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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2101250

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2101250

jeudi 10 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2101250
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantMATEL PIERRE-YVES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés le 22 juillet 2021 et le 4 août 2022, Mmes D, Béatrice et Odile E et M. C E, représentés par Me Matel, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 16 juin 2021 par laquelle la présidente de la communauté urbaine Grand Besançon Métropole (CUGBM) a refusé d'abroger la délibération du conseil communautaire du 2 mars 2020, approuvant le plan local d'urbanisme (PLU) de la commune de Dannemarie-sur-Crête en tant qu'il prévoit la création de l'orientation d'aménagement et de programmation n°6 ;

2°) d'enjoindre à la présidente de la CUGBM de réexaminer leur demande d'abrogation partielle ;

3°) de mettre à la charge de la CUGBM la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Les consorts E soutiennent que l'orientation d'aménagement et de programmation (OAP) n°6 prévue par le PLU de Dannemarie-sur-Crète est illégale dès lors, d'une part, qu'elle prévoit un projet hôtelier dans le silence du plan d'aménagement et de développement durable (PADD) et, d'autre part, qu'elle est excessivement prescriptive quant au projet qu'elle prévoit.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 février 2022, la CUGBM, représentée par la SELARL Inter-barreaux Centaure avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La CUGBM soutient que les moyens invoqués par les requérants ne sont pas fondés.

Par un courrier du 6 octobre 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative, de ce que le tribunal est susceptible de prononcer d'office une injonction d'abrogation du PLU de la commune de Dannemarie-sur-Crête en tant qu'il a instauré une orientation d'aménagement et de programmation n°6 sur la parcelle AB n°134.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de M. B,

- et les observations de Me Moghrani, pour la communauté urbaine Grand Besançon Métropole.

Considérant ce qui suit :

1. Les consorts E sont propriétaires d'une parcelle de terrain cadastrée section AB n° 134 sur le territoire de la commune de Dannemarie-sur-Crête, dans le département du Doubs, jouxtant la place de l'église. Par une délibération du 2 mars 2020, le conseil communautaire de la communauté urbaine Grand Besançon Métropole (CUGBM) a approuvé le plan local d'urbanisme (PLU) de la commune de Dannemarie-sur-Crête, lequel contenait notamment une orientation d'aménagement et de programmation (OAP) n° 6 qui englobe la parcelle AB n° 134. Le 13 avril 2021, les consorts E ont demandé à la présidente de la CUGBM l'abrogation de la délibération du 2 mars 2020, en tant qu'elle approuve l'OAP n°6 contenue dans le PLU. Cette demande a été rejetée par une décision du 16 juin 2021, dont ils demandent l'annulation.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 243-2 du code des relations entre le public et l'administration : " L'administration est tenue d'abroger expressément un acte réglementaire illégal ou dépourvu d'objet, que cette situation existe depuis son édiction ou qu'elle résulte de circonstances de droit ou de fait postérieures, sauf à ce que l'illégalité ait cessé ".

3. Aux termes de l'article L. 151-5 du code de l'urbanisme : " Le projet d'aménagement et de développement durables définit : / 1° Les orientations générales des politiques d'aménagement, d'équipement, d'urbanisme, de paysage, de protection des espaces naturels, agricoles et forestiers, et de préservation ou de remise en bon état des continuités écologiques ; / 2° Les orientations générales concernant l'habitat, les transports et les déplacements, les réseaux d'énergie, le développement des communications numériques, l'équipement commercial, le développement économique et les loisirs, retenues pour l'ensemble de l'établissement public de coopération intercommunale ou de la commune () ". Aux termes de l'article L. 151-6 du même code : " Les orientations d'aménagement et de programmation comprennent, en cohérence avec le projet d'aménagement et de développement durables, des dispositions portant sur l'aménagement, l'habitat, les transports, les déplacements et, en zone de montagne, sur les unités touristiques nouvelles. / En l'absence de schéma de cohérence territoriale, les orientations d'aménagement et de programmation d'un plan local d'urbanisme élaboré par un établissement public de coopération intercommunale comportent les orientations relatives à l'équipement commercial et artisanal mentionnées à l'article L. 141-5 et déterminent les conditions d'implantation des équipements commerciaux qui, du fait de leur importance, sont susceptibles d'avoir un impact significatif sur l'aménagement du territoire et le développement durable, conformément à l'article L. 141-6 ". Aux termes de l'article L. 151-7 de ce code : " I. - Les orientations d'aménagement et de programmation peuvent notamment : / 1° Définir les actions et opérations nécessaires pour mettre en valeur l'environnement, notamment les continuités écologiques, les paysages, les entrées de villes et le patrimoine, lutter contre l'insalubrité, permettre le renouvellement urbain, favoriser la densification et assurer le développement de la commune ; / 2° Favoriser la mixité fonctionnelle en prévoyant qu'en cas de réalisation d'opérations d'aménagement, de construction ou de réhabilitation un pourcentage de ces opérations est destiné à la réalisation de commerces ; / 3° Comporter un échéancier prévisionnel de l'ouverture à l'urbanisation des zones à urbaniser et de la réalisation des équipements correspondants ; / 4° Porter sur des quartiers ou des secteurs à mettre en valeur, réhabiliter, restructurer ou aménager ; / 5° Prendre la forme de schémas d'aménagement et préciser les principales caractéristiques des voies et espaces publics ; / 6° Adapter la délimitation des périmètres, en fonction de la qualité de la desserte, où s'applique le plafonnement à proximité des transports prévu aux articles L. 151-35 et L. 151-36 ".

4. Il ressort des pièces du dossier, et en particulier du projet d'aménagement et de développement durable (PADD) que celui-ci indique dans son orientation n° 2.1 " Promouvoir l'activité économique et l'emploi " que " la collectivité souhaite favoriser le maintien dans le bourg des activités en place () et accueillir de nouvelles activités économiques " et que " l'accueil de nouvelles activités est envisagé dans le tissu bâti existant ". Par ailleurs, l'OAP n°6 a pour mission d'" assurer la réhabilitation de l'ensemble [du centre ancien] tout en préservant [les] caractéristiques patrimoniales " et prévoit que la zone " a vocation à accueillir à terme une structure d'hébergement hôtelière et touristique () " et que " l'aménagement de ce secteur doit être compatible avec les principes suivants : / () réaliser un hébergement hôtelier ou touristique par réhabilitation des bâtisses anciennes et éventuellement la construction d'édifices complémentaires dans l'enceinte existante () ".

5. Il est constant que l'OAP n°6, eu égard à sa surface et aux plans de zonage et vues aériennes produites par les parties, s'applique exclusivement à la parcelle litigieuse. Or, dès lors que celle-ci abrite d'ores et déjà deux bâtiments à usage d'habitation, les principes généraux d'aménagement prévus dans cette OAP auront nécessairement pour effet de faire obstacle à tout projet d'aménagement autre que celui destiné à transformer ces deux bâtiments en hébergement hôtelier ou touristique. Toutefois, il résulte des dispositions citées au point 3 qu'une OAP, en tant qu'outil d'encadrement des transformations de l'espace urbain, n'a vocation qu'à fixer des objectifs à atteindre tout en laissant une marge d'appréciation et d'adaptation à la collectivité, dans le cadre du contrôle ultérieur de comptabilité entre une demande d'autorisation d'urbanisme et ces orientations, par définition imprécises, et ne saurait fixer, contrairement au règlement d'un plan local d'urbanisme, des règles précises destinées, notamment, à limiter à une seule catégorie de destination des constructions déjà implantées sur le territoire d'une commune. Dans ces conditions, les requérants sont fondés à soutenir que l'OAP n°6 contenue dans le PLU de la commune de Dannemarie-sur-Crète est entachée d'une erreur de droit et, qu'en refusant de l'abroger, la communauté urbaine GBM a entaché sa décision du 16 juin 2021 d'une erreur manifeste d'appréciation.

6. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen de la requête, les consorts E sont fondés à demander l'annulation de la décision du 16 juin 2021 attaquée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

7. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique qu'il soit enjoint à la présidente de la communauté urbaine Grand Besançon Métropole de faire procéder à l'abrogation de la délibération du conseil communautaire du 2 mars 2020 approuvant le PLU de la commune de Dannemarie-sur-Crête en tant qu'il prévoit la création de l'orientation d'aménagement et de programmation n°6. Il y a lieu d'enjoindre à la présidente de la CUGBM d'agir en ce sens dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la communauté urbaine Grand Besançon Métropole une somme globale de 1 500 euros à verser aux requérants au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge des requérants, qui ne sont pas dans la présente instance la partie perdante, le versement de la somme que demande la communauté urbaine Grand Besançon Métropole au titre de ces mêmes frais.

DECIDE :

Article 1er : La décision du 16 juin 2021 de la communauté urbaine Grand Besançon Métropole est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la présidente de la communauté urbaine Grand Besançon Métropole de faire procéder, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, à l'abrogation de la délibération du conseil communautaire du 2 mars 2020 approuvant le PLU de la commune de Dannemarie-sur-Crête en tant qu'il prévoit la création de l'orientation d'aménagement et de programmation n°6.

Article 3 : La communauté urbaine Grand Besançon Métropole versera la somme globale de 1 500 euros à Mmes D, Béatrice et Odile E et M. C E au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions de la communauté urbaine Grand Besançon Métropole présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mmes D, Béatrice et Odile E, à M. C E et à la communauté urbaine Grand Besançon Métropole.

Délibéré après l'audience du 13 octobre 2022 à laquelle siégeaient :

- Mme Grossrieder, présidente,

- Mme Besson, conseillère,

- M. Seytel, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2022.

La rapporteure,

M. ALa présidente,

S. GrossriederLa greffière,

C. Quelos

La République mande et ordonne au préfet du Doubs, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière

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