Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 29 avril 2024 et 19 novembre 2024, M. A... B..., représenté par Me Woldanski, demande au tribunal, dans le dernier état se ses écritures :
1°) d’annuler la décision du 21 décembre 2023 par laquelle le préfet du Territoire de Belfort lui a retiré son certificat de résidence algérien de dix ans, ensemble le rejet implicite de son recours gracieux contre cette décision ;
2°) d’enjoindre au préfet du Territoire de Belfort de lui délivrer une carte de résident de dix ans dans le délai de deux mois à compter du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. B... soutient :
- la décision de retrait de son certificat de résidence algérien est entachée d’un vice de procédure dès lors qu’elle a été prise à l’issue d’une procédure contradictoire irrégulière ;
- elle est entachée d’une erreur d’appréciation dès lors qu’il ne représente pas une menace pour l’ordre public
- elle est entachée d’erreur manifeste d’appréciation de sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 septembre 2024, le préfet du Territoire de Belfort, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B... ne sont pas fondés.
Par courrier du 24 février 2026, les parties ont été informées, en application des dispositions de l’article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d’être fondé sur un moyen relevé d’office, tiré de ce que la décision attaquée est entachée d’une méconnaissance du champ d’application de la loi, ni les dispositions du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni les stipulations de l’accord franco-algérien ne permettant à l’autorité administrative de procéder au retrait d’un certificat de résidence algérien au motif que la présence de l’intéressé en France constituerait une menace pour l’ordre public.
M. B... a présenté ses observations sur ce moyen d’ordre public par un courrier enregistré le 26 février 2026.
Le préfet du Territoire de Belfort a présenté ses observations sur ce moyen d’ordre public par un courrier enregistré le 27 février 2026.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Debat, premier conseiller,
- et les observations de M. B....
Considérant ce qui suit :
1.
M. B..., ressortissant algérien, né le 25 mai 1990, est entré sur le territoire français le 12 septembre 2013. A la suite de son mariage avec une ressortissante française le 15 juin 2015, il a bénéficié le 14 mars 2017 d’un titre de séjour valable dix ans. Le 7 février 2020, M. B... a été condamné par la chambre correctionnelle du tribunal judiciaire de Belfort à une amende de 2 000 euros avec sursis pour des faits de violence sans incapacité par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, commis le 9 novembre 2019 à Belfort à l’encontre de son épouse. Par une décision du 21 décembre 2023, le préfet du Territoire de Belfort a décidé de lui retirer son certificat de résidence de dix ans et de lui délivrer un certificat de résidence d’un an. Par la présente requête, M. B... demande au tribunal l’annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
2.
Il ressort des pièces du dossier que pour prendre l’arrêté litigieux, le préfet du Territoire de Belfort s’est fondé sur la circonstance que M. B... a été condamné le 7 février 2020 par le tribunal judiciaire de Belfort à une amende de 2 000 euros avec sursis, pour des faits commis le 9 novembre 2019 de violence sans incapacité par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié par un pacte civil de solidarité. En l’espèce, M. B... a commis des violences sur son épouse avec laquelle il a divorcé par la suite le 6 décembre 2023. Toutefois, si le détenteur d’une carte de résident délivrée sur le fondement des stipulations de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 peut voir son titre retiré lorsque le préfet démontre que son obtention ou son renouvellement a été obtenu par fraude ou lorsqu’il fait l’objet d’une mesure d’expulsion, dès lors que les conditions de celle-ci sont réunies, ni l’accord franco-algérien ni aucune disposition du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en vigueur à la date de la décision attaquée et portant sur des points non traités par l’accord ni aucun principe, ne permettent de retirer une carte de résident algérien à son détenteur au motif qu’il constitue une menace pour l’ordre public. En tout état de cause, eu égard aux éléments du dossier et notamment aux motifs du jugement du tribunal judiciaire faisant état de la situation particulière du couple, la menace pour l’ordre public que représente M. B... n’est pas établie. Dès lors, le préfet du Territoire de Belfort, qui au demeurant n’a pas mentionné dans la décision attaquée la base légale de la décision de retrait du certificat de résidence de dix ans de M. B..., ni même allégué en défense les dispositions qu’il a entendu appliquer, a méconnu le champ d’application de la loi.
3.
Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’examiner les moyens de la requête, que la décision du 21 décembre 2023 par laquelle le préfet du Territoire de Belfort a retiré le certificat de résidence algérien de dix ans de M. B..., ensemble le rejet implicite du recours gracieux du requérant, doivent être annulés.
Sur les conclusions à fin d’injonction :
4.
Le présent jugement implique qu’il soit enjoint au préfet du Territoire de Belfort de restituer sans délai à M. B... le certificat de résidence qui lui a été retiré par la décision attaquée.
Sur les frais liés au litige :
5.
Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 200 euros à verser à M. B... au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 21 décembre 2023 par laquelle le préfet du Territoire de Belfort a retiré à M. B... son certificat de résidence algérien de dix ans, ensemble le rejet implicite du recours gracieux de M. B..., sont annulés.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Territoire de Belfort de restituer sans délai à M. B... son certificat de résidence.
Article 3 : Il est mis à la charge de l’Etat une somme de 1 200 euros à verser à M. B... au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et au préfet du Territoire de Belfort.
Délibéré après l'audience du 3 mars 2026, à laquelle siégeaient :
- Mme Michel, présidente,
- M. Debat, premier conseiller,
- Mme Fessard-Marguerie, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 mars 2026.
Le rapporteur,
P. DebatLa présidente,
F. Michel
La greffière,
E. Cartier
La République mande et ordonne au préfet du Territoire de Belfort en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l’exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière