Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 2 décembre 2025, M. F... B... représenté par Me Bigarnet demande au tribunal :
1°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d’annuler l’arrêté du 27 octobre 2025 par lequel le préfet de la Côte-d’Or lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d’office ;
3°) d’enjoindre au préfet de la Côte-d’Or de lui délivrer un titre de séjour ou à défaut de procéder à un nouvel examen de sa situation sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 000 euros à verser à son avocat au titre des dispositions combinées de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
S’agissant de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français :
- la signataire de la décision était incompétente ;
- la décision est insuffisamment motivée et n’a pas été précédée d’un examen particulier de sa situation personnelle ;
-la décision méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
S’agissant de la décision fixant le délai de départ de trente jours :
- elle est illégale en raison de l’illégalité dont est entachée la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français ;
S’agissant de la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est illégale en raison de l’illégalité dont est entachée la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français ;
-elle est insuffisamment motivée ;
-elle méconnaît l’article 3 de de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et l’article L. 721-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
Par un mémoire en défense enregistré le 24 décembre 2025 le préfet de la Côte-d’Or conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge du requérant le versement de la somme de 500 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
II fait valoir qu’aucun des moyens invoqués n’est fondé.
Par une ordonnance du 29 décembre 2025, la clôture d'instruction a été fixée au
16 janvier 2026.
Par une décision du 19 janvier 2026 M. B... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La rapporteure publique a été dispensée de prononcer des conclusions à l’audience, sur sa proposition.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l’audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. D...,
- les observations de Me Bigarnet, représentant M. B....
Considérant ce qui suit :
1. M. B..., ressortissant bangladais né en 1995, est entré en France le
20 août 2022 et y a sollicité l’asile. Sa demande a été rejetée par une décision de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 14 janvier 2025 notifiée le 3 mars 2025. Cette décision a été confirmée par une ordonnance du 30 septembre 2025 de la Cour nationale du droit d’asile notifiée le 21 octobre 2025. Par la présente requête, M. B... demande au tribunal, d’annuler l’arrêté du 27 octobre 2025 par lequel le préfet de la Côte-d’Or lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d’office.
Sur l’admission provisoire au bénéfice de l’aide juridictionnelle :
2. Par décision du 19 janvier 2026 M. B... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale. Par suite, sa demande tendant à l’octroi de l’aide juridictionnelle provisoire est devenue sans objet.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, par un arrêté du 17 octobre 2025, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du même jour, le préfet de la Côte-d’Or a délégué sa signature à Mme A... C..., directrice par intérim de l’immigration et de la nationalité, pour signer la décision attaquée. Le moyen d’incompétence doit par suite être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l’administration, les mesures de police doivent être motivées et « comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ».
5. En l’espèce, la décision portant obligation de quitter le territoire français vise notamment l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que le 4° de l’article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet a également précisé l’état civil du requérant, les modalités de son entrée sur le territoire français, le rejet de sa demande d’asile ainsi que sa situation personnelle et familiale. Il s’ensuit que la décision portant obligation de quitter le territoire français énonce de manière suffisamment circonstanciée l’ensemble des considérations de droit et de fait qui la fonde pour mettre M. B... en mesure d’en discuter utilement les motifs. Par suite, le moyen tiré de l’insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.
6. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de l’arrêté en litige, ni des autres pièces du dossier que le préfet de la Côte-d’Or n’aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. B... au vu des éléments qui avaient été portés à sa connaissance, avant de prendre la décision attaquée. Ainsi, le moyen tiré du défaut d’examen particulier de la situation personnelle de l’intéressé doit être écarté.
7. En quatrième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance (…) ».
8. M. B... soutient que le préfet de la Côte-d’Or a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale dès lors qu’il est proche de son frère et de sa belle-sœur qui vivent en France et qui ont obtenu en 2016 le statut de réfugié. Toutefois, il est constant que le requérant, célibataire et sans charge de famille, ne résidait sur le territoire français que depuis trois ans à la date de la décision attaquée. Par ailleurs, à supposer que, comme il le soutient sans pour autant l’établir, son frère et sa belle-sœur résident régulièrement en France, il ne justifie pas de l’intensité des liens qui les uniraient alors qu’ils ont vécu séparé pendant de nombreuses années. Il ne démontre pas davantage être dépourvu d’attaches au Bengladesh, pays où il a vécu jusqu’à l’âge de 27 ans et dans lequel il a nécessairement conservé des liens. Enfin si le requérant occupe un emploi de cuisinier, cette circonstance est, alors qu’il ne justifie d’aucune formation ou expérience significative dans ce secteur d’activité, insuffisante pour établir qu’il serait inséré socialement et professionnellement à la société française. Dans ces conditions,
M. B..., qui ne peut être regardé comme ayant en France le centre de ses intérêts privés, n’est pas fondé à soutenir que le préfet de la Côte-d’Or a méconnu les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :
9. L’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire n’ayant pas été établie, le requérant n’est pas fondé à exciper de son illégalité à l’encontre de la décision fixant le délai de départ volontaire.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
10. En premier lieu, l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire n’ayant pas été établie, le requérant n’est pas fondé à exciper de son illégalité à l’encontre de la décision fixant le pays de renvoi.
11. En deuxième lieu, la décision fixant le pays de renvoi qui vise notamment l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et qui mentionne que l’intéressé n’est pas exposé à des menaces ou risques de mauvais traitements en cas de retour dans son pays d’origine, comporte les considérations de droit et de fait permettant de la critiquer utilement. Par suite, le moyen tiré de l’insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.
12. En dernier lieu, aux termes des stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ». Aux termes du dernier alinéa de l’article L. 721-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ».
13. Si le requérant soutient que sa sécurité et sa vie seraient menacées en cas de retour dans son pays d’origine, en raison notamment des violences et représailles exercées par l’ennemi de son frère membre influent de la ligue Awami impliqué dans des affaires de corruption, il ne verse à l’instance aucune pièce susceptible d’établir la réalité des risques auxquels il serait personnellement exposé en cas de retour au Bengladesh. Dans sa décision du 14 janvier 2025, l’OFPRA n’a d’ailleurs pas retenu l’existence de risques personnels de persécutions ou de traitements inhumains ou dégradants le visant et cette décision a été confirmée par une ordonnance du 30 septembre 2025 de la Cour nationale du droit d’asile. M. B... n’est, par suite, pas fondé à soutenir que les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l’article L. 721-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ont été méconnues.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de l’arrêté du 27 octobre 2025 ne peuvent qu’être rejetées.
Sur les conclusions à fin d’injonction :
15. Par voie de conséquence du rejet des conclusions à fin d’annulation, les conclusions à fin d’injonction doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
16. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l’Etat, qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés par M. B... et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l’espèce, il n’y a pas lieu de mettre à la charge de M. B... la somme que réclame le préfet de la Côte-d’Or sur le fondement de l’article
L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Il n’y a pas lieu de statuer sur les conclusions aux fins d’admission à l’aide juridictionnelle provisoire présentées par M. B....
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Les conclusions présentées par le préfet de la Côte-d’Or sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. F... B..., au préfet de la
Côte-d’Or et à Me Bigarnet.
Copie en sera adressée au ministre de l’intérieur.
Délibéré après l'audience du 26 mars 2026, à laquelle siégeaient :
M. Olivier Rousset, président,
Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,
Mme Valérie Zancanaro, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 avril 2026.
Le président-rapporteur,
O. D...
La conseillère première assesseure,
M-E. Laurent
La greffière,
M. E...
La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d’Or en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,