vendredi 30 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-1903993 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | ALLE ET ASSOCIES AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 22 novembre 2019 et des mémoires enregistrés les 15 décembre 2020 et 21 octobre 2021, M.et Mme A et Nicole B, représentés par la SCP 91 degrés avocats, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) d'enjoindre au syndicat intercommunal à vocation unique (SIVU) d'adduction d'eau potable de l'Avène de retirer à ses frais les canalisations existantes sur leur terrain et sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter du huitième jour de la notification de la décision à intervenir ;
2°) de condamner le SIVU d'adduction d'eau potable de l'Avène à leur verser les sommes de 20 000 euros pour résistance abusive et de 20 000 euros en réparation du préjudice subi du fait des dommages accidentels des travaux publics ;
3°) de condamner la SCA Veolia eau compagnie générale des eaux à leur verser les sommes de 10 000 euros de frais de remise en état de leur terrain, de 9 600 euros correspondant à la valeur de remplacement de leur eucalyptus, de 5 760 euros correspondant à la valeur de remplacement de leur cèdre, de 5 000 euros au titre de leur préjudice moral et de 3 129,51 euros au titre des frais engagés dans la présente instance, hors dépens et honoraires ;
4°) de mettre les dépens à la charge du SIVU d'adduction d'eau potable de l'Avène et de la SCA Veolia eau compagnie générale des eaux ;
5°) de mettre à la charge du SIVU d'adduction d'eau potable de l'Avène et de la SCA Veolia eau compagnie générale des eaux chacun la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- les canalisations d'eau enterrées sous leur terrain sont constitutives d'une servitude de fait et doivent être retirées ;
- le SIVU d'adduction d'eau potable de l'Avène doit être condamné à leur verser la somme de 20 000 euros de dommages et intérêts pour résistance abusive à leur demande de déplacement de cette canalisation ;
- la SCA Veolia eau compagnie générale des eaux a commis une violation de propriété en procédant à la réparation d'une canalisation d'eau potable sans leur accord et sans les avoir informés, ni la mairie, leur faisant perdre une chance de protéger leurs arbres ; ce préjudice doit être réparé par la condamnation du SIVU à leur verser une somme de 20 000 euros ;
- leurs autres préjudices doivent être réparés par SCA Veolia eau compagnie générale des comme suit :
• 10 000 euros de frais de remise en état de leur terrain ;
• 9 600 euros de valeur de remplacement de leur eucalyptus ;
• 5 760 euros de valeur de remplacement de leur cèdre ;
• 5 000 euros au titre de leur préjudice moral ;
• 3 129,51 euros au titre des frais engagés dans la présente instance.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 mai 2020, la communauté d'agglomération Alès Agglomération, venant aux droits du SIVU d'adduction d'eau potable de l'Avène, représentée par la SCP Juris Excell, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. et Mme B la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que la requête est irrecevable faute de réclamation préalable et qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Par un mémoire enregistré le 5 juin 2020, la SCA Veolia eau compagnie générale des eaux, représentée par Me Prouzat, conclut à titre principal au rejet de la requête, à titre subsidiaire à ce que l'indemnisation soit limitée à la somme de 4 560 euros, à ce que la communauté d'agglomération Alès Agglomération soit condamnée à la relever et à la garantir de toutes condamnations prononcées contre elle et à ce qu'il soit mis à la charge de M. et Mme B la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Vu :
- l'ordonnance n°1803309 du 24 janvier 2019 par laquelle le juge des référés a ordonné une expertise ;
- l'ordonnance de taxation d'expertise du 3 octobre 2019 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme E,
- les conclusions de Mme Lellig, rapporteure publique,
- les observations de Me Hiault Spitzer, représentant la communauté d'agglomération Alès Agglomération et celles de Me Liegeois représentant la SCA Veolia eau compagnie générale des eaux.
Une note en délibéré a été enregistrée le 16 septembre 2022 pour la SCA Veolia eau compagnie générale des eaux.
Considérant ce qui suit :
1. Le 19 février 2017, la SCA Veolia eau compagnie générale des eaux, délégataire par affermage du service de production et de distribution d'eau potable dont la compétence est exercée par la communauté d'agglomération Alès Agglomération, venant aux droits du SIVU d'adduction d'eau potable de l'Avène, a réparé une fuite sur une canalisation d'eau implantée sur un terrain situé à Saint-Sébastien d'Aigrefeuille et appartenant à M. et Mme B. Ces derniers, qui ont fait état de désordres causés à leur parcelle et obtenu en référé une expertise, dont le rapport a été établi le 29 août 2019, demandent au tribunal d'ordonner à la personne publique le déplacement de cette canalisation de leur propriété privée et de condamner la communauté d'agglomération Alès Agglomération et la société Veolia à la réparation des préjudices qu'ils estiment avoir subis.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. () ".
3. Contrairement à ce que soutient la communauté d'agglomération Alès Agglomération, M. et Mme B ont bien lié le contentieux à son égard en adressant au SIVU d'adduction d'eau potable de l'Avène, aux droits duquel elle vient, une réclamation préalable, que ce dernier a reçue le 6 juillet 2020. La fin de non-recevoir soulevée en défense par la communauté d'agglomération Alès Agglomération doit donc être rejetée.
Sur l'emprise irrégulière :
En ce qui concerne l'irrégularité de l'emprise :
4. Il est constant qu'une canalisation d'eau potable est enterrée sur la parcelle cadastrée section AI numéro 84 qui appartient à M. et Mme B. Cet ouvrage est directement affecté au service public de la distribution d'eau potable et nécessaire au fonctionnement de ce service public. Il constitue donc un ouvrage public. Il résulte de l'instruction qu'aucune convention de servitude autorisant cette installation n'a été conclue entre les propriétaires successifs de ce terrain et le SIVU d'adduction d'eau potable de l'Avène puis la communauté d'agglomération d'Alès agglomération, qui ne justifie par ailleurs d'aucun titre l'ayant autorisée à implanter cet ouvrage en l'absence d'un tel accord. Ainsi, cet ouvrage est irrégulièrement implanté et constitue une emprise irrégulière, qui engage la responsabilité de cette collectivité.
En ce qui concerne le déplacement de la canalisation d'eau potable :
5. Lorsqu'il est saisi d'une demande tendant à ce que soit ordonnée la démolition d'un ouvrage public dont il est allégué qu'il est irrégulièrement implanté par un requérant qui estime subir un préjudice du fait de l'implantation de cet ouvrage et qui en a demandé sans succès la démolition à l'administration, il appartient au juge administratif, juge de plein contentieux, de déterminer, en fonction de la situation de droit et de fait existant à la date à laquelle il statue, si l'ouvrage est irrégulièrement implanté, puis, si tel est le cas, de rechercher, d'abord, si eu égard notamment à la nature de l'irrégularité, une régularisation appropriée est possible, puis, dans la négative, de prendre en considération, d'une part les inconvénients que la présence de l'ouvrage entraîne pour les divers intérêts publics ou privés en présence, notamment, le cas échéant, pour le propriétaire du terrain d'assiette de l'ouvrage, d'autre part, les conséquences de la démolition pour l'intérêt général, et d'apprécier, en rapprochant ces éléments, si la démolition n'entraîne pas une atteinte excessive à l'intérêt général.
Quant à la régularisation de l'implantation de l'ouvrage :
6. Il résulte de l'instruction qu'aucune régularisation n'est possible puisque les époux B ont fait connaître leur refus de signer une convention de servitude pour régulariser l'implantation de l'ouvrage public en cause sur leur propriété privée, refus dont le SIVU d'adduction d'eau potable de l'Avène a pris acte dans un courriel adressé le 31 janvier 2018 à M. B. Aucune procédure d'expropriation n'a été envisagée. Si la communauté d'agglomération d'Alès fait valoir que les dispositions de l'article L. 152-1 du code rural et de la pêche prévoient la possibilité d'obtenir, contre indemnités, une servitude pour l'établissement de canalisations publiques d'eau enterrées, elle ne démonter ni même n'allègue avoir saisi le préfet de département d'une demande en ce sens, ainsi que l'exige l'article R. 152 du même code. Par suite, une régularisation appropriée n'apparaît pas possible en l'état des pièces du dossier.
Quant au contrôle du bilan entre les inconvénients de l'ouvrage et les conséquences de la démolition pour l'intérêt général :
7. D'une part, M. et Mme B déplorent qu'une canalisation d'eau soit enterrée dans leur jardin d'agrément et font valoir que les travaux de réparation de celle-ci leur ont causé des préjudices, dont ils demandent réparation. S'ils ont indiqué dans un courriel du 13 novembre 2017 que cette emprise les empêche de réaliser des aménagements prévus et nécessaires dans leur jardin, ils n'apportent aucun élément de nature à circonstancier les inconvénients que poserait la présence de cet ouvrage pour leur éventuel projet d'aménagement.
8. D'une autre part, la communauté d'agglomération Alès Agglomération indique sans être contredite que la canalisation en cause, qui dessert entre 40 et 50 usagers, est enterrée en limite de propriété, et n'empêche donc pas les requérants de planter leur jardin d'agrément, au demeurant situé à quelques dizaines de mètres de leur maison d'habitation, dont il est séparé par un chemin. Elle ajoute, toujours sans contredit, que ce jardin, de faible dimension et situé entre deux voies de circulation, n'est pas constructible. Elle précise que le dévoiement de cette canalisation coûterait environ 17 000 euros hors taxes.
9. Dans ces conditions, eu égard aux inconvénients limités résultant de la présence de la canalisation d'eau potable sur la propriété de M. et Mme B mais aussi à l'obligation pour le gestionnaire du réseau de distribution d'eau potable d'alimenter ses usagers, la démolition de l'ouvrage public entrainerait une atteinte excessive à l'intérêt général. Les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint sous astreinte à la communauté d'agglomération Alès Agglomération, qui vient aux droits du SIVU, de déplacer la canalisation à ses frais hors de la propriété des requérants doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, leurs conclusions indemnitaires présentées au titre de la résistance abusive de cette collectivité à ne pas avoir procédé audit déplacement.
En ce qui concerne les conclusions indemnitaires :
10. M. et Mme B, qui présentent des conclusions indemnitaires au titre de la violation de leur propriété, qui les a privés de la possibilité de protéger leurs arbres, doivent être regardés comme engageant la responsabilité pour faute de la communauté d'agglomération Alès Agglomération du fait de l'emprise irrégulière. L'implantation de la canalisation en litige sans droit ni titre sur la propriété de M. et Mme B constitue une atteinte à leur droit de propriété, qui leur ouvre, par elle-même, un droit à indemnisation. S'agissant d'une emprise constituée sur un jardin d'agrément, séparé de leur habitation par un chemin, sur lequel les époux B avaient implanté deux arbres de hautes tiges dont ils n'ont pas pu assurer la protection faute de connaître l'existence de cette emprise, il sera fait une juste appréciation du préjudice résultant de cette atteinte au droit de propriété en condamnant la communauté d'agglomération d'Alès agglomération à leur verser une somme de 2 000 euros.
Sur les dommages de travaux publics :
11. Même en l'absence de faute, le maître de l'ouvrage ainsi que, le cas échéant, l'entrepreneur chargé des travaux sont responsables vis à vis des tiers des dommages causés à ceux-ci par l'exécution d'un travail public. Il appartient à la victime de rapporter la preuve de l'existence d'un lien de causalité entre le préjudice invoqué et les travaux. Le maître de l'ouvrage ne peut dégager sa responsabilité que s'il établit que ces dommages résultent de la faute de la victime ou d'un cas de force majeure.
En ce qui concerne le lien de causalité :
12. Il résulte de l'instruction, et plus particulièrement du rapport d'expertise du 29 août 2019, qu'au cours des travaux publics réalisés le 19 février 2017 pour réparer la canalisation d'eau implantée sur le terrain de M. et Mme B, un trou de près d'un mètre de profondeur a été réalisé à la pelle mécanique à proximité d'un eucalyptus d'une vingtaine d'années et d'une hauteur de 18 à 20 mètres, dont une partie des racines a été sectionnée, réduisant son ancrage au sol. En outre, ce trou a été comblé par de la terre meuble permettant l'accumulation de l'eau de pluie, fragilisant d'autant plus la stabilité de l'arbre une fois le sol détrempé. L'expert indique que l'eucalyptus, auparavant stable et en bonne santé, est devenu fortement fragilisé et sensible aux vents, ce qui a finalement provoqué sa chute le 3 janvier 2018. Dès lors, le lien de causalité entre les travaux publics réalisés et les dommages subis par les époux B, tiers à l'ouvrage public, est établi.
En ce qui concerne les causes exonératoires :
13. A supposer que la défense ait entendu se prévaloir d'une telle cause exonératoire, la circonstance que la réparation de la fuite d'eau soit intervenue en urgence un dimanche sur un terrain non clôturé ne constitue pas un cas de force majeure de nature à écarter la responsabilité du maître de l'ouvrage ou de son délégataire, alors au surplus que l'article 18 du contrat de délégation de service public applicable au jour du dommage, qui confiait les travaux d'entretien du réseau, notamment la réparation des fuites, au délégataire de service public, lui imposait de toutes façons d'intervenir, quel que soit le jour, dans les deux heures du signalement d'un incident. Aucune faute ne peut par ailleurs être reprochée aux victimes.
14. Il résulte de ce qui a été dit aux points 11 à 13 que M. et Mme B sont fondés à rechercher, en leur qualité de tiers à l'ouvrage public, la responsabilité sans faute de la SCA Veolia eau compagnie générale des eaux en réparation des dommages qu'ils estiment avoir subis en conséquence des travaux publics réalisés le 19 février 2017.
En ce qui concerne les préjudices :
Quant au préjudice lié aux travaux de remise en état :
15. Il résulte de l'instruction, et plus particulièrement du rapport d'expertise du 29 août 2019, que les dommages de travaux publics causés au terrain de M. et Mme B nécessitent sa remise en état par le tronçonnage et l'évacuation de l'eucalyptus, l'élagage sanitaire du cèdre endommagé, le nettoyage général de la parcelle, y compris la réimplantation de certains végétaux. M. B justifie avoir engagé, selon facture du 25 février 2018, la somme de 624 euros pour le débitage, le broyage et le nettoyage de l'eucalyptus. Il résulte de l'instruction, notamment de l'évaluation de l'expert, que le coût de l'élagage du cèdre et du nettoyage de la parcelle s'élève à la somme de 1 000 euros. Si les requérants ont produit lors des opérations d'expertise un devis de remise en état de leur terrain d'un montant de 4 752 euros, celui-ci inclut l'abattage et l'évacuation du cèdre qui ne nécessite pourtant qu'un élagage sanitaire outre la fourniture, le transport et la plantation en fosse d'un nouveau sujet identique. Cette pièce n'est donc pas de nature à remettre en cause le chiffrage de l'expert judiciaire. Les requérants ne sont en outre pas fondés à solliciter une indemnisation au titre de la remise en état des lieux après le déplacement de la canalisation d'eau potable, qui n'a pas été effectuée et qui n'est pas ordonnée par le présent jugement. Dans ces conditions, la remise en état du jardin rendue nécessaire après l'intervention de la société Veolia eau compagnie générale des eaux sur la propriété de M. et Mme B doit être réparée par une indemnisation de 1 624 euros.
Quant au préjudice lié aux arbres endommagés :
16. Ainsi qu'il a été précédemment exposé, les travaux publics réalisés le 19 février 2017 ont provoqué la chute de l'eucalyptus des requérants, âgé d'une vingtaine d'années et précédemment en bon état de santé et de stabilité, dont la valeur de remplacement doit être fixée, dans les circonstances de l'espèce, à la somme de 5 000 euros. En revanche, il résulte de l'instruction qu'il n'y a pas lieu de remplacer le cèdre dont certaines branches ont été endommagées par la chute de l'eucalyptus mais seulement de procéder à un élagage sanitaire, et que ce chef de préjudice est déjà indemnisé au point précédent.
Quant au préjudice moral :
17. Si les requérants font valoir avoir particulièrement affectionné leurs deux arbres, qu'ils indiquent avoir plantés pour la naissance de leurs deux jumelles handicapées, et soulignent la dangerosité qu'a représenté l'eucalyptus entre sa fragilisation par les travaux publics le 19 février 2017 et sa chute le 3 janvier 2018. Leur préjudice moral à ce titre sera justement indemnisé par le versement de 2 000 euros.
Quant aux frais engagés dans la présente instance :
18. M. et Mme B justifient avoir engagé les sommes de 360 euros pour la réalisation d'un constat d'huissier le 20 février 2018 et de 624 euros pour l'estimation, le 16 septembre 2018, de la valeur des arbres endommagés, qui étaient utiles à la solution du litige. En revanche, s'ils justifient de frais de carburant et d'autoroute engagés au premier semestre 2018 pour des trajets entre leur résidence principale en Suisse et leur résidence secondaire à Saint-Sébastien d'Aigrefeuille, ces frais ne résultent pas du dommage et ils ne démontrent pas que leurs déplacements étaient utiles à la résolution du litige, notamment que leur présence était indispensable lors du constat d'huissier, réalisé sur leur terrain non clôturé. Il en résulte que la SCA Veolia eau compagnie générale des eaux doit être condamnée à verser aux requérants la somme de 984 euros au titre des frais utilement engagés pour la résolution du litige.
19. Il résulte de ce qui précède que la SCA Veolia eau compagnie générale des eaux doit être condamnée à verser à M. et Mme B la somme de 9 608 euros en réparation de leurs préjudices.
Sur l'appel en garantie :
20. En cas de dommages causés à des tiers par un ouvrage public, la victime peut en demander réparation, même en l'absence de faute, aussi bien au maître de l'ouvrage, au maître de l'ouvrage délégué, à l'entrepreneur ou au maître d'œuvre, à moins que ces dommages ne soient imputables à une faute de la victime ou à un cas de force majeure. La personne responsable ne peut se prévaloir du fait d'un tiers, d'autre part, en cas de délégation limitée à la seule exploitation de l'ouvrage, comme c'est le cas en matière d'affermage, si la responsabilité des dommages imputables à son fonctionnement relève du délégataire, sauf stipulations contractuelles contraires, celle résultant de dommages imputables à son existence, à sa nature et à son dimensionnement, appartient à la personne publique délégante. Ce n'est qu'en cas de concession d'un ouvrage public c'est-à-dire d'une délégation de sa construction et de son fonctionnement, que peut être recherchée par des tiers la seule responsabilité du concessionnaire, sauf insolvabilité de ce dernier, en cas de dommages imputables à l'existence ou au fonctionnement de cet ouvrage.
21. L'article 3 du contrat de délégation par affermage de service public en vigueur à la date du dommage, conclu entre le SIVU d'adduction d'eau potable de l'Avène et la société régionale de distribution d'Eau, aux droits desquels sont respectivement venues la communauté d'agglomération Alès Agglomération et la SCA Veolia eau compagnie générale des eaux prévoit d'ailleurs que : " le délégataire est responsable du bon fonctionnement du service ainsi que des dommages corporels, matériels et immatériels qui pourraient résulter de leur exploitation tant pour la collectivité, que pour l'environnement, les usagers du service ou les tiers ".
22. Il résulte de ce qui a été dit au point 20 que la SCA Veolia eau compagnie générale des eaux, délégataire du service public de production et de distribution d'eau potable, qui a réalisé des travaux publics de réparation suite au dysfonctionnement de cet ouvrage dans le cadre de son exploitation, n'est pas fondée à appeler en garantie la communauté d'agglomération Alès Agglomération, en sa qualité de maître de l'ouvrage public. Cette dernière n'est en effet responsable que des dommages imputables à l'existence, à la nature ou au dimensionnement de cet ouvrage public, ce qui n'est pas le cas en l'espèce.
Sur les frais d'expertise :
23. En application des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, les frais et honoraires de l'expertise de M. D F, prescrite par ordonnance n°1803309 du 24 janvier 2019, liquidés et taxés à la somme de 2 280 euros TTC par l'ordonnance du 3 octobre 2019, incluant le montant de l'allocation provisionnelle accordée par l'ordonnance du 18 février 2019, sont mis à la charge définitive de la SCA Veolia eau compagnie générale des eaux.
Sur les frais liés au litige :
24. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. et Mme B qui ne sont pas la partie perdante dans la présente instance, les sommes que la communauté d'agglomération Alès Agglomération et que la SCA Veolia eau compagnie générale des eaux demandent chacune au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la communauté d'agglomération Alès Agglomération et de la SCA Veolia eau compagnie générale des eaux une somme de 750 euros chacune à verser à M. et Mme B à ce titre.
D E C I D E :
Article 1 er : La communauté d'agglomération d'Alès agglomération versera à M. et Mme B une somme de 2 000 euros.
Article 2 : La SCA Veolia eau compagnie générale des eaux versera à M. et Mme B une somme de 9 608 euros.
Article 3 : Les frais et honoraires de l'expertise de M. D F, prescrite par ordonnance n°1803309 du 24 janvier 2019, liquidés et taxés à la somme de 2 280 euros TTC par l'ordonnance du 3 octobre 2019, incluant le montant de l'allocation provisionnelle accordée par l'ordonnance du 18 février 2019, sont mis à la charge définitive de de la SCA Veolia eau compagnie générale des eaux.
Article 4 : La communauté d'agglomération d'Alès agglomération et la SCA Veolia eau compagnie générale des eaux verseront à M. et Mme B une somme de 750 euros chacune au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme A et C B, à la communauté d'agglomération Alès Agglomération, à la SCA Veolia eau compagnie générale des eaux et à M. F, expert.
Délibéré après l'audience du 16 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Peretti, président,
M. Parisien, premier conseiller,
Mme Bertrand, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2022.
La rapporteure,
B. E
Le président,
P. PERETTILe greffier,
D. BERTHOD
La République mande et ordonne à la préfète du Gard en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026