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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2201227

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2201227

mardi 24 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2201227
TypeDécision
PublicationC
FormationJuge unique 2ème chambre
Avocat requérantGORGULU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 juillet 2022, M. C D et Mme B A, représentés par Maître Gorgulu, demandent au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 17 mai 2022 par lesquelles le directeur de la Caisse d'allocations familiales (CAF) du Jura a rejeté leurs recours contre des décisions du 21 septembre 2021 notifiant respectivement un indu de prime d'activité à la charge de M. D et un indu d'aide personnelle au logement (APL) à la charge de Mme A ;

2°) d'enjoindre à la CAF du Jura de leur verser les prestations sociales dues ;

3°) d'enjoindre à la CAF du Jura de recréer un compte allocataire pour M. D ;

4°) de condamner la CAF du Jura à réparer les préjudices subis en raison des conclusions erronées des rapports d'enquête et de l'interruption du versement des prestations sociales en ce qui concerne M. D ;

5°) de condamner la CAF du Jura à verser à l'Etat le montant de la somme attribuée au titre de l'aide juridictionnelle.

Mme A et M. D soutiennent que la CAF du Jura a commis une erreur d'appréciation dès lors qu'ils n'ont jamais été en concubinage.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 février 2023, la CAF du Jura conclut au rejet de la requête.

La CAF du Jura soutient que le moyen invoqué par les requérants n'est pas fondé.

L'aide juridictionnelle totale a été accordée à M. D et Mme A par deux décisions du 19 août 2022.

Par un courrier du 27 septembre 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur deux moyens relevé d'office tirés, d'une part, de l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires de la requête, en l'absence de décision préalable de l'administration rejetant une telle demande et, d'autre part, de l'irrecevabilité des conclusions aux fins de condamnation de la CAF du Jura à verser le montant de l'aide juridictionnelle à l'Etat, de telles conclusions n'entrant pas dans l'office du juge.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Pernot, premier conseiller, pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, M. Pernot a lu son rapport et entendu les observations de Me Gorgulu pour le compte de M. D et Mme A.

Me Gorgulu a fait valoir que les décisions contestées n'étaient pas motivées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Le 21 septembre 2021, la CAF du Jura a notifié à Mme A un indu d'APL de 4 017 euros, pour la période de janvier 2019 à août 2021. Le même jour, elle a notifié à M. D un indu de prime d'activité de 6 096,44 euros, pour la période de janvier 2019 à août 2021. Par des décisions du 17 mai 2022, la CAF du Jura a rejeté les recours formés par les requérants concernant le bien-fondé des indus mis à leur charge. M. D et Mme A demandent l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le cadre juridique applicable :

S'agissant de la prime d'activité :

2. D'une part, en vertu des dispositions combinées des articles L. 841-1, L. 843-1, L. 845-2 et L. 845-3 du code de la sécurité sociale, la prime d'activité, qui a pour objet d'inciter les travailleurs aux ressources modestes, qu'ils soient salariés ou non-salariés, à l'exercice ou à la reprise d'une activité professionnelle et de soutenir leur pouvoir d'achat, est attribuée, servie et contrôlée, pour le compte de l'Etat, par les caisses d'allocations familiales et par les caisses de mutualité sociale agricole pour leurs ressortissants.

3. Lorsque l'un des organismes mentionnés au point 2 décide de récupérer un paiement indu de prime d'activité, remettant ainsi en cause des paiements déjà effectués, la personne qui en conteste le bien-fondé doit, avant de saisir le juge, former un recours administratif préalable auprès de la commission de recours amiable de cet organisme et la décision prise par cette commission se substitue à la décision initiale et est seule susceptible d'être contestée devant le juge administratif. Statuant sur un recours dirigé contre une telle décision, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient également, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 842-3 du code de la sécurité sociale : " La prime d'activité est égale à la différence entre : / 1° Un montant forfaitaire dont le niveau varie en fonction de la composition du foyer et du nombre d'enfants à charge, augmenté d'une fraction des revenus professionnels des membres du foyer, et qui peut faire l'objet d'une ou de plusieurs bonifications ; / 2° Les ressources du foyer, qui sont réputées être au moins égales au montant forfaitaire mentionné au 1°. () ". Aux termes de l'article R. 842-3 du même code : " Le foyer mentionné au 1° de l'article L. 842-3 est composé : / 1° Du bénéficiaire ; / 2° De son conjoint, concubin, ou partenaire lié par un pacte civil de solidarité ; () ". Aux termes de l'article 515-8 du code civil : " Le concubinage est une union de fait, caractérisée par une vie commune présentant un caractère de stabilité et de continuité, entre deux personnes, de sexe différent ou de même sexe, qui vivent en couple ".

S'agissant de l'APL :

5. D'une part, en vertu des dispositions combinées des articles L. 812-1, L. 821-1, L. 823-9, L. 825-2, L. 825-3, R. 825-1, R. 825-2 et R. 825-3 du code de la construction et de l'habitation ainsi que des articles L. 553-2 et R. 142-1 du code de la sécurité sociale, les aides personnelles au logement pour le compte du fonds national d'aide au logement, c'est-à-dire au nom de l'Etat, sont versées par les organismes chargés de gérer les prestations familiales.

6. Lorsque l'un des organismes mentionnés au point 5 décide de récupérer un paiement indu d'aide personnelle au logement, remettant ainsi en cause des paiements déjà effectués, la personne qui en conteste le bien-fondé doit, avant de saisir le juge, former un recours administratif préalable auprès de la commission de recours amiable de cet organisme et la décision prise par le directeur de cet organisme, après avis de cette commission, se substitue à la décision initiale et est seule susceptible d'être contestée devant le juge administratif. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une telle décision, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient également, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

7. D'autre part, aux termes de l'article L. 823-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le montant des aides personnelles au logement est calculé en fonction d'un barème défini par voie réglementaire. / Ce barème est établi en prenant en considération : / 1° La situation de famille du demandeur et le nombre de personnes à charge vivant habituellement au foyer ; / 2° Ses ressources et la valeur en capital de son patrimoine et, s'il y a lieu, de son conjoint et des personnes vivant habituellement à son foyer, telles que définies aux articles L. 822-5 à L. 822-8 ; () ". Aux termes de l'article R. 822-2 du même code : " Les ressources prises en compte pour le calcul de l'aide personnelle au logement sont celles dont bénéficient le demandeur ou l'allocataire, son conjoint et les personnes vivant habituellement au foyer. () ".

En ce qui concerne les moyens développés :

8. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () imposent des sujétions () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

9. Les décisions du 17 mai 2022 s'appuient sur les dispositions de l'article 515-8 du code civil, mentionnent la nature des indus mis à la charge des requérants, leur montant et les périodes concernées et indiquent les éléments qui ont conduit à estimer que les requérants étaient en situation de concubinage. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des décisions attaquées manque en fait.

10. En second lieu, si M. D et Mme A soutiennent que les rapports d'enquêtes réalisées les 10 et 23 mars 2021 reposent sur des éléments qui ne sont pas suffisamment probants pour démontrer qu'ils seraient en concubinage depuis plusieurs années, il résulte cependant de l'instruction, et en particulier des constats desdits rapports, que les requérants ont reconnu vivre en couple et sous le même toit depuis l'emménagement de la requérante dans son logement situé au " 13 rue des Buts à Orgelet " le 1er novembre 2017 et qu'ils ont chacun signé, après avoir recopié la mention " lu et approuvé, libre et sans contrainte ", la déclaration sur l'honneur à l'issue des deux enquêtes en attestant être d'accord avec les conclusions du contrôleur assermenté. Dans ces conditions, c'est à bon droit que la CAF du Jura a pris en compte la vie de couple de M. D et Mme A, pour recalculer le montant des prestations dues, en appliquant les dispositions citées au point 4 en ce qui concerne la prime d'activité et au point 7 en ce qui concerne l'APL, et a notifié aux intéressés les indus en litige. Par suite, le moyen tiré de ce que l'administration aurait commis une erreur d'appréciation doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation des décisions du 17 mai 2022. Leurs conclusions aux fins d'annulation doivent par suite être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution au sens des articles L. 911-1 et suivant du code de justice administrative. Les conclusions aux fins d'injonction ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.

Sur les conclusions aux fins de condamnation :

13. En premier lieu, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " () Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. ".

14. Si M. D et Mme A demandent que la CAF du Jura soit condamnée à leur verser une somme en réparation des préjudices qu'ils estiment avoir subis à la suite des enquêtes réalisées les 10 et 23 mars 2021 et de l'arrêt des versements des prestations sociales en ce qui concerne M. D, il ne ressort pas des pièces du dossier que les requérants aient fait précéder de telles conclusions d'une demande préalable conformément aux dispositions de l'article R. 421-1 du code de justice administrative. Dès lors, le contentieux n'étant pas lié, les conclusions précitées sont irrecevables.

15. En second lieu, il ne relève pas de l'office du juge administratif de condamner un organisme chargé d'une mission de service public à reverser à l'Etat le montant de l'aide juridictionnelle accordée à un requérant en application des dispositions de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991. Dès lors, les conclusions de la requête de M. D et Mme A tendant à la condamnation de la CAF du Jura à reverser à l'Etat le montant de l'aide juridictionnelle qui leur a été accordée sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. D et Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D, à Mme B A, à la ministre des solidarités et des familles et la caisse d'allocations familiales du Jura.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2023.

Le magistrat désigné,

A. PernotLa greffière,

C. Chiappinelli

La République mande et ordonne à la ministre des solidarités et des familles et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chacun en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière

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