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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2301908

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2301908

mardi 17 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2301908
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantAARPI ADMYS Avocats

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Besançon a rejeté la requête de la fédération nationale de la Ligue contre la violence routière, qui demandait l'annulation de trente-six arrêtés du 21 juillet 2023 par lesquels la présidente du conseil départemental du Doubs avait relevé à 90 km/h la vitesse maximale autorisée sur des portions de routes départementales. Le tribunal a jugé que l'association nationale ne justifiait pas d'un intérêt à agir, car les décisions attaquées, bien que soulevant des questions de sécurité routière, ne présentaient pas d'implications excédant les seules circonstances locales, en l'absence d'élément établissant l'absence d'antenne locale compétente. La solution retenue est le rejet de la requête pour irrecevabilité, sans examen des autres moyens, sur le fondement des principes généraux de l'intérêt à agir des associations.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 30 septembre 2023 et 5 janvier 2025, la fédération nationale de la Ligue contre la violence routière demande au tribunal :

1°) d'annuler les trente-six arrêtés n° BES-49-23 à BES-184-23 du 21 juillet 2023 par lesquels la présidente du conseil départemental du Doubs a relevé à 90 kilomètres par heure la vitesse maximale autorisée, pour chacun d'eux, sur une portion de route départementale ;

2°) de mettre à la charge du département du Doubs la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle dispose d'un intérêt à agir, dès lors qu'elle a pour but de lutter par tous les moyens légaux contre les manifestations de la violence routière et de prévenir les accidents de la circulation, qu'elle ne dispose pas d'association départementale affiliée ;

- les arrêtés sont insuffisamment motivés en ce qu'ils présentent une motivation identique, ne se distinguant que par la définition de la portion de route concernée et ne contenant pas d'éléments spécifiques par section de route relatifs à l'accidentalité ;

- ils sont entachés d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- ils méconnaissent l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le onzième alinéa du préambule de la Constitution de 1946 garantissant la protection de la santé, les articles 1er, 2 et 5 de la Charte de l'environnement et le principe de non-régression figurant à l'article L. 110-1 du code de l'environnement et l'article L. 220-1 de ce code, dès lors que le relèvement de la vitesse maximale autorisée a une incidence directe sur la santé et l'environnement ;

- l'article L. 3221-4-1 du code général des collectivités territoriales méconnaît lui-même l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'il autorise les départements à augmenter la vitesse sur les routes relevant de leur compétence, sans prévoir de garanties suffisantes de non augmentation du nombre d'accidents ;

- le relèvement de la vitesse maximale autorisée est contraire aux objectifs fixés par l'article 2 de la loi du 17 août 2015 relative à la transition énergétique pour la croissance verte et à ceux fixés par les articles L. 100-1, L. 100-2 et L. 100-4 du code de l'énergie, dès lors que le relèvement de la vitesse est incompatible avec la sobriété énergétique et la lutte contre le réchauffement climatique ;

- les arrêtés attaqués méconnaissent le principe de sécurité juridique, le principe de confiance légitime et le principe de non-régression, dès lors que l'usager bénéficie d'un droit acquis à la sécurité apportée par la limitation de la vitesse maximale autorisée à 80 kilomètres par heure sur le réseau routier départemental, qu'ils induisent des règles de limitation de vitesse différentes dans le temps et dans l'espace et dès lors que chacun peut espérer une amélioration de la sécurité routière et de l'environnement par l'abaissement de la vitesse maximale autorisée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 mai 2024, ainsi qu'un mémoire en défense enregistré le 18 mai 2025 et non communiqué, le département du Doubs, représenté par Me Kluczynski, conclut à titre principal au rejet de la requête, à titre subsidiaire à ce que les effets de l'annulation soient différés de six mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et à ce qu'une somme de 4 000 euros à lui verser soit mise à la charge de la fédération nationale de la Ligue contre la violence routière au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- l'association requérante n'a ni qualité ni intérêt à agir ;

- l'existence d'une antenne locale dédiée au ressort territorial du département du Doubs fait obstacle à ce que la fédération nationale de la Ligue contre la violence routière s'y substitue pour défendre des intérêts à vocation purement locale ;

- les moyens soulevés par l'association requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Kiefer, conseillère,

- les conclusions de Mme Guitard, rapporteure publique,

- et les observations de M. A, pour la fédération nationale de la Ligue contre la violence routière, et de Me Kluczynski, pour le département du Doubs.

Considérant ce qui suit :

1. La fédération nationale de la Ligue contre la violence routière, association régie par la loi du 1er juillet 1901, demande l'annulation de trente-six arrêtés du 21 juillet 2023 par lesquels la présidente du conseil départemental du Doubs a relevé à 90 kilomètres par heure la vitesse maximale autorisée sur des sections de routes départementales hors agglomération.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense par le département du Doubs :

2. Si, en principe, le fait qu'une décision administrative ait un champ d'application territorial fait obstacle à ce qu'une association ayant un ressort national justifie d'un intérêt lui donnant qualité pour en demander l'annulation, il peut en aller autrement lorsque la décision soulève, en raison de ses implications, notamment dans le domaine des libertés publiques, des questions qui, par leur nature et leur objet, excèdent les seules circonstances locales.

3. Les arrêtés attaqués ont été pris en vertu de l'article L. 3221-4-1 du code général des collectivités territoriales, créé par la loi du 24 décembre 2019 d'orientation des mobilités, qui permet à la présidente du conseil départemental de fixer, par un arrêté motivé pris après avis de la commission départementale de la sécurité routière sur la base d'une étude d'accidentalité, pour les sections de routes hors agglomération relevant de sa compétence et ne comportant pas au moins deux voies affectées à un même sens de circulation, une vitesse maximale autorisée supérieure de 10 kilomètres par heure (km/h) à celle prévue par le code de la route. Les applications départementales de ces dispositions ne présentent pas une portée excédant leur seul objet local, alors même que les Doubiens ne sont pas les seuls usagers des voies concernées. Si l'objet statutaire de la fédération nationale de la Ligue contre la violence routière est de lutter par tous les moyens légaux contre les manifestations de la violence routière et de prévenir les accidents de la circulation, elle fédère des associations départementales, également dénommée Ligue contre la violence routière, dont celle qui était constituée dans le département du Doubs jusqu'à sa dissolution le 15 novembre 2023, postérieurement à l'introduction de la requête. Par suite, la fédération nationale de la Ligue contre la violence routière, dont le siège social est à Paris, et qui a un ressort national, ne dispose pas d'un intérêt lui donnant qualité pour agir à l'encontre des arrêtés attaqués. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense par le département du Doubs doit être accueillie.

4. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'association requérante doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin d'examiner les moyens de la requête.

Sur les frais liés au litige :

5. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la fédération nationale de la Ligue contre la violence routière la somme que le département du Doubs demande au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Les dispositions du même article font par ailleurs obstacle à ce que la somme demandée à ce titre par la fédération nationale de la Ligue contre la violence routière soit mise à la charge du département, qui n'est pas la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la fédération nationale de la Ligue contre la violence routière est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le département du Doubs au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la fédération nationale de la Ligue contre la violence routière et au département du Doubs.

Délibéré après l'audience du 27 mai 2025, à laquelle siégeaient :

- Mme Schmerber, présidente,

- Mme Goyer-Tholon, conseillère,

- Mme Kiefer, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juin 2025.

La rapporteure,

L. Kiefer

La présidente,

C. SchmerberLa greffière,

E. Cartier

La République mande et ordonne au préfet du Doubs en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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