Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Montreuil le 15 mars 2026, et un mémoire, enregistré le 20 mars 2026, M. C... B..., représenté par la SELARL Cabinet d’avocats Cisse Balla, demande au tribunal d’annuler l’arrêté du 8 mars 2026 par lequel le préfet de la Côte-d’Or l’a assigné à résidence sur le territoire de la commune de Nuits-Saint-Georges, dans le département de la Côte-d’Or, pour une durée de quarante-cinq jours.
M. B... soutient que :
- le tribunal administratif de Dijon n’est pas territorialement compétent pour statuer sur sa requête ;
- l’arrêté attaqué est entaché « d’illégalités externes (défaut de délégation de signature, défaut de motivation, violation du droit à être entendu) » et « d’illégalités internes (erreur de droit, erreur d’appréciation, erreur manifeste d’appréciation, défaut d’examen personnalisé, violation de l’article 8 de CEDH, violation de l’article 3 CEDH, absence d’interprète) ».
Par une ordonnance n° 2605898 du 18 mars 2026, la présidente du tribunal administratif de Montreuil a transmis au tribunal administratif de Dijon, sur le fondement de l’article R. 351-3 du code de justice administrative, le dossier de la requête de M. B....
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. A... pour statuer sur les requêtes relevant des procédures régies par les articles L. 921-1 à L. 922-3 et R. 921-1 à R. 922-28 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l’audience.
Les parties n’étant ni présentes, ni représentées, la clôture de l’instruction a été prononcée après l’appel de l’affaire à l’audience et M. A... a lu son rapport.
Considérant ce qui suit :
1. M. B..., ressortissant malien né en 1990 et entré irrégulièrement en France, à une date indéterminée, a été interpellé le 4 mars 2026 par les services de gendarmerie et placé en retenue administrative. Par un arrêté du 4 mars 2026, le préfet de la Côte-d’Or, après avoir constaté que l’intéressé disposait d’un droit au séjour en Espagne et recueilli l’accord des autorités espagnoles, a décidé, sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 621-2 et L. 621-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, de remettre l’intéressé aux autorités espagnoles et de prononcer à son encontre une interdiction de circulation d’une durée d’un an. Par un arrêté du 8 mars 2026, le préfet de la Côte-d’Or a ensuite assigné M. B... à résidence, sur le territoire de la commune de Nuits-Saint-Georges, pour une durée de quarante-cinq jours. Le requérant demande l’annulation de cet arrêté du 8 mars 2026.
Sur l’exception d’incompétence territoriale :
2. Aux termes de l’article R. 922-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Lorsque l’étranger est assigné à résidence en application de l’article L. 731-1, placé ou maintenu en rétention administrative ou détenu au moment de l’introduction de sa requête, le tribunal administratif territorialement compétent est celui dans le ressort duquel est situé le lieu d’assignation, de rétention ou de détention (…) ». L’article R. 221-3 du code de justice administrative prévoit que le ressort du tribunal administratif de Dijon comprend notamment le département de la Côte-d’Or.
3. Ainsi que l’a, à juste titre, décidé la présidente du tribunal administratif de Montreuil, le tribunal administratif de Dijon est territorialement compétent pour statuer sur le recours présenté par M. B... dirigé contre une mesure d’assignation à résidence fixée à Nuits-Saint-Georges, dans le département de la Côte-d’Or. L’exception d’incompétence territoriale soulevée par le requérant doit dès lors être écartée.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
4. En premier lieu, par un arrêté du 13 juin 2025, publié le jour même au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, le préfet de la Côte-d’Or a donné délégation à M. Bruel, secrétaire général de la préfecture, et, en cas d’absence ou d’empêchement de celui-ci, à Mme Malerba, secrétaire générale adjointe de la préfecture, à l’effet de signer notamment tous arrêtés, décisions relevant des attributions de l’Etat dans le département de la Côte-d’Or à l’exception d’actes au nombre desquels ne figurent pas la décision attaquée. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. Bruel n’aurait pas été absent ou empêché le 8 mars 2026. Par suite, le moyen tiré de ce que Mme Malerba n’était pas compétente pour signer l’arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l’article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne : « Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l’Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d’être entendue avant qu’une mesure individuelle qui l’affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre (...) ».
6. S’il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l’Union européenne que l’article 41 s’adresse, non pas aux États membres, mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l’Union, de sorte que le moyen tiré de leur violation par une autorité d’un État membre est inopérant, il résulte cependant de cette même jurisprudence que le droit d’être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l’Union, et qu’il appartient aux États membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d’une procédure administrative avant l’adoption de toute décision susceptible d’affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l’autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d’entendre l’intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.
7. D’une part, il ressort des pièces du dossier que M. B... a été entendu par les services de la brigade de gendarmerie de Nuits-Saint-Georges le 4 mars 2026 et que le procès-verbal d’audition a ensuite été communiqué aux services de la préfecture de la Côte-d’Or. D’autre part, l’intéressé n’établit ni même n’allègue avoir par la suite sollicité, en vain, un entretien avec les services préfectoraux ou avoir été empêché d’apporter d’autres observations. Le requérant n’est dès lors, en tout état de cause, pas fondé à soutenir que son droit à être entendu préalablement à l’édiction de l’arrêté du 8 mars 2026 aurait été méconnu.
8. En troisième lieu, l’arrêté attaqué, qui comporte l’énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, n’a pas méconnu les dispositions combinées de l’article L. 732-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l’administration.
9. En dernier lieu, les autres moyens invoqués par le requérant, intitulés « erreur de droit, erreur d’appréciation, erreur manifeste d’appréciation, défaut d’examen personnalisé, violation de l’article 8 de CEDH, violation de l’article 3 CEDH, absence d’interprète », ne sont pas assortis des précisions suffisantes et doivent dès lors, et en tout état de cause, être écartés.
10. Il résulte de tout ce qui précède que M. B... n’est pas fondé à demander l’annulation de l’arrêté attaqué. Sa requête doit par suite être rejetée.
DECIDE :
Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C... B... et au préfet de la Côte-d’Or.
Une copie de ce jugement sera transmise, pour information, au ministre de l’intérieur.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mars 2026.
Le magistrat désigné,
L. A...
La greffière,
S. Kieffer
La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d’Or, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,