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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2102208

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2102208

mercredi 28 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2102208
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantMANHOULI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 décembre 2021, Mme D B, représentée par Me Manhouli, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le directeur de l'établissement public éducatif et social de Dole l'a suspendue de ses fonctions sans traitement à compter du 27 septembre 2021 ;

2°) de mettre à la charge de l'établissement public éducatif et social de Dole une somme de 1 500 en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme B soutient que :

- la décision est illégale faute de comporter une date ;

- la décision est entachée d'erreur de droit en méconnaissance de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986, dès lors qu'elle dispose d'un congé maladie dès le 26 août 2021 et aurait donc dû percevoir l'intégralité de sa rémunération jusqu'à la fin de son congé maladie ;

- elle aurait dû être convoquée à compter du 1er octobre 2021 pour un entretien conformément aux dispositions de l'article 1er de la loi du 5 août 2021 pour rechercher des solutions.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 février 2022, l'établissement public éducatif et social de Dole, représenté par Me Suissa, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de Mme B le versement d'une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

L'établissement public soutient que :

- les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés ;

- il est en situation de compétence liée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- la loi n° 2021-1040 du 5 août 2021 ;

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme E,

- les conclusions de M. C,

- et les observations de Me Maillard-Salin, pour l'établissement public éducatif et social de Dole.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision notifiée le 4 octobre 2021, le directeur de l'établissement public éducatif et social de Dole a suspendu Mme B de ses fonctions sans traitement. Mme B, psychomotricienne au sein de l'établissement, demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article 12 de la loi du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire : " I. - Doivent être vaccinés, sauf contre-indication médicale reconnue, contre la COVID-19 : 1° Les personnes exerçant leur activité dans : a) Les établissements de santé mentionnés à l'article L. 6111-1 du code de la santé publique ainsi que les hôpitaux des armées mentionnés à l'article L. 6147-7 du même code ; () k) Les établissements et services sociaux et médico-sociaux mentionnés aux 2°, 3°, 5°, 6°, 7°, 9° et 12° du I de l'article L. 312-1 du code de l'action sociale et des familles ()". L'article 13 de la même loi dispose quant à lui que : " I. - Les personnes mentionnées au I de l'article 12 établissent : 1° Satisfaire à l'obligation de vaccination en présentant le certificat de statut vaccinal prévu au second alinéa du II du même article 12. Par dérogation au premier alinéa du présent 1°, peut être présenté, pour sa durée de validité, le certificat de rétablissement prévu au second alinéa du II de l'article 12. () 2° Ne pas être soumises à cette obligation en présentant un certificat médical de contre-indication () ". Aux termes de l'article 14 de cette loi : " I. () B - A compter du 15 septembre 2021, les personnes mentionnées au I de l'article 12 ne peuvent plus exercer leur activité si elles n'ont pas présenté les documents mentionnés au I de l'article 13 ou, à défaut, le justificatif de l'administration des doses de vaccins requises par le décret mentionné au II de l'article 12. / Par dérogation au premier alinéa du présent B, à compter du 15 septembre 2021 et jusqu'au 15 octobre 2021 inclus, sont autorisées à exercer leur activité les personnes mentionnées au I de l'article 12 qui, dans le cadre d'un schéma vaccinal comprenant plusieurs doses, justifient de l'administration d'au moins une des doses requises par le décret mentionné au II du même article 12, sous réserve de présenter le résultat, pour sa durée de validité, de l'examen de dépistage virologique ne concluant pas à une contamination par la COVID-19 prévu par le même décret. () III. - Lorsque l'employeur constate qu'un agent public ne peut plus exercer son activité en application du I, il l'informe sans délai des conséquences qu'emporte cette interdiction d'exercer sur son emploi ainsi que des moyens de régulariser sa situation. L'agent public qui fait l'objet d'une interdiction d'exercer peut utiliser, avec l'accord de son employeur, des jours de congés payés. A défaut, il est suspendu de ses fonctions ou de son contrat de travail. La suspension mentionnée au premier alinéa du présent III, qui s'accompagne de l'interruption du versement de la rémunération, prend fin dès que l'agent public remplit les conditions nécessaires à l'exercice de son activité prévues au I. Elle ne peut être assimilée à une période de travail effectif pour la détermination de la durée des congés payés ainsi que pour les droits acquis par l'agent public au titre de son ancienneté. Pendant cette suspension, l'agent public conserve le bénéfice des garanties de protection sociale complémentaire auxquelles il a souscrit () ". Il résulte de ces dispositions que toute personne soumise à l'obligation vaccinale qu'elles instituent et refusant de s'y conformer se place dans l'impossibilité de poursuivre son activité professionnelle.

3. D'autre part, aux termes de l'article 20 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Les fonctionnaires ont droit, après service fait, à une rémunération comprenant le traitement, l'indemnité de résidence, le supplément familial de traitement ainsi que les indemnités instituées par un texte législatif ou réglementaire () ". Aux termes de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière : " Le fonctionnaire en activité à droit : () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. Le fonctionnaire conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. Le bénéfice de ces dispositions est subordonné à la transmission par le fonctionnaire, à son administration, de l'avis d'arrêt de travail justifiant du bien-fondé du congé de maladie, dans un délai et selon les sanctions prévues en application de l'article 42 ".

4. Il résulte de l'article 41 de la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 et du I de l'article 12 et du III de l'article 14 de la loi n° 2021-1040 du 5 août 2021 que le directeur d'un établissement de santé public peut légalement prendre une mesure de suspension à l'égard d'un agent qui ne satisfait pas à l'obligation vaccinale contre la covid-19 alors que cet agent est déjà en congé de maladie. Toutefois, cette mesure et la suspension de traitement qui lui est associée ne peuvent entrer en vigueur qu'à compter de la date à laquelle prend fin le congé de maladie de l'agent en question.

5. En l'espèce, par une décision notifiée le 4 octobre 2021, le directeur de l'établissement public éducatif et social de Dole a suspendu sans traitement Mme B de ses fonctions à compter du 27 septembre 2021. Or il est constant qu'à cette date, Mme B était placée en congé de maladie ordinaire depuis le 26 août 2021. Par suite, la décision de suspension prise à l'encontre de Mme B ne pouvait être d'effet immédiat et devait voir son entrée en vigueur différée au terme du congé maladie, le 22 octobre 2021.

6. Il résulte de ce qui précède que la décision contestée, en tant qu'elle suspend les fonctions sans traitement de Mme B à compter du 27 septembre 2021 jusqu'à l'issue de son congé maladie, le 22 octobre 2021, doit être annulée.

Sur les frais d'instance :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de la requérante, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'établissement public éducatif et social de Dole une somme de 1 500 euros à verser à Mme B au titre de ces mêmes frais.

D E C I D E :

Article 1er : La décision notifiée le 4 octobre 2021, en tant qu'elle suspend les fonctions sans traitement de Mme B à compter du 27 septembre 2021 jusqu'à l'issue de son congé maladie, le 22 octobre 2021, est annulée.

Article 2 : L'établissement public éducatif et social de Dole versera à Mme B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-l du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions présentées par l'établissement public éducatif et social de Dole sur le fondement de l'article L. 761-l du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B et à l'établissement public éducatif et social de Dole.

Délibéré après l'audience du 1er décembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Grossrieder, présidente,

Mme Besson conseillère,

M. Seytel, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 décembre 2022.

La présidente rapporteure,

S. E

L'assesseure la plus ancienne

M. A La greffière,

C Quelos

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier

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