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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2402520

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2402520

lundi 30 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2402520
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantSCP LAGARRIGUE-GAUME

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Besançon a rejeté la requête de l'association CPEPESC visant à annuler un arrêté préfectoral de mise en demeure et à enjoindre des mesures de réparation environnementale plus strictes. Le tribunal a jugé que l'arrêté du 25 octobre 2024, pris par le préfet de la Haute-Saône à l'encontre d'un exploitant agricole, était légal et suffisant pour réparer les dommages causés par la conversion de prairies et la destruction de haies. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'environnement relatives à la réparation des dommages environnementaux, estimant que les prescriptions de l'arrêté attaqué étaient adaptées et proportionnées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 30 décembre 2024, 20 octobre 2025 et 5 janvier 2026, l’association Commission de protection des eaux du patrimoine, de l'environnement, du sous-sol et des chiroptères de Franche-Comté (CPEPESC) demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d’annuler l’arrêté du 25 octobre 2024 par lequel le préfet de la Haute-Saône a mis en demeure M. C... B... de se conformer à la réglementation relative à la protection des espèces protégées ;

2°) d’enjoindre au préfet de la Haute-Saône d’exiger de M. B... la transmission, dans le délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, conformément aux dispositions de l’article L. 162-7 du code de l’environnement, des mesures de réparation appropriées au regard des objectifs prévus à l’article L. 162-9 du code de l’environnement et visant au rétablissement effectif des ressources naturelles et leurs services écologiques dans leur état initial, tel qu’établi et confirmé à l’aide des meilleures informations, à savoir la remise en herbe de 64,1 hectares de prairies transformées en cultures intensives, la remise en place de 2 970 mètres linéaires de haies, la reconstitution de 1,2 hectare de vergers et la plantation d’au moins 50 ares de boisements et petits bosquets, incluant des arbres isolés ;

3°) d’enjoindre au préfet de la Haute-Saône, dans le délai d’un mois à compter de la réception de la proposition de l’exploitant et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de la soumettre pour avis conformément aux dispositions de l’article L. 162-10 du code de l’environnement ;

4°) d’enjoindre au préfet de la Haute-Saône, dans le délai de trois mois à compter de la réception de la proposition de l’exploitant et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de prescrire, après avoir mis l’exploitant en mesure de présenter ses observations, conformément aux dispositions de l’article L. 162-11 du code de l’environnement, des mesures de réparation appropriées par une décision motivée à exécuter dans un délai de six mois ;

5°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative, et les entiers dépens.

L’association CPEPESC soutient que :
- sa requête est recevable ;
- l’arrêté attaqué méconnaît l’autorité de chose jugée dès lors qu’il n’exécute pas l’injonction prononcée par le tribunal par son jugement du 20 septembre 2022 en ne mettant pas en œuvre les pouvoirs de police prévus au titre VI du livre 1er du code de l’environnement ;
- les modifications des mesures prescrites au regard du projet d’arrêté transmis à l’exploitant ne se fondent sur aucun élément établi dès lors que les éléments nouveaux apportés par l’exploitant au cours de la phase contradictoire préalable à l’édiction de l’arrêté attaqué ne sont pas démontrés ;
- l’arrêté attaqué est entaché d’erreur d’appréciation dès lors qu’il ne prend pas en compte les éléments isolés de paysage et les prairies permanentes, alors que les incidences des travaux réalisés par l’exploitant sont importantes s’agissant des habitats des espèces protégées ;
- il est entaché d’erreur d’appréciation dès lors que les mesures qu’il prescrit ne permettent pas un retour à l’état initial en méconnaissance des dispositions de l’article L. 162-9 du code de l’environnement ;
- il est entaché d’erreur de droit dès lors que la procédure suivie en vue d’édicter les prescriptions prévues par l’arrêté du 25 octobre 2024 est irrégulière, le préfet n’ayant pas mis en œuvre les dispositions des articles L. 162-3 à L. 162-12 du code de l’environnement ;
- la repousse naturelle des haies ne peut constituer une réparation des dommages environnementaux, qui implique un replantage de haies ;
- les mesures relatives au replantage des haies portent sur un linéaire insuffisant au regard du linéaire de haies détruites ;
- aucun arrachage pouvant être attribué au précédent exploitant, susceptible de diminuer les atteintes portées à l’environnement par M. B..., n’est établi ;
- les atteintes à l’environnement résultant des travaux effectués par M. B... sont importantes, en particulier en ce qui concerne l’atteinte aux espèces protégées.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 25 septembre 2025 et 28 novembre 2025, le préfet de la Haute-Saône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par l’association CPEPESC ne sont pas fondés.

Par des mémoires, enregistrés les 25 septembre 2025 et 16 octobre 2025, M. C... B..., représenté par Me Lagarrigue, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de l’association CPEPESC la somme de 2 500 euros à lui verser au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la requête est irrecevable en l’absence d’intérêt à agir, et que les moyens soulevés ne sont pas fondés.


Vu :
- le jugement n° 1902114 rendu le 20 septembre 2022 par le tribunal administratif de Besançon ;
les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’environnement ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Debat, premier conseiller,
- les conclusions de Mme Kiefer, rapporteure publique,
- et les observations de M. A..., pour l’association CPEPESC.


Considérant ce qui suit :


Entre 2012 et 2013, M. C... B..., exploitant agricole, a engagé des travaux sur des parcelles situées sur le territoire des communes de Quers, Dambenoît-lès-Colombe et Adelans-et-le-Val-de-Bithaine, afin de convertir des prairies en champs de céréales. Il a ainsi supprimé plusieurs centaines de mètres linéaires de haies et de nombreux bosquets et arbres en alignement ou isolés, qui constituaient des aires de repos et de reproduction de plusieurs espèces d’oiseaux protégées au titre des articles L. 411-1 et suivants du code de l’environnement par l’arrêté ministériel du 29 octobre 2009. Lesdites parcelles sont situées, d’une part, dans une zone nord comprise en grande partie dans le périmètre du site Natura 2000 intitulé « Vallée de la lanterne », aux lieux-dits « Champs Saint-Laurent », « Faux d’Angles » et « les Graviers » et, d’autre part, dans une zone sud à hauteur des lieux-dits « les Lauchères » et « en Couillard », et à proximité du ruisseau « le Bauvier », protégé par un arrêté préfectoral de biotope. Par un courrier du 29 juillet 2019, la CPEPESC a demandé à ce que l’auteur de ces travaux soit mis en demeure, sur le fondement de l’article L. 171-7 du code de l’environnement, de déposer, sous un mois maximum, un dossier de demande de dérogation au titre de la destruction d’espèces protégées et de leurs habitats prévoyant des mesures de nature à compenser les effets de ces travaux, ainsi qu’un dossier d’évaluation des incidences Natura 2000 au titre des parcelles concernées. Par un jugement n° 1902114 du 20 septembre 2022, le tribunal, saisi par la CPEPESC du refus implicite né du silence conservé par le préfet de la Haute-Saône sur sa demande, a enjoint à ce dernier de faire mettre en œuvre par M. B... les mesures de réparation définies aux articles L. 162-3 à L. 162-12 du code de l’environnement, dans le délai de trois mois suivant la notification du présent jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. Saisi le 16 novembre 2023 d’une requête de l’association CPEPESC tendant à ce que soit prononcée la liquidation de cette astreinte en raison de l’inexécution du jugement du 20 septembre 2022, le tribunal, par un jugement n° 2302184 du 16 juillet 2024, a condamné l’Etat à verser à l’association CPEPESC une somme de 10 000 euros au titre de la liquidation provisoire de l’astreinte fixée par ce jugement. Par un arrêté du 25 octobre 2024, le préfet de la Haute-Saône a mis en demeure M. B... de se conformer à la réglementation relative à la protection des espèces protégées. Par la présente requête, l’association CPEPESC demande au tribunal d’annuler cet arrêté.


Sur la fin de non-recevoir opposée par M. B... :

Aux termes de l’article L. 142-1 du code de l’environnement : « Toute association ayant pour objet la protection de la nature et de l'environnement peut engager des instances devant les juridictions administratives pour tout grief se rapportant à celle-ci. / Toute association de protection de l'environnement agréée au titre de l'article L. 141-1 ainsi que les fédérations départementales des associations agréées de pêche et de protection du milieu aquatique et les associations agréées de pêcheurs professionnels justifient d'un intérêt pour agir contre toute décision administrative ayant un rapport direct avec leur objet et leurs activités statutaires et produisant des effets dommageables pour l'environnement sur tout ou partie du territoire pour lequel elles bénéficient de l'agrément dès lors que cette décision est intervenue après la date de leur agrément. ». Aux termes de l’article L. 142-2 de ce même code : « Les associations agréées mentionnées à l'article L. 141-2 peuvent exercer les droits reconnus à la partie civile en ce qui concerne les faits portant un préjudice direct ou indirect aux intérêts collectifs qu'elles ont pour objet de défendre et constituant une infraction aux dispositions législatives relatives à la protection de la nature et de l'environnement, à l'amélioration du cadre de vie, à la protection de l'eau, de l'air, des sols, des sites et paysages, à l'urbanisme, à la pêche maritime ou ayant pour objet la lutte contre les pollutions et les nuisances, la sûreté nucléaire et la radioprotection, les pratiques commerciales et les publicités trompeuses ou de nature à induire en erreur quand ces pratiques et publicités comportent des indications environnementales ainsi qu'aux textes pris pour leur application. / Ce droit est également reconnu, sous les mêmes conditions, aux associations régulièrement déclarées depuis au moins cinq ans à la date des faits et qui se proposent, par leurs statuts, la sauvegarde de tout ou partie des intérêts visés à l'article L. 211-1, en ce qui concerne les faits constituant une infraction aux dispositions relatives à l'eau, ou des intérêts visés à l'article L. 511-1, en ce qui concerne les faits constituant une infraction aux dispositions relatives aux installations classées. ».

D’une part, si M. B... soutient que l’association CPEPESC ne se prévaut pas dans sa requête des dispositions de l’article L. 142-1 du code de l’environnement mais des seules dispositions de l’article L. 142-2, il ressort des termes de la requête que les dispositions de l’article L. 142-1 du code de l’environnement sont citées. De plus, l’association CPEPESC a pour objet social, selon ses statuts, de « susciter et de développer l’étude et la protection de la nature, de l’environnement et du patrimoine ». Elle est déclarée en préfecture et son agrément au titre de la protection de l’environnement a été renouvelé pour une durée de cinq ans par arrêté du préfet du Doubs du 23 octobre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Doubs le 31 octobre 2023.

D’autre part, M. B... soutient que l’arrêté attaqué a pour objet de prescrire des mesures environnementales et que, pour ce motif, l’association CPEPESC n’aurait pas intérêt à agir à son encontre. Cependant, ainsi qu’il ressort des termes de l’arrêté du 25 octobre 2024 et des écritures en défense du préfet, cet arrêté a été pris en exécution du jugement du 20 septembre 2022 du tribunal administratif de Besançon, et il prescrit des mesures faisant suite à des travaux réalisés par M. B... et ayant conduit à la destruction de plusieurs centaines de mètres linéaires de haies et de nombreux bosquets et arbres en alignement ou isolés qui constituaient des aires de repos et de reproduction de plusieurs espèces d’oiseaux protégées. Eu égard à ces éléments, l’association CPEPESC avait donc, à la date du dépôt de sa requête, intérêt lui donnant qualité pour agir à l’encontre de l’arrêté du 25 octobre 2024. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense par M. B... sur ce fondement doit être écartée.



Sur les conclusions à fin d’annulation :

Aux termes de l’article L. 162-11 du code de l’environnement : « Après avoir mis l'exploitant en mesure de présenter ses observations, l'autorité visée au 2° de l'article L. 165-2 lui prescrit, par une décision motivée, les mesures de réparation appropriées. ». Aux termes de l’article L. 162-9 de ce même code : « Les mesures de réparation des dommages affectant les eaux et les espèces et habitats mentionnés aux 2° et 3° du I de l'article L. 161-1 visent à rétablir ces ressources naturelles et leurs services écologiques dans leur état initial et à éliminer tout risque d'atteinte grave à la santé humaine. L'état initial désigne l'état des ressources naturelles et des services écologiques au moment du dommage, qui aurait existé si le dommage environnemental n'était pas survenu, estimé à l'aide des meilleures informations disponibles. / La réparation primaire désigne toute mesure par laquelle les ressources naturelles et leurs services visés au premier alinéa retournent à leur état initial ou s'en approchent. La possibilité d'une réparation par régénération naturelle doit être envisagée. / Lorsque la réparation primaire n'aboutit pas à ce retour à l'état initial ou à un état s'en approchant, des mesures de réparation complémentaire doivent être mises en œuvre afin de fournir un niveau de ressources naturelles ou de services comparable à celui qui aurait été fourni si le site avait été rétabli dans son état initial. Elles peuvent être mises en œuvre sur un autre site, dont le choix doit tenir compte des intérêts des populations concernées par le dommage. / Des mesures de réparation compensatoire doivent compenser les pertes intermédiaires de ressources naturelles ou de services survenant entre le dommage et la date à laquelle la réparation primaire ou complémentaire a produit son effet. Elles peuvent être mises en œuvre sur un autre site et ne peuvent se traduire par une compensation financière. ». Aux termes de son article L. 161-1 : « I. - Constituent des dommages causés à l'environnement au sens du présent titre les détériorations directes ou indirectes mesurables de l'environnement qui : / (…) 3° Affectent gravement le maintien ou le rétablissement dans un état de conservation favorable : / a) Des espèces visées au 2 de l'article 4, à l'annexe I de la directive 79/409/ CEE du Conseil, du 2 avril 1979, concernant la conservation des oiseaux sauvages et aux annexes II et IV de la directive 92/43/ CEE du Conseil, du 21 mai 1992, concernant la conservation des habitats naturels ainsi que de la faune et de la flore sauvages ; / b) Des habitats des espèces visées au 2 de l'article 4, à l'annexe I de la directive 79/409/ CEE du Conseil, du 2 avril 1979, précitée et à l'annexe II de la directive 92/43/ CEE du Conseil, du 21 mai 1992, précitée ainsi que des habitats naturels énumérés à l'annexe I de la même directive 92/43/ CEE du Conseil, du 21 mai 1992 ; / c) Des sites de reproduction et des aires de repos des espèces énumérées à l'annexe IV de la directive 92/43/ CEE du Conseil, du 21 mai 1992, précitée ; (…) ». Aux termes de son article R. 162-4 : « Lorsque l'autorité administrative compétente considère que la demande mentionnée à l'article précédent révèle l'existence d'un dommage ou d'une menace imminente de dommage au sens du présent titre, elle recueille les observations de l'exploitant concerné et, le cas échéant, l'invite à se conformer aux dispositions des articles L. 162-3 à L. 162-12. / Dans tous les cas, l'autorité administrative compétente informe par écrit le demandeur de la suite donnée à sa demande d'action en lui indiquant les motifs de sa décision. ». Par ailleurs, aux termes de l’article L. 171-7 du code de l’environnement : « I.- Indépendamment des poursuites pénales qui peuvent être exercées, lorsque des installations ou ouvrages sont exploités, des objets et dispositifs sont utilisés ou des travaux, opérations, activités ou aménagements sont réalisés sans avoir fait l'objet de l'autorisation, de l'enregistrement, de l'agrément, de l'homologation, de la certification ou de la déclaration requis en application du présent code, ou sans avoir tenu compte d'une opposition à déclaration, l'autorité administrative compétente met l'intéressé en demeure de régulariser sa situation dans un délai qu'elle détermine, et qui ne peut excéder une durée d'un an. Elle peut, en outre, ordonner le paiement d'une amende au plus égale à 45 000 € par le même acte que celui de mise en demeure ou par un acte distinct. (…) ».

En premier lieu, il ressort des termes l’arrêté contesté qui vise le jugement du tribunal n°1902114 du tribunal administratif de Besançon en date du 20 septembre 2022, et des écritures en défense du préfet de la Haute-Saône, que celui-ci a entendu, par cet arrêté, exécuter ce jugement qui est devenu définitif. En l’occurrence, par cette décision, après avoir considéré que le préfet de la Haute-Saône ne pouvait pas être regardé comme justifiant avoir mis en œuvre les pouvoirs qu’il détient des articles R. 162-4, L. 162-6 et L. 162-11 du code de l’environnement, le tribunal lui a enjoint de faire mettre en œuvre par M. B... les mesures de réparation définies aux articles L. 162-3 à L. 162-12 du code de l’environnement, dans le délai de trois mois suivant sa notification. Il appartenait donc au préfet de la Haute-Saône de faire usage des pouvoirs de police prévus en particulier par les dispositions de l’article L. 162-11 du code de l’environnement, afin que soient mises en œuvre les mesures de réparation prévues à l’article L. 162-9 de ce même code, relatives aux mesures de réparation des dommages affectant les eaux et les espèces et habitats mentionnés aux 2° et 3° du I de l'article L. 161-1 et disposant que celles-ci visent à rétablir ces ressources naturelles et leurs services écologiques dans leur état initial.

Cependant, il résulte de l’instruction et notamment des termes de l’arrêté attaqué que, pour mettre en demeure M. B... de mettre en œuvre les mesures prévues par l’arrêté contesté, le préfet de la Haute-Saône a fait application des dispositions de l’article L. 171-7 du code de l’environnement. Dès lors, l’association requérante est fondée à soutenir qu’en ne faisant pas usage des pouvoirs de police prévus par les articles L. 162-11 et R. 162-4 du code de l’environnement en vue de mettre en œuvre les mesures prévues à l’article L. 162-9 de ce même code, le préfet de la Haute-Saône, par l’arrêté litigieux, a méconnu l’autorité de la chose jugée.

En second lieu, selon les motifs du jugement du tribunal en date du 20 septembre 2022, les arrachages de haies, buissons et arbustes ont été de nature à détruite l’habitat, les nids et les œufs de plusieurs espèces d’oiseaux protégées au titre de l’arrêté ministériel du 29 octobre 2009 qui nichent dans les haies et buissons. Il résulte également de l’instruction, notamment des éléments figurant dans le rapport établi par la société EMC environnement en octobre 2023 que les travaux réalisés par M. B... ont conduit, sur les deux parcellaires en litige, à l’arrachage de 2 970 mètres de haies, de 255 mètres d’arbustes isolés et de 177 mètres d’arbres isolés, ainsi que de 1,21 hectares de vergers, de 0,48 hectares de boisements et de 1,91 hectares de boisements humides, et enfin au retournement de 62,89 hectares de prairies dont 0,43 hectares de prairies humides. Si le rapport établi en juin 2024 par la société EMC environnement présente une évaluation plus réduite des destructions opérées, s’agissant des haies, buissons, arbres et ripisylves, les différences significatives entre les rapports établis par la même société en octobre 2023 et en juin 2024 imputés à la repousse naturelle ne permettent pas de considérer comme établies les données ainsi produites. En tout état de cause, elles ne permettent pas de considérer que les arrachages de haies, de buissons, d’arbres et de ripisylves réalisés par M. B... en 2012 et 2013 ne seraient pas établis au niveau du linéaire arraché constaté en octobre 2023 par la société EMC environnement. En outre, les arrachages imputés au précédent exploitant en 2011, que la société EMC environnement a déduit des destructions imputées à M. B..., ne sont établis par aucune pièce du dossier, alors que les photographies produites par l’association CPEPESC, issues de prises de vue aériennes réalisées en 2008, 2011 et 2013 du parcellaire des lieudits « A couillard » et « En Couillard », tendent à remettre en cause les constats opérés dans le rapport de juin 2024. Enfin, par l’arrêté attaqué, le préfet de la Haute-Saône a mis en demeure M. B... de régulariser sa situation administrative en mettant en œuvre les mesures prescrites relatives à la plantation de 750 mètres de haies en renforcement de haies existantes, à la mise en place de bande enherbées sur une largeur minimale d’un mètre de chaque côté des haies maintenues et des haies créées ou, entre la zone cultivée et les milieux humides, sur une largeur de 2 mètres, ainsi qu’à la reconstitution a minima d’un hectare de prairie humide.

Il résulte de l’instruction que s’agissant de la reconstitution des haies dont la destruction a été de nature à détruire l’habitat, les nids et les œufs de plusieurs espèces d’oiseaux protégées, ainsi qu’il résulte des termes du jugement du tribunal du 20 septembre 2022, la plantation de 750 mètres de haies en renforcement des haies existantes ne permet pas le retour à l’état initial, établi à 2 970 mètres linéaires par le rapport de la société EMC environnement d’octobre 2023. En outre, s’agissant des haies replantées, il n’est pas sérieusement contesté qu’elles l’ont été en partie en dehors des parcelles en litige.

S’agissant ensuite des arbres et des boisements isolés, des bosquets et du verger détruits lors des travaux litigieux, dont l’arrachage a été également de nature à porter atteinte à des espèces d’oiseaux protégées dont la reconstitution était prévue en vertu du jugement du tribunal du 20 septembre 2022, dès lors que l’arrêté contesté ne prévoit aucune mesure de réparation les concernant, il y a lieu de le considérer comme insuffisant.

Enfin, en ce qui concerne les prairies, il ne ressort pas des motifs du jugement du tribunal en date du 20 septembre 2022 qu’une destruction de l’habitat, des nids et des œufs d’espèces d’oiseaux protégées résulterait directement du retournement opéré par M. B... de 62,89 hectares de prairie. Toutefois, il résulte de l’instruction que les deux parcellaires concernés par le retournement de prairie correspondent à hauteur respectivement de 40,23 hectares et de 10,83 hectares à un site Natura 2000, et le rapport de la société EMC environnement daté de juin 2024 souligne l’intrication, sur les parcellaires en litige, des prés et des haies, bosquets et arbres arrachés. Il ressort de plus de la base de données Obsnatu de la Ligue pour la protection des oiseaux dont se prévaut l’association CPEPESC, portant sur les années 1993 à 2013, que le tarier des prés et la pie-grièche grise, espèces d’oiseaux protégées, étaient présents durant cette période antérieure au lieudit « Faux d’Angles », secteur concerné par le retournement prairial. Ces éléments sont corroborés s’agissant du tarier des prés par l’étude de la société EMC environnement datée de juin 2024, qui indique que la présence du tarier des prés était constatée à Quers en 2014 mais qu’elle n’était plus observée lors de l’inventaire réalisé en 2023. Les cartes comprises dans ce même rapport mentionnent la présence, avant les travaux de M. B..., du tarier des prés dans le parcellaire n°1 et celle de la pie-grièche grise à proximité immédiate. La société EMC environnement ne fait en revanche pas état de la présence de ces deux espèces lors de ses évaluations conduites en 2023 et 2024. Son rapport de juin 2024 précise que le tarier des prés est un passereau caractéristique des prairies de fauche et des pâturages, avec la présence de buissons ou de piquets constituant des postes de chants, et que la pie-grièche grise est un oiseau qui recherche des espaces ouverts ponctués de buissons. Ces espèces sont donc liées au système prairial. Il résulte par conséquent de l’ensemble de ces éléments, et alors que ces prairies étaient en intrication avec les haies, bosquets et buissons arrachés et dont la destruction a été de nature à détruite l’habitat, les nids et les œufs de plusieurs espèces d’oiseaux protégées selon les termes du jugement du tribunal du 20 septembre 2022, que le retournement de 62,89 hectares de prairies opéré par M. B... a été de nature a conduire à la destruction de l’habitat d’espèces d’oiseaux protégées. Aussi, les mesures de réparation prévues par l’arrêté contesté devaient inclure des mesures relatives aux prairies. Dès lors que l’arrêté attaqué ne prévoit la réparation que d’un hectare au minimum de prairie humide, les mesures qu’il prévoit sont donc également insuffisantes sur ce point.

En conséquence, il résulte de ce qui a été dit aux points 6 à 11 que l’association CPEPESC est fondée à soutenir que les mesures de réparation prévues par l’arrêté du préfet de la Haute-Saône du 25 octobre 2024 sont insuffisantes au regard des dispositions de l’article L. 162-9 du code de l’environnement dès lors qu’elles ne permettent pas de rétablir les ressources naturelles et leurs services écologiques dans leur état initial, correspondant à l'état des ressources naturelles et des services écologiques au moment du dommage, qui aurait existé si le dommage environnemental n'était pas survenu, estimé à l'aide des meilleures informations disponibles.

Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête, l’arrêté du 25 octobre 2024 du préfet de la Haute-Saône doit être annulé.

Sur les conclusions à fin d’injonction :

Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, d’enjoindre au préfet de la Haute-Saône de mettre en demeure M. B... dans un délai de trois mois, en application des dispositions des articles L. 162-6 à L. 162-12 du code de l’environnement, de mettre en œuvre les mesures de réparation des dommages que celui-ci a causés, prévues à l’article L. 162-9 du code de l’environnement, afin de rétablir les ressources naturelles et leurs services écologiques dans leur état initial, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

Sur les frais liés au litige :

Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 000 euros à verser à l’association CPEPESC au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il n’y a pas lieu en revanche de faire droit aux conclusions de M. B... présentées sur le même fondement.


D E C I D E :

Article 1er : L’arrêté du 25 octobre 2024 par lequel le préfet de la Haute-Saône a mis en demeure M. C... B... de se conformer à la réglementation relative à la protection des espèces protégées est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Haute-Saône de mettre en demeure M. B... dans un délai de trois mois, en application des dispositions des articles L. 162-6 à L. 162-12 du code de l’environnement, de mettre en œuvre les mesures de réparation des dommages que celui-ci a causés, prévues à l’article L. 162-9 du code de l’environnement en visant à rétablir les ressources naturelles et leurs services écologiques dans leur état initial, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

Article 3 : Il est mis à la charge de l’Etat la somme de 1 000 euros à verser à l’association CPEPESC au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions de M. B... présentées sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à l’association Commission de protection des eaux du patrimoine, de l'environnement, du sous-sol et des chiroptères de Franche-Comté, à la ministre de la transition écologique, de la biodiversité et des négociations internationales sur le climat et la nature, et à M. C... B....

Copie en sera adressé, pour information, au préfet de la Haute-Saône.


Délibéré après l'audience du 3 mars 2026, à laquelle siégeaient :

- Mme Michel, présidente,
- M. Debat, premier conseiller,
- Mme Fessard-Marguerie, conseillère.



Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mars 2026.




Le rapporteur,





P. Debat
La présidente,





F. MichelLa greffière,





E. Cartier


La République mande et ordonne la ministre de la transition écologique, de la biodiversité et des négociations internationales sur le climat et la nature en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière





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