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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2100766

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2100766

jeudi 26 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2100766
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantWOLDANSKI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 11 mai 2021 et 6 octobre 2021, M. G A et Mme F A, représentés par Me Woldanski, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 30 novembre 2020 par laquelle le maire de la commune de Suarce a refusé de dresser un procès-verbal constatant diverses infractions au code de l'urbanisme et de transmettre ce procès-verbal au ministère public, ainsi que la décision par laquelle le maire de la commune de Suarce a implicitement rejeté leur recours gracieux formé le 15 janvier 2021 ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Suarce de faire usage, sans délai, de ses prérogatives en dressant un procès-verbal constatant diverses infractions au code de l'urbanisme et de transmettre le procès-verbal au ministère public ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Suarce la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Les époux A soutiennent que :

- le maire de la commune de Suarce était tenu de dresser un procès-verbal constant diverses infractions au code de l'urbanisme pour les raisons suivantes :

- leur voisin exerce son activité dans un atelier qu'il a initialement construit en l'absence de toute autorisation d'urbanisme ;

- l'activité n'est pas compatible avec l'habitat dès lors que la construction siège de cette activité méconnait les dispositions du plan local d'urbanisme de la commune et notamment les articles 2.1 et 2.2 de son règlement ;

- l'autorisation d'urbanisme délivrée n'autorise pas une activité de menuiserie ;

- le maire de la commune de Suarce était tenu de faire usage de ses pouvoirs de police générale, dès lors que l'activité de leur voisin est constitutive de troubles de voisinage, qu'elle porte atteinte à la sécurité publique et qu'elle entraine le stationnement d'engins sur la chaussée, obligeant les autres véhicules à faire des écarts ;

- l'activité de leur voisin méconnait les prescriptions de l'arrêté du 15 avril 2015 pris par le préfet du Territoire de Belfort dès lors qu'elle n'a fait l'objet d'aucune étude acoustique.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 août 2021, le préfet du Territoire de Belfort conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir que les moyens soulevés par les époux A ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 août 2021, la commune de Suarce, représentée par Me Garot, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des époux A la somme globale de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 mars 2022, M. Hconclut au rejet de la requête.

M. C fait valoir qu'il ne réside plus dans l'habitation objet du litige.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de la santé publique ;

- le code de l'urbanisme ;

- l'arrêté n° 2015 105-0005 du 15 avril 2015 du préfet du Territoire de Belfort ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. E,

- les conclusions de M. D,

- et les observations de Me Woldanski, pour M. et Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Le 16 novembre 2020, les époux A ont saisi le maire de la commune de Suarce afin qu'il dresse un procès-verbal constatant diverses infractions au code de l'urbanisme et qu'il transmette ce procès-verbal au ministère public. Par une décision du 30 novembre 2020, le maire de la commune de Suarce a rejeté leur demande. Le 15 janvier 2021, les époux A ont formé un recours gracieux contre cette décision, que le maire de la commune de Suarce a implicitement rejeté. Les époux A demandent l'annulation de ces décisions.

Sur la légalité de la décision attaquée :

2. Aux termes de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme : " () Lorsque l'autorité administrative et, au cas où il est compétent pour délivrer les autorisations, le maire ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale compétent ont connaissance d'une infraction de la nature de celles que prévoient les articles L. 480-4 et L. 610-1, ils sont tenus d'en faire dresser procès-verbal () ". De plus, aux termes de l'article L. 480-4 du même code : " Le fait d'exécuter des travaux mentionnés aux articles L. 421-1 à L. 421-5 en méconnaissance des obligations imposées par les titres Ier à VII du présent livre et les règlements pris pour leur application ou en méconnaissance des prescriptions imposées par un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou par la décision prise sur une déclaration préalable est puni d'une amende comprise entre 1 200 euros et un montant qui ne peut excéder, soit, dans le cas de construction d'une surface de plancher, une somme égale à 6 000 euros par mètre carré de surface construite, démolie ou rendue inutilisable au sens de l'article L. 430-2, soit, dans les autres cas, un montant de 300 000 euros. En cas de récidive, outre la peine d'amende ainsi définie un emprisonnement de six mois pourra être prononcé. () ". Enfin, aux termes de l'article L. 610-1 du même code : " () Les sanctions édictées à l'article L. 480-4 s'appliquent également : 1° En cas d'exécution de travaux ou d'utilisation du sol en méconnaissance des obligations imposées par les articles L. 111-1 à L. 111-10, L. 111-15, L. 111-23, L. 115-3 et L. 131-1 à L. 131-7 ainsi que par les règlements pris pour leur application ; () ".

3. Il résulte de ces dispositions que le maire d'une commune, agissant au nom de l'Etat, qui a connaissance de l'existence de travaux réalisés en méconnaissance des dispositions du code de l'urbanisme, est tenu d'en dresser procès-verbal et d'adresser une copie de ce procès-verbal au ministère public.

4. En premier lieu, il est constant que, par une décision du 22 octobre 2018, le maire de la commune de Suarce a accordé une déclaration préalable à M. C l'autorisant à modifier la destination d'une partie d'un local existant au sein de sa propriété pour y exercer son activité professionnelle. Il n'est pas établi par les requérants que le changement de destination ait été réalisé en méconnaissance de cette déclaration préalable de travaux. De plus, en délivrant la décision du 22 octobre 2018, qui est devenue définitive, le maire de la commune a nécessairement estimé que l'activité de menuiserie projetée par M. C était compatible avec la destination de la zone U dans laquelle se trouve la construction d'assiette du projet. Enfin, la circonstance que l'activité de cette menuiserie aurait débuté avant le 22 octobre 2018 est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée, qui s'apprécie à la date à laquelle elle a été adoptée.

5. En deuxième lieu, en application des dispositions citées au point 2, les requérants sont uniquement fondés à demander au maire de la commune de dresser un procès-verbal en cas de travaux réalisés en l'absence de toute autorisation d'urbanisme ou en méconnaissance d'une autorisation d'urbanisme qui a été accordée. Ainsi, les époux A ne peuvent utilement soutenir que le changement de destination de la construction appartenant à M. C, autorisé par la décision du 22 octobre 2018 du maire de la commune de Suarce, constitue une infraction au code de l'urbanisme au seul motif que cette autorisation d'urbanisme serait contraire à des dispositions du règlement du plan local d'urbanisme dès lors, d'une part, que cette décision est devenue définitive faute d'avoir été contestée et, d'autre part, que les époux A ne démontrent pas que l'autorisation d'urbanisme accordée le 22 octobre 2018 a été méconnue.

6. En troisième lieu, une autorisation d'urbanisme n'a pas pour objet d'autoriser une activité spécifique, mais uniquement d'autoriser des travaux ou un changement de destination. Par suite, les époux A ne peuvent valablement soutenir que l'activité de menuiserie est illégale au seul motif qu'elle n'a pas été expressément autorisée par la déclaration préalable de travaux délivrée par le maire de la commune de Suarce le 22 octobre 2018.

7. En quatrième lieu, le trouble de voisinage ne constitue pas une infraction au code de l'urbanisme. Dès lors, les époux A ne peuvent utilement soutenir que le maire de la commune de Suarce a méconnu les dispositions citées au point 2 en refusant de faire constater que l'activité de leur voisin, à la supposer établie, est constitutive d'une atteinte à l'ordre public.

8. En dernier lieu, l'obligation, qui pèse sur certaines constructions, de faire l'objet d'une étude acoustique n'est pas prescrite par les dispositions rappelées au point 2. Dès lors, les époux A ne sont pas fondés à demander au maire de dresser un procès-verbal d'infraction au code de l'urbanisme en raison d'une éventuellement méconnaissance d'une obligation prévue par une autre législation.

9. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 480-1 et suivants du code de l'urbanisme doit être écarté dans toutes ses branches.

10. Il résulte de ce qui précède que les époux A ne sont pas fondés à demander l'annulation des décisions qu'ils contestent.

Sur la demande d'injonction :

11. L'exécution du présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, la demande d'injonction doit être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise, à ce titre, à la charge de la commune de Suarce, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

13. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge des époux A la somme que réclame la commune Suarce sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête des époux A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Suarce sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. G A, Mme F A, au préfet du Territoire de Belfort et à M. B C.

Une copie de ce jugement sera adressée, pour information, à la commune de Suarce.

Délibéré après l'audience du 5 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Grossrieder, présidente,

Mme Besson, conseillère,

M. Seytel, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 janvier 2023.

Le rapporteur,

J. E

La présidente,

S. Grossrieder

La greffière,

C. Quelos

La République mande et ordonne au préfet du Territoire de Belfort, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

(DEF)(/DEF)

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