vendredi 16 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-1904398 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | ANAV-ARLAUD |
Vu la procédure suivante :
Par un jugement avant-dire droit du 21 janvier 2022, le tribunal, avant de statuer sur la requête indemnitaire de Mme F A a ordonné une expertise médicale.
L'expert a déposé son rapport au greffe du tribunal le 2 mai 2022.
Par une ordonnance du 28 juin 2022, le président du tribunal a taxé les frais et honoraires de l'expert à la somme de 1 950 euros T.T.C.
Par des mémoires enregistrés les 10 juin et 19 juillet 2022, Mme A représentée par Me Anav-Arlaud, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner le CIVEN à lui verser la somme de 278 935 euros en réparation des préjudices subis par M. A, son mari décédé le 3 juin 2017 des suites d'une pathologie radio-induite ;
2°) de mettre les frais d'expertise à la charge du CIVEN ;
3°) de mettre à la charge du CIVEN la somme de 4 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les préjudices de son époux doivent être réparés comme suit :
• 220 euros au titre des frais de transport restés à charge ;
• 77 700 euros au titre du besoin d'assistance par tierce personne ;
• 7 075 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire ;
• 100 000 euros au titre des souffrances endurées et des troubles dans les conditions d'existence ;
• 20 000 euros au titre du préjudice d'agrément ;
• 2 000 euros au titre du préjudice esthétique temporaire ;
- elle a subi par ricochet un préjudice économique de 71 940 euros.
Par des mémoires en défense enregistrés les 5 juillet et 2 août 2022, le comité d'indemnisation des victimes des essais nucléaires (CIVEN) demande au tribunal de limiter l'indemnité destinée à réparer les préjudices subis par M. A à la somme globale de 129 744 euros selon le barème approuvé par délibération du 22 juin 2020.
Il soutient que :
- les préjudices de M. A doivent être indemnisés comme suit :
• 220 euros au titre des frais de transport restés à charge ;
• 58 136 euros au titre du besoin d'assistance par tierce personne, incluant la période allant du 28 février au 28 août 2016 ;
• 4 388 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire ;
• 65 000 euros au titre des souffrances endurées et des troubles dans les conditions d'existence ;
• 2 000 euros au titre du préjudice esthétique temporaire ;
- les autres demandes doivent être rejetées.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- la loi n° 2010-2 du 5 janvier 2010 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme D,
- les conclusions de Mme Lellig, rapporteure publique,
- et les observations de Me Botreau substituant Me Anav-Arlaud, représentant Mme A.
Une note en délibéré présentée pour la requérante a été enregistrée le 9 septembre 2022.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, né en 1943, qui a effectué plusieurs séjours à Mururoa entre les années 1981 et 1984, a développé des cancers de l'estomac et de la prostate. Le 1er juin 2017, il a présenté une demande d'indemnisation sur le fondement de la loi du 5 janvier 2010 relative à la reconnaissance et à l'indemnisation des victimes des essais nucléaires français. Suite à son décès le 3 juin 2017, sa veuve, en sa qualité d'ayant-droit, a repris la procédure d'indemnisation. Elle demande au tribunal de l'indemniser des préjudices subis par son époux. Par jugement avant-dire droit du 21 janvier 2022, le tribunal administratif a mis à la charge de l'État la réparation des préjudices subis par M. B A qui sont juridiquement présumés résulter de la pathologie radio-induite dont il a été atteint et a ordonné une expertise médicale en vue de l'évaluation des préjudices. Le médecin expert désigné par le tribunal a déposé son rapport au greffe du tribunal administratif de Nîmes le 2 mai 2022.
Sur les préjudices de la victime directe :
2. Le droit à la réparation d'un dommage, quelle que soit sa nature, s'ouvre à la date à laquelle se produit le fait qui en est directement la cause. Si la victime du dommage décède sans que ses droits aient été définitivement fixés, c'est-à-dire, en cas de litige, avant qu'une décision juridictionnelle définitive ait fixé le montant de l'indemnisation, son droit, entré dans son patrimoine avant son décès, est transmis à ses héritiers. Par suite, le droit à réparation des préjudices subis par M. A s'est trouvé transmis lors de son décès le 3 juin 2017 à son épouse, qui a régulièrement repris l'instance en cette qualité.
3. Il résulte du rapport d'expertise déposé le 2 mai 2017 qu'un cancer gastrique a été diagnostiqué chez M. A le 15 avril 2015, que des métastases cérébrales ont été détectées en octobre 2016. Malgré une gastrectomie et des soins de chimiothérapie et de radiothérapie, sa maladie l'a emporté le 3 juin 2017, à l'âge de 74 ans.
En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux :
S'agissant des dépenses de transport :
4. Il résulte de l'instruction et n'est d'ailleurs pas contesté en défense que M. A a dû engager, pour ses soins, des dépenses de transport à hauteur de 220 euros entre le 9 avril 2015 et le 4 mars 2017. L'Etat sera donc condamné à rembourser cette somme à Mme A, en sa qualité d'ayant-droit de son défunt époux.
S'agissant de l'assistance par une tierce personne :
5. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que l'état de santé de M. A a nécessité l'assistance d'une tierce personne non spécialisée, à raison de 2 heures par jour entre le 11 décembre 2015 et 17 février 2016, période de 68 jours pendant laquelle il a subi trois cures de chimiothérapie postopératoire, qu'il a mal supportée, et pour lesquelles il a été hospitalisé pendant 6 jours au total, au cours desquels cette aide a été dispensée par le personnel hospitalier. Ainsi, sur la période restant de 62 jours, M. A a eu besoin d'une aide à domicile pendant 124 heures. L'expert a relevé un besoin de 6 heures par jour pour la période allant du 28 février au 12 octobre 2016, desquels il convient de déduire une période d'hospitalisation de 3 jours du 10 au 12 octobre 2016. Ainsi, sur cette période de 225 jours, M. A a eu besoin de 1 350 heures d'aide à domicile non spécialisée. Enfin, si l'expert a conclu à un besoin d'assistance à domicile et une surveillance constante, 24 heures sur 24, après la sortie du patient de l'hôpital d'Apt et la découverte de métastases cérébrales, soit du 13 octobre 2016 au 3 juin 2017, jour de son décès, il résulte de l'instruction que celui-ci présentait sur cette période un déficit fonctionnel temporaire de 50% et marchait difficilement avec une canne. Son état s'est aggravé au mois d'avril puis il a basculé dans un état comateux le 24 mai 2017. Dès lors, sur la période du 13 octobre 2016 au 23 mai 2017, période de 210 jours après déduction de 13 jours d'hospitalisation entre les 14 et 17 mars 2017 puis entre le 27 avril et le 5 mai 2017, M. A a eu besoin de l'assistance d'une tierce personne non spécialisés pendant 12 heures par jour soit d'un total de 2 520 heures. Enfin, pendant les 11 jours suivants jusqu'à son décès, son état comateux a justifié une surveillance continue 24h sur 24h et donc un besoin de 264 heures d'assistance non spécialisée. Il ne résulte pas de l'instruction que M. A aurait perçu une aide ou une prestation au titre de l'aide humaine. Compte tenu du salaire minimum interprofessionnel de croissance horaire brut au cours de cette période, augmenté des charges sociales, à un taux moyen horaire de 13 euros, les frais engagés pour l'assistance d'une tierce personne non spécialisée doivent être évalués à la somme totale à 55 354 euros.
En ce qui concerne les préjudices personnels :
S'agissant du déficit fonctionnel temporaire :
6. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, qu'au cours de sa maladie, M. A a subi un total de 66 jours d'hospitalisation ayant entrainé pour lui un déficit fonctionnel temporaire total. L'expert ajoute que M. A a par ailleurs souffert d'un déficit fonctionnel temporaire de 50% entre octobre et le 3 juin 2017, soit pendant 7 mois, après déductions des 29 jours d'hospitalisation subis sur cette durée et indemnisé au titre d'un déficit fonctionnel temporaire total, ainsi qu'il vient d'être exposé. Dès lors, sur la base d'un montant forfaitaire journalier de 25 euros pour un déficit fonctionnel temporaire total, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en fixant à 4 275 euros la somme destinée à le réparer.
S'agissant des souffrances endurées :
7. Les souffrances physiques et morales endurées par M. A, qui a notamment subi une gastrectomie, plusieurs cures de chimiothérapie mal supportées, des séances de radiothérapie, des vertiges, des chutes puis une hémiplégie, la perte de la parole et la conscience du caractère incurable de sa maladie, ont été évaluées à 7 sur une échelle allant de 1 à 7 par l'expert. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de réparer ce chef de préjudice par l'octroi d'une somme de 40 000 euros, y compris le préjudice d'angoisse lié à l'évaluation péjorative de sa maladie.
S'agissant des troubles dans les conditions d'existence :
8. Le poste de préjudice de déficit fonctionnel temporaire, qui répare la perte de qualité de vie de la victime et des joies usuelles de la vie courante pendant la maladie traumatique avant sa consolidation, intègre le préjudice sexuel et le préjudice d'agrément subis pendant cette période, et correspond à la notion de " troubles dans les conditions d'existence ". Ainsi, en l'absence de justification de préjudices distincts de ceux déjà indemnisés au titre du déficit fonctionnel temporaire, il y a lieu de rejeter la demande d'indemnisation présentée à ce titre.
S'agissant du préjudice esthétique temporaire :
9. Le préjudice esthétique de M. A, dont l'apparence physique générale a été dégradée du fait de la maladie, l'intéressé ayant notamment rencontré des difficultés importantes à se mouvoir dans les derniers mois de sa vie, a été évalué à 2 sur une échelle allant de 1 à 7. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en allouant à sa veuve, en sa qualité d'ayant-droit de la victime, une somme de 2 000 euros destinée à le réparer.
S'agissant du préjudice d'agrément :
10. La perte de la qualité de vie de M. A pendant sa maladie et jusqu'à son décès a été prise en compte dans l'indemnisation de son déficit fonctionnel temporaire. Mme A ne peut pas prétendre, en sa qualité d'ayant-droit de son époux, au versement d'une indemnité au titre d'un préjudice d'agrément, résultant de l'impossibilité permanente de continuer, après consolidation d'un état de santé, à pratiquer certaines activités sportives et de loisirs.
En ce qui concerne le préjudice économique de Mme A :
11. Si Mme A a sollicité l'indemnisation du préjudice économique subi par ricochet du fait du décès de son mari, constitué par la perte des revenus de la victime qui étaient consacrés à son entretien, compte tenu, le cas échéant, de ses propres revenus et déduction faite des prestations reçues en compensation, le régime d'indemnisation au titre de la solidarité nationale prévu par la loi du 5 janvier 2010 relative à la reconnaissance et à l'indemnisation des victimes des essais nucléaires français, qui institue au profit des victimes directes une présomption de causalité entre l'exposition aux rayonnements ionisants et la survenance de la maladie, est exclusif de tout autre tendant à la réparation des mêmes préjudices. En revanche, il ne fait pas obstacle, non plus qu'aucune autre disposition législative ou réglementaire, à ce que les proches de ces victimes sollicitent une indemnisation en raison de leurs propres préjudices, selon les règles de droit commun. Il appartient ainsi à la personne qui demande pour elle-même réparation du préjudice subi en raison du décès d'un proche, à la suite d'une exposition à des rayonnements ionisants dus aux essais nucléaires français, d'apporter la preuve d'un lien de causalité direct entre ce décès et les essais en cause.
12. A supposer même que Mme A puisse être regardée comme demandant l'indemnisation du préjudice économique résultant pour elle-même du décès de son mari sur le fondement de la responsabilité sans faute de l'Etat, elle ne démontre pas le lien de causalité direct entre la pathologie de son époux et les essais nucléaires français. En effet, ainsi qu'il a été exposé au point précédent, ce lien est seulement présumé dans le régime d'indemnisation prévu par la loi du 5 janvier 2010 et seulement pour les victimes directes. Dans ces conditions, la demande présentée à ce titre ne peut qu'être rejetée.
13. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que le CIVEN doit être condamné à verser à Mme A, en sa qualité d'ayant-droit de son mari décédé, la somme de 101 849 euros.
Sur les frais d'expertise :
14. En application des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, les frais et honoraires de l'expertise du professeur C E, prescrite par jugement avant-dire droit du 21 janvier 2022, liquidés et taxés à la somme de 1 950 euros TTC par l'ordonnance du 28 juin 2022 sont mis à la charge définitive du comité d'indemnisation des victimes des essais nucléaires.
Sur les frais liés au litige :
15. Il y a lieu de mettre à la charge du comité d'indemnisation des victimes des essais nucléaires une somme de 1 500 euros à verser à Mme A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1 er : L'Etat (CIVEN) versera à Mme A une somme de 101 849 euros.
Article 2 : Les frais et honoraires de l'expertise du professeur C E, prescrite par jugement avant-dire droit du 21 janvier 2022 liquidés et taxés à la somme de 1 950 euros TTC par l'ordonnance du 28 juin 2022 sont mis à la charge définitive de l'Etat (CIVEN).
Article 3 : L'Etat (CIVEN) versera à Mme A une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme F A, au ministre des armées, au comité d'indemnisation des victimes des essais nucléaires, et à la caisse commune de sécurité sociale des Hautes Alpes.
Délibéré après l'audience du 2 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Peretti, président,
M. Parisien, premier conseiller,
Mme Bertrand, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 septembre 2022.
La rapporteure,
B. D
Le président,
P. PERETTILe greffier,
D. BERTHOD
La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026