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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2002146

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2002146

mardi 12 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2002146
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSELARL BLANC-TARDIVEL-BOCOGNANO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un jugement du 7 décembre 2021, ce tribunal a, avant dire droit sur la requête de

M. A B tendant à l'annulation de la délibération du 6 mars 2020 par laquelle le conseil municipal de la commune de Durfort et Saint-Martin de Sossenac a approuvé le plan local d'urbanisme (PLU), décidé, sur le fondement de l'article L. 600-9 du code de l'urbanisme, de sursoir à statuer jusqu'à l'expiration d'un délai de six mois à compter de la notification du jugement, dans l'attente de la notification au tribunal d'une délibération régularisant le vice tenant à l'absence d'avis personnel et motivé du commissaire enquêteur.

Des pièces ont été enregistrées le 21 mars 2022 pour la commune de Durfort et Saint- Martin de Sossenac comportant le rapport du commissaire enquêteur du 19 février 2022.

Par des mémoires en défense enregistrés le 7 juin 2022 et le 22 juin 2022, la commune de Durfort et Saint-Martin de Sossenac, représentée par la SCP Brun, Chabadel, Expert, Piton, conclut aux mêmes fins que ses précédentes écritures.

Elle soutient en outre que le vice a été régularisé par la rédaction d'un nouvel avis par le commissaire enquêteur qui est suffisamment motivé et par la délibération du 31 mai 2022 qui approuve la régularisation du vice.

Par un mémoire enregistré le 17 juin 2022, M. B, représenté par la SELARL Blanc, Tardivel, Bocognano, conclue aux mêmes fins par les mêmes moyens que sa requête.

Il soutient en outre que :

- le rapport n'a pas été déposé dans le délai de deux mois prévu par l'article

L. 123-15 du code de l'urbanisme ;

- il appartenait à la commune d'organiser une nouvelle enquête publique.

Les parties ont été informées qu'en application de l'article L. 600-9 du code de l'urbanisme, le tribunal était susceptible de surseoir à statuer jusqu'à l'expiration d'un délai de deux mois dans l'attente de la notification au tribunal d'une nouvelle délibération du conseil municipal de la commune de Durfort et Saint-Martin de Sossenac approuvant à nouveau le projet de PLU.

Vu les autres pièces du dossier. Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de l'urbanisme ;

- le plan local d'urbanisme de la commune de Durfort et Saint-Martin de Sossenac ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les conclusions de Mme Corneloup, rapporteure publique,

- les observations de Me Rouault, représentant M. B, et celles de Me Callens, représentant la commune de Durfort et Saint-Martin de Sossenac.

-

Considérant ce qui suit :

1. Par délibération du 6 mars 2020, le conseil municipal de la commune de Durfort et Saint-Martin de Sossenac a approuvé la révision générale du PLU de la commune. Par le jugement avant dire droit du 7 décembre 2021, ce tribunal a accueilli le moyen soulevé par

M. B tiré de ce que le commissaire enquêteur ne s'était pas livré à une appréciation personnelle, motivée et circonstanciée sur les enjeux de la révision du PLU qui lui était soumise. Par suite, le tribunal a jugé, après avoir écarté les autres moyens soulevés par le requérant, que la délibération attaquée était pour ce motif, entachée d'une illégalité régularisable dès lors que ce vice de procédure était intervenu postérieurement au débat sur les orientations du projet d'aménagement et de développement durables (PADD), que sa régularisation impliquait seulement que le commissaire enquêteur complète son avis et que l'approbation du plan local d'urbanisme soit de nouveau soumise au conseil municipal. Le tribunal a, à cette fin, avant dire droit sur la requête, sursis à statuer jusqu'à l'expiration d'un délai de six mois à compter de la notification du jugement pour permettre à la commune de purger ce vice. Le commissaire enquêteur a rédigé un nouvel avis le 19 février 2022.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 600-9 du code de l'urbanisme : " Si le juge administratif, saisi de conclusions dirigées contre un schéma de cohérence territoriale, un plan local d'urbanisme ou une carte communale, estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'une illégalité entachant l'élaboration ou la révision de cet acte est susceptible d'être régularisée, il peut, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, surseoir à statuer jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation et pendant lequel le document d'urbanisme reste applicable, sous les réserves suivantes : / () 2° En cas d'illégalité pour vice de forme ou de procédure, le sursis à statuer ne peut être prononcé que si l'illégalité a eu lieu, pour () les plans locaux d'urbanisme, après le débat sur les orientations du projet d'aménagement et de développement durables. / Si la régularisation intervient dans le délai fixé, elle est notifiée au juge, qui statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations ".

3. Ces dispositions ont pour objet de permettre, sous le contrôle du juge, la régularisation d'un vice ayant entaché l'élaboration ou la révision d'un plan local d'urbanisme. Lorsque le juge estime qu'une telle régularisation est possible, il peut, de sa propre initiative ou à la demande d'une partie, après avoir invité les parties à présenter leurs observations sur le principe de l'application de l'article L. 600-9 du code de l'urbanisme, constater, par une décision avant-dire droit, que les autres moyens ne sont pas fondés et surseoir à statuer jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour permettre, selon les modalités qu'il détermine, la régularisation du vice qu'il a relevé.

4. Par ailleurs, eu égard à l'objet et à la portée des dispositions de l'article L. 600-9 du code de l'urbanisme, il appartient à l'autorité compétente de régulariser le vice de forme ou de procédure affectant la décision attaquée en faisant application des dispositions en vigueur à la date à laquelle cette décision a été prise. Enfin, il résulte de ces mêmes dispositions que les parties à l'instance ayant donné lieu à la décision de sursis à statuer en vue de permettre la régularisation de l'acte attaqué ne peuvent contester la légalité de l'acte pris par l'autorité administrative en vue de cette régularisation que dans le cadre de cette instance et qu'elles ne sont, en revanche, pas recevables à présenter devant le tribunal administratif une requête tendant à l'annulation de cet acte. Elles peuvent, à l'appui de la contestation de l'acte de régularisation, invoquer des vices affectant sa légalité externe et soutenir qu'il n'a pas pour effet de régulariser le vice que le juge a constaté dans sa décision

1.

avant-dire droit. Elles ne peuvent soulever aucun autre moyen, qu'il s'agisse d'un moyen déjà écarté par la décision avant-dire droit ou de moyens nouveaux, à l'exception de ceux qui seraient fondés sur des éléments révélés par la procédure de régularisation.

5. L'article L. 123-15 du code de l'environnement dispose que " Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête rend son rapport et ses conclusions motivées dans un délai de trente jours à compter de la fin de l'enquête. () / Le rapport doit faire état des observations et propositions qui ont été produites pendant la durée de l'enquête ainsi que des réponses éventuelles du maître d'ouvrage. / Le rapport et les conclusions motivées sont rendus publics par voie dématérialisée sur le site internet de l'enquête publique et sur le lieu où ils peuvent être consultés sur support papier. () ". Aux termes de l'article R. 123-19 du même code : " Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête établit un rapport qui relate le déroulement de l'enquête et examine les observations recueillies. / Le rapport comporte le rappel de l'objet du projet, plan ou programme, la liste de l'ensemble des pièces figurant dans le dossier d'enquête, une synthèse des observations du public, une analyse des propositions produites durant l'enquête et, le cas échéant, les observations du responsable du projet, plan ou programme en réponse aux observations du public. / Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête consigne, dans une présentation séparée, ses conclusions motivées, en précisant si elles sont favorables, favorables sous réserves ou défavorables au projet. () ". Ces dispositions, si elles n'imposent pas au commissaire enquêteur de répondre à chacune des observations présentées lors de l'enquête publique, l'obligent à indiquer, au moins sommairement, en donnant son avis personnel, les raisons qui déterminent le sens de cet avis. Ses réponses peuvent revêtir une forme synthétique.

6. Dans le nouveau rapport d'enquête transmis au tribunal, le commissaire-enquêteur a repris son ancien rapport dans lequel il rappelle d'abord brièvement les objectifs poursuivis par la commune, puis les modalités de concertation, relate l'organisation et le déroulement de l'enquête, et précise, ensuite, dans la dernière partie relative aux conclusions, que la révision a suscité de nombreuses réactions, alors même qu'une concertation et une communication importantes avaient été mises en œuvre. Ce rapport mentionne en outre que les principales réactions ont porté sur la carte relative au risque d'inondation, les emplacements réservés, la délimitation de la zone Ap et des zones N et l'orientation d'aménagement et de programmation (OAP) " Les Cresses " en précisant notamment que le zonage a été volontairement dissocié de la cartographie des risques, que les emplacements réservés n° 3 à 5 et une partie du n° 2 sont abandonnés, que le changement de secteur de Ap en A pour les parcelles cadastrées section AT n° 362 et AD n° 121 et 224 à 226 est validé par la commune, que l'autorisation de bâtiments démontables en zone naturelle peut encourager l'activité pastorale, et qu'il serait souhaitable de supprimer dans le secteur des Cresses la règle alternative au réseau d'assainissement collectif, ainsi qu'indiqué au point 24 du jugement avant dire droit du 7 décembre 2021. Il indique en page 32 que le projet de PLU correspond aux objectifs de développement fixés par le PADD visant à " redynamiser la vie de village ",

" améliorer les liens dans le territoire ", " valoriser le patrimoine comme élément identitaire et moteur du territoire " et " favoriser un territoire économe et en adéquation avec son environnement " et en déduit que " l'économie générale du projet est respectée ". Le commissaire enquêteur conclut enfin son rapport par un avis favorable au projet de PLU qu'il conditionne toutefois à deux réserves. La première réserve consiste à prendre en compte " les observations concernant la carte EXZECO ", justifiée sur ce point par la nécessité " de réaliser une étude hydraulique définissant de façon précise les zones inondables par débordement et par ruissellement ", et par le fait que la prévention des risques étant une composante majeure du PADD, le risque inondations doit conduire, par une cartographie plus

précise, à ne pas développer l'urbanisation dans les secteurs concernés. La seconde réserve porte quant à elle sur la nécessité d'un raccordement à l'assainissement collectif de la zone AU " Les Cresses " au lieu d'un assainissement autonome raccordable au réseau public, la capacité de la station d'épuration couvrant largement les besoins de ce secteur. Il s'ensuit que les conclusions du commissaire enquêteur, qui a désormais formulé un avis personnel, sont ainsi suffisamment motivées. Le vice tenant à l'absence d'avis personnel et motivé du commissaire enquêteur a ainsi été régularisé.

7. En deuxième lieu, la régularisation du vice retenu par le tribunal impliquait pour la commune de Durfort et Saint-Martin de Sossenac de se rapprocher comme elle l'a fait du commissaire enquêteur chargé de l'enquête publique pour lui faire établir un nouveau document contenant les conclusions motivées prescrites par l'article R. 123-19 du code de l'environnement, sur la base des éléments qu'il avait alors recueillis lors de cette enquête publique. La régularisation de ce vice n'implique en revanche, par principe, l'organisation d'aucune enquête publique nouvelle. Elle n'implique pas davantage le respect par le commissaire enquêteur du délai de trente jours à compter de la fin de l'enquête pour rendre ses conclusions motivées dès lors qu'il s'agit d'une régularisation.

8. En troisième lieu, pour régulariser la procédure d'enquête publique conformément aux indications du jugement du 7 décembre 2021, le maire de la commune de Durfort et Saint-Martin de Sossenac ne pouvait toutefois se borner à saisir le conseil municipal pour qu'il avalise le contenu du nouveau rapport du commissaire enquêteur sans soumettre à son approbation le projet de PLU lui-même, éventuellement modifié pour tenir compte du nouvel avis du commissaire enquêteur. A défaut, le vice relevé dans le jugement avant dire droit du 7 décembre 2021 ne peut être regardé comme complètement régularisé.

9. En dernier lieu, la procédure tenant au défaut d'approbation du projet de PLU à la suite de la rédaction par le commissaire enquêteur d'un nouvel avis personnel et motivé est relatif à une irrégularité survenue postérieurement au débat sur les orientations du projet d'aménagement et de développement durable. Il est donc susceptible de régularisation. Les parties ont par ailleurs été invitées à présenter leurs observations sur l'application des dispositions de l'article L. 600-9. Lorsqu'un vice de forme ou de procédure déjà relevé par un précédent jugement avant dire droit n'a été qu'incomplètement purgé à expiration du délai imparti par ce jugement, les dispositions de l'article L. 600-9 ne font pas obstacle à ce que le juge de première instance accorde un nouveau délai pour parvenir à une régularisation complète de ce vice. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu en application de ces dispositions, de surseoir à statuer et d'impartir à la commune de Durfort et Saint-Martin de Sossenac un délai maximum de trois mois, à compter de la notification du présent jugement, aux fins de procéder à la stricte régularisation du vice relevé ci-dessus en communiquant au tribunal, comme indiqué au point 8, la délibération du conseil municipal approuvant le projet de PLU au vu du nouvel avis rendu par le commissaire enquêteur.

D É C I D E :

Article 1er : Il est sursis à statuer jusqu'à l'expiration du délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement imparti à la commune de Durfort et Saint-Martin de Sossenac pour notifier au tribunal une délibération approuvant à nouveau le projet de PLU.

Article 2 : Tous droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Durfort et Saint-Martin de Sossenac.

Délibéré après l'audience du 28 juin 2022 où siégeaient :

- M. Antolini, président,

- Mme Bourjade, première conseillère,

- Mme Villemejeanne, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 12 juillet 2022.

La rapporteure,

A. C

Le président,

J. ANTOLINI

La greffière,

C. GILLET

La République mande et ordonne à la préfète du Gard en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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