mardi 18 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Besançon |
| Section | Tribunal Administratif de Besançon |
| N° Dossier | TA25-2202017 |
| Type | Décision |
| Recours | Interprétation |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique 2ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 13 décembre 2022, Mme A D conteste la décision du 2 novembre 2022 par laquelle le président du conseil départemental de la Haute-Saône lui a infligé une amende administrative d'un montant de 1 000 euros.
Elle soutient que :
- elle est de bonne foi dès lors qu'elle ignorait qu'elle devait déclarer les pensions alimentaires versées par son ancien compagnon dans le cadre des déclarations trimestrielles de ressources en vue de percevoir le revenu de solidarité active (RSA) ;
- sa situation familiale ne lui permet pas de rembourser une telle somme.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 octobre 2023, le département de la Haute-Saône conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Pernot, premier conseiller, pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, les parties n'étant ni présentes, ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative et le rapport de M. Pernot a été entendu.
Considérant ce qui suit :
1. A l'occasion d'un contrôle réalisé en janvier 2022, les services de la caisse d'allocations familiales (CAF) de la Haute-Saône ont constaté que la situation de Mme D, alors allocataire du RSA depuis 2012, présentait des irrégularités au regard de ses droits à cette prestation sociale. Le 25 avril 2022, la CAF de la Haute-Saône a décidé de récupérer auprès de l'intéressée un paiement indu de RSA de 6 450 euros pour la période de mai 2019 à janvier 2022. Le 30 septembre 2022, le département de la Haute-Saône a informé Mme D qu'il envisageait de lui infliger une amende administrative. Après avoir recueilli l'avis de l'équipe pluridisciplinaire, le président du conseil départemental de la Haute-Saône a décidé, le 2 novembre 2022, de sanctionner l'intéressée d'une amende de 1 000 euros. Mme D demande au tribunal d'annuler cette décision.
2. D'un part, aux termes de l'article L.262-52 du code de l'action sociale et des familles : " La fausse déclaration ou l'omission délibérée de déclaration ayant abouti au versement indu du revenu de solidarité active est passible d'une amende administrative prononcée et recouvrée dans les conditions et les limites définies, en matière de prestations familiales, aux sixième, septième, neuvième et dixième alinéas du I, à la seconde phrase du onzième alinéa du I et au II de l'article L.114-17 du code de la sécurité sociale. La décision est prise par le président du conseil départemental après avis de l'équipe pluridisciplinaire mentionnée à l'article L.262-39 du présent code. La juridiction compétente pour connaître des recours à l'encontre des contraintes délivrées par le président du conseil départemental est la juridiction administrative () ". Il appartient au juge, saisi d'une contestation portant sur une sanction que l'administration inflige à un administré, de prendre une décision qui se substitue à celle de l'administration. Par suite, compte tenu des pouvoirs dont il dispose ainsi pour contrôler une sanction de cette nature, le juge se prononce sur la contestation dont il est saisi comme juge de plein contentieux.
3. D'autre part, aux termes de l'article R. 262-37 du code de l'action sociale et des familles : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ".
4. En premier lieu, il résulte de l'instruction que l'indu de RSA mis à la charge de Mme D a pour origine l'absence de déclaration par l'intéressée aux services de la CAF de la pension alimentaire versée mensuellement par son ancien compagnon, M. C B, pour deux de ses neuf enfants, au cours de la période de février 2019 à novembre 2021, pour des sommes comprises entre 100 et 300 euros. Cet indu a été constaté à la suite d'un contrôle de la CAF. En l'espèce, Mme D soutient qu'elle ignorait que ce type de ressources était soumis à déclaration alors que le formulaire de déclaration des ressources trimestrielles comporte notamment la rubrique " pensions alimentaires reçues ". Ainsi, eu égard au caractère explicite des ressources qui doivent être déclarées et à la répétition des omissions déclaratives pendant presque trois ans, la requérante doit être regardée comme ayant délibérément manqué à ses obligations déclaratives prévues à l'article R. 262-37 du code de la sécurité sociale. En décidant de lui infliger une amende de 1 000 euros, le président du conseil départemental de la Haute-Saône n'a dès lors commis aucune erreur d'appréciation.
5. En second lieu, en se bornant à faire valoir qu'étant mère de neuf enfants dont deux sont en situation de handicap, elle ne peut pas rembourser la somme de 1 000 euros mise à sa charge, Mme D ne conteste pas le bien-fondé de la créance. Par suite, ce moyen doit être écarté comme inopérant.
6. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme D doit être rejetée.
DECIDE :
Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D et au département de la Haute-Saône.
Une copie sera transmise, pour information, à la caisse d'allocations familiales de la Haute-Saône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juin 2024.
Le magistrat désigné,
A. PernotLa greffière,
N. Viennet
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Saône, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière
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