Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 18 janvier 2024, enregistrée le 19 janvier 2024 au greffe du tribunal, le président de la 2ème chambre du tribunal administratif de Dijon a transmis au tribunal, en application de l’article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par M. A... Thuriot.
Par cette requête et ces mémoires, enregistrés au greffe du tribunal de Dijon les 12 décembre 2023, 1er octobre et 14 novembre 2024, M. A... Thuriot, représenté par Me Potier, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d’annuler la décision du 25 mai 2023 par laquelle la présidente de la région Bourgogne Franche-Comté a appliqué une réduction de 30 % sur son indemnité mensuelle brute de conseiller régional ;
2°) d’annuler la décision du 11 septembre 2023 par laquelle la présidente de la région Bourgogne Franche-Comté a rejeté son recours administratif ;
3°) d’annuler la décision du 20 octobre 2023 par laquelle la présidente de la région Bourgogne Franche-Comté a confirmé sa décision du 25 mai 2023 ;
4°) à titre subsidiaire d’annuler l’article 72 du règlement intérieur du conseil régional Bourgogne Franche-Comté ;
5°) de rejeter les conclusions présentées par le conseil régional Bourgogne Franche-Comté ;
6°) de mettre à la charge de la région Bourgogne Franche-Comté une somme de 3 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et une somme de 13 euros au titre des dépens.
M. Thuriot soutient que :
- la décision du 25 mai 2023 est illégale dès lors qu’elle ne comporte pas la mention des voies et délais de recours ;
- les décisions attaquées ont été prises à l’issue d’une procédure irrégulière dès lors qu’elles reposent sur l’avis rendu par la conférence des présidents qui n’a pas compétence pour statuer sur les modulations d’indemnités de fonction des élus ;
- elles méconnaissent les dispositions de l’article L. 4135-16 du code général des collectivités territoriales et sont entachées d’une erreur d’appréciation au regard de l’article 72 du règlement intérieur de la région Bourgogne Franche-Comté qui prévoient que 30 à 50 % d’absences non justifiées constatées sur un semestre donnent lieu à un abattement de 30 % de l’indemnité mensuelle et qu’il n’est pas justifié de la nécessité que la commission 3 du 28 septembre 2022 se soit tenue exclusivement en présentiel ;
- les dispositions du règlement intérieur sont contraires au principe d’égalité et sont discriminatoires à l’endroit des élus ayant une activité professionnelle et méconnaissent les dispositions de l’alinéa 5 du préambule de la constitution du 27 octobre 1946 ;
- les dispositions de l’article 72 du règlement intérieur de la région Bourgogne Franche-Comté sont illégales.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 3 juillet 2024 et 14 novembre 2024, la présidente de la région Bourgogne Franche-Comté, représentée par Me Corneloup, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. Thuriot la somme de 3 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. Thuriot ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le préambule de la constitution de 27 octobre 1946 ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Fessard-Marguerie, conseillère,
- les conclusions de Mme Kiefer, rapporteure publique,
- et les observations de Me Metz substituant Me Corneloup, pour la région Bourgogne Franche-Comté.
Considérant ce qui suit :
M. Thuriot, conseiller régional de la région Bourgogne Franche-Comté depuis 2021 et président du groupe des élus Progressistes, a été absent de manière non justifiée aux réunions des commissions dont il est membre. En conséquence, la présidente de la région Bourgogne Franche-Comté a, par une décision du 25 mai 2023, appliqué une réduction de 30 % sur son indemnité mensuelle brute, soit un montant total de 937, 90 euros. La même décision précise également que cette somme sera prélevée sur les mois de juin à août 2023, pour des montants mensuels de 281,37 euros. M. Thuriot a formé un recours administratif le 19 juillet 2023 tendant à l’annulation de cette décision. Il a été rejeté par une décision du 11 septembre 2023. De plus, par une décision du 20 octobre 2023, la présidente de la région Bourgogne Franche-Comté a confirmé sa décision du 25 mai 2023. En conséquence, par la présente requête, M. Thuriot demande au tribunal l’annulation des décisions des 25 mai 2023, 11 septembre 2023 et 20 octobre 2023, ainsi que les dispositions de l’article 72 du règlement intérieur du conseil régional Bourgogne Franche-Comté.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
En premier lieu, aux termes de l’article R. 421-1 du code de justice administrative : « La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. ». Aux termes de l’article R. 421-5 du même code : « Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu’à la condition d’avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision. ».
Les modalités de notification d’une décision, si elles peuvent faire obstacle au déclenchement du délai de recours, sont sans influence sur sa légalité. Par suite, le moyen tiré de l’irrégularité de la décision du 25 mai 2023 en raison de l’absence de mention des voies et délais de recours doit être écarté.
En deuxième lieu, d’une part, aux termes de l’article L. 4135-16 du code général des collectivités territoriales : « Les indemnités maximales votées par les conseils régionaux pour l’exercice effectif des fonctions de conseiller régional sont déterminées en appliquant au terme de référence mentionné à l’article L. 4135-15 le barème suivant : Population de moins de 1 million d’habitants : 40 % ; De 1 million à moins de 2 millions : 50 % ; De 2 millions à moins de 3 millions : 60 % ; 3 millions et plus : 70 %. Dans des conditions fixées par le règlement intérieur, le montant des indemnités que le conseil régional alloue à ses membres est modulé en fonction de leur participation effective aux séances plénières et aux réunions des commissions dont ils sont membres. La réduction éventuelle de ce montant ne peut dépasser, pour chacun des membres, la moitié de l'indemnité pouvant lui être allouée en application du présent article ».
Il résulte de ces dispositions que le conseil régional peut décider de réduire le montant maximal des indemnités allouées à ses membres en fonction de leur participation aux travaux du conseil et que, lorsqu’il décide de mettre en place un tel dispositif de modulation, il fixe dans son règlement intérieur les critères d’appréciation de cette participation parmi ceux énoncés par le législateur ainsi que les modalités et l’importance de cette réduction dans la limite autorisée par la loi.
D’autre part, l’article 72 du règlement intérieur du conseil régional Bourgogne-Franche-Comté dispose que : « Modulation de l’indemnité (article L.4135-16 – 2ème alinéa - du CGCT) Calcul de l’abattement La modulation décidée est la suivante : - De 30 à 50 % d’absences non justifiées constatées sur un semestre : abattement de 30 % de l’indemnité mensuelle, - Au-delà de 50 % d’absences non justifiées constatées sur un semestre : abattement de 50 % de l’indemnité mensuelle. Les absences sont comptabilisées semestriellement. Les absences non justifiées sont calculées et présentées sur un état signé du/de la Présidente du conseil régional, après avoir recueilli l’avis de la conférence des présidents ». Aux termes de l’article 73 de ce même règlement : « Absences non comptabilisées La liste des motifs d’absence aux réunions n’entraînant pas l’application de la modulation est la suivante : -Représentation du/de la Présidente du Conseil régional à une manifestation ; -Présence à une réunion d’un organisme extérieur dans lequel l’élu représente la Région ; -Maladie sur présentation d’un arrêt de travail ou d’un certificat médical ;-Changement de date d’une réunion préalablement fixée, intervenant moins d’un mois avant cette date Est exclue de la liste précitée toute absence liée à une activité professionnelle ou à l’exercice d’un autre mandat électif ». Enfin, l’article 14 dudit règlement intérieur prévoit que : « (…) La participation des membres pourra se faire en présentiel et/ou en audioconférence et/ou visioconférence pour les commissions thématiques en fonction des modalités définies par le/la président(e) de commission. Le/ la président(e) de commission peut toutefois déterminer, si l’ordre du jour l’exige, une réunion en présentiel pour l’ensemble des membres de la commission. (…)».
En l’occurrence, si le requérant soutient que les décisions attaquées ont été prises à l’issue d’une procédure irrégulière dès lors qu’elles reposent sur l’avis rendu par la conférence des présidents qui n’a pas de compétence pour statuer sur les modulations des indemnités attribuées aux conseillers régionaux, il ressort des dispositions de l’article 72 du règlement intérieur de la région Bourgogne Franche-Comté précitées, que les absences non justifiées sont calculées et présentées sur un état signé de la présidente du conseil régional, après avoir recueilli l’avis de la conférence des présidents. Par suite, le moyen tiré de l’irrégularité de la procédure doit être écarté.
En troisième lieu, en application des dispositions et principes cités aux points 4 à 6 du présent jugement, le conseil régional, par le biais de son règlement intérieur, peut déterminer de manière exhaustive les motifs d’absence n’entraînant pas la minoration de l’indemnité des conseillers régionaux. Sur ce même fondement, il peut légalement exclure de cette liste les absences résultant de l’exercice d’une activité professionnelle ou d’un autre mandat électif.
En l’espèce, M. Thuriot fait valoir que son absence à la commission du 28 septembre 2022 ne peut être retenue, ce qui ferait tomber son taux d’absentéisme à 23,7 % et empêcherait donc l’application de l’article 72 dudit règlement intérieur.
Toutefois, d’une part, et contrairement à ce que soutient le requérant, il résulte de la combinaison des dispositions de l’article L. 4135- 16 du code général des collectivités territoriales et de l’article 14 du règlement intérieur du conseil régional que le ou la président(e) de chaque commission est habilité(e) à fixer les modalités de participation aux réunions, en présentiel ou à distance, en fonction de l’ordre du jour. Dès lors, la décision de tenir en présentiel la réunion de la commission du 28 septembre 2022 entre dans le champ de cette compétence.
D’autre part, il ressort des pièces du dossier que M. Thuriot ne s’est pas présenté à quatre réunions de commission, ses absences étant justifiées par ses obligations professionnelles d’avocat ou l’exercice d’un autre mandat électif. S’il produit à l’appui de sa requête certains de ses justificatifs, notamment une convocation à la commission mixte inondation nationale, ces motifs ne figurent pas parmi les cas d’absences expressément exclus de la modulation, tels que définis à l’article 73 du règlement intérieur citées au point 6. Dès lors, M. Thuriot n’est pas fondé à soutenir que les décisions litigieuses seraient entachées d’erreur d’appréciation au regard des dispositions de l’article L. 4135-16 du code général des collectivités territoriales.
En quatrième lieu, le requérant soutient que les décisions attaquées seraient entachées de discrimination, méconnaîtraient le principe d’égalité et que les dispositions de l’article 72 du règlement intérieur seraient illégales. Toutefois, ces moyens ne sont pas assortis de précisions suffisantes permettant au juge d’en apprécier le bien-fondé.
En dernier lieu, aux termes l’alinéa 5 du préambule de la Constitution du 27 octobre 1946 auquel se réfère la Constitution du 4 octobre 1958 : « Chacun a le devoir de travailler et le droit d’obtenir un emploi (…) ».
Le requérant ne peut cependant utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions citées au point précédent, dès lors qu’elles sont dépourvues d’effet direct à l’égard des particuliers. Par suite, le moyen doit être écarté.
Il résulte de tout ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité des conclusions de la requête, que les conclusions à fin d’annulation de M. Thuriot doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la région Bourgogne Franche-Comté, qui n’a pas la qualité de partie perdante, le versement au requérant de la somme que celui-ci réclame au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de M. Thuriot la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la région Bourgogne Franche-Comté et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. Thuriot est rejetée.
Article 2 : M. Thuriot versera à la région Bourgogne Franche-Comté une somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A... Thuriot et à la région Bourgogne Franche-Comté.
Délibéré après l'audience du 3 mars 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Michel, présidente,
M. Debat, premier conseiller,
Mme Fessard-Marguerie, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 mars 2026.
La rapporteure,
Fessard-Marguerie
La présidente,
F. Michel
La greffière,
E. Cartier
La République mande et ordonne au préfet de la région Bourgogne Franche-Comté, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière