vendredi 28 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Besançon |
| Section | Tribunal Administratif de Besançon |
| N° Dossier | TA25-2300456 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique 2ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires complémentaires, enregistrés les 9 mars, 27 mars et 4 avril 2023, Mme B A conteste la décision du 14 décembre 2022 par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales (CAF) du Territoire de Belfort a rejeté son recours concernant un indu de prime d'activité d'un montant de 1 641,83 euros, pour la période de décembre 2021 à octobre 2022.
Mme A soutient que :
- l'indu mis à sa charge a pour origine des difficultés pour mentionner intégralement l'ensemble des ressources de son conjoint dans le cadre de ses déclarations de ressources trimestrielles pour percevoir la prime d'activité ;
- ces difficultés de déclaration ne relèvent pas de sa responsabilité mais d'un dysfonctionnement du site de la CAF du Territoire de Belfort ;
- elle est de bonne foi dès lors qu'elle a signalé ces difficultés par téléphone aux services de la CAF du Territoire de Belfort ;
- la CAF du Territoire de Belfort a commis une erreur d'appréciation en ce qui concerne la prise en compte des allocations de retour à l'emploi de son conjoint ;
- la CAF du Territoire de Belfort a commis une erreur d'appréciation en février 2022 en prenant en compte l'indemnisation inflation - aide exceptionnelle de l'Etat pour le calcul de la prime d'activité ;
- cette situation génère du stress qui aggrave son état de santé.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 29 mars et 14 avril 2023, la CAF du Territoire de Belfort conclut au rejet de la requête.
La CAF du Territoire de Belfort soutient que les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Pernot, premier conseiller, pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, les parties n'étant ni présentes, ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative et le rapport de M. Pernot a été entendu.
Considérant ce qui suit :
1. Le 10 novembre 2022, la CAF du Territoire de Belfort a notifié à Mme A un indu de prime d'activité de 1 641,83 euros, pour la période de décembre 2021 à octobre 2022. Par une décision du 14 décembre 2022, la CAF du Territoire de Belfort a rejeté le recours formé par la requérante concernant le bien-fondé de l'indu mis à sa charge. Mme A doit être regardée comme demandant l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne le cadre juridique applicable :
2. D'une part, en vertu des dispositions combinées des articles L. 841-1, L. 843-1, L. 845-2 et L. 845-3 du code de la sécurité sociale, la prime d'activité, qui a pour objet d'inciter les travailleurs aux ressources modestes, qu'ils soient salariés ou non-salariés, à l'exercice ou à la reprise d'une activité professionnelle et de soutenir leur pouvoir d'achat, est attribuée, servie et contrôlée, pour le compte de l'Etat, par les caisses d'allocations familiales et par les caisses de mutualité sociale agricole pour leurs ressortissants.
3. Lorsque l'un des organismes mentionnés au point 2 décide de récupérer un paiement indu de prime d'activité, remettant ainsi en cause des paiements déjà effectués, la personne qui en conteste le bien-fondé doit, avant de saisir le juge, former un recours administratif préalable auprès de la commission de recours amiable de cet organisme et la décision prise par cette commission se substitue à la décision initiale et est seule susceptible d'être contestée devant le juge administratif. Statuant sur un recours dirigé contre une telle décision, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient également, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.
4. D'autre part, aux termes de l'article L. 842-3 du code de la sécurité sociale : " La prime d'activité est égale à la différence entre : / 1° Un montant forfaitaire dont le niveau varie en fonction de la composition du foyer et du nombre d'enfants à charge, augmenté d'une fraction des revenus professionnels des membres du foyer, et qui peut faire l'objet d'une ou de plusieurs bonifications ; / 2° Les ressources du foyer, qui sont réputées être au moins égales au montant forfaitaire mentionné au 1°. () ". Aux termes de l'article L. 842-4 du même code : " Les ressources mentionnées à l'article L. 842-3 prises en compte pour le calcul de la prime d'activité sont : / () 2° Les revenus de remplacement des revenus professionnels () ". Aux termes de l'article R. 843-1 du même code : " I. - Le montant dû au foyer bénéficiaire de la prime d'activité est égal à la moyenne des primes calculées conformément à l'article L. 842-3 pour chacun des trois mois précédant l'examen ou le réexamen périodique du droit. / () / III. - Pour chacun des trois mois mentionnés au I, les ressources prises en compte pour le calcul de la prime d'activité sont celles perçues au cours du mois considéré () ". Enfin, en vertu du I de de l'article R. 844-4 du même code, les aides personnelles au logement (APL) prévues à l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation sont incluses, dans la limite d'un forfait, dans les ressources pour le calcul de la prime d'activité.
En ce qui concerne les moyens développés :
5. Il résulte de l'instruction que l'indu de prime d'activité de 1 641,83 euros mis à la charge de Mme A résulte, pour la période de juin à octobre 2022, d'une erreur de déclaration en ce qui concerne le montant de l'allocation de retour à l'emploi perçu par le conjoint de la requérante pour le mois de février 2022 et de l'absence de déclaration de cette même allocation pour les mois de mars à août 2022 et, d'autre part, pour la période de décembre 2021 à février 2022, d'une modification du montant des revenus perçus par la requérante au titre de l'année 2019 à l'origine d'une modification du montant des APL pour la période de septembre à novembre 2021.
6. En premier lieu, si Mme A fait valoir que l'indu de prime d'activité mis à sa charge ne relève pas de sa responsabilité mais a pour origine un dysfonctionnement informatique en ce qui concerne les déclarations de ressources sur le site internet de la CAF du Territoire de Belfort qu'elle a signalé à plusieurs reprises, ce dysfonctionnement demeure sans incidence sur le bien-fondé de l'indu précité. En tout état de cause, s'il résulte de l'instruction que Mme A a signalé le 7 mars 2022, lors de sa déclaration de ressources pour le calcul du RSA, les indemnités de chômage de son conjoint en indiquant que son chiffre d'affaire en tant qu'autoentrepreneur était nul et, par courriel du même jour, en ce qui concerne la déclaration pour le calcul des APL, son impossibilité de déclarer simultanément les indemnités précitées et le chiffre d'affaire de son conjoint, ce dysfonctionnement du système informatique de la CAF du Territoire de Belfort a bien été pris en compte dès lors que la bonne foi de la requérante n'a pas été remise en cause concernant l'indu de prime d'activité mis à sa charge. Enfin, si Mme A fait valoir qu'il existe des incohérences entre les montants des ressources de son foyer qu'elle a déclarés le 23 mars 2023 et ceux figurant sur le site internet de la CAF du Territoire de Belfort, ces incohérences sont sans lien avec l'indu en litige. Par suite, les moyens précités doivent être rejetés.
7. En deuxième lieu, en vertu des dispositions du III de l'article R. 843-1 du code de la sécurité sociale, les indemnités de chômage du conjoint de la requérante à prendre en compte pour le calcul du RSA sont celles au titre du mois de perception et non celles du mois au titre duquel elles sont dues. Il résulte de l'instruction, d'une part, que la requérante a déclaré à tort que son conjoint avait perçu 994 euros d'indemnité de chômage en février 2022 alors qu'il avait perçu en réalité 1 101 euros et, d'autre part, que l'intéressée n'a pas mentionné, dans ses déclarations de ressources trimestrielles des 3 juin et 2 septembre 2022, les indemnités chômage de son conjoint pour les mois de mars à août 2022, générant le premier trop-perçu de 1 628,84 euros mis à sa charge. Par ailleurs, le second trop-perçu mis à la charge de la requérante a pour origine un rappel d'APL, pris en compte pour le calcul de la prime d'activité, dû à une rectification du montant des revenus de la requérante pour l'année 2019 établi en septembre 2022. Enfin, il ne résulte pas de l'instruction que l'indemnisation inflation - aide exceptionnelle de l'Etat de 100 euros perçu par le conjoint de la requérante ait été prise en compte pour le calcul de la prime d'activité. C'est donc à bon droit que la CAF du Territoire de Belfort a réclamé à la requérante l'indu de prime d'activité en litige. Par suite, les moyens tirés de l'erreur d'appréciation doivent être écartés.
8. En dernier lieu, la circonstance que les démarches entreprises par la requérante pour régulariser sa situation lui occasionnent du stress qui affecte son état de santé est sans incidence sur le bien-fondé de l'indu mis à sa charge. Par suite, le moyen développé en ce sens doit être écarté comme inopérant.
9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 14 décembre 2022. Ses conclusions aux fins d'annulation doivent par suite être rejetées.
DECIDE :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la ministre du travail, de la santé et des solidarités.
Une copie de ce jugement sera transmise, pour information, à la caisse d'allocations familiales du Territoire de Belfort.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2024.
Le magistrat désigné,
A. PernotLa greffière,
N. Viennet
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités, chacun en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière
N°2300456
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