Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 29 janvier 2025 et 8 janvier 2026, Mme B... A..., représentée par Me Bocher-Allanet, demande au tribunal :
1°) d’annuler la décision du 21 novembre 2024 par laquelle la directrice générale des finances publiques a prononcé sa réintégration dans le corps des contrôleurs des finances publiques de deuxième classe ;
2°) d’enjoindre à la directrice générale des finances publiques, à titre principal, de la titulariser dans le corps des inspecteurs des finances publiques, le cas échéant en lui faisant bénéficier d’une formation adaptée « pour affermir ses connaissances sur les fonctions qu’elle assumera » et, à titre subsidiaire, de l’autoriser à effectuer à nouveau sa formation pratique d’inspecteur des finances publiques, en la faisant bénéficier, le cas échéant, d’une formation adaptée sur les fonctions précises qu’elle assumera ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme A... soutient que :
- il n’est pas établi que l’autorité qui a édicté la décision contestée était habilitée à cet effet ;
- elle n’a pas été convoquée devant la commission d’évaluation des compétences ;
- l’évaluation de mi-stage est intervenue à l’issue d’une durée de 15 jours de stage et l’évaluation de fin de stage à l’issue des quatre semaines suivantes, soit à la moitié de son stage ;
- la commission d’évaluation des compétences n’était pas régulièrement composée ;
- les commissions administratives paritaires A et B n’étaient pas régulièrement composées ;
- les motifs qui fondent la décision attaquée sont entachés d’erreur de fait et d’erreurs manifestes d’appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 septembre 2025, le ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique conclut au rejet de la requête.
Le ministre fait valoir que les moyens soulevés par Mme A... ne sont pas fondés.
En application des dispositions de l’article R. 222-17 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné M. Pernot, premier conseiller, pour présider la deuxième chambre du tribunal, en cas de vacance ou d’empêchement.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le décret n° 2010-986 du 26 août 2010 ;
- l’arrêté du 30 juillet 2018 fixant les modalités d’organisation et l’évaluation du cycle de formation professionnelle des inspecteurs des finances publiques ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Seytel,
- les conclusions de M. C...,
- les observations de Me Landbeck pour Mme A....
Considérant ce qui suit :
Lauréate du concours interne d’inspecteur des finances publiques en février 2023, Mme A... a suivi une formation théorique de septembre 2023 à mai 2024 au sein de l’École nationale des finances publiques (ENFIP) de Clermont-Ferrand. Par un arrêté du 23 novembre 2023, elle a été affectée sur un poste de vérificatrice au sein de la deuxième brigade départementale de vérification à Besançon puis, le 13 mai 2024, elle a intégré cette brigade pour y effectuer son stage pratique probatoire. Mme A... a ensuite intégré le pôle de contrôle des revenus et du patrimoine de la direction des finances publiques du Doubs pour y accomplir la durée restante de son stage probatoire. Son stage probatoire a été prolongé jusqu’au 30 octobre 2024. Par une décision du 21 novembre 2024, dont Mme A... demande l’annulation, la directrice générale des finances publiques a prononcé sa réintégration dans le corps des contrôleurs des finances publiques de deuxième classe.
Sur la légalité de la décision contestée :
Aux termes de l’article R. 263-2 du code général de la fonction publique : « La commission administrative paritaire est saisie pour avis : (…) des refus de titularisation ». Aux termes de l’article 17 de l’arrêté du 30 juillet 2018 fixant les modalités d’organisation et l’évaluation du cycle de formation professionnelle des inspecteurs des finances publiques : « Il est constitué, pour chaque promotion, une commission d’évaluation des compétences, qui se réunit à la fin du cycle de formation professionnelle des inspecteurs des finances publiques stagiaires et, le cas échéant, à l'issue de la prolongation de la formation probatoire dans les services que les stagiaires ont été autorisés à effectuer, en application du 2° de l'article 14 du décret du 26 août 2010 susvisé (…) ». Et aux termes de l’article 18 de cet arrêté : « La commission mentionnée à l’article 17 du présent arrêté formule des propositions à la commission administrative paritaire compétente pour la titularisation des inspecteurs des finances publiques stagiaires, dans les conditions suivantes. Après avoir entendu chaque inspecteur des finances publiques stagiaire, elle établit un rapport pour chacun d'entre eux et se prononce en faveur de l'une des dispositions prévues à l'article 14 du décret du 26 août 2010 susvisé. / Lors de l'entretien avec la commission, les inspecteurs des finances publiques stagiaires peuvent être accompagnés de la personne de leur choix. / Dans le cadre de cet entretien, le président de la commission peut convoquer, à titre d'expert, toute personne susceptible d'apporter des éléments d'information sur la situation des stagiaires concernés ».
Par un courrier électronique du 23 octobre 2024, Mme A... a été informée « qu’à défaut d’autorisation spécifique de son médecin traitant », elle ne serait pas convoquée devant la commission d’évaluation des compétences amenée à émettre un avis sur la décision de refus de sa titularisation et qu’elle gardait la possibilité de présenter des observations écrites devant la commission administrative partitaire. Toutefois, la procédure aboutissant à un refus de titularisation et celle de mise en congé pour maladie sont des procédures distinctes et indépendantes. Dès lors, le placement en congé de maladie d’un agent public ne saurait faire obstacle à sa convocation afin d’être entendu par une commission. Dans ces conditions, en subordonnant la convocation de Mme A... à la production d’une autorisation spécifique de son médecin traitant, l’administration a privé l’intéressée de la garantie de pouvoir présenter ses observations aux membres de la commission d’évaluation des compétences. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être accueilli.
Il résulte de ce qui précède, et sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme A... est fondée à demander l’annulation de la décision qu’elle conteste.
Sur la demande d’injonction :
Eu égard au motif d’annulation retenu, le présent jugement implique seulement que la directrice générale des finances publiques réexamine la situation de Mme A... dans le délai de quatre mois à compter du présent jugement après que l’intéressée ait été entendue par la commission d’évaluation des compétences dans le respect des garanties prévues par les dispositions de l’article 18 de l’arrêté du 30 juillet 2018 citées au point 2. Le rapport établi par cette commission devra ensuite être transmis à la commission administrative paritaire afin que cette dernière émette un avis sur le refus de titularisation de Mme A... en vue de l’édiction d’une nouvelle décision.
Sur les frais liés au litige :
Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros qu’il versera à Mme A... au titre des frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 21 novembre 2024 par laquelle la directrice générale des finances publiques a prononcé la réintégration de Mme A... dans le corps des contrôleurs des finances publiques de deuxième classe est annulée.
Article 2 : Il est enjoint à la directrice générale des finances publiques de réexaminer la situation de Mme A..., dans les conditions exposées au point 5 et dans un délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L’Etat versera à Mme A... une somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... A... et au ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique.
Une copie du jugement sera adressée, pour information, à la directrice générale des finances publiques.
Délibéré après l’audience du 29 janvier 2026 à laquelle siégeaient :
- M. Pernot, premier conseiller faisant fonction de président,
- M. Seytel, premier conseiller,
- Mme Daix, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 février 2026.
Le rapporteur,
J. Seytel
Le premier conseiller faisant fonction de président,
A. Pernot
La greffière,
C. Quelos
La République mande et ordonne au ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière<DEF></DEF>