vendredi 28 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Besançon |
| Section | Tribunal Administratif de Besançon |
| N° Dossier | TA25-2300781 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique 2ème chambre |
Vu les procédures suivantes :
I/ Par une requête, enregistrée le 9 mai 2023 sous le n° 2300780, Mme C B, représentée par Me Robin, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 9 mars 2023 par laquelle la caisse d'allocations familiales (CAF) du Territoire de Belfort confirme son indu d'aide personnalisée au logement (APL), pour la période d'avril à décembre 2021, pour un montant de 1 943,55 euros ;
2°) de mettre à la charge de de CAF du Territoire de Belfort la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme B soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'incompétence de son auteur ;
- elle est entachée d'une violation de la procédure contradictoire préalable ;
- elle est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 juin 2023, la CAF du Territoire de Belfort conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.
II/ Par une requête, enregistrée le 9 mai 2023 sous le n° 2300781, Mme C B, représentée par Me Robin, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 23 janvier 2023 par laquelle le président du conseil départemental du Territoire de Belfort a rejeté son recours préalable obligatoire contre la décision par laquelle la CAF du Territoire de Belfort lui a notifié un indu de revenu de solidarité active (RSA) pour la période d'avril 2021 à février 2022, pour un montant de 5 230,37 euros ;
2°) de mettre à la charge du département du Territoire de Belfort la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme B soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'une incompétence de son auteur ;
- elle est entachée d'une violation de la procédure contradictoire préalable ;
- elle est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 5 juin 2023, le département du Territoire de Belfort conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Pernot, premier conseiller, pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, les parties n'étant ni présentes, ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative et le rapport de M. Pernot a été entendu.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B a perçu l'APL d'un montant de 1 943,55 euros pour la période d'avril 2021 à décembre 2021 ainsi que le RSA d'un montant de 5 230,37 euros pour la période d'avril 2021 à février 2022. Le 30 novembre 2022, la CAF du Territoire de Belfort a notifié à la requérante une dette correspondant aux paiements indus des deux sommes précitées. Par des décisions respectives des 23 janvier et 9 mars 2023, le président du conseil départemental du Territoire de Belfort et le directeur de la CAF de ce département ont rejeté les recours formés par Mme B contestant les indus mis à sa charge. Par les requêtes nos 2300780 et 2300781, qu'il y a lieu de joindre pour statuer par un seul jugement, Mme B demande l'annulation des décisions des 23 janvier et 9 mars 2023.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne le cadre juridique applicable :
S'agissant de l'APL :
2. D'une part, en vertu des dispositions combinées des articles L. 812-1, L. 821-1, L. 823-9, L. 825-2, L. 825-3, R. 825-1, R. 825-2 et R. 825-3 du code de la construction et de l'habitation ainsi que des articles L. 553-2 et R. 142-1 du code de la sécurité sociale, les aides personnelles au logement pour le compte du fonds national d'aide au logement, c'est-à-dire au nom de l'Etat, sont versées par les organismes chargés de gérer les prestations familiales.
3. Lorsque l'un des organismes mentionnés au point 2 décide de récupérer un paiement indu d'aide personnelle au logement, remettant ainsi en cause des paiements déjà effectués, la personne qui en conteste le bien-fondé doit, avant de saisir le juge, former un recours administratif préalable auprès de la commission de recours amiable de cet organisme et la décision prise par le directeur de cet organisme, après avis de cette commission, se substitue à la décision initiale et est seule susceptible d'être contestée devant le juge administratif. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une telle décision, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient également, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.
4. D'autre part, aux termes de l'article L. 823-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le montant des aides personnelles au logement est calculé en fonction d'un barème défini par voie réglementaire. / Ce barème est établi en prenant en considération : / 1° La situation de famille du demandeur et le nombre de personnes à charge vivant habituellement au foyer ; / 2° Ses ressources et la valeur en capital de son patrimoine et, s'il y a lieu, de son conjoint et des personnes vivant habituellement à son foyer, telles que définies aux articles L. 822-5 à L. 822-8 () ". Aux termes de l'article R. 822-2 du même code : " Les ressources prises en compte pour le calcul de l'aide personnelle au logement sont celles dont bénéficient le demandeur ou l'allocataire, son conjoint et les personnes vivant habituellement au foyer () ".
S'agissant du RSA :
5. D'une part, en vertu des dispositions combinées des articles L. 262-1, L. 262-13, L. 262-16, L. 262-25 et L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles, le revenu de solidarité active, qui a pour objet d'assurer à ses bénéficiaires des moyens convenables d'existence, de lutter contre la pauvreté et de favoriser l'insertion sociale et professionnelle, est attribué par le président du conseil départemental ou, par délégation, par les caisses d'allocations familiales et par les caisses de mutualité sociale agricole, lesquelles en assurent également le service et le contrôle dans des conditions fixées par voie de convention.
6. Lorsque l'un des organismes mentionnés au point 5 décide de récupérer un paiement indu de revenu de solidarité active, remettant ainsi en cause des paiements déjà effectués, la personne qui en conteste le bien-fondé doit, avant de saisir le juge et en application des dispositions combinées des articles L. 262-47 et R. 262-87 à R. 262-90 du code de l'action sociale et des familles, former un recours administratif préalable auprès du président du conseil départemental et la décision que ce dernier prend après avoir consulté, le cas échéant, la commission de recours amiable, se substitue à la décision initiale et est seule susceptible d'être contestée devant le juge administratif. Statuant sur un recours dirigé contre une telle décision, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient également, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.
7. D'autre part, aux termes de l'article R. 262-6 du code de l'action sociale et des familles, pris pour l'application de l'article L. 262-3 du même code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent () l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux ". Aux termes de l'article R. 262-37 de ce code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ".
En ce qui concerne les moyens développés :
8. En premier lieu, la décision attaquée du 9 mars 2023 a été prise par le directeur de la CAF du Territoire de Belfort, M. D, non le secrétaire de la commission de recours amiable, M. E. Par suite, la circonstance que ce dernier n'ait pas été habilité à signer cette décision est sans incidence sur la légalité de cet acte. Par ailleurs, la décision attaquée du 23 janvier 2023 a été signée par Mme A, responsable du service " accès aux droits ", qui disposait d'une délégation de signature du président du conseil départemental délivrée par un arrêté du 4 mars 2022, à l'effet de signer notamment les décisions individuelles prises en matière de RSA. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions attaquées doit être écarté.
9. En deuxième lieu, en vertu des 3° et 8° de l'article L. 211-2 et de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, les décisions qui imposent des sujétions ou qui rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire doivent comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Aux termes de l'article L. 121-1 du même code : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 121-2 de ce code : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : () 3° Aux décisions pour lesquelles des dispositions législatives ont instauré une procédure contradictoire particulière ; / 4° Aux décisions prises par les organismes de sécurité sociale et par l'institution visée à l'article L. 5312-1 du code du travail, sauf lorsqu'ils prennent des mesures à caractère de sanction () ". L'article L. 122-1 de ce même code prévoit que : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix () ".
10. La requérante invoque une violation du principe du contradictoire dès lors qu'elle n'a pas pu présenter ses observations devant l'administration avant l'édiction des décisions contestées. Toutefois, il résulte des dispositions précitées que la décision prise la CAF du Territoire de Belfort le 9 mars 2023 n'étant pas une sanction, le principe du contradictoire n'avait pas lieu d'être mis en œuvre. Par ailleurs, Mme B qui a eu l'occasion de s'expliquer lors du contrôle de sa situation, réalisé par un agent assermenté de la CAF, a également pu faire valoir toutes ses observations utiles dans le cadre des recours administratifs préalables qu'elle a exercés avant l'intervention des décisions attaquées. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance du principe de la procédure contradictoire doit être écarté.
11. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 114-19 du code de la sécurité sociale dans sa version applicable au litige : " Le droit de communication permet d'obtenir, sans que s'y oppose le secret professionnel, les documents et informations nécessaires : () 3° Aux agents des organismes de sécurité sociale pour recouvrer les prestations versées indûment ou des prestations recouvrables sur la succession. ". Aux termes de l'article L.114-21 de ce même code : " L'organisme ayant usé du droit de communication en application de l'article L. 114-19 est tenu d'informer la personne physique ou morale à l'encontre de laquelle est prise la décision de supprimer le service d'une prestation ou de mettre des sommes en recouvrement, de la teneur et de l'origine des informations et documents obtenus auprès de tiers sur lesquels il s'est fondé pour prendre cette décision. Il communique, avant la mise en recouvrement ou la suppression du service de la prestation, une copie des documents susmentionnés à la personne qui en fait la demande ".
12. Les articles L. 114-19 et L. 114-20 du code de la sécurité sociale ont instauré, à des fins de contrôle, un droit de communication auprès de tiers limitativement énumérés au bénéfice des organismes de sécurité sociale. En vertu de l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale, il incombe à l'organisme de sécurité sociale, qui fait usage de ce droit de communication, d'informer l'allocataire de l'origine et de la teneur des renseignements qu'il a effectivement utilisés pour décider de supprimer l'octroi du revenu de solidarité active ou de la prime d'activité et de récupérer un indu relatif à ces allocations. Cette obligation a pour objet de permettre à celui-ci, notamment, de discuter utilement de leur provenance ou de demander que les documents qui, le cas échéant, contiennent ces renseignements, soient mis à sa disposition avant la mise en recouvrement de l'indu qui en procède, afin qu'il puisse vérifier l'authenticité de ces documents et en discuter la teneur ou la portée. Ces dispositions instituent ainsi une garantie au profit de l'intéressé. Toutefois, la méconnaissance de ces dispositions par l'administration demeure sans conséquence sur le bien-fondé de l'indu s'il est établi qu'eu égard à la teneur du renseignement, nécessairement connu de l'allocataire, celui-ci n'a pas été privé, du seul fait de l'absence d'information sur l'origine du renseignement, de cette garantie.
13. Il résulte des mentions du rapport d'enquête rédigé par un agent assermenté de la CAF le 21 juillet 2022 et, qui fait foi jusqu'à preuve du contraire en application de l'article L. 114-10 du code de la sécurité sociale, que Mme B a été informée de son droit d'apporter toutes précisions, modifications ou rectifications par tous moyens ou de contester le rapport et de la possibilité pour la CAF de mettre en œuvre son droit de communication prévu aux articles L. 114-19 et suivants du code de la sécurité sociale et de son droit à obtenir la communication des documents obtenus des tiers. Dans ces conditions, et alors qu'il n'est pas établi que Mme B a été privée de la possibilité de faire valoir ses droits, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées au point 11 doit être écarté.
14. En dernier lieu, il résulte de l'instruction, et en particulier du rapport d'enquête du 21 juillet 2022, dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire, que si Mme B a indiqué être séparée de fait de son époux, , à compter du mois de mars 2021 dès lors que celui-ci a été condamné, par une décision du président du tribunal judiciaire de Belfort en date du 16 mars 2021, à une interdiction d'entrer en contact avec son épouse et de se présenter au domicile familial, une communauté de vie matérielle continuait de perdurer entre les époux dès lors notamment que a continué à assumer toutes les charges afférents au domicile conjugal en réglant le loyer et les factures par des virements sur le compte joint du couple. Dans ces conditions, c'est à bon droit que la CAF du Territoire de Belfort a pris en compte la vie de couple de Mme B pour recalculer le montant des prestations dues, en appliquant les dispositions citées au point 4 en ce qui concerne l'APL et au point 7 en ce qui concerne le RSA, et a notifié à la requérante les indus en litige. Par suite, le moyen tiré de ce que l'administration aurait commis une erreur d'appréciation doit être écarté.
15. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions des 23 janvier et 9 mars 2023. Ses conclusions aux fins d'annulation doivent par suite être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du département ou de la CAF du Territoire de Belfort, qui ne sont pas dans la présente instance les parties perdantes, une quelconque somme au bénéfice de Mme B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
DECIDE :
Article 1er : Les requêtes de Mme B sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, au département du Territoire de Belfort et à la caisse d'allocations familiales du Territoire de Belfort.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2024.
Le magistrat désigné,
A. PernotLa greffière,
N. Viennet
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et au préfet du Territoire de Belfort, chacun en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière
N° 2300780-2300781
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2501763
01/07/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2501385
01/07/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2501528
01/07/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2501563
01/07/2026