Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 31 mai 2024, M A... C..., représenté par la SCP Themis Avocats & Associés, demande au tribunal :
1°) d’annuler la décision du 10 mai 2024 par laquelle le directeur de la maison d’arrêt de Besançon l’a placé à l’isolement pendant une durée de trois mois ;
2°) d’enjoindre au directeur de la maison d’arrêt de Besançon d’ordonner la levée de son isolement, dans un délai de 15 jours à compter de la notification du présent jugement sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
M. C... soutient que :
- faute pour l’administration de justifier d’une délégation régulière, il n’est pas établi que l’autorité qui a édicté la décision contestée était habilitée à cet effet ;
- elle est entachée d’erreur de droit ;
- elle est entachée d’inexactitude matérielle des faits ;
- elle est entachée d’erreur d’appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 avril 2025, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.
Le ministre fait valoir que les moyens soulevés par M. C... ne sont pas fondés.
M. C... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 25 juin 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code pénitentiaire ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Seytel, premier conseiller,
- et les conclusions de M. Poitreau, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
M. C... est écroué à la maison d’arrêt de Besançon depuis le 10 mai 2023. Il a été placé à l’isolement par mesure d’urgence le 6 mai 2024, puis, par la décision du 10 mai 2024 dont il demande l’annulation, le chef d’établissement l’a placé à l’isolement pendant une durée de trois mois.
Sur la légalité de la décision contestée :
Aux termes de l’article L. 213-8 du code pénitentiaire : « Toute personne détenue majeure peut être placée par l'autorité administrative, pour une durée maximale de trois mois, à l'isolement par mesure de protection ou de sécurité soit à sa demande, soit d'office (…) ». Aux termes de l’article R. 213-8 de ce code : « En cas d’urgence, le chef de l’établissement pénitentiaire peut décider le placement provisoire à l’isolement d’une personne détenue, si la mesure est l’unique moyen de préserver la sécurité des personnes ou de l’établissement (…) ». Aux termes du premier alinéa de l’article R. 213-30 du même code : « Tant pour la décision initiale que pour les décisions ultérieures de prolongation, il est tenu compte de la personnalité de la personne détenue, de sa dangerosité ou de sa vulnérabilité particulière, et de son état de santé ». Saisi d’un recours pour excès de pouvoir contre une décision de mise à l’isolement, le juge administratif ne peut censurer l’appréciation portée par l’administration pénitentiaire quant à la nécessité d’une telle mesure qu’en cas d’erreur manifeste.
En premier lieu, par un arrêté du 31 juillet 2023, publié le 3 août suivant, le directeur de la maison d’arrêt de Besançon a donné délégation à M. D... B..., directeur adjoint, à l’effet de « prendre les décisions de placement dans des régimes de détention différenciés ». Par suite, le moyen tiré de ce que l’autorité qui a édicté l’arrêté contesté n’était pas habilitée à cet effet manque en fait et doit être écarté.
En deuxième lieu, aux termes de la décision attaquée, le placement à l’isolement de M. C... a été décidé compte tenu des « nombreux passages en commission de discipline dont [il a] fait l’objet impliquant des actes de violence verbale et physique, ainsi que la possession d’objets interdits et illicites », des « insultes et menaces de mort proférées à l’encontre d’un magistrat, exprimées ouvertement lors d’un entretien avec [sa] conseillère d’insertion », de ses déclarations concernant un « mouvement collectif » selon lesquelles « le CE veut [son] transfert, il veut [le] faire monter en pression. [il a] 10 soldats à l’étage et il faudra préparer le transfert de 10 détenus », déclarations « réitérées le 6 mai 2024 devant le personnel pénitentiaire et confirmées devant l’officier lors de l’audience réalisée à la suite justement de ces allégations d’inciter des personnes détenues au quartier d’isolement à se rebeller », du « sentiment d’insécurité ressenti par le personnel soignant de l’Unité Sanitaire durant leurs rencontres avec [lui] nécessitant la mise en place de mesures adaptées », enfin de « la note de gestion [le] concernant afin de prévenir tout passage à l’acte hétéro-agressif, tant envers le personnel soignant que pénitentiaire ». Ainsi, contrairement à la mesure décidée le 6 mai 2024, la décision en litige n’a pas été prise au regard d’une situation d’urgence et n’a dès lors pas pour fondement les dispositions de l’article R. 213-3 du code pénitentiaire citées au point 2. Par suite, le placement à l’isolement en litige n’avait pas à être justifié comme étant l’unique moyen de préserver la sécurité des personnes ou de l’établissement et le moyen tiré de l’erreur de droit doit être écarté.
En troisième lieu, il ressort d’un compte-rendu du 6 mai 2024 produit en défense que, lorsque M. C... a été extrait de sa cellule afin d’être soigné au centre hospitalier universitaire de Besançon, l’intéressé a été virulent et menaçant envers le personnel soignant, s’est mis en colère, a lancé le mobilier et a donné des coups de pied dans les murs. En raison du comportement de l’intéressé, le personnel soignant a dû être escorté. Par ailleurs, M. C... a reconnu devant la commission disciplinaire qui s’est tenue le 3 novembre 2023 que, lors d’un entretien avec sa conseillère d’insertion et de probation, il a menacé et insulté la magistrate en charge d’examiner sa demande de détention sous surveillance. De plus, lors de la séance de la commission disciplinaire qui s’est tenue le 8 décembre 2023, M. C... a reconnu avoir annoncé lors d’un échange téléphonique avec son épouse qu’il allait profiter de son transfert pour s’évader et faire usage de la violence à l’égard du personnel en charge de son transfert. Enfin, il ressort des pièces du dossier que M. C..., qui est incarcéré depuis le 10 mai 2023, a fait l’objet de quatre sanctions disciplinaires entre novembre 2023 et avril 2024. Dans ces conditions, les motifs de la décision attaquée, rappelés au point précédent, sont matériellement établis. Par suite, le moyen tiré de l’inexactitude matérielle des faits, doit être écarté.
En dernier lieu et eu égard aux éléments exposés au point précédent, en estimant que la dangerosité de M. C... justifiait son placement à l’isolement par mesure de sécurité, le chef d’établissement de la maison d’arrêt de Besançon n’a pas entaché sa décision d’erreur manifeste d’appréciation. Par suite, le moyen afférent doit être écarté.
Il résulte de ce qui précède que M. C... n’est pas fondé à demander l’annulation de la décision qu’il conteste.
Sur autres demandes :
Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d’annulation, n’implique aucune mesure d’exécution. Dès lors les demandes d’injonction et d’astreinte doivent être rejetées.
Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce qu’une somme soit mise à la charge de l’Etat, qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... C... et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Copie pour information sera adressée au directeur de la maison d’arrêt de Besançon.
Délibéré après l’audience du 29 janvier 2026 à laquelle siégeaient :
- Mme Schmerber, présidente,
- M. Seytel, premier conseiller,
- Mme Daix, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 février 2026.
Le rapporteur,
J. Seytel
La présidente
C. Schmerber
La greffière,
C. Quelos
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
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