit les conditions d’attribution de la carte de stationnement pour personnes handicapées, y compris lorsqu’elle manœuvre seule et sans difficulté le fauteuil ; ou [c] - la personne a recours, lors de tous ses déplacements extérieurs, à une oxygénothérapie. / 2. Critère relatif à l’accompagnement par une tierce personne pour les déplacements : Ce critère concerne les personnes atteintes d’une altération d’une fonction mentale, cognitive, psychique ou sensorielle imposant qu’elles soient accompagnées par une tierce personne dans leurs déplacements. (...). / 3. Dispositions communes : La réduction de la capacité et de l’autonomie de déplacement à pied ou le besoin d’accompagnement doit être définitif ou d’une durée prévisible d’au moins un an pour attribuer la carte de stationnement pour personnes handicapées ».

3. Il résulte de l’instruction que Mme B... souffre d’un rhumatisme psoriasique très sévère sous biothérapie ainsi que de fibromyalgie. Par ailleurs, elle est atteinte de troubles cardiaques, d’asthme et a fait des pneumothorax de chaque côté à deux reprises. En outre, elle a des douleurs au niveau des mains, des pieds et des genoux et a été victime d’un accident vasculaire cérébral en 2010. Ces pathologies entraînent, chez l’intéressée, des troubles de l’équilibre, des chutes et des malaises, rendant sa marche instable et impactant sa capacité de déplacement. Il ressort ainsi du certificat médical du professeur A... daté du 30 juin 2025 que Mme B... a un périmètre de déplacement inférieur à 200 mètres. La circonstance que ce dernier document soit postérieur à la décision attaquée ne saurait faire obstacle à ce qu’il soit pris en compte, dès lors que, le litige relevant du contentieux de pleine juridiction, le tribunal statue au regard des dispositions applicables et de la situation de fait existant à la date à laquelle il rend sa propre décision. La requérante ayant un périmètre de marche inférieur à 200 mètres, elle satisfait à l’une des conditions susmentionnées. Par suite, Mme B... est fondée à demander l’annulation de la décision du 19 juin 2025 par laquelle le président du conseil départemental de Saône-et-Loire a refusé de lui délivrer la carte « mobilité inclusion » mention « stationnement ».

4. Compte tenu de ce qui précède, d’où résulte la reconnaissance du droit de Mme B... au bénéfice de la carte « mobilité inclusion » portant la mention « stationnement », il y a lieu de faire injonction au président du conseil départemental de Saône-et-Loire de délivrer à l’intéressée une telle carte, cela dans le mois suivant la notification du présent jugement avec une durée de validité devant être fixée, dans les circonstances de l’espèce, à deux ans.


D E C I D E :


Article 1er : La décision du président du conseil départemental de Saône-et-Loire du 19 juin 2025 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au président du conseil départemental de Saône-et-Loire de délivrer à Mme B... la carte « mobilité inclusion » mention « stationnement » avec une durée de validité de deux ans, dans le mois suivant la notification du présent jugement.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... et au département de Saône-et-Loire.

Copie en sera faite à la maison départementale des personnes handicapées de Saône-et-Loire.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 mars 2026.

Le magistrat désigné,

O. Rousset
La greffière,

C. Chapiron



La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition,
La greffière,


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