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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2401992

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2401992

jeudi 19 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2401992
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantAARPI LANDBECK ET BOCHER-ALLANET

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Besançon a annulé la décision du préfet du Jura refusant la mainlevée de l'interdiction de détenir des armes prononcée contre M. C... Le tribunal a jugé que le préfet avait commis une erreur manifeste d'appréciation en se fondant sur des faits anciens et non suivis de condamnations pénales pour justifier le maintien de l'interdiction. La décision s'appuie sur les articles L. 312-11 et L. 312-13 du code de la sécurité intérieure, qui subordonnent une telle mesure à une menace actuelle pour l'ordre public ou la sécurité des personnes.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 18 octobre 2024, 27 août 2025 et 13 octobre 2025, M. A... C..., représenté par Me Bocher-Allanet, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision du 20 août 2024 par laquelle le préfet du Jura a refusé de faire droit à sa demande de mainlevée de l’interdiction de détenir des armes ;

2°) d’enjoindre au préfet du Jura, d’une part, de retirer les données qui le concernent du fichier national des personnes interdites d’acquisition et de détention d’armes (FINIADA) et, d’autre part, de prononcer la validation de son permis de chasser ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l’article L. 761 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- la décision en litige a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d’une inexactitude matérielle des faits et d’une erreur manifeste d’appréciation ; il a été entendu comme témoin sur les faits qui lui sont reprochés en 2015 et 2020 et n’a pas été condamné pour les faits de 2021 ; les faits qui lui sont reprochés sont anciens ; sa personnalité ne saurait justifier qu’il lui soit interdit de détenir une arme.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 décembre 2024, le préfet du Jura conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens présentés par le requérant ne sont pas fondés.

M. C... a produit un mémoire enregistré le 17 février 2026 qui n’a pas été communiqué.

En application des dispositions de l’article R. 222-17 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné M. Pernot, premier conseiller, pour présider la deuxième chambre du tribunal, en cas de vacance ou d’empêchement.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Daix,
- les conclusions de M. D...,
- les observations de Me Bocher-Allanet pour M. C....


Considérant ce qui suit :

Le 25 novembre 2021, M. C... a déposé une déclaration d’acquisition d’armes auprès des services préfectoraux du Jura. Par un arrêté du 10 février 2023, le préfet du Jura a ordonné sur le fondement du code de la sécurité intérieure le dessaisissement de toutes les armes de toutes catégories en sa possession, l’interdiction de détenir ou acquérir des armes, son inscription au FINIADA et le retrait de son permis de chasser. Par un courrier notifié au préfet le 23 mai 2024, M. C... a demandé à ce qu’il soit mis fin à l’arrêté du 10 février 2023. Par une décision en date du 20 août 2024, dont l’intéressé demande l’annulation, le préfet du Jura a refusé de faire droit à cette demande.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

En premier lieu, la décision attaquée a été signée par M. B... E..., directeur des services du cabinet du préfet, qui disposait d’une délégation de signature du préfet du Jura, délivrée par un arrêté du 14 février 2023, dont l’article 1.1 l’autorise à signer toute décision concernant les « interdictions d’acquisition et de détention d’armes et de munitions ». Par suite, le moyen tiré de ce que la décision en litige a été signée par une autorité qui n’était pas habilitée à cet effet manque en fait et doit être écarté.

En second lieu, aux termes de l’article L. 312-11 du code de la sécurité intérieure : « (…) le représentant de l’Etat dans le département peut, pour des raisons d’ordre public ou de sécurité des personnes, ordonner à tout détenteur d’une arme, de munitions et de leurs éléments de toute catégorie de s’en dessaisir ». L’article L. 312-13 du code de la sécurité intérieure interdit par ailleurs aux personnes ayant fait l’objet de la procédure prévue à l’article L. 312-11 précité d’acquérir ou de détenir des armes, munitions et leurs éléments de toute catégorie. Il dispose toutefois que « cette interdiction est levée par le représentant de l’Etat dans le département s’il apparaît que l’acquisition ou la détention d’armes, de munitions et de leurs éléments par la personne concernée n’est plus de nature à porter atteinte à l’ordre public ou à la sécurité des personnes ».
Pour refuser de faire droit à la demande d’abrogation de l’arrêté du 10 février 2023 présentée par M. C..., le préfet du Jura s’est fondé sur la circonstance que l’intéressé est « inscrit au fichier de Traitement des Antécédents Judiciaires (TAJ) pour des faits de violence sur un mineur de 15 ans suivie d’incapacité n’excédant pas 8 jours en 2015, de violences aggravées par trois circonstances suivie d’incapacité n’excédant pas 8 jours en 2020 et de menace de mort matérialisée par écrit, image ou autre objet en 2021 ». M. C... fait toutefois valoir, sans être contesté, que les faits de violences qui lui sont reprochés n’ont connu aucune suite pénale et que la dernière affaire a donné lieu à un procès en diffamation qui a été tranché en sa faveur. A cet égard, il ressort notamment des procès-verbaux produits en défense que les premiers faits de violences reprochés à l’intéressé concernaient une « prise à partie » lors d’une soirée, sans que le rôle du requérant dans ces faits ne soit clairement exposé, et que l’enquête relative aux faits de violences commis lors d’une rixe en 2020 a conclu à une « implication minime » de ce dernier dans ladite bagarre et a abouti à un classement sans suite. Dans ces conditions, le requérant est fondé à soutenir que l’arrêté en litige est entaché d’erreurs de fait et que le préfet du Jura a procédé à une inexacte application des dispositions citées au point précédent.

Il résulte de tout ce qui précède que M. C... est fondé à demander l’annulation de la décision du 20 août 2024 par laquelle le préfet du Jura a refusé de faire droit à sa demande d’abrogation de l’arrêté du 10 février 2023.

Sur les conclusions à fin d’injonction :

Eu égard au motif d’annulation retenu par le présent jugement, il y a lieu d’enjoindre au préfet du Jura de procéder à l’effacement du nom de M. C... au FINIADA et à la validation du permis de chasser de ce dernier dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision.

Sur les frais liés au litige :

Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’État une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. C... et non compris dans les dépens.


D E C I D E :


Article 1er : La décision du 20 août 2024 par laquelle le préfet du Jura a refusé de faire droit à la demande d’abrogation de l’arrêté du 10 février 2023 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Jura de procéder à la suppression de l’inscription de M. C... au fichier national des personnes interdites d’acquisition et de détention d’armes et de valider le permis de chasser de l’intéressé dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L’Etat versera à M. C... une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A... C... et au préfet du Jura.


Délibéré après l’audience du 26 février 2026, à laquelle siégeaient :

M. Pernot, premier conseiller faisant fonction de président,
M. Seytel, premier conseiller,
Mme Daix, conseillère.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 mars 2026.


La rapporteure,




C. Daix

Le premier conseiller faisant fonction de président,




A. PernotLa greffière,




C. Quelos


La République mande et ordonne au préfet du Jura en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière



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