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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2001606

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2001606

mardi 20 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2001606
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantGUIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 juin 2020, la SARL Immoconseil, représentée par Me Guin, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 14 juin 2019 par laquelle le président de la communauté d'agglomération de Nîmes Métropole a refusé de faire droit à sa demande de raccordement au réseau public d'assainissement du lotissement dénommé " C de Fourniguet " situé sur le territoire de la commune de Saint-Gilles ;

2°) d'enjoindre au président de la communauté d'agglomération de Nîmes Métropole de réinstruire sa demande et de l'autoriser à raccorder le lotissement au réseau public d'assainissement dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 15 000 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la communauté d'agglomération de Nîmes Métropole le versement de la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ; elle n'est pas tardive en application de la décision Czabaj du Conseil d'Etat en l'absence de mention des voies et délais de recours ; elle est dirigée contre une décision faisant grief ;

- la décision attaquée est entachée d'un vice d'incompétence en l'absence de justification d'une délégation de signature régulièrement publiée, exécutoire et suffisamment précise ;

- elle méconnaît l'autorité de la chose décidée par l'autorisation de lotir du 26 janvier 2004, devenu définitive qui dispose notamment, s'agissant de l'assainissement, que les prescriptions imposées par le courrier du 15 juillet 2003 de la Compagnie générale des eaux, annexé audit arrêté, devront être scrupuleusement respectées ;

- le zonage d'assainissement adopté par délibération du 12 décembre 2011, postérieurement à l'autorisation de lotir qui lui a été délivrée, ne lui était pas opposable pour le réexamen de sa demande ;

- l'autorisation dont elle est titulaire au titre de la loi sur l'eau, suivant arrêté n° 2008-303-5 du 29 octobre 2008, précise que le raccordement du réseau d'eaux usées du lotissement se fera sur le réseau communal d'épuration dont l'unité de traitement accepte l'afflux supplémentaire de cette population ;

- la décision attaquée ne peut pas remettre en cause l'autorité de chose jugée par l'arrêt de la cour administrative d'appel de Lyon.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 mars 2021, la communauté d'agglomération de Nîmes Métropole, représentée par le cabinet Maillot Avocats et Associés, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la SARL Immoconseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- à titre principal, la juridiction administrative est incompétente pour connaître du litige relatif au rejet d'une demande de raccordement au réseau communal d'assainissement ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par la SARL Immoconseil ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de Mme Bahaj, rapporteure publique,

- les observations de Me Hequet, représentant la SARL Immoconseil, et celles de Me Castagnino, représentant la communauté d'agglomération Nîmes Métropole.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 26 janvier 2004, le maire de la commune de Saint-Gilles a autorisé la SARL Immoconseil à lotir en soixante-et-un lots un terrain d'une contenance d'environ 17 ha, cadastré section B parcelle n° 420 situé au lieu-dit " Le Fourniguet " sur le territoire de ladite commune. Par un nouvel arrêté du 29 avril 2004, le maire a retiré cette autorisation et a refusé de délivrer une autorisation de lotir à la société Immoconseil. Saisi par cette dernière, le tribunal a, par jugement du 8 décembre 2006 non frappé d'appel, annulé cet arrêté du 29 avril 2004. La SARL Immoconseil a, par courriers des 25 mars et 5 mai 2009, demandé à la communauté d'agglomération Nîmes Métropole l'autorisation de procéder au raccordement de son projet de lotissement dit " C de Fourniguet " aux réseaux publics d'eaux usées et d'eau potable. Par courriers des mêmes jours, elle a sollicité de la commune de Saint-Gilles l'autorisation de procéder à ces travaux de raccordement sur l'emprise et en bordure des voies communales. Par un arrêt du 3 juin 2014, la cour administrative d'appel de Lyon a rejeté la requête de la SARL Immoconseil dirigée contre le jugement du 11 mars 2011 par lequel le tribunal administratif de Nîmes a rejeté ses deux demandes tendant, d'une part, à l'annulation pour excès de pouvoir de la décision du 27 mai 2009 du président de la communauté d'agglomération Nîmes Métropole rejetant ses demandes des 25 mars et 5 mai 2009 d'autorisation de procéder au raccordement de son projet de lotissement aux réseaux publics d'eaux usées et d'eau potable et de la décision implicite de rejet née du silence gardé par le maire de la commune de Saint-Gilles sur ses demandes des 25 mars et 5 mai 2009 d'autorisation de procéder à ces travaux de raccordement sur l'emprise et en bordure des voies communales et, d'autre part, à l'annulation de l'arrêté du 26 novembre 2009 du maire de la commune de Saint-Gilles mettant en demeure, au nom de l'Etat, la même société de cesser immédiatement les travaux entrepris sur la parcelle cadastrée section B n° 420. Par une décision du 10 février 2017, le Conseil d'Etat statuant au contentieux a annulé cet arrêt et renvoyé l'affaire à la cour administrative d'appel de Lyon, laquelle, par un arrêt du 15 mai 2018, a annulé le jugement du tribunal administratif de Nîmes du 11 mars 2011, ainsi que l'arrêté du 26 novembre 2009 du maire de la commune de Saint-Gilles, la décision du 27 mai 2009 du président de la communauté d'agglomération Nîmes Métropole et la décision implicite de rejet née du silence gardé par le maire de la commune de Saint-Gilles sur ses demandes des 25 mars et 5 mai 2009. En son article 2, ce même arrêt a en outre fait injonction au président de la communauté d'agglomération Nîmes Métropole et au maire de la commune de Saint-Gilles de statuer à nouveau sur les demandes de la SARL Immoconseil dont ils étaient respectivement saisis, dans un délai de trois mois à compter de la notification de son arrêt. Par une décision du 14 juin 2019, le président de la communauté d'agglomération de Nîmes Métropole a à nouveau refusé de faire droit à la demande de raccordement au réseau public d'assainissement du lotissement au motif que le terrain d'assiette du projet se trouvant désormais dans une zone d'assainissement non collectif de la commune de Saint-Gilles, il lui incombait de déposer une demande d'installation de dispositifs d'assainissement non collectif. La SARL Immoconseil demande l'annulation de cette décision.

Sur la compétence du juge administratif :

2. Aux termes de l'article L. 2224-11 du code général des collectivités territoriales : " Les services publics d'eau et d'assainissement sont financièrement gérés comme des services à caractère industriel et commercial ".

3. Eu égard aux rapports de droit privé nés du contrat qui lie le service public industriel et commercial de l'assainissement à ses usagers, les litiges relatifs aux rapports entre ce service et ses usagers relèvent de la compétence de la juridiction judiciaire. Ainsi, il n'appartient qu'à la juridiction judiciaire de connaître des litiges relatifs à la facturation et au recouvrement de la redevance due par les usagers, aux dommages causés à ces derniers à l'occasion de la fourniture du service, peu important que la cause des dommages réside dans un vice de conception, l'exécution des travaux publics ou l'entretien d'ouvrages publics, ou encore à un refus d'autorisation de raccordement au réseau public. En revanche, un litige né du refus de réaliser ou de financer des travaux de raccordement au réseau public de collecte, lesquels présentent le caractère de travaux publics, relève de la compétence de la juridiction administrative.

4. La demande de la SARL Immoconseil tendant à l'annulation du refus du président de la communauté d'agglomération Nîmes Métropole de l'autoriser à procéder au raccordement de son projet de lotissement au réseau public d'eaux usées doit être regardée comme se rattachant à un refus d'exécution et de financement de travaux publics et non à un litige opposant un service public industriel et commercial à un usager. Par suite, cette demande ressortit à la compétence du juge administratif. L'exception d'incompétence opposée par la communauté d'agglomération Nîmes Métropole ne peut qu'être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. Lorsqu'une décision administrative faisant l'objet d'un recours contentieux est retirée en cours d'instance pour être remplacée par une décision ayant la même portée, le recours doit être regardé comme tendant également à l'annulation de la nouvelle décision. Lorsque le juge est parallèlement saisi de conclusions tendant, d'une part, à l'annulation d'une décision et, d'autre part, à celle de son retrait et qu'il statue par une même décision, il lui appartient de se prononcer sur les conclusions dirigées contre le retrait puis, sauf si, par l'effet de l'annulation qu'il prononce, la décision retirée est rétablie dans l'ordonnancement juridique, de constater qu'il n'y a plus lieu pour lui de statuer sur les conclusions dirigées contre cette dernière.

6. Il ressort des pièces du dossier que par une nouvelle décision du 5 janvier 2022, le président de la communauté d'agglomération Nîmes Métropole a réitéré pour le même motif son refus de raccordement au réseau public de collecte des eaux usées. Cette décision, prise pour corriger un vice affectant la décision initiale, doit être regardée comme ayant implicitement mais nécessairement retiré la décision attaquée du 14 juin 2019 et comme s'y étant substituée. Les conclusions à fin d'annulation de la décision du 14 juin 2019 doivent dans ces conditions être regardées comme également dirigées contre celle du 5 janvier 2022. Il appartient par suite au tribunal de se prononcer en premier lieu sur les conclusions dirigées contre la décision du 5 janvier 2022 avant, le cas échéant, de statuer sur les conclusions dirigées contre la décision du 14 juin 2019, éventuellement rétablie dans l'ordonnancement juridique.

7. L'arrêté du 5 janvier 2022 a été signé, pour le président de la communauté d'agglomération Nîmes Métropole, par M. Jean-François Durand-Coutelle, vice-président délégué au service public d'assainissement et gestion des eaux pluviales urbaines, qui disposait aux termes d'un arrêté communautaire du 4 août 2020, affiché le 28 septembre 2020, envoyé en préfecture le 5 août 2020 et publié à la page 677 du tome 2 du recueil du conseil communautaire du 21 septembre suivant, d'une délégation de signature et de fonction " pour traiter les affaires relevant des domaines suivants : / service public de l'assainissement et gestion des eaux pluviales urbaines " qui est suffisamment précise. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.

8. Le raccordement au réseau public d'assainissement a été refusé au motif que : " L'opération en cause n'est pas desservie par un réseau public d'eaux usées. Conformément au zonage d'assainissement collectif et non collectif de la commune de Saint Gilles, la parcelle concernée par l'opération est située en zone d'assainissement non collectif. / Par conséquent, une demande pour l'installation de dispositifs d'assainissement non collectif devra être effectuée préalablement à tout dépôt de demande de permis de construire auprès du Service Public d'Assainissement Non Collectif de Nîmes Métropole (SPANC) qui pourra vous accompagner dans cette démarche et vous apporter les conseils nécessaires ". D'une part, étant fondée sur des motifs étrangers à ceux qui ont justifié l'annulation de la décision de refus du 27 mai 2009 prononcée par l'arrêt de la cour administrative d'appel de Lyon du 15 mai 2018, cette décision ne méconnaît pas, contrairement à ce que prétend la requérante, l'autorité de la chose jugée attachée à cet arrêt. D'autre part, statuant au vu des circonstances de droit et de fait existants au jour de sa décision, le président de la communauté d'agglomération Nîmes Métropole a pu légalement se fonder sur le zonage de l'assainissement collectif et non collectif adopté postérieurement à la décision annulée, étant précisé que la société requérante ne critique pas ce zonage et ne soutient pas que l'administration se serait estimée liée par ce zonage. Enfin, la circonstance que l'autorisation de lotir délivrée le 26 janvier 2004 prescrivait un raccordement au réseau d'assainissement collectif est sans incidence sur la légalité de la décision de refus en litige dès lors que les prescriptions de cette autorisation ne sont pas opposables à la commune. Pour les mêmes motifs, la décision attaquée ne méconnaît pas davantage l'arrêté n° 2008-303-5 du 29 octobre 2008 délivré par le préfet du Gard à la SARL Immoconseil au titre de la loi sur l'eau qui précise que réseau d'eaux usées du lotissement sera raccordé au réseau communal dont l'unité de traitement accepte l'afflux supplémentaire généré par le projet.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la SARL Immoconseil n'est pas fondée, par les moyens qu'elle invoque, à demander l'annulation de la décision du 5 janvier 2022 du président de la communauté d'agglomération Nîmes Métropole. Il n'y a dès lors plus lieu de se prononcer sur la décision du 14 juin 2019.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions présentées à ce titre doivent donc être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la communauté d'agglomération Nîmes Métropole, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie tenue aux dépens ou la partie perdante, une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la communauté d'agglomération Nîmes Métropole présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre la décision du 14 juin 2019 du président de la communauté d'agglomération de Nîmes Métropole.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de la SARL Immoconseil est rejeté.

Article 3 : Les conclusions de la communauté d'agglomération Nîmes Métropole présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Immoconseil et à la communauté d'agglomération Nîmes Métropole.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2022 où siégeaient :

- M. Antolini, président,

- M. A, magistrat honoraire,

- Mme Bourjade, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 20 septembre 2022.

La rapporteure,

A. B

Le président,

J. ANTOLINILa greffière,

N. LASNIER

La République mande et ordonne à la préfète du Gard en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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