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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2500611

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2500611

mardi 17 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2500611
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantDESSOLIN

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Besançon a rejeté la requête de M. B, ressortissant yéménite, qui contestait l'arrêté du préfet du Doubs du 8 janvier 2025 lui retirant son attestation de demande d'asile, lui faisant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que la décision de retrait était suffisamment motivée et avait été précédée d'un examen particulier de sa situation, et que le préfet n'avait pas commis d'erreur d'appréciation en se fondant sur le rejet définitif de sa demande d'asile. La solution retenue s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment l'article L. 542-3, et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 mars 2025, M. A B, représenté par Me Dessolin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 janvier 2025 par lequel le préfet du Doubs lui a retiré son attestation de demande d'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné à l'issue de ce délai, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet du Doubs de lui délivrer une attestation de demande d'asile dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet du Doubs de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 000 euros à Me Dessolin, son avocate, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, contre renoncement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

M. B soutient que :

S'agissant de la décision portant retrait de l'attestation de demande d'asile :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que le préfet s'est cru à tort en situation de compétence liée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, méconnaît l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant fixation du délai de départ volontaire :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité entachant l'obligation de quitter le territoire français ;

S'agissant de la décision portant fixation du pays de destination :

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité entachant l'obligation de quitter le territoire français ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité entachant l'obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 avril 2025, le préfet du Doubs conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 février 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Goyer-Tholon, conseillère ;

- et les observations de Me Dessolin, pour M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant yéménite né le 28 juillet 1968, est entré irrégulièrement en France le 12 novembre 2022 selon ses déclarations. Sa demande d'asile a été définitivement rejetée par la Cour nationale du droit d'asile, ainsi que sa demande de réexamen. Par un arrêté du 8 janvier 2025, le préfet du Doubs lui a retiré son attestation de demande d'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné à l'issue de ce délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Par sa requête, M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la légalité de la décision portant retrait de l'attestation de demande d'asile :

2. En premier lieu, la décision attaquée, qui mentionne les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement et dont la rédaction a permis à l'intéressé de la contester utilement, satisfait aux exigences de motivation. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, et en particulier de la rédaction-même de l'arrêté attaqué, qui rappelle notamment le parcours de l'intéressé et la procédure suivie devant l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile, que le préfet du Doubs a procédé à un examen particulier de sa situation personnelle. La circonstance que l'arrêté ne mentionne pas de manière exhaustive tous les éléments relatifs à sa situation est, en l'espèce, sans incidence. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de la situation personnelle de l'intéressé doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 542-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque le droit au maintien sur le territoire français a pris fin dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 ou L. 542-2, l'attestation de demande d'asile peut être refusée, retirée ou son renouvellement refusé. () ". Aux termes de l'article L. 542-2 de ce code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : / 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : () / b) une décision d'irrecevabilité en application du 3° de l'article L. 531-32, en dehors du cas prévu au b du 2° du présent article ; (). / 2° Lorsque le demandeur : () / b) a introduit une première demande de réexamen, qui a fait l'objet d'une décision d'irrecevabilité par l'office en application du 3° de l'article L. 531-32, uniquement en vue de faire échec à une décision d'éloignement ; () ". Aux termes de l'article L. 531-32 du même code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides peut prendre une décision d'irrecevabilité écrite et motivée, sans vérifier si les conditions d'octroi de l'asile sont réunies, dans les cas suivants : () / 3° En cas de demande de réexamen lorsque, à l'issue d'un examen préliminaire effectué selon la procédure définie à l'article L. 531-42, il apparaît que cette demande ne répond pas aux conditions prévues au même article ". L'attestation de demande d'asile a uniquement pour vocation de permettre au demandeur d'asile de séjourner en France, le temps nécessaire pour l'instruction de sa demande d'asile. En application des dispositions précitées de l'article L. 542-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans l'hypothèse où le droit au maintien a pris fin, le préfet ne peut que refuser la délivrance de l'attestation de demande d'asile, la retirer ou en refuser le renouvellement.

5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, et notamment de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 15 novembre 2024, que la demande de réexamen présentée par M. B a été rejetée pour irrecevabilité au sens des articles L. 531-32 et L. 531-42 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le droit de l'intéressé de se maintenir sur le territoire français a pris fin dès l'intervention de la décision précitée du 15 novembre 2024. Par suite, c'est à bon droit que le préfet a prononcé le retrait de l'attestation de demande d'asile de M. B. Le moyen tiré de ce que le préfet se serait, à tort, cru en situation de compétence liée ne peut ainsi qu'être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 545-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, in fine : " () Les dispositions du présent article s'appliquent sous réserve du respect des stipulations de l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951, et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. ". Il résulte de ces dispositions que le respect des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales peut faire obstacle à ce que le droit au maintien sur le territoire prenne fin dès la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides.

7. En l'espèce, M. B soutient qu'en cas de retour au Yémen, il encourt des risques notamment de représailles suite à sa fuite d'une prison houthiste. Toutefois, à l'appui de ses prétentions, il ne produit aucun élément, à l'exception d'articles de presse, de nature à établir la réalité des risques auxquels il serait actuellement et personnellement exposé dans ce pays, alors que ses allégations sur ce fondement ont déjà été examinées par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et par la Cour nationale du droit d'asile, qui les ont écartées. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé par Mme Nathalie Valleix, secrétaire générale de la préfecture du Doubs, laquelle était habilitée, selon l'arrêté préfectoral du 25 mars 2024, publié le 26 mars suivant au recueil des actes administratifs de la préfecture, à signer les décisions portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

9. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B est entré en France en 2022 et s'y est maintenu dans le cadre de la procédure de demande d'asile. Il ne fait état d'aucune intégration particulière en France et n'établit pas ni même n'allègue être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu la majeure partie de sa vie. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision litigieuse serait entachée d'erreur manifeste quant à l'appréciation de ses conséquences sur la vie personnelle de l'intéressé ne peut qu'être écarté.

10. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

Sur la légalité de la décision portant fixation du délai de départ volontaire :

11. Le requérant n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, il n'est pas fondé à s'en prévaloir, par la voie de l'exception à l'encontre de la décision portant fixation du délai de départ volontaire.

Sur la légalité de la décision portant fixation du pays de destination :

12. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

13. En second lieu, le requérant n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, il n'est pas fondé à s'en prévaloir, par la voie de l'exception à l'encontre de la décision portant fixation du pays de destination.

Sur la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

14. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9, du présent jugement, le moyen tiré de l'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé doit être écarté.

15. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

16. En troisième lieu, le requérant n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, il n'est pas fondé à s'en prévaloir, par la voie de l'exception à l'encontre de la décision portant fixation du pays de destination.

17. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Ses conclusions aux fins d'annulation doivent par suite être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, celles aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet du Doubs et à Me Dessolin.

Délibéré après l'audience du 27 mai 2025, à laquelle siégeaient :

- Mme Schmerber, présidente ;

- M. Debat, premier conseiller ;

- Mme Goyer-Tholon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juin 2025.

La rapporteure,

C. Goyer-Tholon

La présidente,

C. SchmerberLa greffière,

E. Cartier

La République mande et ordonne au préfet du Doubs, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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