mardi 31 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2002441 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SCP BOUYSSOU & ASSOCIÉS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 18 août 2020 et un mémoire enregistré le 11 juin 2021, la SARL Guignard Promotion, représentée par la SCP Bouyssou et associés, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'avis des sommes à payer n° 00800-2019-1382 du 15 janvier 2020 émis par la commune d'Alès en vue du recouvrement d'une participation au coût des équipements publics du programme d'aménagement d'ensemble du Gardonnet d'un montant de 339 369,38 euros, ensemble les décisions implicites par lesquelles la commune d'Alès et la trésorerie municipale d'Alès ont rejeté ses réclamations préalables formées le 12 mars 2020 ;
2°) de la décharger de l'obligation de payer la somme de 339 369, 38 euros ;
3°) de mettre à la charge de la commune d'Alès la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- il n'est pas démontré que le bordereau de titre de recettes ait été signé par son auteur, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales ;
- le titre contesté est insuffisamment motivé en ce qu'il ne contient pas les mentions relatives à ses bases de liquidation et à ses modalités de calcul, en méconnaissance des dispositions de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 ;
- dès lors que le permis de construire initial qui lui a été délivré le 2 septembre 2014 pour la réalisation d'un bâtiment commercial aux 121 et 233, chemin du Gardonnet ne comporte pas de prescription relative à la participation au coût des équipements publics, cette créance ne pouvait être mise à sa charge à l'occasion de la délivrance du permis de construire modificatif du 15 septembre 2020 conformément aux dispositions de l'article L. 332-28 du code de l'urbanisme, le titre contesté est donc dépourvu de fait générateur ;
- la délibération du conseil municipal d'Alès du 20 septembre 2010 qui a institué la participation au coût des équipements publics dans le cadre du programme d'aménagement d'ensemble du Gardonnet et sur laquelle le titre litigieux est fondé méconnaît les dispositions de l'article L. 332-9 du code de l'urbanisme dès lors que la charge financière supportée par les constructeurs excède un coût proportionnel aux besoins des habitants et usagers au sens de cet article.
Par un mémoire en défense enregistré le 15 septembre 2020, la direction départementale des finances publiques du Gard conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense enregistré le 27 octobre 2020, la commune d'Alès, représentée par Me Audouin, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la SARL Guignard Promotion en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 relative à la prorogation des délais échus pendant la période d'urgence sanitaire et à l'adaptation des procédures pendant cette même période ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lahmar, rapporteure,
- les conclusions de Mme Bourjade, rapporteure publique,
- et les observations de Me Audouin, représentant la commune d'Alès.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté en date du 2 septembre 2014, le maire d'Alès a délivré à la SARL Guignard Promotion un permis de construire n° PC03000711X0119 un bâtiment commercial situé chemin du Gardonnet. Par un avis des sommes à payer du 15 janvier 2020, la commune d'Alès a mis à la charge de la SARL Guignard Promotion une somme de 339 369, 38 euros au titre de la participation au coût des équipements publics du programme d'aménagement d'ensemble du Gardonnet concernant cette construction. Le 12 mars 2020, la SARL Guignard Promotion a formé deux réclamations préalables à l'encontre de ce titre exécutoire auprès de la commune d'Alès et de la trésorerie municipale d'Alès, qui les ont rejetées implicitement. La SARL Guignard Promotion demande l'annulation de l'avis des sommes à payer émis à son encontre le 15 janvier 2020 et des décisions implicites rejetant ses réclamations préalables ainsi que la décharge de l'obligation de payer la somme de 339 369, 38 euros.
Sur la fin de non-recevoir opposée par la commune d'Alès tirée de la tardiveté de la requête :
2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée/ Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ". Aux termes de l'article 6 de l'ordonnance du 25 mars 2020 relative à la prorogation des délais écus pendant la période d'urgence sanitaire et à l'adaptation des procédures pendant cette même période : " Le présent titre s'applique aux administrations de l'Etat, aux collectivités territoriales, à leurs établissements publics administratifs ( ) ". L'article 7 de la même ordonnance dispose que " () les délais à l'issue desquels une décision, un accord ou un avis de l'un des organismes ou personnes mentionnées à l'article 6 peut ou doit intervenir ou est acquis implicitement et qui n'ont pas expiré avant le 12 mars 2020 sont, à cette date, suspendus jusqu'à la fin de la période mentionnée au I de l'article 1er. / Le point de départ des délais de même nature qui auraient dû commencer à courir pendant la période mentionnée au I de l'article 1er est reporté jusqu'à l'achèvement de celle-ci. / () ". La période mentionnée au I de l'article 1er de l'ordonnance du 25 mars 2020 s'étend entre le 12 mars 2020 et le 23 juin 2020 inclus.
3. La commune d'Alès fait valoir qu'elle a rejeté, par un courrier du 5 mars 2020, la réclamation préalable formée par la SARL Guignard Promotion le 23 janvier 2020 à l'encontre de l'avis des sommes à payer émis le 15 janvier 2020, de telle sorte que la deuxième réclamation préalable formée par la société requérante le 12 mars 2020 n'a pas eu pour effet de proroger le délai de recours contentieux. La commune d'Alès soutient que la requête n° 2002441 enregistrée au greffe le 18 août 2020 a donc été formée après l'expiration du délai de recours contentieux de deux mois qui était ouvert à la SARL Guignard Promotion pour contester la décision du 5 mars 2020 rejetant sa réclamation préalable.
4. Cependant, il ressort des pièces du dossier que le courrier adressé par la SARL Guignard Promotion à la commune d'Alès le 23 janvier 2020 avait seulement vocation à solliciter des explications sur l'avis des sommes à payer émis le 15 janvier 2020 à son encontre. Ce courrier ne comporte pas d'argument de contestation et ne présente donc pas les caractères d'un recours gracieux. Par suite, contrairement à ce que soutient la commune d'Alès, la réclamation préalable formée par la SARL Guignard Promotion le 12 mars 2020 auprès d'elle a eu pour effet de proroger le délai de recours contentieux. La commune a accusé réception de cette réclamation le 16 mars 2020 et a informé la SARL Guignard Promotion de ce qu'une décision implicite de rejet naîtrait de son silence dans un délai de deux mois suivant cette date. En vertu des dispositions précitées de l'ordonnance du 25 mars 2020, le point de départ du délai de deux mois à l'issue duquel est née la décision implicite de rejet du maire d'Alès a été reporté au 24 juin 2020. Par suite, le délai de recours contentieux contre la décision implicite de rejet, née le 24 août 2020, n'était pas expiré à la date de l'introduction de la requête, le 18 août 2020, et la fin de non-recevoir opposée par la commune d'Alès doit être écartée.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
5. Aux termes de l'article L. 332-28 du code de l'urbanisme, " Les contributions mentionnées ou prévues () à l'article L. 332-9 dans sa rédaction antérieure à l'entrée en vigueur de la loi n° 2010-1658 du 29 décembre 2010 de finances rectificative pour 2010 sont prescrites, selon le cas, par le permis de construire, le permis d'aménager, les prescriptions faites par l'autorité compétente à l'occasion d'une déclaration préalable ou l'acte approuvant un plan de remembrement. Ces actes en constituent le fait générateur () ". L'article L. 332-9 du même code, dans sa rédaction applicable au litige, dispose que : " Dans les secteurs de la commune où un programme d'aménagement d'ensemble a été approuvé par le conseil municipal, il peut être mis à la charge des constructeurs tout ou partie du coût des équipements publics réalisés pour répondre aux besoins des futurs habitants ou usagers des constructions à édifier dans le secteur concerné. Lorsque la capacité des équipements programmés excède ces besoins, seule la fraction du coût proportionnelle à ces besoins peut être mise à la charge des constructeurs. () ".
6. Il résulte de ces dispositions que le fait générateur de la participation au coût des équipements publics instituée dans le cadre d'un programme d'aménagement d'ensemble est la délivrance du permis de construire et que cette participation doit, en conséquence, être déterminée selon les règles applicables à la date à laquelle ce permis a été accordé. La délivrance d'un permis modificatif ne peut constituer le fait générateur d'une nouvelle participation se substituant à la précédente que dans le cas où ce nouveau permis emporte une modification substantielle du projet initial. Dans cette hypothèse, le permis modificatif est regardé comme se substituant au permis initial, cette substitution emportant retrait du premier permis.
7. Il ressort des pièces du dossier que le permis de construire n° PC03000711X0119 délivré à la SARL Guignard Promotion le 2 septembre 2014 ne comportait pas de prescription d'une participation au coût des équipements publics. Aucune des pièces du dossier n'indique davantage que des modifications substantielles du projet de la SARL Guignard Promotion auraient été autorisées par la délivrance d'un permis de construire modificatif qui se serait substitué au permis de construire du 2 septembre 2014. Le permis de construire susvisé a pour cette raison été annulé par un jugement du tribunal du même jour. Par suite, la SARL Guignard Promotion est fondée à soutenir que l'avis des sommes à payer émis à son encontre le 15 janvier 2020 est dépourvu de base légale.
8. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens soulevés au soutien des conclusions de la requête, que l'avis des sommes à payer émis le 15 janvier 2020 doit être annulé ainsi que, par voie de conséquence, les décisions implicites par lesquelles la commune d'Alès et la trésorerie municipale d'Alès ont rejeté les réclamations préalables de la SARL Guignard Promotion.
Sur les conclusions aux fins de décharge :
9. Ainsi qu'il l'a été dit au point 8, le titre exécutoire émis par la commune d'Alès à l'encontre de la SARL Guignard Promotion le 15 janvier 2020 doit être annulé. Eu égard au motif de cette annulation, la SARL Guignard Promotion est déchargée de l'obligation de payer la somme de 339 369, 38 euros.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la SARL Guignard Promotion, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune d'Alès demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune d'Alès une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par la SARL Guignard Promotion et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : L'avis des sommes à payer n° 00800-2019-1382 émis par la commune d'Alès le 15 janvier 2020 à l'encontre de la SARL Guignard Promotion en vue du recouvrement d'une somme de 339 369, 38 euros et les décisions par lesquelles la commune d'Alès et la trésorerie municipale d'Alès ont implicitement rejeté les réclamations préalables formées par cette société contre ce titre exécutoire sont annulés.
Article 2 : La SARL Guignard Promotion est déchargée de l'obligation de payer la somme de 339 369, 38 euros.
Article 3 : La commune d'Alès versera à la SARL Guignard Promotion une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Les conclusions présentées par la commune d'Alès au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Guignard Promotion, à la Direction Départementale des Finances Publiques du Gard et à la commune d'Alès.
Délibéré après l'audience du 17 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M. Antolini, président,
M. Lagarde, premier conseiller,
Mme Lahmar, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2023.
La rapporteure,
L. LAHMAR
Le président,
J. ANTOLINI
La greffière,
N. LASNIER
La République mande et ordonne à la préfète du Gard en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2002441
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026