vendredi 8 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-1924935 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SÉRÉE DE ROCH |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée au tribunal administratif de Toulouse le 30 août 2019, Mme A B, représentée par Me Sérée de Roch, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 5 mars 2019 par laquelle la commune d'Albi a fixé à 5% le taux d'invalidité partielle permanente de la rechute de son accident de service du 18 avril 2017, l'a déclarée inapte de manière totale et définitive aux fonctions d'adjoint d'animation à compter du 8 janvier 2019, a décidé de reprendre la procédure de licenciement pour inaptitude physique engagée à son encontre et l'a placée en congé de maladie ordinaire à compter du 8 janvier 2019 ;
2°) d'annuler la décision du 12 mars 2019 par laquelle la commune d'Albi a relancé la procédure de licenciement pour inaptitude physique engagée à son encontre ;
3°) d'annuler l'arrêté du 28 mars 2019 par lequel la commune d'Albi a mis fin à son stage et l'a rayée des effectifs de la commune à compter du 1er avril 2019 ;
4°) d'annuler la décision du 3 juillet 2019 par laquelle la commune d'Albi a rejeté sa demande de retrait des décisions des 5 et 12 mars 2019 et de l'arrêté du 28 mars 2019 ;
5°) d'enjoindre à la commune d'Albi de la réintégrer dans ses effectifs et de reconstituer sa carrière ;
6°) de mettre à la charge de la commune d'Albi la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La requérante soutient que :
- la requête est recevable ;
- la décision attaquée du 5 mars 2019 a été signée par une personne non habilitée ;
- les décisions du 5 mars et du 28 mars 2019 sont insuffisamment motivées ;
- les décisions attaquées sont entachées de vices de procédure dès lors qu'elle n'a pas été mise en mesure d'obtenir la communication de son dossier, de se faire assister de la personne et d'un médecin de son choix et de présenter des observations devant la commission de réforme ;
- l'arrêté du 28 mars 2019 est entaché d'un vice de procédure faute de consultation régulière du comité médical ;
- il est entaché d'un vice de procédure, dès lors que la commune aurait dû relancer une nouvelle procédure de licenciement et non pas uniquement reprendre celle initiée le 8 février 2017 ;
- son licenciement ne pouvait pas être prononcé dès lors qu'elle n'avait pas épuisé ses droits à congé, qu'elle aurait dû bénéficier d'une proposition de reclassement ou d'un congé prévu à l'article 10 du décret du 4 novembre 1992 ;
- l'arrêté du 28 mars 2019 est entaché d'erreur d'appréciation dès lors que l'accident de service du 23 janvier 2012 n'est pas consolidé, qu'elle n'a pas épuisé ses droits à congés et que l'accident de service du 11 juin 2014 n'est pas de nature à justifier une inaptitude totale et définitive ;
- il est entaché de détournement de pouvoir dès lors que la commune n'a jamais eu l'intention de l'intégrer dans ses effectifs ;
- il est illégal dès lors qu'elle aurait dû se voir proposer un poste en reclassement.
Par un mémoire en défense, enregistré 14 mai 2020, la commune d'Albi conclut au rejet de la requête. Elle fait valoir que les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.
Par ordonnance du président de la section du contentieux du Conseil d'Etat n° 462171 du 4 avril 2022, le jugement de cette requête a été attribué au tribunal administratif de Nîmes.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 décembre 2019.
Les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen, relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre la lettre d'information du 12 mars 2019 qui n'a pas de portée décisoire.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le décret n° 92-1194 du 4 novembre 1992 ;
- l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
-le rapport de M. D,
-les conclusions de Mme Chamot, rapporteure publique,
-et les observations de Mme C, agent mandaté, représentant la commune d'Albi.
Une note en délibéré, enregistrée le 4 juillet 2022, a été produite pour la commune d'Albi.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B a été recrutée en qualité d'agent d'animation sur contrat à durée déterminée par la commune d'Albi en 1997, et a conclu de nombreux contrats avec la même collectivité durant une période de 16 ans. Le 23 janvier 2012, l'intéressée a été victime d'un accident de service impactant son genou gauche. Le 1er juillet 2013, elle a été placée en position de fonctionnaire stagiaire, au grade d'adjoint d'animation territorial. Le 11 juin 2014, l'intéressée a été victime d'un nouvel accident de service impactant son genou droit. La durée de son stage a été prolongée. La commission de réforme a retenu, dans son avis du 25 juin 2015, une date de consolidation du second accident de service au 5 juin 2015 et un taux d'incapacité permanente partielle (IPP) de 10%. Sur demande de la caisse des dépôts et consignations, la commune d'Albi a fait procéder à une nouvelle expertise, concluant, le 8 mars 2016, à un taux d'IPP de 5% pour le second accident de service, à l'absence de consolidation du premier ainsi qu'à la nécessité d'une expertise. Ces conclusions concernant l'accident de service du 11 juin 2014 ont été reprises par la commission de réforme dans son avis du 19 avril 2016.
2. Par une requête du 22 juillet 2016, Mme B a saisi le juge des référés du tribunal administratif de Toulouse, qui a ordonné une expertise le 15 septembre 2016. L'expert a rendu son rapport le 16 janvier 2017 mentionnant, d'une part, que l'accident de service du 11 juin 2014 n'était pas consolidé et qu'il serait nécessaire d'examiner M. B à nouveau dans le délai d'un an à un an et demi, et, d'autre part, l'absence de consolidation de l'accident de service du 23 janvier 2012. Parallèlement, le comité médical départemental a été saisi par la commune pour connaitre l'aptitude de l'intéressée à son poste et, par un avis du 13 décembre 2016, ce comité a considéré qu'elle était inapte de manière totale et définitive aux fonctions d'adjoint d'animation. Le 3 février 2017, Mme B a contesté cet avis devant le comité médical supérieur. Le 8 février 2017, la commune d'Albi a lancé une procédure de licenciement pour inaptitude physique à l'encontre de Mme B, dont celle-ci a demandé la suspension par un courrier du 13 mars 2017. Par des courriers du 15 mars 2017 et du 27 avril 2017, la commune d'Albi a informé l'intéressée de la suspension de la procédure jusqu'à l'avis du comité médical supérieur. Le 18 avril 2017, Mme B a été victime d'une rechute de son accident de service du 11 juin 2014. Le 16 mai 2017, le comité médical supérieur a confirmé l'avis du comité médical départemental. Le 28 novembre 2017, la commission de réforme a rendu un avis favorable à l'imputabilité au service de la rechute du 18 avril 2017 et a considéré que l'état de Mme B n'était pas consolidé. Le 15 mars 2018, la commune d'Albi a sollicité auprès de la commission de réforme une nouvelle expertise afin qu'il soit statué sur la prise en charge des arrêts de travail au titre de la rechute et sur l'aptitude de l'intéressée à occuper ses fonctions d'adjoint d'animation stagiaire. Le 21 juin 2018, la commission de réforme a rendu un avis mentionnant que les arrêts de travail et les soins de la requérante étaient à prendre en charge au titre de la rechute, que l'état de l'intéressée n'était pas consolidé et nécessitait qu'elle soit revue en octobre 2018, et que son inaptitude était temporaire. La commune a une nouvelle fois saisi la commission de réforme qui, le 21 février 2019, a rendu un avis favorable à l'imputabilité au service de la rechute, a fixé la date de consolidation au 8 janvier 2019 et a considéré que Mme B était inapte de manière totale et définitive aux fonctions d'adjoint d'animation stagiaire.
3. Par une décision du 5 mars 2019, le maire d'Albi a décidé de prendre en charge les arrêts et les soins de Mme B au titre de la rechute de l'accident de service jusqu'au 8 janvier 2019, a fixé à 5% le taux d'IPP de la rechute de son accident de service du 18 avril 2017, l'a déclarée inapte de manière totale et définitive aux fonctions d'adjoint d'animation à compter du 8 janvier 2019, a décidé de reprendre la procédure de licenciement pour inaptitude physique engagée à son encontre et l'a placée en congé de maladie ordinaire à compter du 8 janvier 2019. Par un courrier du 12 mars 2019, la commune a informé Mme B de la reprise de la procédure de licenciement pour inaptitude professionnelle engagée à son encontre. Par un arrêté du 28 mars 2019, le maire d'Albi a mis fin à son stage et l'a rayée des effectifs de la commune à compter du 1er avril 2019. Par un courrier du 2 mai 2019, Mme B a demandé le retrait de ces décisions. Cette demande a été rejetée le 3 juillet 2019. Par la présente requête, Mme B conteste les décisions du 5 et 12 mars 2019, l'arrêté du 28 mars 2019 et le refus par le maire de retirer ces décisions.
Sur la légalité de la décision du 5 mars 2019 :
4. Aux termes de l'article 16 de l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière : " La commission de réforme doit être saisie de tous témoignages, rapports et constatations propres à éclairer son avis. / () Dix jours au moins avant la réunion de la commission, le fonctionnaire est invité à prendre connaissance, personnellement ou par l'intermédiaire de son représentant, de son dossier, dont la partie médicale peut lui être communiquée, sur sa demande, ou par l'intermédiaire d'un médecin ; il peut présenter des observations écrites et fournir des certificats médicaux. / La commission entend le fonctionnaire, qui peut se faire assister d'un médecin de son choix. Il peut aussi se faire assister par un conseiller ".
5. En l'espèce, si le procès-verbal de la commission de réforme du 21 février 2019 mentionne que l'intéressée a présenté des observations écrites et a comparu, aucun élément du dossier ne permet d'établir que la requérante a été informée au moins dix jours avant la séance de la commission qu'elle pouvait prendre connaissance de son dossier, présenter des observations et se faire assister d'un conseil ou d'un médecin choisi. Par suite, la décision contestée a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, l'intéressée ayant été privée d'une garantie.
6. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision attaquée du 5 mars 2019 doit être annulée.
Sur la légalité de l'arrêté du 28 mars 2019 et de la décision du 3 juillet 2019 :
7. Il incombe au juge de l'excès de pouvoir, lorsqu'il annule un acte administratif individuel, d'annuler par voie de conséquence, le cas échéant en relevant d'office un tel moyen qui découle de l'autorité absolue de chose jugée qui s'attache à la première annulation, tout autre acte individuel qui lui est déféré dans le délai du recours contentieux, qui est pris pour l'application du premier et qui trouve dans celui-ci sa seule base légale.
8. En l'espèce, ainsi que le souligne la requérante, l'arrêté attaqué du 28 mars 2019 a été pris sur le fondement de la décision du 5 mars 2019 la déclarant inapte de façon absolue et définitive à l'exercice de ses fonctions. L'annulation de cette dernière décision entraîne ainsi, par voie de conséquence, celle de l'arrêté du 28 mars 2019 et de la décision du 3 juillet 2019 rejetant le recours gracieux de la requérante.
Sur la recevabilité des conclusions en annulation du courrier du 12 mars 2019 :
9. Il ressort des termes mêmes du courrier du 12 mars 2019 adressé à la requérante qu'il n'a pour objet que de l'informer de son droit à obtenir communication de son dossier individuel et de lui communiquer l'avis de la commission de réforme. Un tel courrier n'ayant pas de caractère décisoire, les conclusions tendant à son annulation doivent être rejetées comme irrecevables.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
10. Eu égard aux motifs d'annulation retenus ci-dessus, l'exécution du présent jugement implique seulement la réintégration juridique de Mme B en vue de réexaminer sa situation au regard de la rechute d'accident de service d'une part et de la condition d'aptitude requise pour la titularisation d'autre part. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au maire d'Albi d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
11. Mme B ayant été admise à l'aide juridictionnelle totale et ne justifiant pas de frais spécifiques, ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 5 mars 2019, l'arrêté du 28 mars 2019 et la décision du 3 juillet 2019 pris par le maire de la commune d'Albi sont annulés.
Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune d'Albi de procéder à la réintégration juridique de Mme B en vue de réexaminer sa situation au regard de la rechute d'accident de service et de la condition d'aptitude requise pour la titularisation, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la commune l'Albi.
Délibéré après l'audience du 30 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Cantié, président,
Mme Galtier, première conseillère,
M. Chevillard, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2022.
Le rapporteur,
F. D
Le président,
C. CANTIE
Le greffier,
F. DESMOULIERES
La République mande et ordonne au préfet du Tarn en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°1924935
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026