mardi 5 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Besançon |
| Section | Tribunal Administratif de Besançon |
| N° Dossier | TA25-2100195 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SCP LAVALLEE PAGNOT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 9 février 2021, 2 octobre 2023, 24 octobre 2023 et 29 octobre 2023, M. C D, représenté par Me Mazza, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 9 janvier 2021 par lequel le président du conseil d'administration du service départemental d'incendie et de secours (SDIS) de la Haute-Saône a prononcé à son encontre la sanction d'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre au président du conseil d'administration du SDIS de la Haute-Saône de le réintégrer rétroactivement et de reconstituer sa carrière, ses droits sociaux et sa rémunération ;
3°) de mettre à la charge du SDIS de la Haute-Saône une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le principe du contradictoire a été méconnu, dès lors que le conseil de discipline a refusé de lui donner un délai supplémentaire pour se défendre ;
- la matérialité des faits qui lui sont reprochés n'est pas établie, notamment en ce qui concerne son comportement à l'égard d'une mineure, son comportement violent, la profération de menaces et le caractère habituel de violences ;
- les propos et injures qui lui sont reprochés ne revêtent pas un caractère fautif ;
- l'autorité disciplinaire a entaché sa décision d'une erreur de droit au regard des dispositions combinées de l'article 4.2.2. de la circulaire du 3 août 2012 et de l'article R. 221-11 du code de la route ;
- l'autorité disciplinaire a entaché sa décision d'une erreur de droit dès lors que le délit de faux et usage de faux, tel que prévu par les dispositions de l'article 441-1 du code pénal, n'est pas constitué, et qu'il a été relaxé ;
- la procédure disciplinaire dont il a fait l'objet est une mesure de représailles et d'intimidation, dont l'objectif était de l'évincer de son action syndicale ;
- il a subi un harcèlement moral ;
- la sanction est disproportionnée.
Par des mémoires en défense enregistrés les 9 avril 2021, 29 septembre 2023 et 23 octobre 2023, le SDIS de la Haute-Saône, représenté par Me Suissa, conclut dans le dernier état de ses écritures au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. D une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.
En application des dispositions de l'article R. 222-17 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné M. Poitreau, premier conseiller, pour présider la première chambre du tribunal, en cas de vacance ou d'empêchement.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le décret n°89-677 du 18 septembre 1989 relatif à la procédure disciplinaire applicable aux fonctionnaires territoriaux ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Kiefer, conseillère,
- les conclusions de Mme Guitard, rapporteure publique,
- les observations de M. D, et de Me Bouchoudjian substituant Me Suissa, pour le SDIS de la Haute-Saône.
Une note en délibéré présentée par M. D, représenté par Me Mazza, a été enregistrée le 19 novembre 2023.
Considérant ce qui suit :
1. M. D a été recruté par le service départemental d'incendie et de secours de la Haute-Saône le 1er janvier 2018 en tant que sapeur-pompier professionnel et a été affecté au centre d'intervention principal (CIP) de Gray. Après avoir été suspendu de ses fonctions à titre conservatoire à compter du 11 septembre 2020, M. D a fait l'objet d'une sanction d'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de deux ans, prononcée par un arrêté du président du conseil d'administration du SDIS de la Haute-Saône du 9 janvier 2021. M. D demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment du procès-verbal de la séance du conseil de discipline du 8 janvier 2021, à laquelle M. D était présent et durant laquelle il a pu s'exprimer, qu'il a été convoqué à cette séance par lettre recommandée, dont il a accusé réception le 17 décembre 2020, et qu'il a consulté son dossier le 18 décembre 2020. Par ailleurs, la décision de refus de faire droit à sa demande de report a été prise par le conseil de discipline à la majorité des membres présents, en application des dispositions de l'article 8 du décret n°89-677 du 18 septembre 1989 relatif à la procédure disciplinaire applicable aux fonctionnaires territoriaux. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la sanction qui a été infligée au requérant serait intervenue en méconnaissance du principe du contradictoire doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 29 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, désormais codifié à l'article L. 530-1 du code général de la fonction publique : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale () ". Aux termes de l'article 89 de cette loi, désormais codifié à l'article L. 533-1 du code général de la fonction publique : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes : / () Troisième groupe : la rétrogradation au grade immédiatement inférieur et à un échelon correspondant à un indice égal ou immédiatement inférieur à celui détenu par l'agent ; / l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de seize jours à deux ans ; () ".
4. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.
5. Il ressort des pièces du dossier que pour prononcer la sanction litigieuse, en se fondant notamment sur l'avis du conseil de discipline du 8 janvier 2021, le président du conseil d'administration du SDIS de la Haute-Saône a relevé des faits de violence et de menaces, des propos indignes tenus envers des collègues de sexe féminin et des usagers du service public de secours, ainsi que des faits de faux et usage de faux et de conduite sans permis de véhicules appartenant à la catégorie " poids lourd ".
6. Il ressort tout d'abord de plusieurs documents, notamment du rapport de saisine du conseil de discipline, de l'avis émis par ce conseil, d'une capture d'écran montrant des messages Snapchat, du témoignage du pompier à qui M. D a subtilisé son téléphone, M. B, et d'un compte-rendu du chef du CIP de Gray, que le requérant a utilisé le téléphone d'un de ses collègues pour envoyer des messages à caractère sexuel à une de ses collègues mineures via l'application " Snapchat ". Si le requérant verse au dossier un témoignage de M. B revenant sur ses déclarations antérieures et affirmant qu'il a lui-même envoyé ces messages, ce nouveau témoignage, établi plus de quatre mois après le précédent et postérieurement à l'arrêté en litige, n'est pas de nature à remettre en cause la matérialité des faits. Par ailleurs, M. D n'a pas contesté devant le conseil de discipline que lors d'une altercation avec son chef de centre, il a haussé le ton, et il ressort de plusieurs documents versés au dossier, notamment du procès-verbal du conseil de discipline, du procès-verbal d'audition du lieutenant A et d'un compte-rendu du 7 septembre 2020, qu'il l'a menacé d'envoyer " la garde " contre lui et l'a qualifié de " collabo ". Les témoignages de deux pompiers ayant été présents au moment de l'altercation, produits par le requérant, ne sont pas de nature, par leur caractère peu circonstancié, à remettre en cause ces faits. En outre, il ressort d'un rappel à l'ordre du 9 décembre 2019 et n'est pas sérieusement contesté par le requérant qu'il a comparé les bras d'un de ses collègues à des " cuisses de sauterelle " et qualifié de " kilogrammes de viande " des victimes en surpoids à transporter. Si M. D soutient avoir tenu de tels propos pour garantir l'efficacité des interventions de pompiers et la santé des victimes, cette circonstance n'a aucune incidence sur la matérialité des faits et le manquement à ses obligations professionnelles qu'ils caractérisent. Enfin, si les faits de violence s'étant déroulés au sein du CIP du Jura le 8 novembre 2019, pour lesquels le requérant a déjà été sanctionné, et certains autres propos tenus au sein du CIP de Gray, bien que grossiers, ne sont pas susceptibles de justifier une sanction, les autres faits précédemment évoqués qui lui sont reprochés, qui doivent être considérés comme matériellement établis, sont constitutifs de fautes de nature à justifier une sanction disciplinaire.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 221-11 du code de la route : " () III. - La demande de prorogation doit être adressée au préfet du département du domicile du pétitionnaire. Lorsque l'avis médical est émis avant l'expiration de la durée de validité des catégories concernées, et tant que le préfet n'a pas statué sur la demande de prorogation dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de la sécurité routière, le permis reste provisoirement valide. Cette disposition s'applique pour les avis médicaux concluant à l'aptitude, l'aptitude temporaire ou l'aptitude avec restriction d'utilisation du permis, dès lors que le conducteur justifie du respect de ces restrictions ". Aux termes de l'article 4.2.2. de la circulaire du 3 août 2012 portant organisation du contrôle médical de l'aptitude des conducteurs et des candidats au permis de conduire : " () La validité administrative de l'avis médical est de deux ans () ".
8. Il résulte de ces dispositions que lorsque l'avis médical est émis avant l'expiration du permis, si une demande de prorogation est déposée auprès du préfet compétent, le permis reste provisoirement valide. Il est constant que M. D n'a pas déposé de demande de prorogation de son permis de conduire au cours de l'année 2019. Dans ces conditions, il n'est ni fondé à soutenir que son permis C était provisoirement valable pendant deux ans à compter de la visite d'aptitude médicale effectuée le 11 février 2019, ni que le SDIS a commis une erreur de droit en considérant qu'il avait conduit sans permis des véhicules de type " poids lourd " à de multiples reprises durant l'année 2019, ni que ces faits, qui ressortent de la fiche d'interventions produite en défense et qu'il ne conteste pas, ne constituaient pas des fautes de nature à justifier une sanction disciplinaire.
9. En quatrième lieu, M. D fait valoir que les faits de " faux et usage de faux " sur lesquels est notamment fondé l'arrêté attaqué ne peuvent être qualifiés comme tels dès lors que les conditions permettant de retenir cette qualification pénale, prévues par l'article L. 441-1 du code pénal, ne sont pas réunies. Toutefois, indépendamment de la qualification pénale susceptible d'être donnée aux faits en cause, il ressort des pièces du dossier, notamment de l'avis médical concerné et d'un échange de courriel avec le médecin agréé auteur de cet avis, que M. D a modifié la date de l'avis médical du 11 février 2019 destiné à lui permettre de solliciter la prorogation de son permis de conduire pour véhicules " poids lourds ". Ainsi, cet avis médical, qui mentionne la date du 18 février 2020 alors que l'intéressé n'a pas été vu par un médecin ce jour-là, constitue un faux document et a été utilisé par l'agent. Dans ces conditions, alors même que M. D allègue qu'il n'a causé aucun préjudice à son administration, que cette falsification n'a pu lui procurer ni droit ni avantage, et qu'il a été relaxé du délit de faux et usage de faux par un arrêt correctionnel de la cour d'appel de Besançon du 8 juin 2023, retenant que la modification de date n'avait causé aucun préjudice, il n'en reste pas moins que cette modification, opérée sciemment par l'intéressé alors qu'il la savait contraire à la réalité, constitue un manquement à ses obligations professionnelles, et notamment au devoir de probité qui s'impose à tout agent public, de nature à justifier une sanction disciplinaire.
10. En cinquième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, aussi nombreuses soient-elles, qu'en prononçant une sanction d'exclusion temporaire de deux ans à l'encontre de M. D, le service départemental d'incendie et de secours aurait poursuivi d'autre but que celui, d'intérêt général, de sanctionner un sapeur-pompier professionnel pour ses fautes professionnelles, et de préserver l'institution et ses personnels. Par ailleurs, à supposer que le requérant ait entendu soulever ce moyen, le seul exercice du pouvoir disciplinaire par l'autorité administrative à l'égard de l'un de ses agents ne saurait caractériser un harcèlement moral à son encontre.
11. En dernier lieu, eu égard aux sanctions dont le requérant a déjà fait l'objet le 24 février 2016, le 12 décembre 2017 et le 10 mars 2020 dans l'exercice de ses fonctions au sein d'autres services départementaux d'incendie et de secours, il n'est pas fondé à soutenir que la sanction d'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de deux ans prise à son encontre ne revêtirait pas un caractère proportionné au regard de la gravité des fautes qui lui sont reprochées.
12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions du requérant tendant à l'annulation de l'arrêté prononçant à son encontre une exclusion temporaire de fonctions pour une durée de deux ans doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du SDIS de la Haute-Saône, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés par le requérant et non compris dans les dépens. Par ailleurs, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de M. D une somme à verser au titre de ces mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et au service départemental d'incendie et de secours de la Haute-Saône.
Délibéré après l'audience du 14 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Poitreau, premier conseiller faisant fonction de président,
- Mme Diebold, première conseillère,
- Mme Kiefer, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2023.
La rapporteure,
L. Kiefer
Le premier conseiller faisant fonction de
président,
G. Poitreau
La greffière,
E. Cartier
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Saône, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026