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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2001546

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2001546

mardi 18 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2001546
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSCP MARGALL D'ALBENAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 2 juin 2020, le 19 février 2021, le 24 février 2021 et le 19 septembre 2022, la SCI Saint-Laurent La Bastide, représentée par l'AARPI Cabinet Gide Loyrette Nouel, demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 27 février 2020 par laquelle le conseil municipal de la commune de La Bastide d'Engras a approuvé le plan local d'urbanisme (PLU) ;

2°) de sursoir à statuer jusqu'à la communication par la commune de l'annexe à la délibération attaquée listant les modifications apportées au projet de PLU postérieurement à l'enquête publique.

Elle soutient que :

- elle a intérêt à agir en sa qualité de propriétaire foncier ;

- la délibération approuvant le PLU est entachée d'incompétence au regard de l'article L. 5214-16 du code général des collectivités territoriales et de l'article L. 153-9 du code de l'urbanisme dès lors que la compétence en matière d'élaboration du PLU a été transférée à la communauté de communes du pays d'Uzès ;

- la délibération prescrivant l'élaboration du PLU ne précise pas les objectifs poursuivis ni les modalités de la concertation en méconnaissance de l'alinéa 1er de l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme ;

- elle n'a pas été notifiée aux personnes publiques associées en méconnaissance du second alinéa de l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme ;

- la concertation n'a pas été effectuée pendant toute la durée de l'élaboration du projet en méconnaissance de l'article L. 103-2 du code de l'urbanisme ;

- la publicité de l'enquête publique est insuffisante dès lors que l'avis d'enquête ne précise pas les caractéristiques principales du plan soumis à enquête en méconnaissance des articles R. 123-9 et 11 du code de l'environnement ;

- le dossier soumis à enquête publique est incomplet en méconnaissance des articles R. 153-8 du code de l'urbanisme et R. 123-8 du code de l'environnement ; il ne comporte pas la réponse de la commune à l'avis de l'autorité environnementale ni le document mentionnant les textes qui régissent l'enquête publique et la façon dont cette enquête s'insère dans la procédure administrative ;

- le rapport et les conclusions du commissaire-enquêteur sont insuffisants en méconnaissance de l'article R. 123-19 du code de l'environnement ; le commissaire-enquêteur ne s'est pas livré à une analyse personnelle des observations du public ; il s'est contenté de remarques générales sur le parti d'urbanisme retenu sans émettre d'avis personnel et motivé sur le projet ;

- le rapport du commissaire-enquêteur n'a pas été publié sur le site internet de la commune en violation du dernier alinéa de l'article R. 123-21 du code de l'environnement ;

- le droit à l'information des conseillers municipaux a été méconnu en violation de l'article L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales dès lors que le rapport du commissaire-enquêteur a été communiqué peu de temps avant la séance du conseil municipal d'approbation du PLU ;

- une nouvelle enquête publique était nécessaire en application de l'article L. 123-14, II du code de l'environnement compte-tenu des modifications apportées au projet à l'issue de l'enquête qui ne procèdent pas de l'enquête et qui modifient l'économie générale du projet ;

- le classement des parcelles dont elle est propriétaire au sud du château en zone naturelle est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- ce classement méconnait l'orientation relative à l'urbanisation en priorité des " dents creuses " de l'enveloppe urbaine et à la limitation de l'étalement urbain du schéma de cohérence territoriale (SCOT) Uzège Pont du Gard ;

- le PLU n'est pas en cohérence avec les orientations du projet d'aménagement et de développement durables (PADD) en méconnaissance de l'article L. 151-8 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 janvier 2021, la commune de La Bastide d'Engras, représentée par la SCP Territoires Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de la SCI Saint-Laurent La Bastide en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- à titre principal, la requérante n'a pas intérêt à agir en l'absence de justification de sa qualité de propriétaire foncier ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par la SCI Saint-Laurent La Bastide ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- la loi n° 2014-366 du 24 mars 2014 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de Mme Bahaj, rapporteure publique,

- les observations de Me Vital, représentant la SCI Saint-Laurent La Bastide, et celles de Me Teles, représentant la commune de La Bastide d'Engras.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 27 février 2020, le conseil municipal de la commune de La Bastide d'Engras a approuvé le PLU communal. La SCI Saint-Laurent La Bastide en demande l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la compétence de la commune de La Bastide d'Engras pour approuver son PLU :

2. Aux termes de l'article L. 5214-16 du code général des collectivités territoriales dans sa version applicable en l'espèce, issue du I de l'article 136 de la loi du 24 mars 2014 pour l'accès au logement et un urbanisme rénové : " I. - La communauté de communes exerce de plein droit au lieu et place des communes membres les compétences relevant de chacun des groupes suivants : / 1° Aménagement de l'espace pour la conduite d'actions d'intérêt communautaire ; schéma de cohérence territoriale et schéma de secteur ; plan local d'urbanisme, document d'urbanisme en tenant lieu et carte communale ; () ". Toutefois, selon le II du même article 136 de la loi ALUR : " La communauté de communes () existant à la date de publication de la présente loi, ou celle créée ou issue d'une fusion après la date de publication de cette même loi, et qui n'est pas compétente en matière de plan local d'urbanisme, de documents d'urbanisme en tenant lieu ou de carte communale le devient le lendemain de l'expiration d'un délai de trois ans à compter de la publication de ladite loi. Si, dans les trois mois précédant le terme du délai de trois ans mentionné précédemment, au moins 25 % des communes représentant au moins 20 % de la population s'y opposent, ce transfert de compétences n'a pas lieu. () ".

3. Il résulte de ces dispositions d'une part, que, dans l'hypothèse où une commune, membre de la communauté de communes, a déjà engagé une procédure d'élaboration de son plan local d'urbanisme avant le transfert de cette compétence à la communauté de communes, cette dernière peut décider de poursuivre cette procédure, sur son périmètre initial, une fois devenue compétente et en accord avec la commune concernée. Il en résulte, d'autre part que si, à compter de l'entrée en vigueur de la loi du 24 mars 2014, la compétence en matière de plan local d'urbanisme pour la conduite d'actions d'intérêt communautaire devient une compétence obligatoire des communautés de communes, les communautés de communes préexistantes qui n'étaient pas compétentes en matière de plan local d'urbanisme avant l'entrée en vigueur de cette loi ne le deviennent qu'à l'issue d'un délai de trois ans et sauf opposition d'au moins 25 % des communes représentant au moins 20 % de la population.

4. Il ressort des pièces du dossier que la communauté de communes Pays d'Uzès, issue de la fusion des communautés de communes de l'Uzège, du Grand Lusan et de sept communes isolées créée par arrêté du préfet du Gard n° 2012-356-005 du 16 juillet 2012 et à laquelle adhère la commune de La Bastide d'Engras, ne détenait pas la compétence en matière de plan local d'urbanisme à la date de publication de la loi ALUR. Par ailleurs, il n'est pas contesté que plus du quart des communes membres, représentant plus de 20 % de la population de la communauté d'agglomération s'est opposé par délibération, durant le premier trimestre 2017, avant la fin du délai imparti, au transfert automatique de la compétence en matière de PLU à cette communauté d'agglomération. La commune de La Bastide d'Engras a donc conservé, contrairement à ce qui est soutenu par la société requérante, sa compétence pour élaborer le PLU litigieux. Aucune incompétence ne saurait dès lors être retenue à cet égard.

En ce qui concerne la délibération prescrivant l'élaboration du PLU :

5. En premier lieu, aux termes de l'aliéna 1er de l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme aux termes duquel : " L'autorité compétente mentionnée à l'article L.L. 153-8 prescrit l'élaboration du plan local d'urbanisme et précise les objectifs poursuivis et les modalités de concertation, conformément à l'article L. 103-3. ".

6. La délibération prescrivant l'adoption ou la révision du PLU qui porte, d'une part, sur les objectifs, au moins dans leurs grandes lignes, poursuivis par la commune en projetant d'élaborer ou de réviser ce document d'urbanisme et, d'autre part, sur les modalités de la concertation avec les habitants et les associations locales, est susceptible de recours devant le juge de l'excès de pouvoir. Le moyen tiré de l'illégalité de cette délibération ne peut, eu égard à l'objet et à la portée de celle-ci, être utilement invoqué contre la délibération approuvant le PLU. Il suit de là que le moyen tiré de ce que la délibération prescrivant l'élaboration du PLU ne précise pas les objectifs poursuivis ni les modalités de la concertation est inopérant et doit être écarté.

7. En deuxième lieu, aux termes du 3ème alinéa de l'article L. 123-6 du code de l'urbanisme applicable à la date d'approbation de la délibération prescrivant l'élaboration du PLU : " () La délibération qui prescrit l'élaboration du plan local d'urbanisme et précise les objectifs poursuivis ainsi que les modalités de concertation, conformément à l'article L. 300-2, est notifiée au préfet, au président du conseil régional, au président du conseil général et, le cas échéant, au président de l'établissement public prévu à l'article L. 122-4, ainsi qu'au président de l'autorité compétente en matière d'organisation des transports urbains et, si ce n'est pas la même personne, à celui de l'établissement public de coopération intercommunale compétent en matière de programme local de l'habitat dont la commune est membre, au syndicat d'agglomération nouvelle et aux représentants des organismes mentionnés à l'article L. 121-4. Lorsque la commune est limitrophe d'un schéma de cohérence territoriale sans être couverte par un autre schéma, la délibération est également notifiée à l'établissement public chargé de ce schéma en application de l'article L. 122-4. () ".

8. En se bornant à soutenir qu'il ne ressort d'aucun élément du dossier que la délibération prescrivant l'élaboration du PLU aurait bien été notifiée aux personnes publiques associées, sans indiquer les différentes personnes publiques qui devaient être associées à la procédure ni celles qui n'auraient reçu cette notification ni même soutenir que cette irrégularité a été de nature à priver les intéressés d'une garantie ou à exercer une influence sur le sens de la délibération approuvant le PLU, alors qu'il ressort du tableau de suivi des avis transmis aux personnes publiques associées, joint au rapport du commissaire-enquêteur que, notamment, le conseil départemental du Gard a reçu la délibération prescrivant l'élaboration du PLU communal le 17 septembre 2015, le conseil régional Languedoc-Roussillon le 18 septembre 2015, le préfet du Gard le 20 mars 2015, et la direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement du Languedoc-Roussillon le 20 septembre 2015, la société requérante ne permet pas au tribunal d'apprécier la portée de son moyen. Il suit de là que ce moyen, tel qu'il est invoqué, doit être écarté.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 300-2 du code de l'urbanisme dans sa version applicable du 27 mars 2014 au 1er janvier 2016 : " I. - Font l'objet d'une concertation associant, pendant toute la durée de l'élaboration du projet, les habitants, les associations locales et les autres personnes concernées : / 1° L'élaboration ou la révision du schéma de cohérence territoriale ou du plan local d'urbanisme ; / () / Les modalités de la concertation permettent, pendant une durée suffisante et selon des moyens adaptés au regard de l'importance et des caractéristiques du projet, au public d'accéder aux informations relatives au projet et aux avis requis par les dispositions législatives ou réglementaires applicables et de formuler des observations et propositions qui sont enregistrées et conservées par l'autorité compétente. () IV. - Les documents d'urbanisme et les opérations mentionnées aux I, II et III bis ne sont pas illégaux du seul fait des vices susceptibles d'entacher la concertation, dès lors que les modalités définies au présent article et par la décision ou la délibération prévue au II ont été respectées. () ".

10. Si la société requérante soutient que la phase de concertation n'a pas été mise en œuvre pendant toute la durée de l'élaboration du projet de plan, un tel moyen, qui vise à contester la régularité de la concertation non au regard de la délibération qui en a fixé les modalités mais au regard des exigences des dispositions alors en vigueur de l'article L. 300-2 du code de l'urbanisme, ne peut être utilement invoqué à l'encontre de la délibération approuvant le plan local d'urbanisme. En tout état de cause, il ressort des indications figurant dans la délibération du conseil municipal de la commune de La Bastide d'Engras du 15 juillet 2019 tirant le bilan de la concertation que la concertation a commencé au mois de mars 2015, qu'elle a été suspendue à la fin de l'année 2016 compte-tenu de la suspension des travaux d'élaboration du document d'urbanisme communal, et a repris au début de l'année 2019 lorsque la procédure d'élaboration a été réactivée et ce, jusqu'au mois de juillet 2019. Par ailleurs, la circonstance que la durée de la concertation n'ait pas été continue ne saurait révéler en l'espèce une irrégularité dès lors que la suspension de la concertation a résulté de la suspension de la procédure d'élaboration du PLU et qu'il n'est pas établi qu'elle n'a pas été effective de ce fait.

En ce qui concerne l'enquête publique :

S'agissant de l'avis d'enquête publique :

11. Aux termes de l'article L. 123-10 du code de l'environnement : " I.- Quinze jours au moins avant l'ouverture de l'enquête et durant celle-ci, l'autorité compétente pour ouvrir et organiser l'enquête informe le public. L'information du public est assurée par voie dématérialisée et par voie d'affichage sur le ou les lieux concernés par l'enquête, ainsi que, selon l'importance et la nature du projet, plan ou programme, par voie de publication locale. / Cet avis précise : / - l'objet de l'enquête ; / () / ". Aux termes de l'article R. 123-9 du même code dans sa version en vigueur à la date d'approbation du PLU : " I. - L'autorité compétente pour ouvrir et organiser l'enquête précise par arrêté les informations mentionnées à l'article L. 123-10, quinze jours au moins avant l'ouverture de l'enquête et après concertation avec le commissaire enquêteur ou le président de la commission d'enquête. Cet arrêté précise notamment : / 1° Concernant l'objet de l'enquête, les caractéristiques principales du projet, plan ou programme ainsi que l'identité de la ou des personnes responsables du projet, plan ou programme ou de l'autorité auprès de laquelle des informations peuvent être demandées ; () ".

12. La méconnaissance de ces dispositions n'est de nature à vicier la procédure et donc à entraîner l'illégalité de la décision prise à l'issue de l'enquête publique que si elle n'a pas permis une bonne information de l'ensemble des personnes intéressées par l'opération ou si elle a été de nature à exercer une influence sur les résultats de l'enquête et, par suite, sur la décision de l'autorité administrative.

13. L'avis d'enquête publique fait mention de l'objet de l'enquête - révision du POS valant élaboration du PLU -, de l'identité de la personne responsable du projet, de la décision pouvant être adoptée au terme de l'enquête, de l'autorité compétente pour l'adopter, du nom et de la qualité du commissaire enquêteur, de la date d'ouverture de l'enquête, de sa durée et de ses modalités, des lieux où le dossier d'enquête pourrait être consulté sur support papier, de l'adresse du site internet de la commune sur lequel il serait consultable pendant la durée de l'enquête et des adresses postales et électroniques auxquelles le public pourrait transmettre ses observations et propositions pendant cette même durée. Le dossier d'enquête décrivait les caractéristiques principales du plan. Dès lors, compte tenu des autres mentions précises figurant dans l'avis en cause dont certaines renvoyaient expressément au dossier d'enquête, et quel qu'ait été le nombre des habitants de la commune, il ne ressort pas des pièces du dossier que la seule omission, dans ce même avis, de la mention des caractéristiques principales du plan n'aurait pas permis une bonne information de l'ensemble des personnes intéressées par le plan ou aurait été de nature à exercer une influence sur les résultats de l'enquête et, par suite, sur la délibération attaquée approuvant le plan.

S'agissant du dossier d'enquête publique :

14. Aux termes de l'article R. 153-8 du code de l'urbanisme : " Le dossier soumis à l'enquête publique est composé des pièces mentionnées à l'article R. 123-8 du code de l'environnement et comprend, en annexe, les différents avis recueillis dans le cadre de la procédure. () ". L'article R. 123-8 du même code alors en vigueur : " Le dossier soumis à l'enquête publique comprend les pièces et avis exigés par les législations et réglementations applicables au projet, plan ou programme. / Le dossier comprend au moins : / 1° () le cas échéant, () l'avis de l'autorité environnementale mentionné au III de l'article L. 122-1 et à l'article L. 122-7 du présent code ou à l'article L. 104-6 du code de l'urbanisme, ainsi que la réponse écrite du maître d'ouvrage à l'avis de l'autorité environnementale ; () 3° La mention des textes qui régissent l'enquête publique en cause et l'indication de la façon dont cette enquête s'insère dans la procédure administrative relative au projet, plan ou programme considéré, ainsi que la ou les décisions pouvant être adoptées au terme de l'enquête et les autorités compétentes pour prendre la décision d'autorisation ou d'approbation ; () ".

15. En pages 30 et 31 de son rapport, le commissaire-enquêteur fait une analyse de la réponse apportée par la commune de La Bastide d'Engras à l'avis de l'autorité environnementale. Il s'ensuit que, contrairement à ce qui est soutenu par la société requérante, le dossier d'enquête publique comportait la réponse écrite du maître d'ouvrage à l'avis de l'autorité environnementale quand bien même cette pièce n'est pas recensée dans la liste des pièces composant le dossier d'enquête publique. Par ailleurs, il ressort également de la liste des annexes figurant à la page 42 du rapport du commissaire-enquêteur et des indications de la page 4 de ses conclusions que l'arrêté du maire du 28 novembre 2019 portant ouverture de l'enquête publique était joint au dossier d'enquête et mentionnait les textes législatifs et règlementaires régissant l'enquête publique en cause.

S'agissant du rapport et des conclusions du commissaire-enquêteur :

16. En premier lieu, l'article L. 123-15 du code de l'environnement dispose que " Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête rend son rapport et ses conclusions motivées dans un délai de trente jours à compter de la fin de l'enquête. () / Le rapport doit faire état des observations et propositions qui ont été produites pendant la durée de l'enquête ainsi que des réponses éventuelles du maître d'ouvrage. / Le rapport et les conclusions motivées sont rendus publics par voie dématérialisée sur le site internet de l'enquête publique et sur le lieu où ils peuvent être consultés sur support papier. () ". Aux termes de l'article R. 123-19 du même code : " Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête établit un rapport qui relate le déroulement de l'enquête et examine les observations recueillies. / Le rapport comporte le rappel de l'objet du projet, plan ou programme, la liste de l'ensemble des pièces figurant dans le dossier d'enquête, une synthèse des observations du public, une analyse des propositions produites durant l'enquête et, le cas échéant, les observations du responsable du projet, plan ou programme en réponse aux observations du public. / Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête consigne, dans une présentation séparée, ses conclusions motivées, en précisant si elles sont favorables, favorables sous réserves ou défavorables au projet. () ". Ces dispositions, si elles n'imposent pas au commissaire enquêteur de répondre à chacune des observations présentées lors de l'enquête publique, l'obligent à indiquer, au moins sommairement, en donnant son avis personnel, les raisons qui déterminent le sens de cet avis. Ses réponses peuvent revêtir une forme synthétique.

17. Le commissaire-enquêteur a rédigé un rapport dans lequel il rappelle brièvement les objectifs poursuivis par la commune puis les modalités de concertation. Ce rapport relate en outre l'organisation et le déroulement de l'enquête et procède à un examen des observations recueillies lors de celle-ci en récapitulant leur contenu et en y répondant après avoir résumé les réponses apportées par la collectivité à ces observations.

18. D'une part, il ressort du rapport du commissaire-enquêteur qu'il a, aux pages 32 à 40 de ce rapport, résumé les diverses observations du public en les regroupant en 3 thèmes - zonage, OAP 1 Opération Combe Lazenet et observations diverses et qu'il y a répondu de manière plus ou moins détaillée. Ainsi, le rapport du commissaire enquêteur comporte une synthèse des observations du public et examine les observations recueillies conformément aux dispositions de l'article R. 123-19 du code de l'urbanisme.

19. D'autre part, le commissaire-enquêteur a rédigé un rapport dans lequel il relate, dans une première partie, l'organisation de l'enquête et son déroulement en présentant le projet, son historique, les objectifs poursuivis par la commune, les observations formulées par le public, les personnes publiques associées, les réponses apportées par la commune et ses propres observations. Dans la seconde partie de son rapport, intitulée " Conclusion et avis motivé ", il rappelle tout d'abord l'objet de l'enquête et son cadre juridique puis indique que le dossier comporte l'ensemble des pièces et informations requises par les textes et que la publicité de l'enquête est conforme aux textes et aux indications figurant dans l'arrêté d'ouverture d'enquête publique. Il précise aussi les conditions de déroulement de l'enquête et dresse un bilan de la concertation avant d'effectuer une analyse du projet de PLU en expliquant que le PADD est adapté aux besoins de la commune et que le projet est en cohérence avec les SCOT de l'Uzège-Pont du Gard et les objectifs fixés notamment de modération de la consommation foncière, compte-tenu de la prise en compte des enjeux issus du diagnostic d'urbanisation et de densification. Il précise ensuite que les projets d'extension de l'urbanisation sont en rapport avec les enjeux démographiques et socio-économiques au regard de l'évolution de la population attendue et compatibles avec la préservation de l'environnement expliquant que la création d'une unique zone AU a été définie dans un secteur de moindre enjeu en continuité avec la tâche urbaine et sans que des mesures de compensation ne soient nécessaires. Il fait enfin une synthèse des observations du public rappelant que les demandes formulées visant à obtenir ou rétablir la constructibilité de certaines parcelles est difficile à prendre en compte au vu des orientations fixées par le PADD et que le projet de construction d'une dizaine de logements est réaliste. Le commissaire enquêteur conclut en émettant un avis favorable sous réserve du respect des engagements pris par la commune en réponse aux diverses observations des personnes publiques associées et de la correction des diverses inexactitudes ou erreurs matérielles relevées sur les documents graphiques ou le règlement. Il suit de là que la SCI Saint-Laurent La Bastide n'est pas fondée à soutenir que le commissaire enquêteur n'aurait pas formulé un avis motivé et personnel sur le projet et se serait " contenté de simples remarques générales sur le parti d'urbanisme " et d'" observations générales et stéréotypées ".

20. En deuxième lieu, aux termes du dernier alinéa de l'article R. 123-21 du code de l'environnement aux termes duquel : " L'autorité compétente pour organiser l'enquête publie le rapport et les conclusions du commissaire enquêteur ou de la commission d'enquête sur le site internet où a été publié l'avis mentionné au I de l'article R. 123-11 et le tient à la disposition du public pendant un an. ".

21. Si la requérante soutient que le rapport d'enquête publique et les conclusions du commissaire enquêteur n'ont pas été publiés sur le site internet de la commune, elle n'apporte aucun élément tendant à démontrer que ces documents n'auraient pas été mis à disposition du public dans les conditions prévues par les dispositions précitées de l'article R. 123-21 du code de l'environnement ou qu'un administré se serait vu refuser leur communication. La circonstance qu'un conseiller municipal a constaté le 21 février 2020 qu'il n'était pas possible d'accéder au tome 1 du rapport du commissaire enquêteur n'est pas de nature à établir l'absence de mise en ligne.

En ce qui concerne les modifications apportées au projet de PLU après enquête publique :

22. Aux termes de l'article L. 153-21 du code de l'urbanisme : " A l'issue de l'enquête, le plan local d'urbanisme, éventuellement modifié pour tenir compte des avis qui ont été joints au dossier, des observations du public et du rapport du commissaire ou de la commission d'enquête, est approuvé par : () 2° Le conseil municipal dans le cas prévu au 2° de l'article L. 153-8. ". Il résulte de ces dispositions que le projet de plan ne peut subir de modifications, entre la date de sa soumission à l'enquête publique et celle de son approbation, qu'à la double condition que ces modifications ne remettent pas en cause l'économie générale du projet et procèdent de l'enquête. Doivent être regardées comme procédant de l'enquête les modifications destinées à tenir compte des réserves et recommandations du commissaire-enquêteur, des observations du public et des avis émis par les autorités, collectivités et instances consultées et joints au dossier de l'enquête.

23. Il ressort de l'annexe à la délibération attaquée relative aux observations formulées par les personnes publiques associées que pour tenir compte des avis émis par celles-ci et des conclusions de l'enquête publique, l'autorité compétente a modifié le projet de plan initialement arrêté. Il ne ressort pas des pièces du dossier et il n'est pas établi par les requérants que ces modifications bien que nombreuses sont de nature à porter atteinte à l'économie générale du PLU. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 153-21 du code de l'urbanisme doit être écarté.

En ce qui concerne l'adoption du projet de PLU :

24. L'article L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales dispose : " Tout membre du conseil municipal a le droit, dans le cadre de sa fonction, d'être informé des affaires de la commune qui font l'objet d'une délibération. ".

25. Il résulte de ces dispositions que les membres du conseil municipal appelés à délibérer sur l'élaboration du PLU doivent disposer, avant la séance, de l'ensemble du projet de plan que la délibération a pour objet d'approuver, et que s'ils doivent pouvoir obtenir communication des autres pièces et documents nécessaires à leur information sur l'approbation de ce plan, notamment du rapport du commissaire enquêteur, aucun texte ni aucun principe n'impose toutefois au maire de leur communiquer ces pièces et documents en l'absence d'une demande de leur part.

26. La requérante ne saurait utilement soutenir que l'ensemble des documents relatifs à l'élaboration du PLU et au rapport du commissaire-enquêteur n'ont pas été communiqués aux conseillers municipaux dès lors qu'aucun texte n'impose cette formalité s'agissant d'une commune de moins de 3 500 habitants. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier, et il n'est pas non plus allégué, qu'un ou plusieurs membres du conseil municipal auraient demandé en vain la communication d'informations ou fait état de réserves sur leur degré d'information avant la séance lors de laquelle le PLU a été approuvé. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales doit être écarté.

En ce qui concerne le classement des parcelles de la requérante en zone naturelle :

27. Aux termes de l'article R. 151-24 du code de l'urbanisme : " Les zones naturelles et forestières sont dites " zones N ". Peuvent être classés en zone naturelle et forestière, les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison : / 1° Soit de la qualité des sites, milieux et espaces naturels, des paysages et de leur intérêt, notamment du point de vue esthétique, historique ou écologique ; / 2° Soit de l'existence d'une exploitation forestière ; / 3° Soit de leur caractère d'espaces naturels ; / 4° Soit de la nécessité de préserver ou restaurer les ressources naturelles ; / 5° Soit de la nécessité de prévenir les risques notamment d'expansion des crues. ".

28. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir et de fixer, en conséquence, le zonage et les possibilités de construction. L'appréciation à laquelle se livrent les auteurs du plan ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait fondée sur des faits matériellement inexacts ou si elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

29. Les parcelles cadastrées section B n° 506 et 509 à 518 dont la société requérante est propriétaire ont fait l'objet d'un classement en zone naturelle du PLU. Il ressort des pièces du dossier, et plus particulièrement des photographies aériennes produites par la SCI Saint-Laurent La Bastide et la commune, que ces parcelles d'une contenance totale de plus de 1 000 m² sont plantées d'arbres, constituent un poumon vert au cœur du village et permettent de conserver le cône de vue paysager sur la silhouette du village depuis le sud de celui-ci et l'entrée à l'est par la route départementale 211. Par ailleurs, ces parcelles bordées au nord par le château qui les surplombe sont longées en contrebas, au sud, par la rue des remparts formant une limite physique avec le reste du village et marquent le début, à l'ouest, d'une vaste zone naturelle boisée longée par la rue du château qui prolonge la rue des remparts. L'indication par le commissaire-enquêteur, en page 34 de son rapport, que ces parcelles constituent " une enclave au sein de la zone UA " et que ce classement parait " pouvoir être réexaminé par la commune ", si elle permet d'éclairer les auteurs du PLU quant à l'opportunité des choix de classement, ne saurait les lier ni remettre en cause l'appréciation portée par les auteurs du plan, eu égard à la localisation et aux caractéristiques géographiques de ces parcelles et à la protection recherchée par un classement en zone naturelle. Dans ces conditions, et alors même que les parcelles d'une qualité paysagère indéniable sont situées au lieu-dit " Le village ", sont desservies par l'ensemble des réseaux et que deux bâtiments en ruine y seraient implantés, le classement de ces parcelles en zone N n'apparait pas entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la méconnaissance du SCOT Uzège Pont du Gard :

30. Aux termes de l'article L. 142-1 du code de l'urbanisme dans sa version alors en vigueur : " Sont compatibles avec le document d'orientation et d'objectifs du schéma de cohérence territoriale : / 1° Les plans locaux d'urbanisme prévus au titre V du présent livre ; () ".

31. Le document d'orientations générales du SCOT Uzège Pont du Gard promeut une stratégie de développement urbain en utilisant notamment l'espace de façon économe pour contenir l'étalement urbain pour rompre avec le mitage de l'espace mais entend aussi valoriser les paysages, d'une part, en pérennisant la singularité des villages et hameaux par le respect des silhouettes villageoises, le renforcement de la qualité du paysage urbain, la garantie de la qualité des entrées de village, d'autre part, en maintenant les coupures vertes et, enfin, en confortant la qualité paysagère notamment en mettant en scène les entrées du territoire, en conservant les points de vue remarquables et en valorisant les axes paysagers. Par suite, le classement en zone naturelle des parcelles de la requérante, qui présente un intérêt spécifique afin de préserver le poumon vert au cœur du village et de conserver le cône de vue paysager sur la silhouette du village, ne méconnait pas l'orientation 1.3.3.2. du document d'orientations générales du SCOT tendant à " contenir l'étalement urbain ".

En ce qui concerne la méconnaissance des orientations du PADD :

32. Aux termes de l'article L. 151-2 du code de l'urbanisme : " Le plan local d'urbanisme comprend : / 1° Un rapport de présentation ; 2° Un projet d'aménagement et de développement durables ; / 3° Des orientations d'aménagement et de programmation ; / 4° Un règlement ; / 5° Des annexes. () ". L'article L. 151-5 du même code, dans sa version en alors en vigueur : " Le projet d'aménagement et de développement durables définit : / 1° Les orientations générales des politiques d'aménagement, d'équipement, d'urbanisme, de paysage, de protection des espaces naturels, agricoles et forestiers, et de préservation ou de remise en bon état des continuités écologiques ; / 2° Les orientations générales concernant l'habitat, les transports et les déplacements, les réseaux d'énergie, le développement des communications numériques, l'équipement commercial, le développement économique et les loisirs, retenues pour l'ensemble de l'établissement public de coopération intercommunale ou de la commune. / Il fixe des objectifs chiffrés de modération de la consommation de l'espace et de lutte contre l'étalement urbain. () ".

33. Les objectifs affichés par le PADD sont, d'une part, de maitriser le développement démographique et urbain du village et, d'autre part, de limiter la consommation des espaces et de favoriser la densification du tissu existant, notamment, en favorisant un développement urbain en priorité au sein de l'enveloppe urbaine par comblement des " dents creuses ", en contenant le village dans son écrin de terres agricoles et d'espaces boisés, en protégeant le noyau historique et en favorisant la densification des espaces urbanisés à proximité du centre-ville. A ce titre, il est indiqué en page 13 du PADD qu'il y a lieu de " protéger les espaces paysagers garant du patrimoine végétal de la commune ", de " structurer l'urbanisation pour valoriser les entrées de village ", de " fixer et respecter les limites claires à l'urbanisation : limites naturelles des reliefs, limites tracées par les axes de circulation ", d'" assurer le maintien des cônes de visibilité sur la silhouette villageoise depuis l'entrée est et le sud du village " et de " respecter les différentes unités et motifs paysagers pour protéger la silhouette villageoise ". Par ailleurs, en page 20, il est précisé que l' " enjeu pour la commune est de limiter l'étalement urbain tout en répondant aux besoins de la population par des formes urbaines nouvelles ", qu'" ainsi, un secteur correspondant au centre ancien de la commune sera défini pour constituer un ensemble cohérent sur le plan architectural " et qu'" en prenant en compte les espaces de nature en ville et les espaces inconstructibles, l'enveloppe urbaine de la commune permettre à terme une urbanisation d'environ 0,54 ha ". Ainsi, les auteurs du PLU ont entendu conserver un équilibre entre espace urbain et espaces naturels en luttant contre l'étalement urbain tout en garantissant la mise en valeur et la protection des sites remarquables, la valorisation des zones naturelles et la préservation de la qualité des entrées du village. Le classement des parcelles de la requérante qui présente un intérêt particulier en zone naturelle qui a pour objet de préserver un espace vert dans le centre du village afin de conserver un cône de vue à l'entrée est du village n'est pas incohérent avec les orientations du PADD.

34. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la SCI Saint-Laurent La Bastide n'est pas fondée à demander l'annulation de la délibération du conseil municipal de la commune de La Bastide d'Engras du 27 février 2020. Il y a lieu en conséquence, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, de rejeter sa requête.

Sur les frais liés au litige :

35. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la SCI Saint-Laurent La Bastide la somme de 1 200 euros à verser à la commune de La Bastide d'Engras sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de la SCI Saint-Laurent La Bastide est rejetée.

Article 2 : La SCI Saint-Laurent La Bastide versera à la commune de La Bastide d'Engras une somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SCI Saint-Laurent La Bastide et à la commune de La Bastide d'Engras.

Délibéré après l'audience du 4 octobre 2022 où siégeaient :

- M. Antolini, président,

- M. A, magistrat honoraire,

- Mme Bourjade, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 18 octobre 2022.

La rapporteure,

A. B

Le président,

J. ANTOLINILa greffière,

N. LASNIER

La République mande et ordonne à la préfète du Gard en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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