Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 21 novembre 2023 et 18 février 2025, M. A... B..., représenté par Me Dravigny, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 25 septembre 2023 du préfet du Jura portant déclaration d’utilité publique, au bénéfice du syndicat intercommunal des eaux du Haut Jura sud, de la dérivation des eaux souterraines et de l’instauration des périmètres de protection, et portant autorisation du syndicat intercommunal des eaux du Haut Jura sud de traiter et distribuer de l’eau destinée à la consommation humaine ;
2°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. B... soutient que :
- l’arrêté attaqué, en tant qu’il déclare d’utilité publique la dérivation des eaux souterraines et l’instauration des périmètres de protection, est entaché d’irrégularité en raison du caractère incomplet de la notice explicative prévue à l’article R. 112-4 du code de l’expropriation pour cause d’utilité publique
;
- il est entaché, tant en ce qui concerne la déclaration d’utilité publique que l’autorisation délivrée au syndicat intercommunal des eaux Haut Jura sud, d’un vice de procédure dès lors que l’avis de l’hydrogéologue prévu à l’article R. 1321-6 du code de la santé publique est irrégulier ;
- il est illégal par exception d’illégalité des délibérations du 18 mars 2021 et du 19 juillet 2022 du syndicat intercommunal des eaux Haut Jura sud ;
- il est illégal en l’absence d’utilité publique des travaux de dérivation des eaux souterraines et de l’instauration des périmètres de protection ;
- l’arrêté attaqué, en tant qu’il autorise le traitement et la distribution de l’eau destinée à la consommation humaine, est entaché d’un défaut de base légale, dès lors qu’il est illégal en tant qu’il déclare d’utilité publique la dérivation des eaux souterraines et l’instauration des périmètres de protection.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 22 août 2024 et 2 juillet 2025, le préfet du Jura conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B... ne sont pas fondés.
Par un mémoire, enregistré le 1er juillet 2025, le syndicat intercommunal des eaux du Haut Jura sud, représenté par Me Brocard, conclut au rejet de la requête, et à ce que soit mise à la charge de M. B... la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B... ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’environnement ;
- le code de l’expropriation pour cause d’utilité publique ;
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Debat, premier conseiller,
- les conclusions de Mme Kiefer, rapporteure publique,
- et les observations de Me Dravigny, pour M. B..., et de Me Maurin, substituant Me Brocard, pour le syndicat intercommunal des eaux du Haut Jura sud.
Considérant ce qui suit :
Le syndicat intercommunal des eaux du Haut Jura sud, créé par arrêté du préfet du Jura du 20 décembre 1978, a pour objet la réalisation, la gestion et l’entretien des réseaux et des ouvrages d’art nécessaires à l’alimentation en eau potable des communes de Molunes, La Pesse, Les Moussières, Bellecombe et Les Bouchoux. Pour assurer l’alimentation en eau potable de la population des communes concernées, le syndicat intercommunal des eaux du Haut Jura sud prélève principalement les ressources du lac de l’Embouteilleux. Par un arrêté du 25 septembre 2023, le préfet du Jura a déclaré d’utilité publique au bénéfice de ce syndicat intercommunal la dérivation des eaux pour la consommation humaine à partir des forages du Talonard dénommés T1, T2, T3 et T4, et la création des périmètres de protection immédiate autour des ouvrages de captage. Il a également autorisé ledit syndicat intercommunal à prélever et à dériver une partie des eaux souterraines au niveau de ces forages. Par la présente requête, M. B..., propriétaire de la parcelle cadastrée section A n° 557 devant accueillir le forage T4, demande au tribunal, l’annulation de l’arrêté du préfet du Jura du 25 septembre 2023.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
En premier lieu, d’une part, aux termes de l’article L. 1321-2 du code de la santé publique : « En vue d'assurer la protection de la qualité des eaux, l'acte portant déclaration d'utilité publique des travaux de prélèvement d'eau destinée à la consommation humaine mentionné à l'article L. 215-13 du code de l'environnement détermine autour du point de prélèvement un périmètre de protection immédiate dont les terrains sont à acquérir en pleine propriété et un périmètre de protection rapprochée à l'intérieur duquel peuvent être interdits ou réglementés toutes sortes d'installations, travaux, activités, dépôts, ouvrages, aménagement ou occupation des sols de nature à nuire directement ou indirectement à la qualité des eaux. Pour les points de prélèvement qui ne sont pas considérés comme sensibles au sens de l'article L. 211-11-1 du même code, un périmètre de protection éloignée peut être adjoint aux périmètres de protection immédiate et rapprochée. A l'intérieur du périmètre de protection éloignée, peuvent être réglementés les installations, travaux, activités, dépôts, ouvrages, aménagement ou occupation des sols et dépôts ci-dessus mentionnés. (…) ». D’autre part, aux termes de l’article R. 112-4 du code de l’expropriation pour cause d’utilité publique : « Lorsque la déclaration d'utilité publique est demandée en vue de la réalisation de travaux ou d'ouvrages, l'expropriant adresse au préfet du département où l'opération doit être réalisée, pour qu'il soit soumis à l'enquête, un dossier comprenant au moins : / 1° Une notice explicative (…) ». Aux termes de l’article R. 112-6 de ce même code : « La notice explicative prévue aux articles R. 112-4 et R. 112-5 indique l'objet de l'opération et les raisons pour lesquelles, parmi les partis envisagés, le projet soumis à l'enquête a été retenu, notamment du point de vue de son insertion dans l'environnement. ». En l’absence de dispositions spécifiques définissant la procédure qui leur est applicable, les actes portant déclaration d'utilité publique des travaux de prélèvement d’eau destinée à l’alimentation des collectivités humaines pris sur le fondement des dispositions de l’article L. 1321-2 du code de la santé publique rappelées ci-dessus sont régis par les dispositions du code de l’expropriation pour cause d’utilité publique.
Par ailleurs, s'il appartient à l'autorité administrative de procéder à la publicité de l'ouverture de l'enquête publique dans les conditions fixées par les dispositions des articles R. 111-1 et suivants du code de l'expropriation pour cause d'utilité publique, la méconnaissance de ces dispositions n'est de nature à vicier la procédure et donc à entraîner l'illégalité de la décision prise à l'issue de l'enquête publique que si elle a pu avoir pour effet de nuire à l'information de l'ensemble des personnes intéressées par l'opération ou si elle a été de nature à exercer une influence sur les résultats de l'enquête et, par suite, sur la décision de l'autorité administrative.
Enfin, ne saurait être regardé comme un "parti envisagé", au sens des dispositions de l’article R. 112-6 du code de l’expropriation pour cause d’utilité publique, un projet qui, après avoir fait l'objet d'une étude par les soins de la collectivité expropriante, a été expressément abandonné par elle depuis un délai significatif à la date à laquelle intervient l'arrêté préfectoral prescrivant l'ouverture de l'enquête préalable à la déclaration d'utilité publique de l'opération.
En l’espèce, M. B... soutient que l’arrêté attaqué, en tant qu’il porte déclaration d’utilité publique au bénéficie du syndicat intercommunal des eaux Haut Jura sud de la dérivation des eaux pour la consommation humaine à partir des forages du Talonard T1, T2, T3 et T4 et la création des périmètres de protection immédiate autour des ouvrages de captages, est illégal en raison du caractère incomplet de la notice explicative prévue à l’article R. 111-4 du code de l’expropriation pour cause d’utilité publique, dès lors que le mémoire technique ne porte que sur un seul parti sans étudier d’alternative, et que l’absence d’impact des travaux envisagés sur le site Natura 2000 dans lesquels ils se situent n’est pas justifiée.
D’une part, il résulte de l’instruction que le schéma directeur d’eau potable du 30 juin 2015 établi par le syndicat intercommunal des eaux Haut Jura sud, faisant référence à une étude de janvier 2015, a identifié quatre scénarios pour remplacer la ressource du lac de l’Embouteilleux, parmi lesquels la réalisation d’un forage dans le synclinal de La Pesse – Les Moussières, l’utilisation des sources de Combe d’enfer et de Pré Reverchon, l’alimentation par la source de Septfontaines à Mijoux, et la réalisation d’une nouvelle retenue à proximité du lac de l’Embouteilleux. Le schéma directeur d’eau potable évoquait également l’interconnexion avec le réseau du syndicat des Rousses pouvant être utilisée en secours. Il résulte également de l’instruction qu’à l’issue des études engagées, notamment des forages réalisés en 2016, le syndicat intercommunal des eaux Haut Jura sud a finalement envisagé en priorité la réalisation des forages litigieux du Talonard. Un délai significatif est donc intervenu entre l’évocation de ces scénarios en 2015 et la réalisation de l’enquête publique préalable à l’édiction de l’arrêté contesté, ouverte le 21 avril 2023. En outre, si le requérant invoque les termes du compte-rendu d’une réunion du syndicat intercommunal des eaux Haut Jura sud du 9 novembre 2021 évoquant des études en cours, notamment celle d’un second site de forage et d’un appoint avec l’eau du lac, ce compte-rendu indique que ces hypothèses sont étudiées pour venir compléter les prélèvements des forages du Talonard en cas de besoins en période haute qui excèderaient les prélèvements possibles à partir des forages litigieux. Par conséquent, et ainsi qu’il résulte de l’instruction, les études évoquées en 2021 ne constituent pas des partis différents de la réalisation des quatre forages prévus par l’arrêté attaqué, mais viennent compléter la réponse aux besoins dans les périodes où ils sont susceptibles d’excéder les prélèvements réalisés dans ces forages.
D’autre part, il est constant que la zone des forages se situe dans la zone Natura 2000 « Vallées et côtes de la Bienne, du Tacon et du Flumen », et que le mémoire technique soumis à enquête publique indique seulement que « l’impact sur Natura 2000 est nul » sans apporter de précisions.
Toutefois, alors que le requérant se borne à constater qu’aucune étude ou analyse n’est produite sur ce point, il résulte de l’instruction qu’une évaluation des incidences a été réalisée par le syndicat intercommunal des eaux Haut Jura sud à l’appui de la déclaration du 6 mai 2022, prévue à l’article R. 214-1 du code de l’environnement aux termes duquel les prélèvements permanents ou temporaires issus d'un forage, puits ou ouvrage souterrain dans un système aquifère, supérieurs à 10 000 m3 par an mais inférieurs à 200 000 m3 par an sont soumis à déclaration. En l’occurrence, l’évaluation des incidences annexée à la déclaration du syndicat intercommunal ne fait pas état d’impacts sur le site Natura 2000, et l’administration a délivré au syndicat un récépissé valant autorisation des travaux, à compter du 6 juillet 2022.
Il résulte de ce qui précède que M. B... n’est pas fondé à soutenir que l’arrêté attaqué est entaché d’illégalité en raison du caractère incomplet de la notice explicative prévue à l’article R. 112-4 du code de l’expropriation pour cause d’utilité publique.
En deuxième lieu, aux termes de l’article R. 1321-6 du code de la santé publique : « La demande d'autorisation d'utilisation d'eau en vue de la consommation humaine, prévue au I de l'article L. 1321-7, est adressée au préfet du ou des départements dans lesquels sont situées les installations. / Le dossier de la demande comprend : / (…) 5° L'avis de l'hydrogéologue agréé en matière d'hygiène publique, spécialement désigné par le directeur général de l'agence régionale de santé pour l'étude du dossier, portant sur les disponibilités en eau, sur les mesures de protection à mettre en œuvre et sur la définition des périmètres de protection mentionnés à l'article L. 1321-2 ; (…) ».
D’une part, à supposer que le requérant puisse utilement invoquer l’absence de justification de l’agrément de l’hydrogéologue dont l’avis est prévu à l’article R. 1321-6 du code de la santé publique, il résulte en tout état de cause de l’instruction que l’hydrogéologue ayant émis un avis sur le projet litigieux a été agréé par le directeur général de l’agence régionale de santé Bourgogne Franche-Comté le 15 juin 2017, jusqu’au 30 juin 2022, et désigné le 14 janvier 2022 par cette même autorité administrative pour réaliser l’expertise du projet de forage en litige.
D’autre part, dès lors que le dossier soumis à l’enquête publique indique clairement que les forages envisagés sont situés dans une zone Natura 2000, la circonstance que l’hydrogéologue ait indiqué que les captages n’étaient pas situés dans une zone Natura 2000 est sans incidence sur la régularité de la procédure. Par suite, les moyens tirés de ce que l’arrêté attaqué est illégal en raison de l’irrégularité de l’avis de l’hydrogéologue prévu à l’article R. 1321-6 du code de la santé publique, doit être écarté.
En troisième lieu, si, dans le cadre d'une contestation d'un acte règlementaire par voie d'exception, la légalité des règles fixées par l'acte réglementaire, la compétence de son auteur et l'existence d'un détournement de pouvoir peuvent être utilement critiquées, il n'en va pas de même des conditions d'édiction de cet acte, les vices de forme et de procédure dont il serait entaché ne pouvant être utilement invoqués que dans le cadre du recours pour excès de pouvoir dirigé contre l'acte réglementaire lui-même. Par suite, l’invocation par voie d’exception d’un vice de procédure entachant une délibération est inopérante, alors même qu’à la date à laquelle le moyen a été soulevé, le délai de recours contentieux contre cette délibération n’était pas expiré.
Au cas d’espèce, M. B... soutient que l’arrêté attaqué est illégal par exception d’illégalité des délibérations du 18 mars 2021 et du 19 juillet 2022 par lesquelles le conseil syndical du syndicat intercommunal des eaux Haut Jura sud a demandé au préfet du Jura de déclarer d’utilité publique la dérivation des eaux et l’instauration des périmètres de protection, et a approuvé le projet d’arrêté du préfet et demandé l’ouverture d’une enquête publique. Cependant, le requérant se borne à invoquer des vices de procédure entachant ces délibérations, tenant à l’absence de preuve de convocation conforme des membres du conseil du syndicat intercommunal et à l’absence d’information suffisante de ses membres. Aussi, eu égard à ce qui a été dit au point précédent, le moyen tiré de l’exception d’illégalité des délibérations concernées est inopérant et doit être écarté.
En quatrième lieu, une opération ne peut légalement être déclarée d'utilité publique que si les atteintes à la propriété privée, le coût financier et éventuellement les inconvénients d'ordre social ou l'atteinte à d'autres intérêts publics qu'elle comporte ne sont pas excessifs eu égard à l'intérêt qu'elle présente.
Il appartient au juge, lorsqu'il doit se prononcer sur le caractère d'utilité publique d'une opération nécessitant l'expropriation d'immeubles ou de droits réels immobiliers, de contrôler successivement qu'elle répond à une finalité d'intérêt général, que l'expropriant n'était pas en mesure de réaliser l'opération dans des conditions équivalentes sans recourir à l'expropriation, et, enfin, que les atteintes à la propriété privée, le coût financier et, le cas échéant, les inconvénients d'ordre social ou économique que comporte l'opération ne sont pas excessifs eu égard à l'intérêt qu'elle présente. Il lui appartient également, s'il est saisi d'un moyen en ce sens, de s'assurer, au titre du contrôle sur la nécessité de l'expropriation, que l'inclusion d'une parcelle déterminée dans le périmètre d'expropriation n'est pas sans rapport avec l'opération déclarée d'utilité publique.
En l’espèce, il résulte de l’instruction que l’arrêté attaqué vise à permettre la réalisation de quatre forages destinés à garantir la qualité de l’eau destinée à la consommation humaine pour la population de cinq communes, soit environ 1 100 habitants, atteignant jusqu’à environ 2 000 résidents en période de forte fréquentation touristique. Il poursuit ainsi un objectif d’intérêt général. Pour soutenir que l’utilité publique des travaux de dérivation des eaux et de l’instauration des périmètres de protection fait défaut, M. B... fait valoir l’absence de chiffrage confirmant le coût de la conservation de la prise d’eau actuelle, le renouvellement en 2022 des médias filtrants de l’installation actuelle et la qualité de l’eau en résultant, les incidences des forages envisagés sur l’environnement et notamment les zones humides, l’absence de satisfaction des besoins en eau potable résultant de la création des quatre forages, et l’absence d’utilité publique du forage T4 dès lors qu’il apparaît qu’il ne sera pas mis en service.
Il résulte de l’instruction, d’une part, que le coût du projet en litige a été évalué à la somme de 78 970 euros hors taxes, incluant le coût des expropriations, et que le coût de mise en conformité des installations de traitement de l’eau prélevée dans le lac de l’Embouteilleux a été estimé en 2015 à 1 million d’euros. Quand bien même les précisions sur le contenu de cette estimation ne sont pas apportées, la déclaration d’utilité publique ne concerne que les quatre forages du Talonard dont le coût global réalisé demeure en tout état de cause nettement inférieur aux autres solutions envisagées en 2015, et n’apparaît pas excessif au regard de l’objectif poursuivi par l’opération litigieuse.
D’autre part, s’agissant de l’amélioration de la qualité de l’eau prélevée dans le lac de l’Embouteilleux invoquée par M. B... à la suite du changement des médias filtrants en 2022, il résulte de l’instruction, en particulier des résultats des prélèvements en date du 5 mars 2025 communiqués à la population, que des non-conformités portant sur la présence d’escherichia coli et d’entérocoques étaient alors encore constatées. Le mémoire technique soumis à l’enquête publique indique, en outre, que le changement des médias filtrants vise à permettre le maintien du fonctionnement dans l’attente d’une nouvelle solution, et il n’est pas contesté que l’eau destinée à la consommation humaine est trouble et dégage des odeurs dont se plaint la population. Par ailleurs, en ce qui concerne les incidences des forages sur l’environnement, il résulte de l’instruction que la source B... est susceptible de subir un assèchement du fait des forages. Si le requérant affirme que son assèchement lié aux forages aura des incidences sur la tourbière du Pré Reverchon, dès lors que celle-ci est alimentée à 75 % par ladite source, il ne produit aucune pièce à l’appui de ses allégations, alors que le bureau d’études Idées-Eaux-Interfaces a évalué que le débit de d’alimentation de la source par rapport à celui de la tourbière était inférieur à 25 %, et que le dossier soumis à enquête publique indique que la source B... n’alimente pas la tourbière mais le bief qui draine la limite sud de la tourbière. L’impact des forages en litige sur la tourbière ne peut donc pas être considéré comme significatif. S’agissant des incidences sur le site Natura 2000, ainsi qu’il a été dit au point 8, l’étude d’incidence n’a pas identifié d’impact.
En outre, en ce qui concerne la satisfaction des besoins en eau potable de la population, il résulte de l’instruction que le débit d’exploitation moyen des forages est estimé à 300 m3 par jour et qu’il peut être porté à 420 m3 en pointe. Au cours des six années précédant 2023, les prélèvements sur le lac de l’Embouteilleux ont été en moyenne de 275 m3 par jour. Il résulte également de l’instruction que la consommation future, dont la fréquentation touristique, a été prise en compte dans l’évaluation des besoins et que des solutions complémentaires, ainsi qu’il a été dit au point 6, sont étudiées pour compléter les prélèvements lors des pics de consommation conduisant à un besoin excédant les capacités de prélèvements des seuls forages litigieux. La circonstance que les forages envisagés ne permettent pas de couvrir les besoins de manière permanente sans recours à des solutions complémentaires identifiées dans le dossier soumis à l’enquête publique n’est ainsi pas de nature à dénier au projet son caractère d’utilité publique.
Enfin, en ce qui concerne le forage T4, s’il ressort du rapport du commissaire enquêteur que le syndicat intercommunal des eaux Haut Jura sud a indiqué ne pas mettre en service ce forage, cette affirmation était en lien avec le refus du propriétaire. Le conseil syndical du syndicat intercommunal des eaux Haut Jura sud a cependant confirmé son intention de créer ce forage en approuvant, par une délibération du 30 janvier 2025, la procédure d’expropriation pour cause d’utilité publique pour l’acquisition des périmètres et des servitudes de passage, notamment de la parcelle A n° 557 appartenant à M. B....
Il résulte ce de qui précède que le requérant n’est ainsi pas fondé à soutenir que l’utilité publique des travaux de dérivation des eaux et de l’instauration des périmètres de protection fait défaut.
En cinquième lieu, dès lors que la déclaration d’utilité publique de la dérivation des eaux à partir des quatre forages et de l’instauration des périmètres de protection n’est pas illégale, le moyen tiré de ce que l’autorisation de traitement et de distribution de l’eau destinée à la consommation humaine à partir de ces forages est entaché d’un défaut de base légale ne peut qu’être écarté.
Sur les frais liés au litige :
Il n’y a pas lieu de mettre à la charge de l’Etat qui n’est pas, dans la présente instance, la partie perdante, une quelconque somme au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, de faire droit aux conclusions du syndicat intercommunal des eaux Haut Jura sud présentées sur le même fondement.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par le syndicat intercommunal des eaux Haut Jura sud au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B..., à la ministre de la transition écologique, de la biodiversité et des négociations internationales sur le climat et la nature, et au syndicat intercommunal des eaux du Haut Jura sud.
Copie en sera adressée, pour information, au préfet du Jura.
Délibéré après l'audience du 3 mars 2026, à laquelle siégeaient :
- Mme Michel, présidente,
- M. Debat, premier conseiller,
- Mme Fessard-Marguerie, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 mars 2026.
Le rapporteur,
P. Debat
La présidente,
F. MichelLa greffière,
E. Cartier
La République mande et ordonne à la ministre de la transition écologique, de la biodiversité et des négociations internationales sur le climat et la nature en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière