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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2501385

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2501385

mercredi 1 juillet 2026

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2501385
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJuge unique 2ème chambre
Avocat requérantBELIN - DAREY - ROBIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 juillet 2025, Mme A... B..., représentée par Me Robin, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d’annuler la décision du 13 juin 2025 par laquelle le président du conseil départemental du Doubs a rejeté le recours préalable exercé à l’encontre de la décision du 6 décembre 2024 portant refus de lui délivrer une carte « mobilité inclusion » portant la mention « stationnement pour personnes handicapées » ;

2°) d’enjoindre au président du conseil départemental du Doubs de lui attribuer une carte « mobilité inclusion » portant la mention « stationnement pour personnes handicapées ».

Elle soutient que la décision est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation dès lors qu’elle a subi une intervention chirurgicale le 30 septembre 2024, qu’à l’issue de cette intervention, elle présentait encore une douleur séquellaire lombo radiculaire droite neuropathique justifiant une prise en charge au centre anti-douleur, que son état de santé nécessitait encore, le 19 mai 2025, une prise en charge à 100 % pour les transports vers le centre anti-douleur, et que son handicap entraîne à la fois une réduction importante et durable de sa capacité et de son autonomie de déplacement à pied, justifie qu’elle soit accompagnée par une tierce personne ou qu’elle ait recours à certaines aides techniques lors de ses déplacements à l’extérieur.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 juillet 2025, le président du conseil départemental du Territoire de Belfort conclut au rejet de la requête en tant qu’elle est dirigée contre lui.

Il soutient que la requête est irrecevable dès lors qu’elle est dirigée contre une décision inexistante, seule une décision prise par la maison départementale des personnes handicapées du Doubs ayant été prise.

Par un mémoire, enregistré le 16 juin 2026, la présidente du Département du Doubs indique être désormais favorable à l’attribution de la carte « mobilité inclusion » portant la mention « stationnement pour personnes handicapées ».

Elle fait valoir qu’au vu du dossier présenté par la requérante, sa décision était fondée mais qu’au regard de son état de santé réel, tel qu’il ressort de l’examen clinique réalisé le 28 janvier 2026, la carte mobilité inclusion pourrait lui être attribuée pour une durée de 4 ans à compter du jugement à intervenir.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’action sociale et des familles ;
- l’arrêté du 3 janvier 2017 relatif aux modalités d’appréciation d’une mobilité pédestre réduite et de la perte d’autonomie dans le déplacement individuel, prévues aux articles R. 241-12-1 et R. 241-20-1 du code de l’action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l’audience publique, après l’appel de l’affaire, les parties n’étant ni présentes, ni représentées, la clôture de l’instruction a été prononcée en application de l’article R. 772-9 du code de justice administrative et le rapport de M. Di Candia, président, a été entendu.


Considérant ce qui suit :

Mme A... B... a déposé auprès de la maison départementale des personnes handicapées (MDPH) du Doubs un dossier afin d’obtenir la carte « mobilité inclusion » (CMI) portant la mention « stationnement pour personnes handicapées ». Par une décision du 6 décembre 2024, la présidente du département du Doubs a refusé de délivrer la CMI sollicitée. Mme B... a présenté un recours administratif préalable obligatoire contre cette décision, explicitement rejeté par une décision du 13 juin 2025.

D’une part, aux termes de l’article L. 241-3 du code de l’action sociale et des familles : « I. – La carte " mobilité inclusion" destinée aux personnes physiques est délivrée par le président du conseil départemental au vu de l’appréciation, sur le fondement du 3° du I de l’article L. 241-6, de la commission mentionnée à l’article L. 146-9. Elle peut porter une ou plusieurs des mentions prévues aux 1° à 3° du présent I, à titre définitif ou pour une durée déterminée. / (...) 3° La mention " stationnement pour personnes handicapées " est attribuée à toute personne atteinte d’un handicap qui réduit de manière importante et durable sa capacité et son autonomie de déplacement à pied ou qui impose qu’elle soit accompagnée par une tierce personne dans ses déplacements. / (…) ». Le IV de l’article R. 241-12-1 du même code dispose que : « Pour l’attribution de la mention “ stationnement pour personnes handicapées ”, un arrêté des ministres chargés des personnes handicapées, des personnes âgées et des anciens combattants définit les modalités d’appréciation d’une mobilité pédestre réduite et de la perte d’autonomie dans le déplacement individuel, en tenant compte notamment de la limitation du périmètre de marche de la personne ou de la nécessité pour celle-ci de recourir systématiquement à certaines aides techniques ou à une aide humaine lors de tous ses déplacements à l’extérieur ».

D'autre part, selon l’annexe de l’arrêté ministériel du 3 janvier 2017 visé ci-dessus, pris pour l’application de ces dispositions : « 1. Critère relatif à la réduction importante de la capacité et de l’autonomie de déplacement à pied : / La capacité et l’autonomie de déplacement à pied s’apprécient à partir de l’activité relative aux déplacements à l’extérieur. / Une réduction importante de la capacité et de l’autonomie de déplacement à pied correspond à une difficulté grave dans la réalisation de cette activité et peut se retrouver chez des personnes présentant notamment un handicap lié à des déficiences motrices ou viscérales (exemple : insuffisance cardiaque ou respiratoire). / Ce critère est rempli dans les situations suivantes : / [a] - la personne a un périmètre de marche limité et inférieur à 200 mètres ; ou ; / [b] - ou la personne a systématiquement recours à l’une des aides suivantes pour ses déplacements extérieurs : / - une aide humaine ; / - une prothèse de membre inférieur ; / - une canne ou tous autres appareillages manipulés à l’aide d’un ou des deux membres supérieurs (exemple : déambulateur) ; / - un véhicule pour personnes handicapées : une personne qui doit utiliser systématiquement un fauteuil roulant pour ses déplacements extérieurs remplit les conditions d’attribution de la carte de stationnement pour personnes handicapées, y compris lorsqu’elle manœuvre seule et sans difficulté le fauteuil ; ou / [c] - la personne a recours, lors de tous ses déplacements extérieurs, à une oxygénothérapie. / 2. Critère relatif à l’accompagnement par une tierce personne pour les déplacements : / Ce critère concerne les personnes atteintes d’une altération d’une fonction mentale, cognitive, psychique ou sensorielle imposant qu’elles soient accompagnées par une tierce personne dans leurs déplacements. / Ce critère est rempli si elles ne peuvent effectuer aucun déplacement seules, y compris après apprentissage. / La nécessité d'un accompagnement s'impose dès lors que la personne risque d'être en danger ou a besoin d'une surveillance régulière. / (...). 3. Dispositions communes : / La réduction de la capacité et de l’autonomie de déplacement à pied ou le besoin d’accompagnement doit être définitif ou d’une durée prévisible d’au moins un an pour attribuer la carte de stationnement pour personnes handicapées. (...) ».

Dans le cas d’un contentieux portant sur une demande de carte « mobilité inclusion » portant la mention « stationnement pour personnes handicapées », c’est au regard des dispositions applicables et de la situation de fait existant à la date à laquelle il rend sa propre décision que le juge doit statuer.

Il appartient à la personne qui présente devant le juge administratif des conclusions à fin d’annulation d’une décision lui refusant la délivrance d’une carte « mobilité inclusion » portant la mention « stationnement pour personnes handicapées » d’établir, par tous moyens et notamment par la production de justificatifs, qu’elle est atteinte d’un handicap qui réduit de manière importante et durable sa capacité et son autonomie de déplacement à pied.

En l’espèce, Mme B... fait valoir qu’à la suite d’une récidive d’hernie discale, elle a subi une intervention chirurgicale à l’issue de laquelle elle présentait encore une douleur séquellaire lombo radiculaire droite neuropathique justifiant une prise en charge par un centre anti-douleur. Les éléments médicaux dont elle se prévaut, non contestés en défense, justifient qu’elle a été affectée d’un handicap réduisant de manière importante sa capacité et son autonomie de déplacement à pied et limite son périmètre de marche à moins de 200 mètres. Par ailleurs, il résulte de l’instruction, notamment des termes du jugement du tribunal judiciaire de Montbéliard du 2 avril 2026, rendu après une expertise médicale contradictoire, que les restrictions dont souffre la requérante sont durables. Il est d’ailleurs constant qu’un examen clinique réalisé le 28 janvier 2026 révèle chez elle une perte de la sensibilité du membre inférieur droit, que celle-ci présente des douleurs permanentes n’incluant la possibilité de marcher trente minutes avec de l’aide, compte tenu d’un phénomène de lâchage de son membre inférieur droit. Si le département du Doubs admet que ces éléments justifient que lui soit désormais délivrée une carte « mobilité inclusion » portant la mention « stationnement pour personnes handicapées, il n’établit pas avoir lui-même procédé à une telle délivrance.

Il résulte de ce qui précède que Mme B... est fondée à demander l’annulation de la décision attaquée.


D E C I D E :


Article 1er : La décision de la présidente du conseil départemental du Doubs du 13 juin 2025 refusant à Mme B... le bénéfice de la carte « mobilité inclusion » mention « stationnement pour personnes handicapées » est annulée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A... B..., au département du Doubs et au département du Territoire de Belfort.

Une copie de ce jugement sera transmise, pour information à la maison départementale des personnes handicapées du Doubs.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2026.


Le président,



O. Di CandiaLa greffière,



N. Viennet


La République mande et ordonne au préfet du Doubs, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,
Un greffier,


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