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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2600998

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2600998

lundi 30 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2600998
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU REFERE ETR 15 JOURS
Avocat requérantCENTAURE AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Dijon, statuant en référé, a examiné un recours en excès de pouvoir contre plusieurs arrêtés préfectoraux d'éloignement et d'assignation à résidence pris à l'encontre d'un ressortissant étranger. Le tribunal a rejeté la demande de suspension de ces mesures, considérant que le requérant n'avait pas établi l'existence d'un doute sérieux quant à leur légalité, notamment sur le risque de soustraction à l'éloignement. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 9 mars 2026 et le 18 mars 2026, M. A... C..., représenté par Me Lagrue, demande au tribunal, dans le dernier état des écritures :

1°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d’annuler l’arrêté du 3 mars 2026 par lequel le préfet de l’Yonne l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d’être reconduit d’office et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pendant un an ;

3°) d’annuler l’arrêté du même jour par lequel ce préfet l’a assigné à résidence dans l’Yonne pendant quarante-cinq jours ;

4°) d’enjoindre au préfet de l’Yonne de réexaminer sa situation dans le délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte définitive de cent euros par jour de retard ;

5°) d’enjoindre au préfet de l’Yonne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler en cas d’annulation de la mesure l’obligeant à quitter le territoire français ou de la décision fixant le pays de destination, dans le délai d’une semaine à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte définitive de cent euros par jour de retard ;

6°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 000 à verser à Me Marianne Lagrue au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :
En ce qui concerne la décision l’obligeant à quitter le territoire français :
- elle est entachée d’incompétence dès lors qu’il n’est pas justifié d’une délégation expresse de signature, dont la copie figure au greffe du tribunal ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen personnel de sa situation ;
- elle a été prise en méconnaissance du droit d’être entendu ;
- elle est entachée d’un vice de procédure dès lors qu’il n’a pas bénéficié de l’assistance d’un interprète en méconnaissance de l’article L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; le préfet n’indique pas dans l’arrêté litigieux si les diligences ont été effectuées pour lui permettre de comprendre les décisions ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste dans l’appréciation des conséquences sur sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision portant privation du délai de départ volontaire :
- elle est entachée d’incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale du fait de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, invoquée par la voie de l’exception ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle ;
- elle est entachée d’une erreur de fait et d’une erreur d’appréciation dès lors qu’il ne représente pas une menace à l’ordre public ; il a sollicité la délivrance d’un titre de séjour le 12 février 2024 ; il dispose d’un extrait de naissance et d’un passeport en cours de validité ; il ne souhaite pas retourner dans son pays d’origine en raison des craintes de persécutions qu’il nourrit ; la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée en 2022 n’est plus exécutoire et ne devrait pas motiver un risque de soustraction ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est entachée d’incompétence ;
- elle est illégale du fait de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est illégale du fait de l’illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de renvoi ;
- elle est entachée d’incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée dès lors que le préfet n’a pas examiné le critère de la nature et de l’ancienneté des liens avec la France ;
- elle est entachée d’une erreur de droit ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;
En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen personnel de sa situation ;
- les modalités de pointage sont excessives ;
- elle méconnaît l’article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le préfet de l’Yonne s’appuie sur une obligation de quitter le territoire français du 10 octobre 2022, prise il y a plus de trois ans.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 mars 2026, le préfet de l’Yonne, représenté par la SELARL Centaure Avocats, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :
- le moyen tiré de la méconnaissance du droit d’être entendu est inopérant ;
- le moyen tiré de l’absence d’un interprète lors de la notification des décisions est inopérant ;
- l’administration a pu légalement considérer que l’intéressé présentait un risque de soustraction à la mesure d’éloignement dès lors qu’il s’était déjà soustrait à une précédente mesure d’éloignement, qu’il se maintenait irrégulièrement depuis plusieurs années et qu’il a explicitement indiqué ne pas souhaiter retourner dans son pays d’origine, ces éléments caractérisant à eux seuls un risque de fuite ;
- le moyen tiré de la méconnaissance de l’article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant ;
- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. C... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d’aide juridictionnelle du 16 mars 2026.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Hascoët, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les dispositions de l’article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique, tenue en présence de Mme Roulleau, greffière :
- le rapport de Mme Hascoët, magistrate désignée ;
- les observations de Me Clemang, substituant Me Lagrue, représentant M. C..., qui reprend les conclusions et les moyens des écritures, insiste particulièrement sur les risques encourus en cas de retour en Turquie compte tenu de l’appartenance de M. C... à l’ethnie kurde, fait valoir que la délégation de signature évoquée dans le mémoire en défense n’est pas produite ce qui fait douter de son existence et de sa publication, s’agissant du droit d’être entendu, fait valoir que le requérant conteste avoir bénéficié du concours d’un interprète par téléphone lors de l’audition ayant permis de renseigner le formulaire préimprimé de trouble à l’ordre public, qu’il ne parle pas bien le français, qu’il n’a pas pu comprendre les questions posées compte tenu de leur complexité et que le document ne mentionne pas le nom de l’interprète qui aurait apporté son concours ; s’agissant de l’obligation de quitter le territoire français et de l’interdiction de retour sur le territoire français, elle ajoute que M. C... ne constitue pas une menace à l’ordre public pour la seule raison qu’il s’est soustrait à une précédente mesure d’éloignement et qu’il n’y a pas de menace à l’ordre public dès lors qu’il n’a pas fait l’objet d’une condamnation.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.


Considérant ce qui suit :

M. A... C..., ressortissant turc né le 20 octobre 1991, déclare être entré en France en 2020. L’Office français de protection des réfugiés et des apatrides a rejeté sa demande d’asile par une décision du 13 avril 2021 et le recours formé contre cette décision a été rejeté par la Cour nationale du droit d’asile le 3 mai 2022. Par un arrêté du 10 octobre 2022, le préfet du Loiret l’a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours. M. C... a été interpellé le 2 mars 2026 par les services de gendarmerie de Joigny et placé en garde à vue pour des faits de conduite sans permis et sans assurance. Par un arrêté du 3 mars 2026, le préfet de l’Yonne l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d’être reconduit d’office et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pendant un an. Par un arrêté du même jour, ce préfet l’a assigné à résidence dans l’Yonne pour une durée de quarante-cinq jours. Par sa requête, M. C... demande l’annulation de ces deux arrêtés.

Sur l’admission à l’aide juridictionnelle :

Aux termes du premier alinéa de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique : « Dans les cas d’urgence (…), l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ».

M. C... ayant été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d’aide juridictionnelle du 16 mars 2026, il n’y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle qui sont devenues sans objet.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

En ce qui concerne le moyen commun tiré de l’incompétence du signataire :

Par un arrêté du 10 février 2026, publié le jour même au recueil des actes administratifs spécial n° 89-2026-057 de la préfecture, aisément consultable sur le site Internet de la préfecture, le préfet de l’Yonne a donné délégation à Mme D... B..., directrice de la citoyenneté et de la légalité, pour signer notamment les décisions portant obligation de quitter le territoire français, celles accordant ou refusant un délai de départ volontaire, les décisions fixant le pays à destination duquel l’étranger peut être reconduit et les décisions portant interdiction de circulation. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence du signataire de l’arrêté du 3 mars 2026 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays de renvoi et interdiction de retour sur le territoire français doit être écarté comme manquant en fait

En ce qui concerne l’obligation de quitter le territoire français :

En premier lieu, la décision contestée vise le 1° et le 5° de l’article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne qu’il a été interpellé le 2 mars 2026 par les services de gendarmerie pour des faits de conduite d’un véhicule sans permis et sans assurance et placé en garde à vue, qu’il déclare être entré en France le 5 décembre 2020 sans pouvoir justifier de la régularité de sa situation et qu’il s’est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d’un titre de séjour en cours de validité depuis le 3 mai 2022. Par suite, la décision contestée, qui comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, est suffisamment motivée.

En deuxième lieu, le droit d’être entendu, qui fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l’Union, se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d’une procédure administrative avant l’adoption de toute décision susceptible d’affecter de manière défavorable ses intérêts. Ce droit ne saurait cependant être interprété en ce sens que l’autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d’entendre l’intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l’Union européenne, que toute irrégularité dans l’exercice des droits de la défense lors d’une procédure administrative concernant un ressortissant d’un pays tiers en vue de son éloignement ne saurait constituer une violation de ces droits et, en conséquence, que tout manquement, notamment, au droit d’être entendu n’est pas de nature à entacher systématiquement d’illégalité la décision prise. Il revient à l’intéressé d’établir devant le juge chargé d’apprécier la légalité de cette décision que les éléments qu’il n’a pas pu présenter à l’administration auraient pu influer sur le sens de cette décision et il appartient au juge saisi d’une telle demande de vérifier, lorsqu’il estime être en présence d’une irrégularité affectant le droit d’être entendu, si, eu égard à l’ensemble des circonstances de fait et de droit spécifiques de l’espèce, cette violation a effectivement privé celui qui l’invoque de la possibilité de mieux faire valoir sa défense dans une mesure telle que cette procédure administrative aurait pu aboutir à un résultat différent.

Il ressort du formulaire de renseignement administratif complété le 2 et le 3 mars 2026 pendant la garde à vue de M. C... que celui-ci a été interrogé sur les observations qu’il voudrait formuler dans la perspective de l’édiction d’une éventuelle obligation de quitter le territoire français et qu’il a déclaré qu’il ne prendrait pas le risque de rentrer en Turquie, qu’il était bien intégré en France et qu’il ne souhaitait pas partir. M. C... fait valoir qu’il n’a pas bénéficié de l’assistance d’un interprète pendant son audition par les services de gendarmerie de Joigny en dépit de la mention portée sur le formulaire selon laquelle un interprète aurait porté son concours par téléphone. M C... n’a toutefois porté aucune remarque à ce sujet sur le formulaire lorsqu’il l’a signé. En outre, il a été en mesure de répondre aux différentes questions qui lui ont été posées et il ne fait pas état d’éléments qu’il n’a pas été en mesure de porter à la connaissance de l’administration qui auraient pu influer sur le sens de la décision. Par suite, ce moyen doit être écarté.

En troisième lieu, les conditions de notification d’une décision administrative sont sans incidence sur sa légalité. Ainsi la circonstance que la décision attaquée aurait été notifiée au requérant sans le concours d’un interprète en méconnaissance de l’article L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est sans incidence sur sa légalité. Ce moyen doit être écarté comme inopérant.

En quatrième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision ni des pièces du dossier que le préfet de l’Yonne n’aurait pas procédé à un examen particulier de la situation du requérant.

En cinquième lieu, aux termes de l’article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / (…) 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public (…) ».

En l’absence d’éléments produits par le préfet concernant les circonstances précises dans lesquelles M. C... a été interpellé par les services de gendarmerie, et notamment de tout procès-verbal établi par les services de gendarmerie, il ne ressort pas des pièces du dossier que l’intéressé constitue une menace pour l’ordre public. Il résulte toutefois de l’instruction que le préfet de l’Yonne aurait pris la même mesure d’éloignement en se fondant seulement sur le 1° de l’article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui fonde légalement sa décision.

En sixième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (…) ».

M. C... soutient être entré en France en 2020 et que sa conjointe, ses enfants et d’autres membres de sa famille se trouvent sur le territoire français. Toutefois, il est entré irrégulièrement sur le territoire français et il s’y est maintenu en dépit du rejet définitif de sa demande d’asile par la Cour nationale du droit d’asile le 3 mai 2022 et d’une obligation de quitter le territoire français édictée à son encontre le 10 octobre 2022. Il ressort du formulaire de renseignement administratif complété par les services de gendarmerie sur lequel M. C... a apposé sa signature que l’intéressé a déclaré être célibataire et ne pas avoir d’enfant à charge. Aucune pièce du dossier n’atteste d’une relation actuelle ni de la présence d’enfants. Il ressort du formulaire de renseignement administratif que M. C... a également déclaré avoir quatre sœurs et deux frères qui vivent en Turquie, où il a lui-même vécu jusqu’à l’âge de 29 ans. Si M. C... produit des bulletins de salaire, un certificat de travail et un contrat de travail établissant qu’il a travaillé de septembre à octobre 2025 en qualité d’ouvrier centraliste et de novembre 2025 à février 2026 en qualité d’aide-cuisinier dans la restauration rapide, qu’il dispose par ailleurs d’une promesse d’embauche en qualité de technicien fibre et que plusieurs connaissances témoignent de ses qualités humaines, il ne justifie pas avoir noué en France des liens d’une particulière intensité. Dans ces conditions, le préfet de l’Yonne a pu l’obliger à quitter le territoire français sans porter une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l’erreur manifeste d’appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle doit également être écarté.

En ce qui concerne la décision le privant de délai de départ volontaire :

En premier lieu, la décision qui vise les 1° et 3° de l’article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les 1°, 4° et 8° de l’article L. 612-3 du même code et mentionne que M. C... présente un risque de soustraction à la mesure d’éloignement dès lors qu’il n’a pas sollicité la délivrance d’un titre de séjour depuis cinq ans, qu’il s’est soustrait à une précédente mesure, qu’il ne peut présenter de documents d’identité ou de voyage en cours de validité, qu’il a déclaré lors de son audition ne vouloir repartir dans son pays sous aucun prétexte et qu’il présente une menace pour l’ordre public. Cette décision, qui mentionne les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, est suffisamment motivée. Le moyen tiré de l’insuffisance de motivation doit être écarté.

En deuxième lieu, M. C... n’ayant pas établi l’illégalité de la décision l’obligeant à quitter le territoire français, il n’est pas fondé à se prévaloir de cette illégalité par la voie de l’exception à l’encontre de la décision le privant de délai de départ volontaire.

En troisième lieu, aux termes de l’article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / (…) 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ». Aux termes de l’article L. 612-3 de ce code : « Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / (…) 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; (…) 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité (…) ».

Il ne ressort pas des pièces du dossier que le comportement de M. C... représente une menace pour l’ordre public. En outre, il ressort des pièces du dossier que M. C... a adressé une demande d’admission exceptionnelle au séjour au préfet du Loiret en février 2024 et qu’il dispose d’un passeport en cours de validité. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. C... s’est soustrait à l’exécution d’une précédente mesure d’éloignement édictée en octobre 2022, motif prévu par le 5° de l’article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, il ressort des pièces du dossier que l’intéressé a indiqué lors de son audition par les services de gendarmerie qu’il n’acceptait pas de se soumettre à la mesure d’éloignement car il risquait de subir des représailles des autorités turques en cas de retour dans ce pays. Il résulte de l’instruction que le préfet de l’Yonne aurait pris la même décision en se fondant sur ces deux seuls motifs, mentionnés dans la décision contestée, qui caractérisent le risque de soustraction en l’absence de circonstance particulière et justifient légalement sa décision. Par suite, les moyens tirés de l’erreur de fait et de l’erreur d’appréciation doivent être écartés.

En quatrième lieu, pour les mêmes motifs, et alors que M. C... n’établit pas la situation familiale dont il se prévaut, le moyen tiré de l’erreur manifeste d’appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

En premier lieu, M. C... n’ayant pas établi l’illégalité de la décision l’obligeant à quitter le territoire français, il n’est pas fondé à se prévaloir de cette illégalité par la voie de l’exception à l’encontre de la décision fixant le pays à destination duquel il est susceptible d’être reconduit d’office.

En deuxième lieu, aux termes de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ». Aux termes de l’article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ».

M. C... soutient qu’il craint d’être exposé à des traitements inhumains et dégradants par les autorités turques, en cas de retour dans son pays d’origine, en raison de son origine kurde et de son soutien actif au parti démocratique des peuples (HDP). Il fait valoir qu’il a participé en octobre 2014 à une manifestation interdite et qu’il a été placé en garde à vue pendant une journée, qu’il a été arrêté de nouveau le 21 mars 2015 et placé en garde à vue pendant quelques heures parce qu’il se trouvait dans les locaux du HDP, qu’il a publié sur les réseaux sociaux des propos visant à « dénoncer les attentats de juillet 2015 à Suruç » et qu’il a été poursuivi en octobre 2019 par les autorités en raison de ses liens avec une organisation terroriste. Toutefois, le requérant se borne à des considérations générales concernant son soutien au HDP. Il n’apporte aucune pièce permettant d’accréditer ses allégations qui restent peu précises, notamment pour apprécier la visibilité de l’engagement militant de l’intéressé et la teneur de ses publications sur les réseaux sociaux. Dans ces conditions, en l’absence de développement suffisamment circonstancié permettant d’établir le caractère réel et actuel des risques auxquels il serait personnellement exposé en cas de retour en Turquie, et alors au demeurant que l’Office français de protection des réfugiés et des apatrides et la Cour nationale du droit d’asile ont rejeté sa demande d’asile, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne l’interdiction de retour sur le territoire français :

En premier lieu, la décision contestée vise les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est suffisamment motivée au regard des quatre critères prévus par l’article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. S’agissant en particulier de la nature et de l’ancienneté des liens avec la France, le préfet de l’Yonne a indiqué dans la décision que l’intéressé n’avait pas d’attaches profondes sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l’insuffisance de la motivation doit être écarté.

En deuxième lieu, M. C... n’ayant pas établi l’illégalité des décisions l’obligeant à quitter le territoire français et le privant de délai de départ volontaire, il n’est pas fondé à se prévaloir de l’illégalité de ces décisions par la voie de l’exception à l’encontre de la décision lui interdisant le retour sur le territoire français.

En troisième lieu, le moyen tiré de l’erreur de droit doit être écarté dès lors que le préfet a pris en compte les quatre critères prévus par l’article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En quatrième lieu, aux termes de l’article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ». Aux termes de l’article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français (…) ».

Alors qu’aucun délai de départ volontaire n’a été accordé à M. C..., celui-ci ne fait état d’aucune circonstance humanitaire justifiant que l’autorité administrative n’édicte pas d’interdiction de retour sur le territoire français. M. C... déclare être entré en France irrégulièrement en décembre 2020, il s’est maintenu sur le territoire français après le rejet de sa demande d’asile et en dépit d’une précédente mesure d’éloignement édictée en octobre 2022, il allègue avoir noué des liens familiaux en France sans en justifier alors qu’il a déclaré lors de son audition par les services de gendarmerie être célibataire et ne pas avoir d’enfant à charge. Il justifie avoir travaillé de septembre 2025 à février 2026 en tant qu’ouvrier puis qu’aide de cuisine. Dans ces circonstances, alors même qu’il ne constitue pas une menace à l’ordre public contrairement à ce qu’a retenu le préfet de l’Yonne, celui-ci a pu, sans erreur d’appréciation, fixer à une année la durée de l’interdiction de retour sur le territoire français.

En ce qui concerne l’assignation à résidence :

En premier lieu, la décision contestée vise le 1° de l’article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne que M. C... fait l’objet d’un arrêté portant obligation de quitter le territoire français édicté le 3 mars 2026, qu’il présente un risque de soustraction à cette mesure pour différents motifs qu’il a précisés, que l’intéressé ne peut quitter immédiatement le territoire mais que l’éloignement demeure une perspective raisonnable. Par suite, cette décision, qui mentionne les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, est suffisamment motivée.

En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de l’Yonne n’aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. C....

En troisième lieu, aux termes de l’article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé (…) ».

Contrairement à ce que soutient le requérant, la mesure d’assignation à résidence n’est pas fondée sur une obligation de quitter le territoire français édictée plus de trois ans auparavant mais sur l’obligation de quitter le territoire français édictée par le préfet de l’Yonne le 3 mars 2026. Par suite, le moyen tiré de l’erreur de droit doit être écarté.

En quatrième lieu, la mesure contestée oblige M. C... à se présenter chaque lundi, mercredi et vendredi à 9 heures aux services de gendarmerie de Joigny. Si M. C... fait valoir que ces modalités de présentation sont excessives, il ne fait état d’aucune circonstance particulière, tenant notamment à son état de santé, qui rendrait particulièrement difficile le respect de ces modalités de présentation, alors qu’il réside lui-même à Joigny. Par suite, le moyen tiré de l’erreur d’appréciation doit être écarté.

Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation des arrêtés du 3 mars 2026 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d’injonction, d’astreinte et celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.




D E C I D E :

Article 1er :
Il n’y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. C... tendant à l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

Article 2 :
Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.


Article 3 :
Le présent jugement sera notifié à M. A... C..., à Me Marianne Lagrue et au préfet de l’Yonne.

Copie sera adressée au ministre de l’intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mars 2026.






La magistrate désignée







P. Hascoët

La greffière,







A. Roulleau

La République mande et ordonne au préfet de l’Yonne, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,
La greffière,



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