jeudi 6 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Besançon |
| Section | Tribunal Administratif de Besançon |
| N° Dossier | TA25-2200111 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | BALAS & METRAL AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 21 janvier et 29 août 2022, la société Amétis Rhône-Alpes Auvergne, représentée par Me Balas, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 juillet 2021 par lequel le maire de la commune de Doubs a refusé de lui délivrer un permis de construire un immeuble de 47 logements au lieu-dit Les-Grands-Champs ainsi que la décision rejetant implicitement son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre au maire de la commune de Doubs de lui délivrer le permis de construire sollicité dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Doubs la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La société Amétis soutient que :
- les motifs de refus tenant à la nature du sol et à la densité de logements sont illégaux ;
- les dispositions de l'article U10 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) de la commune de Doubs n'ont pas été méconnues ;
- son projet ne méconnaît pas davantage les dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er juin 2022, la commune de Doubs, représentée par DSC Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de la société Amétis Rhône-Alpes Auvergne le versement d'une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La commune demande à ce que le juge substitue aux motifs tirés de la nature du sol et de la densité de logements celui tiré de la méconnaissance de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme et soutient que les autres moyens invoqués par la société Amétis ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les conclusions de M. B,
- les observations de Me Balas, pour la société Ametis et de Me Maillard-Salin, pour la commune de Doubs.
Considérant ce qui suit :
1. Le 10 novembre 2020, la société Amétis Rhône-Alpes Auvergne (ci-après " société Amétis ") a sollicité la délivrance d'un permis de construire un immeuble de 47 logements sur le territoire de la commune de Doubs, au lieu-dit " Les-Grands-Champs ". Par un arrêté du 24 février 2021, le maire de Doubs a rejeté sa demande. Le recours de la société Amétis contre cet arrêté du 24 février 2021 a été rejeté par un jugement rendu par le Tribunal le 27 janvier 2022 sous le n° 2101324. Le 19 mai 2021, la société Amétis a déposé une nouvelle demande de permis de construire un immeuble de 47 logements mais, par un arrêté du 28 juillet 2021, le maire de Doubs a de nouveau rejeté sa demande. Le recours gracieux exercé par la société Amétis le 24 septembre 2021 à l'encontre de cet arrêté a été implicitement rejeté. L'intéressée demande l'annulation de l'arrêté du 28 juillet 2021 et de la décision rejetant implicitement son recours gracieux.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Pour refuser de délivrer à la société Amétis le permis de construire demandé, le maire de la commune de Doubs s'est fondé sur des motifs tirés de l'insuffisance de l'étude du sol réalisée, du caractère trop important de la densité de logements au regard du futur plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) valant programme local de l'habitat (PLH) de la communauté de communes du Grand Pontarlier, de la méconnaissance des dispositions de l'article U10 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) de la commune de Doubs et, enfin, de la méconnaissance de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme.
En ce qui concerne le motif relatif à la méconnaissance de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme :
3. Aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ". Il résulte de ces dispositions que, si les constructions projetées portent atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ou encore à la conservation des perspectives monumentales, l'autorité administrative compétente peut refuser de délivrer le permis de construire sollicité ou l'assortir de prescriptions spéciales. Pour rechercher l'existence d'une atteinte de nature à fonder le refus de permis de construire ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de ce permis, il lui appartient d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site. Les dispositions de cet article excluent qu'il soit procédé, dans le second temps du raisonnement, à une balance d'intérêts divers en présence, autres que ceux mentionnés par cet article et, le cas échéant, par le plan local d'urbanisme de la commune. Pour apprécier aussi bien la qualité du site que l'impact de la construction projetée sur ce site, il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, de prendre en compte l'ensemble des éléments pertinents et notamment, le cas échéant, la covisibilité du projet avec des bâtiments remarquables, quelle que soit la protection dont ils bénéficient par ailleurs au titre d'autres législations.
4. D'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier que les constructions envisagées, d'architecture simple et conçues dans des matériaux et avec des coloris courants, seraient en rupture architecturale avec les lieux avoisinants, les sites, paysages naturels ou urbains, pour lesquels il n'existe d'ailleurs, en l'état du dossier, aucune qualité particulière. D'autre part, les constructions envisagées sont situées à proximité d'un lycée dont certains bâtiments comportent quatre étages de sorte que la hauteur des constructions, de 14,09 mètres, n'est pas de nature à porter atteinte au caractère du quartier. Par suite, la société Amétis est fondée à soutenir que le maire de la commune de Doubs a commis une erreur manifeste d'appréciation en considérant que le projet était de nature à porter atteinte à l'aspect paysager des lieux avoisinants.
En ce qui concerne les motifs relatifs à l'insuffisance de l'étude du sol et à la densité de logements :
5. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que la société Amétis a fait réaliser deux études des sols du terrain d'assiette du projet de construction dont la première, de septembre 2020, a consisté en une étude de la qualité environnementale de ces sols et la seconde, du 22 octobre 2020, a consisté en une analyse géotechnique par des sondages de reconnaissance géologique du terrain jusqu'à une profondeur de 13,70 mètres. Par suite, en refusant la délivrance du permis de construire sollicité, en raison de l'absence de sondage du sol au-delà d'une profondeur de 3 mètres, le maire de Doubs a entaché son arrêté d'une erreur de fait.
6. En second lieu, le maire de Doubs ne pouvait légalement opposer à la société requérante la circonstance qu'en accueillant une densité de 127 logements par hectare, le projet de construction envisagé était incompatible avec la densité moyenne retenue par le PADD du futur PLUi de la communauté de communes du Grand Pontarlier, ces documents n'étant pas en vigueur à la date de l'arrêté attaqué. Par suite, la requérante est fondée à soutenir que le maire de la commune de Doubs a ainsi entaché l'arrêté attaqué d'une erreur de droit.
7. L'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision, dont l'annulation est demandée, est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais égalementondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
8. Pour établir que l'arrêté de refus de permis attaqué était légal, la commune de Doubs invoque, dans son mémoire en défense, lequel a été communiqué à la société Amétis, un autre motif, tiré de ce que le projet méconnaît les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme au regard de la nature du sol et de la densité de logements.
9. Aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ". Aux termes de l'article 2 du règlement du PLU de la commune de Doubs, applicable à la zone U : " () Toutes les occupations et utilisations du sol restent soumises, entre autres dispositions prévues à l'article R. 111-1 du code de l'urbanisme, à celles de l'article R. 111-2 pour l'appréciation de la salubrité et de la sécurité publique () ".
10. Il ressort des pièces du dossier, notamment de l'avis rendu le 8 juillet 2021 par l'agence régionale de santé de Bourgogne-Franche-Comté et de l'étude sur la qualité environnementale des sols réalisée en septembre 2020, que sept des neufs prélèvements effectués sur le terrain d'assiette du projet révèlent un risque de pollution aux hydrocarbures (HCT) ainsi que la présence de lixiviats, à l'origine d'une pollution de type azotée, de type carbonée et de métaux lourds. Si cette étude contient des préconisations sur les mesures à mettre en place s'agissant de l'impact en HCT ainsi que pour la gestion des futurs déblais potentiellement pollués, le projet, comportant 47 logements, expose incontestablement ses futurs occupants à des risques inhérents à cette pollution de sorte que le projet est de nature à porter atteinte à la salubrité publique en application des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.
11. Il résulte de ce qui précède que le motif tiré de la méconnaissance de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme est de nature à fonder légalement la décision attaquée. Dans ces conditions, il y a lieu de procéder à la substitution demandée, dès lors qu'elle ne prive la requérante d'aucune garantie procédurale liée au motif substitué.
En ce qui concerne le motif relatif à la méconnaissance de l'article U10 du PLU :
12. Aux termes du a) de l'article 10 du règlement du PLU de la commune de Doubs applicable à la zone U : " La hauteur des constructions et installations admises, pour leurs parties situées à 3 mètres et plus des limites séparatives, ne devra pas excéder un nombre de niveaux supérieur à R+2, avec possibilité de deux niveaux supplémentaire au plus sous combles ". Il résulte de ces dispositions que, sur les portions du territoire de la commune de Doubs classées dans la zone U, ne peuvent être autorisées que les constructions qui comportent, au plus, deux niveaux au-dessus du rez-de-chaussée et deux niveaux de combles.
13. Il ressort des pièces du dossier que le projet de la société Amétis consiste à construire, sur une parcelle située dans la zone U du PLU, un ensemble immobilier composé de trois bâtiments et de 47 logements, comportant deux niveaux d'habitation au-dessus du rez-de-chaussée et un niveau de combles. Toutefois, la hauteur des combles est de plus de 1,80 mètres sous l'égout du toit. Dès lors, cette surface ne saurait être qualifiée de combles mais constitue en réalité un ensemble formé d'un étage et d'un comble, ce niveau supplémentaire pouvant aisément être clos par la pose d'un plafond ou d'un plancher au niveau de l'égout du toit. Par suite, en refusant de délivrer à la société requérante le permis de construire sollicité au motif que le projet de construction envisagé correspondait à un immeuble de type " R+2+combles " mais dont le dernier niveau ne saurait constituer des combles en raison de la hauteur du mur, le maire de Doubs n'a dès lors pas commis d'erreur de droit ou d'erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article U10 du règlement du PLU citées et analysées au point précédent.
14. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les motifs tirés de la méconnaissance, par le projet, des dispositions des articles R. 111-2 du code de l'urbanisme et U10 du règlement du PLU justifient à eux seuls le refus de permis de construire. Dès lors, la société Amétis n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 28 juillet 2021 attaqué et de la décision rejetant implicitement son recours gracieux. Ses conclusions aux fins d'annulation doivent, par suite, être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
15. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation de la société Amétis n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions aux fins d'injonction présentées par la requérante ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la commune de Doubs, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement de la somme que demande la société Amétis au titre des frais qu'elle a exposés et qui ne sont pas compris dans les dépens.
17. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société Amétis la somme de 1 500 euros demandée par la commune de Doubs au titre de ces mêmes frais.
DECIDE :
Article 1er : La requête de la société Amétis est rejetée.
Article 2 : La société Amétis versera à la commune de Doubs une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Amétis Rhône-Alpes Auvergne et à la commune de Doubs.
Délibéré après l'audience du 16 mars 2023 à laquelle siégeaient :
- Mme Grossrieder, présidente,
- Mme Besson, conseillère,
- M. Seytel, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 avril 2023.
La rapporteure,
M. ALa présidente,
S. Grossrieder
La greffière,
C. Quelos
La République mande et ordonne au préfet du Doubs, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026