LogoMeilleurAvocats.fr
AvocatsAssistant IABlogPrix
ConnexionDéposer ma demande

Vous avez un problème juridique ?

Décrivez votre situation en 2 minutes — un avocat spécialisé vous répond sous 24h.

Déposer ma demandeJe suis avocat
Logo MeilleurAvocats.frMeilleurAvocats.fr

Mise en relation avocat–client par l'IA. Gratuit pour les particuliers.

Particuliers

  • Déposer une demande
  • Trouver un avocat
  • Assistant IA gratuit
  • Bibliothèque juridique
  • Guides pratiques
  • Jurisprudence

Avocats

  • Pour les avocats
  • Espace avocat
  • Tarifs et formules
  • Recevoir des leads
  • Programme d'affiliation
  • Contact commercial

Spécialités

  • Droit général
  • Droit du travail
  • Droit de la sécurité sociale et de la protection sociale
  • Droit fiscal et droit douanier
  • Droit de la famille, des personnes et de leur patrimoine
  • Droit immobilier

Légal

  • Mentions légales
  • Confidentialité
  • CGU
  • Cookies
  • Contact

Newsletter juridique hebdomadaire

Décisions clés, évolutions législatives, conseils pratiques — chaque semaine.

© 2026 MeilleurAvocats.fr— KONSEIL SAS. Tous droits réservés.

Mentions légales|Confidentialité|Cookies

BOB★La messagerie française & cryptée pour des échanges confidentiels entre avocats et clients.

En savoir +TéléchargerBOB
AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2002089

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2002089

lundi 18 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2002089
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantBACHA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 21 juillet 2020 et 27 janvier 2022, M. C B, représenté par Me Bacha, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler les décisions des 15 avril 2019 et 19 février 2020 par lesquelles le président de la communauté de communes Terre de Camargue (CCTC) a refusé de lui attribuer un régime indemnitaire ;

2°) de " condamner " la communauté de communes Terre de Camargue à lui verser la somme de 53 319 euros à parfaire au titre de la prime de service et de rendement et de l'indemnité spécifique de service au taux maximum dont il a été indûment privé depuis le 1er avril 2014, assortie du versement des cotisations sociales afférentes dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir ou, à défaut, de condamner la communauté de communes à lui verser la somme de 55 000 euros en réparation du préjudice financier ayant résulté du traitement discriminatoire dont il a été victime lorsqu'il avait la qualité de fonctionnaire ;

3°) de condamner la communauté de communes Terre de Camargue à lui verser la somme de 30 682 euros au titre du préjudice financier qu'il estime avoir subi en raison de faits de discrimination lorsqu'il était agent non-titulaire ;

4°) de condamner la communauté de communes Terre de Camargue à lui verser la somme de 10 000 euros en réparation du préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence qu'il estime avoir subi du fait du traitement discriminatoire dont il soutient avoir été victime ;

5°) de prononcer à l'encontre de la personne publique une astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de l'expiration d'un délai d'un mois suivant le jugement à intervenir ;

6°) d'enjoindre au président de la communauté de communes Terre de Camargue d'édicter un arrêté lui attribuant le montant individuel des différentes primes et indemnités auxquelles il a droit, dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

7°) de mettre à la charge de la communauté de communes Terre de Camargue la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est recevable ;

- les décisions attaquées méconnaissent la délibération n° 2016-07-71 du conseil communautaire de la communauté de communes Terre de Camargue du 18 juillet 2016, prise en application de l'article 88 de la loi du 26 janvier 1984 et de l'article 2 du décret du 6 septembre 1991 ;

- elles méconnaissent le principe d'égalité de traitement entre fonctionnaires appartenant au même cadre d'emplois ;

- le motif de refus d'attribution du régime indemnitaire tiré de l'insuffisance de crédits est illégal ;

- les décisions attaquées sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- " ce refus persistant [d'octroi du régime indemnitaire] s'analyse en une abstention fautive " lui ouvrant droit, à titre principal, au versement rétroactif de l'ISS et de la PSR à compter du 1er avril 2014 ; il pouvait prétendre, à compter de cette date et dès lors qu'il justifiait de comptes rendus d'entretiens professionnels favorables, à des montants mensuels de 398,09 euros au titre de l'ISS et de 168,33 euros au titre de la PSR ; il est dès lors fondé à en obtenir le rappel ;

- à titre subsidiaire, si ce rappel de traitement ne pouvait lui être octroyé, cette privation de régime indemnitaire discriminatoire est constitutive d'une faute de l'administration de nature à engager sa responsabilité ; le préjudice financier résultant de cette faute, subi lorsqu'il était fonctionnaire, s'élève à 55 000 euros ;

- la responsabilité de l'administration est également engagée, en raison de la même faute, pour la période au cours de laquelle il avait la qualité de contractuel ; le préjudice financier ainsi subi s'élève à la somme de 30 682 euros ;

- la discrimination dont il a été victime depuis qu'il a la qualité d'agent public est à l'origine d'un préjudice moral et de troubles dans les conditions d'existence évalués à la somme de 10 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 octobre 2021, la communauté de communes Terre de Camargue, représentée par l'AARPI MB avocats, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable ; en effet, il n'appartient pas au juge administratif d'accueillir des conclusions en déclaration de droits ; la décision du 19 février 2020, qui se borne à accuser réception de la demande de M. B, ne lui fait pas grief et est dès lors insusceptible de recours ; les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 15 avril 2019 sont tardives dans la mesure où elles n'ont pas été présentées dans un délai raisonnable ; la demande de M. B du 27 décembre 2019 a fait l'objet d'une décision implicite de rejet née le 1er mars 2020 et devenue définitive le 2 mai 2020, de sorte que la requête est tardive ; la décision implicite de rejet du 1er mars 2020 est purement confirmative du refus opposé à M. B le 15 avril 2019 et n'a donc pu avoir pour effet de rouvrir le délai de recours contentieux ; les conclusions indemnitaires sont irrecevables dès lors qu'elles ne visent qu'à remettre en cause les conséquences de la décision explicite du 15 avril 2019 dont l'objet est purement pécuniaire et qui est devenue définitive le 15 avril 2020, soit avant l'enregistrement de la requête ;

- les créances relatives aux années 2009 à 2014 dont se prévaut M. B sont prescrites, en application de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 ;

- aucune faute ne lui est imputable ; l'autorité territoriale, qui dispose d'un pouvoir de modulation de l'ISS et de la PSR, pouvait légalement appliquer à M. B, en raison de sa manière de servir, un taux nul aboutissant à ce qu'aucune prime ne lui soit octroyée ; M. B n'est pas, comme il le soutient, le seul agent titulaire de la communauté de communes à ne pas bénéficier de régime indemnitaire et, en tout état de cause, dès lors qu'il est possible de moduler les primes au regard des fonctions exercées et de la manière de servir, aucune rupture d'égalité ne peut être caractérisée ; la seule circonstance que l'intéressé justifie d'un compte-rendu d'entretien professionnel 2018 favorable ne saurait lui donner droit aux primes litigieuses, a fortiori au taux maximum ;

- les préjudices allégués ne sont pas justifiés dans leur montant ; M. B ne saurait se prévaloir d'un préjudice pour la période durant laquelle il était contractuel, dès lors que l'assemblée délibérante n'a jamais mis en place de régime indemnitaire à l'égard des agents contractuels ;

- le lien de causalité entre les fautes et les préjudices allégués n'est pas établi.

Les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen, relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à la condamnation de la CCTC à réparer les préjudices financiers subis par M. B en raison du traitement discriminatoire dont il a fait l'objet lorsqu'il avait la qualité d'agent non titulaire, dès lors que la demande préalable reçue le 30 décembre 2019 par la communauté de communes n'a lié le contentieux qu'à l'égard du fait générateur constitué par le traitement discriminatoire dont a fait l'objet l'intéressé à compter de sa titularisation le 1er octobre 2014 (CE, n° 439 366 du 19 février 2021, Mme D, B).

Des observations, enregistrées le 13 juin 2022, ont été produites pour M. B.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n°84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le code général de la fonction publique ;

- le décret n° 91-875 du 6 septembre 1991 ;

- le décret n° 2003-799 du 25 août 2003 ;

- le décret n° 2009-1558 du 15 décembre 2009 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de Mme Chamot, rapporteure publique,

- les observations de Me Bacha, représentant M. B, et celles de Me Charre, représentant la communauté de communes Terre de Camargue.

Une note en délibéré, enregistrée le 27 juin 2022, a été produite pour M. B.

Considérant ce qui suit :

1. Par un contrat à durée indéterminée de droit privé signé le 24 avril 2002 avec la régie autonome du port de plaisance du Grau du Roi, M. B a été recruté en qualité de maître de port adjoint à compter du 1er mai 2002. Ce contrat a ensuite été transféré à la communauté de communes Terre de Camargue (CCTC) au sein de laquelle M. B a été engagé en tant qu'agent polyvalent des bâtiments à compter du 1er juin 2009. Par un arrêté du président de la CCTC du 17 mars 2014, l'intéressé a été nommé dans le cadre d'emploi des techniciens territoriaux en qualité de stagiaire à compter du 1er avril 2014 et pour une durée de six mois. Par un arrêté du 29 septembre suivant, il a été titularisé au grade de technicien à compter du 1er octobre 2014. Ayant constaté, à la suite de ce changement de statut, une perte de rémunération due à l'absence de toute prime et indemnité, M. B a sollicité, d'abord oralement, l'octroi des primes et indemnités liées à son cadre d'emplois et à son grade. Ces demandes étant restées sans réponse, il a demandé, par courrier, l'attribution de ce régime indemnitaire. Par une lettre du 15 avril 2019, le président de la CCTC a accusé réception de sa demande, lui a indiqué qu'il était " contraint par l'étau budgétaire généré par la baisse importante des dotations d'Etat perçues par [son] établissement " et lui a précisé qu'il ne pouvait " dans l'immédiat, accéder à [sa] demande ". Par un nouveau courrier du 27 décembre 2019, reçu le 30 décembre suivant, M. B a alors sollicité du président de la communauté de communes, à titre principal, la régularisation de sa situation, entendue comme l'octroi de l'indemnité spécifique de service (ISS) et de la prime de service et de rendement (PSR) instituées par une délibération du conseil communautaire de la CCTC du 18 juillet 2016 au taux maximum et à compter de sa titularisation le 1er octobre 2014 ou, à titre subsidiaire, l'indemnisation des préjudices financier et moral subis du fait du traitement discriminatoire dont il estimait être l'objet. Par une lettre du 19 février 2020, le président de la CCTC a accusé réception de cette nouvelle demande d'attribution de régime indemnitaire et lui a indiqué qu'il était, en raison de la réorganisation du pôle hydraulique en cours, " dans l'attente de l'évaluation qui sera[it] faite à l'issue de ce remaniement ".

2. Par la présente requête, M. B doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler les décisions des 15 avril 2019 et 19 février 2020 par lesquelles le président de la CCTC a refusé de lui attribuer un régime indemnitaire, d'enjoindre à la CCTC de lui verser le rappel des primes correspondantes ou, à défaut, de condamner la CCTC à l'indemniser du préjudice financier qu'il estime avoir subi, en sa qualité de fonctionnaire, en raison du traitement discriminatoire dont il a fait l'objet. Il demande par ailleurs au tribunal de condamner la CCTC à réparer le préjudice financier subi, en sa qualité de contractuel, et le préjudice moral subi, depuis son entrée dans la fonction publique territoriale, en raison du même traitement discriminatoire.

Sur la recevabilité des conclusions de la requête :

En ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. () " et aux termes de l'article R. 421-5 de ce code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision. ".

4. Le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. En une telle hypothèse, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et les délais de recours, ou l'absence de preuve qu'une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le code de justice administrative, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable. En règle générale et sauf circonstances particulières dont se prévaudrait le requérant, ce délai ne saurait, sous réserve de l'exercice de recours administratifs pour lesquels les textes prévoient des délais particuliers, excéder un an à compter de la date à laquelle une décision expresse lui a été notifiée ou de la date à laquelle il est établi qu'il en a eu connaissance.

5. Si la CCTC fait valoir que les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 15 avril 2019 portant refus d'attribuer à M. B un régime indemnitaire et qui ne comporte aucune mention des voies et délais de recours sont tardives en application du principe exposé au point 4, elle ne rapporte cependant pas la preuve que cette décision aurait été notifiée au requérant ou qu'il en aurait eu connaissance avant la date d'exercice de son recours préalable du 27 décembre 2019. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté des conclusions en annulation de la décision du 15 avril 2019 doit être écartée.

6. Si la communauté de communes fait également valoir que la décision du 19 février 2020 ne fait pas grief au requérant, dès lors qu'elle se borne à accuser réception de sa demande, il ressort cependant des pièces du dossier que, sous une apparence de décision d'attente, le président de la CCTC a en réalité entendu opposer un véritable refus d'attribution de toute prime ou indemnité à M. B, comme le révèle d'ailleurs la circonstance que la nouvelle demande présentée par l'intéressé courant 2021 a de nouveau été rejetée, au motif cette fois que le présent contentieux était en cours. Par suite, la décision attaquée du 19 février 2020, qui doit au demeurant être regardée comme rejetant également la demande indemnitaire préalable de l'intéressé, ne saurait être regardée comme un simple accusé réception de la demande de M. B et, par suite, la fin de non-recevoir tirée de l'absence de son caractère décisoire doit être écartée.

7. Il résulte de ce qui a été dit au point 6 que la demande préalable de M. B du 30 décembre 2019 ayant été expressément rejetée par la décision du 19 février 2020, aucune décision implicite de rejet de cette demande n'a pu naître le 1er mars 2020 comme le prétend la CCTC. Par suite, les fins de non-recevoir tirées, d'une part, de la tardiveté des conclusions tendant à l'annulation d'une telle décision implicite de rejet et, d'autre part, du caractère confirmatif de cette décision implicite, ne peuvent qu'être écartées.

En ce qui concerne les conclusions à fin de condamnation :

S'agissant des conclusions qui seraient fondées sur l'illégalité fautive de la décision du 15 avril 2019 :

8. Si l'expiration du délai de recours pour excès de pouvoir ouvert contre une décision expresse à objet purement pécuniaire, et donc son caractère définitif, fait obstacle à la recevabilité d'une action en responsabilité fondée sur l'illégalité fautive de cette décision, et si la CCTC fait valoir qu'en raison du caractère définitif de la décision du 15 avril 2019, les conclusions tendant à l'engagement de sa responsabilité fondées sur l'illégalité fautive de cette décision seraient en l'espèce irrecevables, il résulte de ce qui a été dit au point 2 que la requête de M. B doit être interprétée comme présentant des conclusions à fin d'annulation des décisions des 15 avril 2019 et 19 février 2020 assorties, à titre principal, non de conclusions à fin de condamnation, mais de conclusions à fin d'injonction, sollicitant par là-même qu'il soit enjoint à la CCTC de lui verser le rappel des primes auquel il a droit. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de l'irrecevabilité des conclusions tendant à la condamnation de la CCTC à réparer le préjudice financier ayant résulté de l'illégalité fautive de la décision du 15 avril 2019 ne peut qu'être écartée. En tout état de cause et ainsi qu'il a été dit au point 5, la décision du 15 avril 2019 est dépourvue de tout caractère définitif.

S'agissant des conclusions fondées sur le traitement discriminatoire dont a fait l'objet M. B lorsqu'il était contractuel, soit entre le 1er juin 2009 et le 31 mars 2014 :

9. La décision par laquelle l'administration rejette une réclamation tendant à la réparation des conséquences dommageables d'un fait qui lui est imputé lie le contentieux indemnitaire à l'égard du demandeur pour l'ensemble des dommages causés par ce fait générateur, quels que soient les chefs de préjudice auxquels se rattachent les dommages invoqués par la victime et que sa réclamation ait ou non spécifié les chefs de préjudice en question.

10. Il résulte de l'instruction, et notamment des termes mêmes dans lesquels est rédigé le courrier du 27 décembre 2019 adressé par M. B à la CCTC, que, par cette demande préalable, ce dernier a demandé réparation des préjudices subis du fait du traitement discriminatoire dont il a fait l'objet, depuis sa titularisation le 1er octobre 2014. Par suite, les conclusions visées ci-dessus, qui relèvent d'un fait générateur distinct en ce qu'il ne se rapporte pas à la même période ni à l'application du même régime indemnitaire, sont irrecevables, ainsi qu'en ont été informées les parties par le courrier qui leur a été adressé sur le fondement de l'article R. 611-7 du code de justice administrative.

Sur la légalité des décisions des 15 avril 2019 et 19 février 2020 :

11. Aux termes du premier alinéa de l'article 88 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale : " Les organes délibérants des collectivités territoriales et de leurs établissements publics fixent les régimes indemnitaires, dans la limite de ceux dont bénéficient les différents services de l'Etat. () " et aux termes de l'article 2 du décret du 6 septembre 1991 pris pour son application : " L'assemblée délibérante de la collectivité ou le conseil d'administration de l'établissement fixe () la nature, les conditions d'attribution et le taux moyen des indemnités applicables aux fonctionnaires de ces collectivités ou établissements. () / L'autorité investie du pouvoir de nomination détermine, dans cette limite, le taux individuel applicable à chaque fonctionnaire. ". Il résulte de ces dispositions qu'il revient à l'organe délibérant de fixer librement le régime indemnitaire applicable aux fonctionnaires de la collectivité ou de l'établissement public, dont les conditions doivent être, au mieux, égales à celles dont bénéficient les fonctionnaires de l'État de niveau hiérarchique équivalent, et à l'exécutif de fixer, par arrêté, le montant individuel attribué à chaque fonctionnaire. Le respect du principe d'égalité entre les agents publics ne s'oppose pas à l'institution de différences dans le régime indemnitaire dont ils bénéficient fondées sur des différences dans les conditions d'exercice de leurs fonctions ou sur les nécessités du bon fonctionnement du service auquel ils appartiennent.

12. Il ressort des pièces du dossier que, par une délibération du 18 juillet 2016, le conseil communautaire de la CCTC a décidé de mettre en œuvre un dispositif indemnitaire prévoyant notamment, pour les agents titulaires du grade de technicien territorial, une indemnité spécifique de service (ISS) fixée par référence au décret du 25 août 2003 visé ci-dessus relatif à l'indemnité spécifique de service allouée aux fonctionnaires des corps techniques de l'équipement et à l'arrêté ministériel du même jour, avec une application au taux de base d'un coefficient de grade, d'un coefficient de service et d'un coefficient de modulation individuelle pouvant aller de 0 à 1,1 ainsi qu'une prime de service et de rendement (PSR) fixée par référence au décret du 15 décembre 2009 visé ci-dessus relatif à la prime de service et de rendement allouée à certains fonctionnaires relevant du ministère de l'écologie et à l'arrêté ministériel du même jour, avec une application dans la limite maximale du double du taux de base annuel.

13. En l'espèce, M. B, qui appartient depuis le 1er avril 2014 au cadre d'emplois des techniciens territoriaux, entrait donc à ce titre dans le champ d'application de la délibération précitée instituant une ISS et une PSR au profit de tels agents, et ce, à compter de l'entrée en vigueur du nouveau régime ainsi institué. Il ressort cependant des pièces du dossier que le président de la CCTC n'a jamais pris aucun arrêté déterminant à l'égard de l'intéressé les montants individuels de ces deux primes. A cet égard, la CCTC ne saurait valablement soutenir qu'aucune prime n'a été attribuée à M. B en raison de sa manière de servir, comme le permet la délibération du 18 juillet 2016 qui prévoit un coefficient de modulation pouvant être égal à zéro, dès lors qu'il ressort des pièces du dossier que le président de la communauté de communes a refusé de se prononcer sur l'attribution de l'ISS et la PSR à M. B. Si la CCTC contredit par ailleurs le requérant, qui soutient être le seul agent titulaire de la communauté de communes à ne s'être vu attribuer aucun régime indemnitaire, elle ne produit toutefois aucun élément de nature à démontrer que d'autres agents de l'établissement appartenant au même cadre d'emplois seraient dans une situation identique. Il en résulte que le requérant est fondé à soutenir qu'en refusant, par les décisions attaquées, de déterminer le montant du régime indemnitaire afférent à son cadre d'emplois, le président de la CCTC a méconnu la délibération du 18 juillet 2016 et le principe d'égalité entre fonctionnaires appartenant au même cadre d'emplois.

14. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, les décisions des 15 avril 2019 et 19 février 2020 doivent être annulées.

Sur les conclusions à fin de condamnation de la CCTC à réparer le préjudice moral et les troubles dans les conditions d'existence résultant du traitement discriminatoire subi par M. B en sa qualité de fonctionnaire :

15. Aux termes des dispositions figurant aujourd'hui à l'article L. 111-1 du code général de la fonction publique : " La liberté d'opinion est garantie aux agents publics. ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 113-1 de ce code : " Le droit syndical est garanti aux agents publics, qui peuvent librement créer des organisations syndicales, y adhérer et y exercer des mandats. ". Aux termes de l'article L. 131-1 du même code : " Aucune distinction, directe ou indirecte, ne peut être faite entre les agents publics en raison de leurs opinions () syndicales () ". Enfin, selon son article L. 131-13 : " L'action en réparation du préjudice résultant d'une discrimination subie par un agent public se prescrit par cinq ans à compter de la révélation de la discrimination. / Ce délai n'est pas susceptible d'aménagement conventionnel. / Les dommages et intérêts réparent l'entier préjudice résultant de la discrimination, pendant toute sa durée. ".

16. Il appartient au juge administratif, dans la conduite de la procédure inquisitoire, de demander aux parties de lui fournir tous les éléments d'appréciation de nature à établir sa conviction. Cette responsabilité doit, dès lors qu'il est soutenu qu'une mesure a pu être empreinte de discrimination, s'exercer en tenant compte des difficultés propres à l'administration de la preuve en ce domaine et des exigences qui s'attachent aux principes à valeur constitutionnelle des droits de la défense et de l'égalité de traitement des personnes. S'il appartient au requérant qui s'estime lésé par une telle mesure de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer une atteinte à ce dernier principe, il incombe au défendeur de produire tous ceux permettant d'établir que la décision attaquée repose sur des éléments objectifs étrangers à toute discrimination. La conviction du juge se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

En ce qui concerne la prescription :

17. Si la CCTC fait valoir en défense que les créances dont se prévaut M. B relatives aux années 2009 à 2014 sont prescrites, il résulte toutefois de l'instruction que, dès lors que le requérant invoque seulement le bénéfice du régime indemnitaire institué par la délibération du 18 juillet 2016, la responsabilité de la CCTC n'est dès lors susceptible d'être engagée qu'à compter de cette date. Par suite, l'exception de prescription opposée en défense, qui concerne les années 2009 à 2014 seulement, ne peut qu'être écartée. En tout état de cause, la discrimination subie par l'agent devant être regardée en l'espèce comme ayant été révélée par la décision du 15 avril 2019, le délai de prescription prévu par les dispositions reprises à l'article L. 131-13 du code général de la fonction publique n'était pas échu à la date à laquelle M. B a formé son recours préalable.

En ce qui concerne la responsabilité de la CCTC :

18. Ainsi qu'il a été dit au point 13, il résulte de l'instruction que M. B n'a jamais perçu aucun régime indemnitaire depuis l'entrée en vigueur de la délibération du 18 juillet 2016 et qu'il est le seul agent de l'établissement public dans ce cas. Il soutient par ailleurs, sans être contredit sur ce point, être le principal acteur syndical de la communauté de communes et avoir œuvré, depuis 2002, pour la défense du service public et les conditions de travail des agents. Le requérant apporte ainsi des éléments de nature à faire présumer qu'il a été victime de faits de discrimination syndicale au sens des dispositions législatives citées au point 15, alors que la CCTC, qui ne fait valoir aucune justification susceptible de démontrer que cette différence de traitement reposerait sur des éléments objectifs, n'apporte aucun élément permettant de renverser cette présomption.

19. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à soutenir qu'il a été victime, non depuis sa titularisation mais depuis l'entrée en vigueur du régime indemnitaire fixé par la délibération du 18 juillet 2016 dont il se prévaut, d'agissements constitutifs de discrimination de la part de son administration, lesquels sont constitutifs d'une faute de nature à engager la responsabilité de la CCTC.

En ce qui concerne la réparation :

20. Eu égard à la durée de la période de mise à l'écart de l'intéressé, le requérant justifie de la réalité de son préjudice moral et de ses troubles dans ses conditions d'existence résultant directement de la faute imputable à son employeur. Il sera fait, dans les circonstances de l'espèce, une juste appréciation de ces préjudices en fixant à 6 000 euros la somme destinée à les réparer.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

21. Compte tenu des motifs d'annulation retenus au point 13, l'exécution du présent jugement, en tant qu'il annule les décisions des 15 avril 2019 et 19 février 2020, implique seulement que le président de la CCTC procède au réexamen de la situation personnelle de M. B au regard du régime indemnitaire institué par la délibération du 18 juillet 2016, pour chaque année, depuis l'entrée en vigueur de celle-ci et jusqu'à la date du présent jugement, fixe le coefficient de modulation de son ISS et le coefficient multiplicateur de sa PSR au regard de sa manière de servir, puis procède au versement des sommes dues à ce titre. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce d'ordonner au président de la CCTC d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, en assortissant cette injonction, à défaut pour l'autorité territoriale de justifier de l'exécution du présent jugement dans le délai précité, d'une astreinte de 100 euros par jour jusqu'à la date à laquelle ce jugement aura reçu exécution.

Sur les frais liés au litige :

22. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise, à ce titre, à la charge de M. B, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la CCTC la somme de 1 500 euros à verser à M. B au titre des mêmes dispositions.

D É C I D E :

Article 1er : Les décisions du président de la communauté de communes Terre de Camargue des 15 avril 2019 et 19 février 2020 sont annulées.

Article 2 : La communauté de communes Terre de Camargue est condamnée à verser à M. B la somme de 6 000 euros.

Article 3 : Il est enjoint au président de la communauté de communes Terre de Camargue de réexaminer la situation personnelle de M. B au regard du régime indemnitaire institué par la délibération du 18 juillet 2016, pour chaque année, depuis l'entrée en vigueur de celle-ci et jusqu'à la date du présent jugement, de fixer le coefficient de modulation de son ISS et le coefficient multiplicateur de sa PSR au regard de sa manière de servir, puis de procéder au versement des sommes dues à ce titre, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Une astreinte de 100 euros par jour est prononcée à l'encontre de la communauté de communes Terre de Camargue s'il n'est pas justifié de l'exécution du présent jugement dans le délai mentionné à l'article 3 ci-dessus.

Article 5 : La communauté de communes Terre de Camargue versera à M. B la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 6 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la communauté de communes Terre de Camargue.

Délibéré après l'audience du 16 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Cantié, président,

Mme Bahaj, première conseillère,

M. Chevillard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2022.

La rapporteure,

C. A

Le président,

C. CANTIÉ

La greffière,

I. LOSA

La République mande et ordonne à la préfète du Gard en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Décisions similaires

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

← Retour aux décisions