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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2102128

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2102128

jeudi 26 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2102128
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantLANDBECK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 26 novembre 2021 et le 29 septembre 2022, Mme A E, représentée par Me Perrey, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 10 septembre 2021 par laquelle le directeur de l'hôpital Nord Franche-Comté l'a suspendue de ses fonctions sans traitement ;

2°) d'enjoindre au directeur de l'hôpital Nord Franche-Comté de la réintégrer dans ses effectifs à compter du 15 septembre 2021 et de régulariser le versement de sa rémunération à compter de cette même date ;

3°) de mettre à la charge de l'hôpital Nord Franche-Comté une somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme E soutient que :

- il n'est pas établi que le directeur général de l'hôpital aurait reçu délégation pour signer les actes relatifs à la carrière des agents ni même que cette délégation serait régulière ;

- la décision est insuffisamment motivée en fait ;

- elle a ainsi fait l'objet d'une sanction disciplinaire alors qu'aucun motif disciplinaire ne peut lui être reproché ;

- elle n'a bénéficié d'aucune garantie de la procédure contradictoire préalable à l'application d'une sanction disciplinaire ;

- elle ne peut être regardée comme s'étant désistée de sa requête au fond.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 septembre 2022, l'hôpital Nord Franche-Comté, représenté par Me Landbeck, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la requérante une somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

L'hôpital Nord Franche-Comté soutient que :

- la confirmation de la requête au fond est intervenue tardivement, le désistement d'office doit être prononcé ;

- les autres moyens soulevés par Mme E ne sont pas fondés.

Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 novembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la santé publique ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- la loi n° 2021-1040 du 5 août 2021 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme F,

- les conclusions de M. D,

- et les observations de Me Landbeck, pour l'hôpital Nord Franche-Comté.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E, exerçant les fonctions d'agent des services hospitaliers au sein de l'hôpital Nord Franche-Comté, a été suspendue de ses fonctions sans traitement à compter du 15 septembre 2021 jusqu'à la production d'un justificatif de vaccination ou de contre-indication à la vaccination, par une décision du 10 septembre 2021. Par la présente requête, Mme E demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article 12 de la loi susvisée du 5 août 2021 : " I. - Doivent être vaccinés, sauf contre-indication médicale reconnue, contre la covid-19 : / 1° Les personnes exerçant leur activité dans : / a) Les établissements de santé mentionnés à l'article L. 6111-1 du code de la santé publique () ". Aux termes de l'article 13 de cette même loi : " I. - Les personnes mentionnées au I de l'article 12 établissent : / 1° Satisfaire à l'obligation de vaccination en présentant le certificat de statut vaccinal prévu au second alinéa du II du même article 12 () ". Enfin, l'article 14 de cette loi précise : " B. - A compter du 15 septembre 2021, les personnes mentionnées au I de l'article 12 ne peuvent plus exercer leur activité si elles n'ont pas présenté les documents mentionnés au I de l'article 13 ou, à défaut, le justificatif de l'administration des doses de vaccins requises par le décret mentionné au II de l'article 12. / Par dérogation au premier alinéa du présent B, à compter du 15 septembre 2021 et jusqu'au 15 octobre 2021 inclus, sont autorisées à exercer leur activité les personnes mentionnées au I de l'article 12 qui, dans le cadre d'un schéma vaccinal comprenant plusieurs doses, justifient de l'administration d'au moins une des doses requises par le décret mentionné au II du même article 12, sous réserve de présenter le résultat, pour sa durée de validité, de l'examen de dépistage virologique ne concluant pas à une contamination par la covid-19 prévu par le même décret. / () / III. - Lorsque l'employeur constate qu'un agent public ne peut plus exercer son activité en application du I, il l'informe sans délai des conséquences qu'emporte cette interdiction d'exercer sur son emploi ainsi que des moyens de régulariser sa situation. L'agent public qui fait l'objet d'une interdiction d'exercer peut utiliser, avec l'accord de son employeur, des jours de congés payés. A défaut, il est suspendu de ses fonctions ou de son contrat de travail. / La suspension mentionnée au premier alinéa du présent III, qui s'accompagne de l'interruption du versement de la rémunération, prend fin dès que l'agent public remplit les conditions nécessaires à l'exercice de son activité prévues au I. Elle ne peut être assimilée à une période de travail effectif pour la détermination de la durée des congés payés ainsi que pour les droits acquis par l'agent public au titre de son ancienneté. Pendant cette suspension, l'agent public conserve le bénéfice des garanties de protection sociale complémentaire auxquelles il a souscrit () ".

3. L'article 12 de la loi du 5 août 2021 a défini le champ de l'obligation de vaccination contre la covid-19 en retenant, notamment, un critère géographique pour y inclure les personnes exerçant leur activité dans un certain nombre d'établissements, principalement les établissements de santé et les établissements sociaux et médico-sociaux, ainsi qu'un critère professionnel pour y inclure les professionnels de santé. Le législateur a ainsi entendu à la fois protéger les personnes accueillies par ces établissements qui présentent une vulnérabilité particulière au virus de la covid-19 et éviter la propagation du virus par les professionnels de santé dans l'exercice de leur activité qui, par nature, peut les conduire à soigner des personnes vulnérables ou ayant de telles personnes dans leur entourage.

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 6143-7 du code de la santé publique : " () Le directeur exerce son autorité sur l'ensemble du personnel dans le respect des règles déontologiques ou professionnelles qui s'imposent aux professions de santé, des responsabilités qui sont les leurs dans l'administration des soins et de l'indépendance professionnelle du praticien dans l'exercice de son art () ". M. C, directeur général de l'hôpital, était dès lors compétent pour signer la décision contestée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte manque en fait et doit être écarté.

5. En deuxième lieu, à l'appui de ses conclusions, Mme E fait valoir que la décision du 10 septembre 2021 par laquelle le directeur de l'hôpital Nord Franche-Comté l'a suspendue de ses fonctions sans traitement, jusqu'à la production d'un justificatif de vaccination ou de contre-indication à la vaccination, qui constitue une sanction, est insuffisamment motivée, en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et est irrégulière car elle n'a pas bénéficié des garanties de la procédure disciplinaire. Toutefois, en application du B de l'article 14 de la loi du 5 août 2021, à compter du 15 septembre 2021, les personnes exerçant leur activité en particulier dans les établissements de santé ne peuvent plus exercer leur activité " si elles n'ont pas présenté les documents mentionnés au I de l'article 13 ou, à défaut, le justificatif de l'administration des doses de vaccins requises par le décret mentionné au II de l'article 12 ". Par suite, lorsque l'autorité administrative suspend le contrat de travail d'un agent public qui ne satisfait pas à cette obligation et interrompt, en conséquence, le versement de son traitement, elle ne prononce pas une sanction mais se borne à constater que l'agent ne remplit plus les conditions légales pour exercer son activité. Dès lors, les moyens ainsi soulevés par la requérante sont inopérants et doivent être écartés.

6. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que la décision notifiée à Mme E était accompagnée d'un courrier l'informant des conséquences de l'interdiction d'exercer ses fonctions et des moyens de régulariser sa situation, répondant ainsi aux exigences des dispositions précitées du III de l'article 14 de la loi du 5 août 2021. En tout état de cause, Mme E n'allègue ni ne justifie avoir présenté une demande de congés payés qui aurait été refusée.

7. Il résulte de tout ce qui précède que Mme E n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 10 septembre 2021 par laquelle le directeur de l'hôpital Nord Franche-Comté l'a suspendue sans traitement, jusqu'à la production d'un justificatif de vaccination ou de contre-indication à la vaccination. Ses conclusions aux fins d'annulation doivent, par suite, être rejetées, sans qu'il soit besoin de statuer sur les conclusions présentées par l'hôpital et tendant à ce qu'il soit donné acte du désistement d'office de la requérante.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme E ayant été rejetées, le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Il s'ensuit que ses conclusions aux fins d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'hôpital Nord Franche-Comté, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, une quelconque somme au bénéfice du conseil de Mme E au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

10. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme E, la somme demandée par l'hôpital Nord Franche-Comté au titre de ces mêmes frais.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par l'hôpital Nord Franche-Comté sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A E et à l' hôpital Nord Franche-Comté.

Délibéré après l'audience du 5 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Grossrieder, présidente,

Mme Besson conseillère,

M. Seytel, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 janvier 2023.

La présidente rapporteure,

S. F

L'assesseure la plus ancienne

M. B La greffière,

C. Quelos

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier

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