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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2001180

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2001180

jeudi 9 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2001180
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSELARL GRIMALDI MOLINA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 7 et 20 avril 2020 et le 24 janvier 2022, Mme A B, représentée par la SELARL Grimaldi Molina et Associés, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 novembre 2019 par lequel le maire de la commune de Milhaud a refusé de reconnaître comme imputable au service son accident survenu le 19 décembre 2018 et l'a placée en congé de maladie ordinaire à compter de cette date, ainsi que la décision du 20 février 2020 portant rejet de son recours gracieux formé le 23 décembre 2019 ;

2°) d'enjoindre à la commune de Milhaud de reconnaître l'imputabilité au service de cet accident, dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Milhaud la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué du 7 novembre 2019 est insuffisamment motivé ;

- les décisions attaquées sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation, en méconnaissance de l'article 21 bis de la loi n°83-634 du 13 juillet 1983, dès lors qu'il résulte tant de l'avis de la commission de réforme, rendu le 17 octobre 2019, que des attestations qu'elle produit, que son accident est en lien avec le service et imputable à ce dernier.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 1er octobre 2021 et le 7 février 2022, la commune de Milhaud, représentée par la SCP GMC Avocats associés, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de M. C,

-les conclusions de Mme Chamot, rapporteure publique,

-et les observations de Mme B et de Me Soulier, représentant la commune de Milhaud.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, agent de la commune de Milhaud, a été victime d'un malaise, le 19 décembre 2018, suite à une altercation avec ses supérieurs hiérarchiques. Par un avis rendu le 17 octobre 2019, la commission de réforme a émis un avis favorable à la reconnaissance de l'imputabilité au service de cet accident, à la prise en charge à ce titre des arrêts de travail et des soins du 20 décembre 2018 au 11 novembre 2019 et à une reprise à temps partiel à compter du 12 novembre 2019 pour une durée de trois mois. Par un arrêté du 7 novembre 2019, le maire de la commune de Milhaud a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident du 19 décembre 2018 et a placé Mme B en congé de maladie ordinaire du 19 décembre 2018 au 8 novembre 2019. Par un courrier du 23 décembre 2019, l'intéressée a formé un recours gracieux, rejeté explicitement le 20 février 2020. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 7 novembre 2019 et la décision du 20 février 2020 rejetant son recours gracieux.

Sur la légalité des décisions attaquées :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué du 7 novembre 2019 vise les textes sur le fondement desquels il a été pris, les rapports d'expertise ainsi que l'avis favorable de la commission de réforme du 17 octobre 2019, et mentionne les raisons qui ont conduit l'autorité municipale à s'en écarter en l'absence de justification de la réalité des circonstances de l'accident et de l'imputabilité au service. Ainsi, l'arrêté attaqué est suffisamment motivé.

3. En second lieu, aux termes de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, dans sa version applicable en l'espèce : " Le fonctionnaire en activité a droit : () / 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. () / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite ou d'un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident () ". Aux termes de l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite : " Le fonctionnaire civil qui se trouve dans l'incapacité permanente de continuer ses fonctions en raison d'infirmités résultant de blessures ou de maladie contractées ou aggravées soit en service, soit en accomplissant un acte de dévouement dans un intérêt public, soit en exposant ses jours pour sauver la vie d'une ou plusieurs personnes et qui n'a pu être reclassé dans un autre corps () peut être radié des cadres par anticipation soit sur sa demande, soit d'office () ". Compte tenu de la date de l'accident, antérieure à l'entrée en vigueur le 13 avril 2019 pour la fonction publique territoriale du nouveau régime instauré par l'article 21 bis de la loi n°83-634 du 13 juillet 1983, seules les dispositions précitées de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 sont applicables au litige.

4. Constitue un accident de service, pour l'application de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984, un évènement survenu à une date certaine, par le fait ou à l'occasion du service, dont il est résulté une lésion, quelle que soit la date d'apparition de celle-ci. Sauf à ce qu'il soit établi qu'il aurait donné lieu à un comportement ou à des propos excédant l'exercice normal du pouvoir hiérarchique, lequel peut conduire le supérieur hiérarchique à adresser aux agents des recommandations, remarques, reproches ou à prendre à leur encontre des mesures disciplinaires, un entretien, notamment d'évaluation, entre un agent et son supérieur hiérarchique, ne saurait être regardé comme un événement soudain et violent susceptible d'être qualifié d'accident de service, quels que soient les effets qu'il a pu produire sur l'agent.

5. En l'espèce, Mme B soutient qu'en raison d'un échange tendu avec ses supérieurs hiérarchiques lors d'un entretien du 19 décembre 2018, elle aurait été victime d'un accident de service. Toutefois, d'une part, l'intéressée n'établit ni même n'allègue que cet entretien aurait donné lieu à un comportement ou à des propos excédant l'exercice normal du pouvoir hiérarchique. D'autre part, si Mme B produit deux attestations de collègues, ayant assisté à son échange tendu avec l'agent des ressources humaines de la commune et aux pleurs de Mme B au sortir de l'entretien, ces éléments, datées du 6 octobre 2019 et rédigés en des termes identiques, ne suffisent pas à démontrer un événement soudain et violent pouvant être qualifié d'accident de service, quels que soient les effets qu'il a pu produire sur l'agent. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la commune de Milhaud a entaché les décisions attaquées d'erreur d'appréciation.

6. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions qu'elle conteste. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées à fins d'injonction, doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Milhaud, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme B demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme B la somme que demande la commune de Milhaud en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Milhaud au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la commune de Milhaud.

Délibéré après l'audience du 16 février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Corneloup, présidente de la 2ème chambre,

Mme Galtier, première conseillère,

M. Chevillard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mars 2023.

Le rapporteur,

F. C

La président de la 2ème chambre,

F. CORNELOUP

La greffière,

F. DESMOULIÈRES

La République mande et ordonne à la préfète du Gard en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2001180

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