mardi 11 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Besançon |
| Section | Tribunal Administratif de Besançon |
| N° Dossier | TA25-2001907 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | ELEOM MONTPELLIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires en réplique, enregistrés respectivement les 27 novembre 2020, 3 novembre 2021 et 5 septembre 2022, l'association Servir, représentée par Me Smallwood, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 octobre 2020 par lequel le directeur général de l'agence régionale de santé de Bourgogne Franche-Comté et le président du conseil départemental du Territoire de Belfort ont transféré l'autorisation qui lui avait été délivrée pour la gestion de l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes " la Rosemontoise " à l'association " Les bons enfants " au 7 novembre 2020 ;
2°) de mettre à la charge conjointe de l'agence régional de santé de Bourgogne Franche-Comté et du département du Territoire de Belfort la somme de 3 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision contestée résulte de la décision du 27 octobre 2020 portant cessation totale et définitive d'activité de l'établissement " La Rosemontoise ", laquelle a été prise au terme de la période de suspension d'activité dudit établissement décidée par un arrêté du 30 juillet 2020, dont elle entend exciper de l'illégalité, qui constitue une sanction au sens de l'article L. 122-2 du code des relations entre le public et l'administration, et qui ne pouvait être régulièrement pris qu'à l'issue de la procédure contradictoire préalable prévue aux articles L. 122-1 et L. 122-2 du code des relations entre le public et l'administration, qui, en l'espèce n'a pas été respectée, alors qu'aucune situation d'urgence ne justifiait cette exemption ;
- la décision en litige, qui n'emporte pas transfert du contrat de bail et a été prise sans recueillir l'accord préalable du bailleur et du locataire, porte atteinte à son droit de disposer librement des locaux de l'établissement " La Rosemontoise " pris à bail pour exploiter cette structure, alors que le contrat de bail lui interdit de céder le bail en cours à l'association " les bons enfants ", laquelle occupe les locaux de l'établissement sans droit ni titre depuis le 7 novembre 2020, à la suite d'une voie de fait ;
- dès lors que M. D B, qui a assuré l'administration provisoire de l'établissement du 7 juin au 7 août 2020 et a rédigé un rapport à charge à son encontre, était le directeur du pôle gérontologique de la fondation Pompidou dont relève l'association " les bons enfants ", à laquelle l'autorisation d'exploiter l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes a été transférée par l'arrêté en litige, et que ce transfert au profit de cet acteur local était envisagé par l'agence régionale de santé et le département du Territoire de Belfort depuis le mois de juin 2020, M. B disposait d'un intérêt dans l'administration provisoire de l'établissement qui lui avait été confiée, en méconnaissance des dispositions du V de l'article L. 313-14 du code de l'action sociale et des familles ;
- du fait du conflit d'intérêts existant en raison de la participation de M. B à l'administration provisoire de l'établissement, qui n'avait au demeurant pas réussi à remédier aux dysfonctionnements constatés qui ont justifié la cessation définitive d'activité de la structure et en l'absence de locaux autres que ceux objet du bail en cours dont elle n'était pas titulaire, l'association " les bons enfants ", dont les établissements qu'elle gère ont été également touchés par la pandémie liée à la Covid 19 et dont l'un d'entre eux a subi un incendie au mois de novembre 2020, ne présente pas les garanties morales et techniques requises pour reprendre l'exploitation de l'établissement et son implantation locale ne pouvait constituer un critère de sélection pour l'administration, qui n'a au demeurant pas procédé, contrairement à ce qu'elle aurait dû faire, à un appel à manifestation d'intérêt.
Par deux mémoires en défense, enregistrés respectivement les 8 juillet 2021 et 31 août 2022, l'agence régionale de santé de Bourgogne Franche-Comté, représentée par le cabinet Akilys-Avocats, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de l'association Servir de la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requérante ne peut pas utilement exciper de l'illégalité des arrêtés des 30 juillet et 9 octobre 2020 portant suspension d'activité et administration provisoire de l'établissement " la Rosemontoise ", qui ne constituent pas la base légale de la décision de transfert d'autorisation d'exploitation de cet établissement, laquelle n'a pas davantage été prise pour l'application de ces arrêtés ;
- en tout état de cause, l'arrêté portant suspension d'activité du 30 juillet 2020 et les décisions relatives à l'administration provisoire ont été régulièrement pris ;
- l'arrêté du 27 octobre 2020 portant cessation définitive d'activité de l'établissement " La Rosemontoise " est légal ;
- l'inconstitutionnalité de l'article L. 313-18 du code de l'action sociale et des familles ne peut pas utilement être discutée devant le juge administratif, en dehors d'une question prioritaire de constitutionnalité ;
- les relations de droit privé ne sauraient faire obstacle à l'édiction d'une décision de transfert d'autorisation prise à la suite d'une mesure de police administrative ; il y a lieu de distinguer l'établissement médico-social de son association gestionnaire ainsi que le patrimoine de chacun d'eux et le bail détenu par l'association, au demeurant privé d'objet en l'absence d'autorisation d'exploitation de l'établissement, ne peut faire obstacle à la décision de transfert d'autorisation d'exploitation ; la gestion de l'immeuble loué par la requérante a été rendue possible par les versements effectués par les autorités tarifaires et la requérante avait l'obligation de procéder à la dévolution de son patrimoine affecté à l'établissement ;
- dès lors que M. B, qui justifiait des compétences requises, a exercé l'administration provisoire de l'établissement " la Rosemontoise " en binôme avec une personne dépourvue de lien avec la fondation Pompidou durant deux mois seulement et a vu ses constats confirmés par les administrateurs qui lui ont succédé, et que les autorités de tutelle n'avaient pas envisagé de prononcer la cessation d'activité de l'établissement géré par l'association Servir et le transfert de l'autorisation de gestion à un autre gestionnaire avant le mois de septembre 2020, l'administration n'a pas commis de détournement de pouvoir ;
- le transfert d'autorisation prévu à l'article L. 313-18 du code de l'action sociale et des familles n'est soumis à aucune procédure de sélection préalable des candidats et l'association " les bons enfants " présentait toutes les garanties requises pour bénéficier de ce transfert.
Par deux mémoires, enregistrés respectivement les 9 juillet 2021 et 7 septembre 2022, le département du Territoire de Belfort, représenté par Me Lonqueue, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de l'association Servir de la somme de 4 000 euros à son profit au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la requérante ne peut pas utilement ni de façon recevable exciper de l'illégalité des arrêtés des 30 juillet et 9 octobre 2020 portant suspension d'activité et administration provisoire de l'établissement " la Rosemontoise ", qui ne constituent pas la base légale de la décision de transfert d'autorisation d'exploitation de cet établissement, laquelle n'a pas davantage été prise pour l'application de ces arrêtés et alors que ces décisions ne forment pas entre elles une opération complexe ;
- en tout état de cause, l'arrêté portant suspension d'activité du 30 juillet 2020 n'est pas illégal ;
- l'inconstitutionnalité de l'article L. 313-18 du code de l'action sociale et des familles ne peut pas être discutée devant le juge administratif ;
- l'existence d'un contrat de bail, lequel constitue un contrat de droit privé, n'est pas opposable à l'administration et les potentielles conséquences de la décision de transfert sur le bail dont la requérante est titulaire sont sans incidence sur sa légalité ;
- en tout état de cause, la circonstance que l'exécution de la décision de transfert d'autorisation d'exploitation de l'établissement " La Rosemontoise " entraîne l'occupation par l'association " Les bons enfants " des locaux loués à la requérante n'a pas pour objet ni pour effet de porter atteinte au patrimoine de cette dernière ou de méconnaître son droit d'usage des locaux, et la gestion de l'immeuble loué par la requérante ayant été rendue possible par les versements effectués par les autorités tarifaires, l'association avait l'obligation, après la cessation d'activité de l'établissement, de restituer une partie des fonds versés ou de procéder à une dévolution des éléments de son patrimoine affectés à l'établissement ;
- il n'appartient pas au tribunal de se prononcer sur les conditions d'occupation des locaux par l'association " Les bons enfants ", laquelle est en tout état de cause justifiée par l'existence de circonstances exceptionnelles tenant à la crise sanitaire et à l'impossibilité de confier de nouveau l'établissement à l'association Servir à l'origine des dysfonctionnements constatés ou de transférer les résidents vers un autre établissement ;
- l'arrêté pourrait être annulé uniquement en tant qu'il emporte occupation des locaux objet du bail ;
- dès lors que M. B, qui justifiait des compétences requises, a exercé l'administration provisoire de l'établissement " la Rosemontoise " en binôme avec une personne dépourvue de lien avec la fondation Pompidou durant deux mois, en toute objectivité, et a vu ses constats confirmés par les administrateurs qui lui ont succédé, et que les autorités de tutelle n'avaient pas envisagé de prononcer la cessation d'activité de l'établissement géré par l'association Servir et le transfert de l'autorisation de gestion à un autre gestionnaire avant le mois d'octobre 2020, les dispositions du V de l'article L. 313-14 du code de l'action sociale et des familles n'ont pas été méconnues ;
- l'arrêté du 27 octobre 2020 portant cessation de l'activité de l'établissement " La Rosemontoise " est légal ;
- le transfert d'autorisation prévu à l'article L. 313-18 du code de l'action sociale et des familles n'est soumis à aucune procédure de sélection préalable des candidats ;
- il n'appartient pas au juge administratif d'apprécier l'opportunité du choix du bénéficiaire du transfert de l'autorisation d'exploitation et l'association " Les bons enfants " présentait toutes les garanties requises pour bénéficier de ce transfert.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Guitard, première conseillère,
- les conclusions de M. Poitreau, rapporteur public,
- et les observations de Me Le Faivre, pour l'association Servir, de Me Pons, pour l'agence régionale de santé de Bourgogne Franche-Comté et de Me Kukuryka, pour le département du Territoire de Belfort.
Considérant ce qui suit :
1. L'association Servir a été autorisée à gérer l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes " la Rosemontoise " située à Valdoie et a vu cette autorisation renouvelée pour une durée de quinze ans à compter du 4 janvier 2017 par un arrêté du 30 novembre 2016 du directeur général de l'agence régionale de santé de Bourgogne Franche-Comté et du président du conseil départemental du Territoire de Belfort. En 2019, l'agence régionale de santé de la région Bourgogne Franche-Comté a été rendue destinataire de signalements faisant état de risques psychosociaux au sein de l'établissement la Rosemontoise. Au regard de la situation de l'établissement en période de crise sanitaire, le directeur général de l'agence régionale de santé de Bourgogne Franche-Comté et le président du conseil départemental du Territoire de Belfort ont décidé de placer l'établissement sous administration provisoire pour une durée de deux mois à compter du 7 avril 2020 et ont nommé deux administrateurs provisoires qui ont remis un rapport le 18 mai 2020 sur la gestion de la crise sanitaire par l'établissement. Ce placement a été renouvelé pour une nouvelle période de deux mois à compter du 7 juin 2020 et deux nouveaux administrateurs provisoires ont été désignés. Ces administrateurs ont remis un nouveau rapport le 29 juillet 2020, faisant état de nombreux dysfonctionnements faisant peser un risque de maltraitance passive sur les résidents et de difficultés rencontrées par les administrateurs pour obtenir la collaboration du siège de l'association pour faire évoluer la situation de l'établissement. Par deux arrêtés du 30 juillet 2020, le directeur général de l'agence régionale de santé de Bourgogne Franche-Comté et le président du conseil départemental du Territoire de Belfort ont suspendu l'activité de l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes " la Rosemontoise " pour une durée de trois mois et ont désigné, pour la même durée, une nouvelle administratrice provisoire. Par un arrêté du 9 octobre 2020, un second administrateur provisoire a été désigné. Au vu du rapport remis par les administrateurs provisoires le 1er septembre 2020, le directeur général de l'agence régionale de santé de Bourgogne Franche-Comté et le président du conseil départemental du Territoire de Belfort ont prononcé, par un arrêté du 27 octobre 2020, la cessation totale et définitive de l'activité de l'établissement " La Rosemontoise " au 7 novembre 2020. Par un arrêté du 28 octobre 2020, le directeur général de l'agence régionale de santé de Bourgogne Franche-Comté et le président du conseil départemental du Territoire de Belfort ont transféré l'autorisation qui avait été délivrée à l'association Servir pour la gestion de l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes " la Rosemontoise " à l'association " Les bons enfants " à compter du 7 novembre 2020. L'association Servir demande l'annulation de cette dernière décision.
2. En premier lieu, le transfert d'autorisation prévu par l'article L. 313-18 du code de l'action sociale et des familles a pour objet de permettre à une autre personne physique ou morale de droit public ou de droit privé de poursuivre l'exploitation d'un établissement ou d'un service social ou médico-social dont la fermeture définitive est intervenue notamment en application de l'article L. 313-16 du même code, afin d'assurer la continuité de son activité. Il appartient aux autorités compétentes, si elles entendent mettre en œuvre ces dispositions, de rechercher la collectivité ou l'organisme auquel la gestion de l'établissement ou du service peut être transférée, dans le but de garantir au mieux la continuité de la prise en charge des personnes accueillies. S'il est loisible à l'administration d'organiser une procédure transparente d'appel à candidatures et de sélection aux fins de transfert d'une autorisation d'exploitation d'un établissement médico-social, elle n'y est pas tenue, en l'absence de disposition le prévoyant. Il résulte de ce qui précède que la circonstance que la décision de transfert n'ait pas été précédée d'un appel à manifestation d'intérêt n'est pas de nature à entacher la procédure administrative d'irrégularité.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 313-16 du code de l'action sociale et des familles : " I.- Lorsque la santé, la sécurité, ou le bien-être physique ou moral des personnes accueillies ou accompagnées sont menacés ou compromis, et s'il n'y a pas été remédié dans le délai fixé par l'injonction prévue à l'article L. 313-14 ou pendant la durée de l'administration provisoire, l'autorité compétente pour délivrer l'autorisation peut décider la suspension ou la cessation de tout ou partie des activités de l'établissement, du service ou du lieu de vie et d'accueil dans les conditions prévues aux articles L. 313-17 et L. 313-18. () ". En application de l'article L. 313-17 du même code : " En cas de suspension ou de cessation définitive de l'activité d'un établissement, d'un service ou d'un lieu de vie et d'accueil, la ou les autorités compétentes pour délivrer l'autorisation ou, en cas de carence, le représentant de l'Etat dans le département prennent en tant que de besoin les mesures nécessaires à la continuité de la prise en charge des personnes qui y étaient accueillies. / Elles peuvent désigner à cette fin un administrateur provisoire dans les conditions prévues au V de l'article L. 313-14, y compris dans l'hypothèse d'une cessation définitive de l'activité volontaire ou résultant de l'application de l'article L. 313-16. La date d'effet de la cessation définitive de l'activité est alors fixée par la ou les autorités compétentes au terme de l'administration provisoire. ". En vertu de l'article L. 313-18 dudit code : " La cessation définitive, volontaire ou résultant de l'application de l'article L. 313-16, de tout ou partie des activités du service, de l'établissement ou du lieu de vie et d'accueil donne lieu à l'abrogation concomitante, totale ou partielle, de l'autorisation prévue à l'article L. 313-1. / Par exception au premier alinéa, l'autorisation peut être transférée à l'initiative de l'autorité compétente pour la délivrer à une personne publique ou privée en vue de la poursuite de l'activité considérée. En cas d'autorisation conjointe, ce transfert est prononcé à l'initiative de l'une ou l'autre des autorités compétentes, pour ce qui la concerne, ou d'un accord commun. ".
4. Il résulte des dispositions des articles L. 313-16, L. 313-17 et L. 313-18 du code de l'action sociale et des familles que si une décision de transfert d'autorisation d'exploitation d'un établissement médico-social prise en application de l'article L. 313-18 peut être la conséquence d'une décision de cessation définitive d'activité prononcée sur le fondement de l'article L. 313-16, aucune de ces deux décisions ne peut être regardée comme ayant été prise pour l'application d'une décision antérieure de suspension de l'activité de cet établissement et cette décision de suspension d'activité ne peut pas davantage être regardée comme constituant la base légale d'une décision portant cessation définitive d'activité ou transfert de l'autorisation d'exploitation. En outre, pour les mêmes motifs, la décision du 30 juillet 2020 portant suspension d'activité, d'une part, et les décisions des 27 et 28 octobre 2020 portant respectivement cessation totale et définitive d'activité et transfert d'autorisation d'exploitation, d'autre part, ne comportent pas un lien tel qu'elles pourraient être regardées comme constituant les éléments d'une même opération complexe. Par suite, la requérante ne peut pas utilement invoquer, par voie d'exception, l'illégalité de la décision du 30 juillet 2020 portant suspension de l'activité de l'établissement " La Rosemontoise " à l'appui de sa contestation de la décision du 28 octobre 2020 portant transfert de l'autorisation d'exploitation de cet établissement à l'association " Les bons enfants ". C, en l'absence de moyen d'illégalité dirigé directement contre l'arrêté du 27 octobre 2020 portant cessation définitive d'activité de cet établissement, l'exception d'illégalité de cette décision doit également être écartée.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 313-19 du code de l'action sociale et des familles : " En cas de cessation définitive des activités d'un établissement ou d'un service géré par une personne morale de droit public ou de droit privé celle-ci reverse à une collectivité publique ou à un établissement privé poursuivant un but similaire les sommes affectées à l'établissement ou service, apportées par l'Etat, par l'agence régionale de santé, les collectivités territoriales et leurs établissements publics ou par les organismes de sécurité sociale, énumérées ci-après : / 1° Les subventions d'investissement non amortissables, grevées de droits, ayant permis le financement de l'actif immobilisé de l'établissement ou du service. Ces subventions sont revalorisées selon des modalités fixées par décret ; / 2° Les réserves de trésorerie de l'établissement ou du service constituées par majoration des produits de tarification et affectation des excédents d'exploitation réalisés avec les produits de la tarification ; / 3° Des excédents d'exploitation provenant de la tarification affectés à l'investissement de l'établissement ou du service, revalorisés dans les conditions prévues au 1° ; / 4° Les provisions pour risques et charges, les provisions réglementées et les provisions pour dépréciation de l'actif circulant constituées grâce aux produits de la tarification et non employées le jour de la fermeture ; / 5° Le solde des subventions amortissables et transférables ; / 6° En cas de non-dévolution des actifs immobilisés au repreneur de l'établissement ou du service fermé, les plus-values sur les actifs immobilisés ayant fait l'objet d'amortissements pris en compte dans les calculs des tarifs administrés. / La collectivité publique ou l'établissement privé attributaire des sommes précitées peut être : / a) Choisi par le gestionnaire de l'établissement ou du service fermé, avec l'accord de l'autorité ou des autorités ayant délivré l'autorisation du lieu d'implantation de cet établissement ou service ; / b) Désigné par l'autorité compétente de l'Etat dans le département, en cas d'absence de choix du gestionnaire ou de refus par l'autorité ou les autorités mentionnées au a. / L'organisme gestionnaire de l'établissement ou du service fermé peut, avec l'accord de l'autorité de tarification concernée, s'acquitter des obligations prévues aux 1° et 3° en procédant à la dévolution de l'actif net immobilisé de l'établissement ou du service. ". Aux termes de l'article R. 314-97 du même code : " En cas de fermeture ou de cessation d'activité totale ou partielle d'un établissement ou d'un service, si les frais financiers, les dotations aux comptes de provisions, les dotations au compte de réserve de trésorerie et les annuités d'emprunt contractées en vue de la constitution d'un fonds de roulement ont été pris en compte dans la fixation des tarifs, l'organisme gestionnaire reverse à un établissement ou service poursuivant un but similaire les montants, des provisions non utilisées et des réserves de trésorerie apparaissant au bilan de clôture. / Les crédits d'exploitation non utilisés à la fermeture ou à la cessation d'activité et le solde de la réserve de compensation d'un établissement ou d'un service sont reversés aux financeurs concernés. / L'organisme gestionnaire de l'établissement ou du service qui a cessé définitivement son activité ou a fermé peut, avec l'accord de l'autorité de tarification, s'acquitter de l'obligation relative au reversement des financements mentionnés aux 1°, 3° et 6° de l'article L. 313-19, en procédant à la dévolution de l'actif net immobilisé de l'établissement ou du service. / L'organisme gestionnaire dispose d'un délai de 30 jours à compter de l'arrêté de fermeture ou de la cessation d'activité de l'établissement ou du service pour choisir entre le versement des sommes exigibles au titre du présent article et des 1°, 3° et 6° de l'article L. 313-19 ou la dévolution de l'actif net immobilisé. Après ce délai, le représentant de l'Etat dans le département fixe les montants mentionnés aux 1° à 6° du même article après accord, le cas échéant, de l'autorité de tarification. Lorsque le gestionnaire procède à la dévolution de l'actif net immobilisé, le représentant de l'Etat dans le département fixe les montants mentionnés aux 2°, 4° et 5° de cet article. / L'autorité de tarification désigne l'attributaire du reversement. En cas de pluralité d'autorités de tarification, le préfet, après avis de ces autorités, procède à cette désignation. ".
6. Lorsque, après la cessation définitive d'activité de l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes " La Rosemontoise " prononcée en application de l'article L. 313-16 du code de l'action sociale et des familles, l'administration a transféré, en vertu de l'article L. 313-18 du même code, l'autorisation d'exploitation de l'établissement dont l'association Servir était titulaire à l'association " Les bons enfants ", elle ne pouvait pas légalement porter atteinte au patrimoine propre de l'association Servir.
7. L'association Servir a conclu le 29 janvier 1988 avec l'association fraternelle Mennonite (AFM), propriétaire de l'immeuble la " résidence Rosemontoise ", un contrat de bail, revu le 28 février 2008 et modifié le 30 décembre 2010, valable jusqu'au 1er février 2020 puis reconductible tacitement pour une durée indéterminée. Par ce contrat, l'association Servir locataire s'est engagée à utiliser l'immeuble loué à usage de " maison de retraite, d'atelier et de logement résidents " et à ne pas l'affecter à un autre usage. Elle a l'interdiction de céder le bail ou de sous-louer les locaux. C, ce bail comporte également une clause résolutoire qui prévoit que le bail est résilié de plein droit en cas notamment de non-respect de la destination prévue pour l'immeuble loué. Il ressort des pièces du dossier que l'association AFM bailleresse n'avait pas donné son accord pour un éventuel transfert du bail à l'association " Les bons enfants " au 28 octobre 2020 ou au 7 novembre 2020 ni conclu de contrat de bail avec cette dernière. Il ressort toutefois également des pièces du dossier qu'à ces dates, les comptes administratifs définitifs de l'association Servir n'avaient pas été communiqués aux autorités de tutelle, afin de permettre à ces dernières d'arrêter le montant des sommes que l'association Servir étaient appelées à reverser au titre de l'article L. 313-19 du code de l'action sociale et des familles à la suite de la cessation définitive d'activité de l'établissement et que lesdites sommes, au sujet du montant desquelles l'administration et l'association Servir étaient en désaccord, n'avaient, a fortiori, par encore été reversées. De même, l'association Servir n'avait pas indiqué si elle entendait, au titre des subventions d'investissement non amortissables et des excédents d'exploitation, procéder à une dévolution de l'actif net immobilisé au profit de l'association " Les bons enfants " à laquelle ses statuts ne la contraignaient pas. Par suite, et dès lors que l'association Servir ne s'était pas acquittée de ses obligations financières prévues à l'article L. 313-19 du code de l'action sociale et des familles, les locaux loués en partie grâce aux versements dont l'association Servir avait bénéficié de la part de l'assurance maladie et du département du Territoire de Belfort demeuraient affectés à l'établissement " La Rosemontoise " et donc mis à la disposition de l'association " Les bons enfants " devenue gestionnaire de cet établissement. En conséquence, le transfert de l'autorisation d'exploitation à cette association n'a pas été de nature à porter atteinte au droit au bail détenu par l'association Servir.
8. En quatrième lieu, en application des dispositions du V de l'article L. 313-14 du code de l'action sociale et des familles, l'administrateur provisoire désigné pour assurer la gestion d'un établissement médico-social " ne doit pas, au cours des cinq années précédentes, avoir perçu à quelque titre que ce soit, directement ou indirectement, une rétribution ou un paiement de la part de la personne physique ou morale gestionnaire, ou, dans le cas d'une personne morale, d'une personne qui détient le contrôle de la personne morale gestionnaire ou de l'une des sociétés contrôlées par elle au sens des II et III de l'article L. 233-16 du code de commerce, ni s'être trouvé en situation de conseil de la personne concernée ou de subordination par rapport à elle. Il doit, en outre, n'avoir aucun intérêt dans l'administration qui lui est confiée. ".
9. La requérante ne peut pas utilement se prévaloir des dispositions du V de l'article L. 313-14 du code de l'action sociale et des familles, qui sont relatives à la désignation des administrateurs provisoires des établissement médico-sociaux, à l'appui de sa contestation de la décision portant transfert de l'autorisation d'exploitation de l'établissement " La Rosemontoise " à l'association " Les bons enfants ". A outre, elle ne saurait en tout état de cause davantage utilement exciper de l'illégalité de la décision du 4 juin 2020 en tant qu'elle a désigné M. B comme co-administrateur provisoire à l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision en litige, qui n'a pas été prise pour l'application de la décision du 4 juin 2020 et dont cette dernière ne constitue pas la base légale.
10. En cinquième lieu, pour contester le fait que l'association " Les bons enfants " était à même de garantir au mieux la continuité de la prise en charge des personnes accueillies et qu'elle présentait des garanties en terme de moyens et de compétences pour gérer l'établissement " La Rosemontoise " en préservant la santé, la sécurité et le bien-être physique et moral des résidents, la requérante ne peut pas utilement se prévaloir, compte tenu de ce qui a été dit au point 7, de la circonstance qu'elle n'était pas titulaire du bail des locaux accueillant la résidence. Le fait qu'un dirigeant de l'association " Les bons enfants " avait co-administré provisoirement l'établissement durant deux mois, de juin à août 2020, sans que le placement sous administration provisoire de l'établissement depuis le mois d'avril 2020 n'ait permis, en partie en raison de l'attitude peu coopérative et peu consciente de la réalité de l'association Servir, de corriger les multiples dysfonctionnements entachant l'organisation et le fonctionnement de l'établissement, n'était pas de nature à permettre de considérer que l'association " Les bons enfants ", qui gère par ailleurs d'autres établissements de même nature, ne présentait pas les garanties de compétence requises pour reprendre la gestion de l'établissement. Il en est de même de la double circonstance que des établissements gérés par l'association " Les bons enfants " aient été touchés, comme d'autres, par la pandémie liée à la Covid 19 et que l'un d'entre eux ait subi un incendie au mois de novembre 2020, soit en tout état de cause postérieurement à la décision contestée. Par suite, la décision de transfert n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
11. Il résulte de ce qui précède que l'association Servir n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision contestée.
Sur les frais liés au litige :
12. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat et du département du Territoire de Belfort, qui ne sont pas les parties perdantes dans les présentes instances, quelque somme que ce soit au profit de l'association Servir, au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
13. D'autre part, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'association Servir la somme de 1 000 euros au profit de l'Etat, au nom duquel le directeur général de l'ARS a pris la décision en litige, et de 1 000 euros au profit du département du Territoire de Belfort au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE :
Article 1er : La requête de l'association Servir est rejetée.
Article 2 : L'association Servir versera la somme de 1 000 (mille) euros à l'Etat et la somme de 1 000 (mille) euros au département du Territoire de Belfort au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'association Servir, au ministre de la santé et de la prévention et au département du Territoire de Belfort.
Copie en sera adressée, pour information, à l'agence régionale de santé de Bourgogne Franche-Comté.
Délibéré après l'audience du 20 septembre 2022 à laquelle siégeaient :
- M. Trottier, président,
- Mme Guitard, première conseillère,
- Mme Diebold, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 11 octobre 2022.
La rapporteure,
F. GuitardLe président,
T. Trottier
La greffière,
E. Cartier
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026