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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2001994

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2001994

jeudi 24 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2001994
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantBAUTES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée 10 juillet 2020, Mme B A, représentée par Me Bautes, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 10 mars 2020 par laquelle le président du département de Vaucluse lui a refusé le bénéfice de la protection fonctionnelle ;

2°) d'enjoindre au département de Vaucluse de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle ;

3°) de mettre à la charge du département de Vaucluse la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur de droit, en méconnaissance de l'article 11 de la loi n°83-634 du 13 juillet 1984, et d'erreur d'appréciation, dès lors qu'elle a été insultée et menacée par le père d'un enfant qu'elle accueillait au titre de l'aide sociale à l'enfance.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 janvier 2022, le département de Vaucluse, conclut au rejet de la requête et fait valoir que les moyens invoqués par la requérante sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D,

- les conclusions de Mme Chamot, rapporteure publique,

- les observations de Me Misslin, substituant Me Bautes, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A est assistante familiale agréée par le département de Vaucluse pour l'accueil permanent d'un enfant depuis le 19 août 2010. Dans la nuit du 31 décembre 2019 au 1er janvier 2020, l'intéressée a reçu, sur sa messagerie téléphonique, des insultes et des menaces de la part du père de l'enfant placé chez elle au titre de l'aide sociale à l'enfance. Mme A a déposé plainte auprès de la gendarmerie nationale et a bénéficié d'un arrêt de travail du 6 au 12 janvier 2020. Par un courrier du 15 janvier 2020, l'intéressée a présenté une demande tendant au bénéfice de la protection fonctionnelle, qui lui a été refusé par une décision du 10 mars 2020 que l'intéressée conteste.

Sur la légalité de la décision attaquée :

2. Aux termes de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 : " Les fonctionnaires bénéficient, à l'occasion de leurs fonctions et conformément aux règles fixées par le code pénal et les lois spéciales, d'une protection organisée par la collectivité publique qui les emploie à la date des faits en cause ou des faits ayant été imputés de façon diffamatoire au fonctionnaire () La collectivité publique est tenue de protéger les fonctionnaires contre les menaces, violences, voies de fait, injures, diffamations ou outrages dont ils pourraient être victimes à l'occasion de leurs fonctions, et de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté. ".

3. Aux termes de l'article 433-5 du code pénal : " Constituent un outrage puni de 7 500 euros d'amende les paroles, gestes ou menaces, les écrits ou images de toute nature non rendus publics ou l'envoi d'objets quelconques adressés à une personne chargée d'une mission de service public, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de sa mission, et de nature à porter atteinte à sa dignité ou au respect dû à la fonction dont elle est investie () ".

4. Les dispositions de l'article 11 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983, en vertu desquelles une collectivité publique est tenue de protéger les fonctionnaires qu'elle emploie à la date des faits en cause contre les menaces, violences, voies de fait, injures, diffamations ou outrages dont ils pourraient être victimes à l'occasion de leurs fonctions et de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté, sont relatives à un droit statutaire à protection qui découle des liens particuliers qui unissent une collectivité publique à ses agents et n'ont pas pour objet d'instituer un régime de responsabilité de la collectivité publique à l'égard de ses agents.

5. En l'espèce, le refus du bénéfice de la protection fonctionnelle attaqué a été opposé à Mme A, au motif de ce que les propos concernés, qui relèvent d'avantage d'un langage vulgaire, ne revêtent pas le caractère de gravité suffisant pour constituer un outrage de nature à justifier l'octroi de la protection fonctionnelle.

6. Il ressort des pièces du dossier que les propos laissés par M. C, père de l'enfant placé chez Mme A au titre de l'aide sociale à l'enfance, sur le répondeur téléphonique de Mme A, sont insultants, diffamatoires et non pas uniquement vulgaires. Si le département de Vaucluse a adressé au père de l'enfant un courrier d'admonestation le 10 mars 2020, et que le père de l'enfant, après avoir été convoqué par la directrice Adjointe enfance famille a déclaré regretter ses propos et qu'une réduction importante de ses consommations alcooliques et plus d'aptitude à se mobiliser dans l'intérêt de ces enfants ont été constatées, ces circonstances ne sont pas de nature à relativiser les propos ayant conduit Mme A à présenter sa demande tendant au bénéfice de la protection fonctionnelle. Les propos concernés pouvant être qualifiés d'injures ou de violences verbales entrant dans le champ d'application de l'article 11 précité de la loi du 11 juillet 1983, le département de Vaucluse a entaché sa décision d'une erreur de droit en opposant un refus à la requérante du fait de l'absence d'outrages.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen de la requête, que la décision du 10 mars 2020 doit être annulée.

Sur les conclusions en injonction :

8. Le motif d'annulation retenu implique que le bénéfice de la protection fonctionnelle soit accordé à Mme A. Par suite, il y a lieu d'enjoindre le département de Vaucluse d'y procéder dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du département de Vaucluse la somme de 1 200 euros à verser à Mme A au titre des frais qu'elle a exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 10 mars 2020 du président du conseil départemental de Vaucluse est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au département de Vaucluse d'accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle à Mme A dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le département de Vaucluse versera la somme de 1 200 euros à Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au département de Vaucluse.

Délibéré après l'audience du 10 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Corneloup, présidente de la 2ème chambre,

Mme Galtier, première conseillère,

M. Chevillard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 novembre 2022.

Le rapporteur,

F. D

La présidente de la 2ème chambre,

F. CORNELOUP

La greffière,

I. LOSA

La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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