mardi 27 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2002767 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | TARTANSON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 septembre 2020, la SCI Croix Rouge, représentée par Me Tartanson, avocat, demande au tribunal :
1°) d'ordonner l'expulsion de M. D A C et de tous occupants de son chef des locaux (et des trois places de stationnement attenantes) situés dans l'immeuble dénommé " hôtel d'entreprises de la Croix Rouge ", situé en Avignon, 10 avenue de la Croix Rouge, lot n° 31, 3ème étage, qu'il occupe sans droit ni titre depuis le mois de juillet 2017, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, dans un délai de 8 jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
2°) de condamner M. A C à lui verser, à titre d'indemnité d'occupation, une somme de 60 790,72 euros TTC, ainsi que la somme de 1 899,71 euros par mois due à compter du mois d'avril 2020 jusqu'à la complète expulsion de l'intéressé ;
3°) de mettre à la charge de M. A C une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La SCI Croix Rouge soutient que :
- elle est titulaire d'un bail emphytéotique administratif signé avec la commune d'Avignon portant sur un immeuble dénommé " hôtel d'entreprises de la Croix Rouge ", situé 10 avenue de la Croix Rouge en Avignon, qui appartient au domaine public ; elle a confié à la société d'économie mixte du marché d'intérêt national d'Avignon (SMINA) la capacité de conclure des conventions d'occupation temporaire du domaine public constitué par cet immeuble ; dans ce cadre, la SMINA a conclu le 29 février 2008 avec la SELARL JCLA une convention d'occupation temporaire pour le local constituant le lot n° 31, avec trois places de stationnement, pour un loyer mensuel porté à 1 899,71 euros en 2017 ; la SELARL JCLA a été placé le 28 mars 2017 en redressement judiciaire et la convention d'occupation temporaire a été dénoncée le 15 juillet 2017 ; pourtant, M. A C occupe les lieux et, au surplus, avait domicilié plusieurs sociétés dans les locaux en litige alors que la convention d'occupation signée à l'origine avec la SELARL JCLA autorisait seulement l'activité professionnelle d'avocat ;
- elle a saisi le juge des référés du tribunal de grande instance de Tarascon pour obtenir l'expulsion de M. A C, occupant sans droit ni titre, et le paiement d'une provision correspondant à une indemnité d'occupation ; par ordonnance du 2 août 2019, celui-ci s'est déclaré incompétent au profit de la juridiction administrative ;
- l'indemnité d'occupation peut être fixée au montant du loyer, à savoir 1 899,71 euros par mois pour la période du mois de juillet 2017 à mars 2019, ce qui représente une somme de 60 790,72 euros ;
- M. A C doit aussi être condamné au versement d'une indemnité d'occupation mensuelle de 1 899,71 euros par mois à compter du 1er avril 2020 jusqu'à sa complète expulsion.
Par un mémoire en défense enregistré le 20 mai 2022, M. A C conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de la SCI Croix Rouge de la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A C soutient que :
- il a conclu avec Me Leroy une convention d'occupation précaire renouvelable par tacite reconduction le 6 décembre 2019 pour un bureau de 22 m² et il lui était matériellement impossible d'avoir connaissance de l'interdiction de sous-location à laquelle était soumis Me Leroy ; la SCI Croix Rouge avait connaissance de cette occupation depuis 2013 ; il disposait ainsi d'un titre d'occupation, la convention précitée étant opposable ;
- il a bénéficié d'un accord verbal de se maintenir dans les locaux dans l'attente de la régularisation d'un nouveau bail ;
- l'indemnité d'occupation mensuelle de 1 899,71 euros ne lui est pas opposable en l'absence de convention liant les parties ;
- il a versé 14 000 euros à la SCI Croix Rouge après son départ des lieux.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
-le rapport de Mme B,
-les conclusions de Mme Achour, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Tartanson, représentant la SCI Croix Rouge.
Considérant ce qui suit :
1. La SCI Croix Rouge, qui est titulaire d'un bail emphytéotique conclu avec la commune d'Avignon portant sur un immeuble dénommé " hôtel d'entreprises de la Croix Rouge", situé 10 avenue de la Croix Rouge en Avignon, a confié le 7 décembre 2007 à la société d'économie mixte du marché d'intérêt national d'Avignon (SMINA) la capacité de conclure des conventions d'occupation temporaire de cet immeuble. La SMINA a conclu le 29 février 2008 avec la SELARL JCLA, représentée par M. Leroy, avocat, une convention d'occupation temporaire pour un local constituant le lot n° 31, avec trois places de stationnement. Cette convention ayant été résiliée en juillet 2017, la SCI Croix Rouge demande d'ordonner l'expulsion de M. A C, occupant sans droit ni titre, et de le condamner à lui verser des indemnités d'occupation.
Sur les conclusions à fin d'expulsion :
2. Aux termes de l'article L. 2122-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Nul ne peut, sans disposer d'un titre l'y habilitant, occuper une dépendance du domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 ou l'utiliser dans des limites dépassant le droit d'usage qui appartient à tous () ".
3. Une convention d'occupation précaire d'une durée d'un an, renouvelable par tacite reconduction, a été conclue le 16 septembre 2013 entre la SELARL JCLA, titulaire d'une convention d'occupation conclue avec la SCI Croix Rouge, et M. A C, pour un bureau en sous-location. Ladite convention prévoit la mise à disposition, pour servir à l'activité de la profession d'avocat, d'une pièce à usage de bureau d'une superficie de 22 m2 environ, ainsi que l'usage des parties communes (entrée, salle d'attente pour les clients, sanitaires) pour un loyer mensuel de 450 euros payable le 1er jour de chaque mois, indemnité à laquelle s'ajoute une TVA au taux en vigueur de 19,6% pour la porter mensuellement à un montant de 538,20 euros.
4. Toutefois, il résulte de l'instruction que l'article 12 de la convention d'occupation du domaine public conclue le 29 février 2008 au profit de la SELARL JCLA interdisait expressément la sous-location et la cession, et que l'article 1.6 de la convention conclue entre la ville d'Avignon et la SCI Croix Rouge le 2 août 2007 ne permettait la cession des droits résultant du bail qu'avec l'agrément de la commune donné par délibération du conseil municipal. Il en résulte que M. A C occupe les locaux en cause sans droit ni titre auprès de la SCI Croix Rouge depuis le 1er juillet 2017, sans qu'y fasse obstacle la circonstance alléguée selon laquelle la SCI Croix Rouge aurait toléré sa présence depuis cette date et ne se serait engagée dans une demande d'expulsion que le 16 mars 2020 par la voie du référé.
5. En conséquence, et dès lors que l'intéressé ne précise pas avoir libéré les lieux, il y a lieu d'ordonner son expulsion sans délai du domaine public, sans qu'il soit besoin dans les circonstances de l'espèce d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions à fin d'indemnisation :
6. La SCI Croix Rouge, qui sollicite à titre d'indemnité d'occupation une somme de 60 790,72 euros TTC ainsi que la somme de 1 899,71 euros par mois due à compter du mois d'avril 2020 jusqu'à la complète expulsion de l'intéressé, doit être regardée comme demandant le versement d'une indemnité d'occupation de 1 899,71 euros mensuelle pour la période du 1er juillet 2017 à mars 2020 représentant une somme totale de 60 790,72 euros (1 899,71 euros par mois sur 32 mois), ainsi qu'une indemnité d'occupation d'un montant mensuel de 1 899,71 euros à compter du 1er avril 2020.
7. Aux termes de l'article L. 2125-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Toute occupation ou utilisation du domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 donne lieu au paiement d'une redevance () ". L'article L. 2125-3 du même code dispose : " La redevance due pour l'occupation ou l'utilisation du domaine public tient compte des avantages de toute nature procurés au titulaire de l'autorisation. ".
8. En application de ces dispositions, la SCI Croix Rouge est fondée à réclamer à M. A C, occupant sans titre de son domaine public et pour la période d'occupation irrégulière, une indemnité compensant les revenus qu'elle aurait pu percevoir d'un occupant régulier pendant cette période. A cette fin, elle est fondée à demander le montant des redevances qui auraient été appliquées, si l'occupant avait été placé dans une situation régulière, soit par référence à un tarif existant, lequel doit tenir compte des avantages de toute nature procurés par l'occupation du domaine public, soit, à défaut de tarif applicable, par référence au revenu, tenant compte des mêmes avantages, qu'aurait pu produire l'occupation régulière de la partie concernée de son domaine public.
9. En l'espèce, il résulte de l'instruction que, dès lors qu'il n'est pas démontré que l'occupation sans droit ni titre de M. A C ne concerne pas l'intégralité de la surface initialement occupée par la SELARL JCLA, la SCI Croix Rouge est fondée à se référer au tarif mensuel d'occupation de 1 899,71 euros par référence à la redevance fixée par la convention d'occupation du domaine public conclue le 15 mars 2016 avec la SELARL JCLA.
10. Par suite, il y a lieu de condamner M. A C, qui n'établit pas n'avoir occupé que partiellement les locaux depuis le départ de la SELARL JCLA, à verser à la SCI Croix Rouge, d'une part, la somme de 60 790,72 euros TTC au titre de la période du 1er juillet 2017 au 31 mars 2020 (1 899,71 euros par mois sur 32 mois), somme de laquelle il convient de déduire la somme de 14 000 euros déjà versée par virement du 7 septembre 2020, soit une somme de 46 790,72 euros TTC, d'autre part, une indemnité mensuelle de 1 899,71 euros TTC, à compter du 1er avril 2020 et jusqu'à libération complète des lieux.
Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
11. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre une somme de 1 200 euros à la charge de M. A C au titre des frais exposés par la SCI Croix Rouge et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Il est enjoint à M. A C d'évacuer sans délai, si ce n'est déjà fait, les locaux et les trois places de stationnement attenantes situés dans l'immeuble qu'il occupe dénommé " hôtel d'entreprises de la Croix Rouge ", situé en Avignon, 10 avenue de la Croix Rouge, lot n° 31, 3ème étage.
Article 2 : M. A C est condamné à verser à la SCI Croix Rouge la somme de 46 790,72 euros toutes taxes comprises au titre de l'indemnisation due pour l'occupation sans droit ni titre de l'immeuble précité entre le 1er juillet 2017 et 31 mars 2020.
Article 3 : M. A C est condamnée à verser à la SCI Croix Rouge une somme mensuelle de 1 899,71 euros toutes taxes comprises au titre de l'occupation sans droit ni titre de l'immeuble précité à partir du 1er avril 2020 et jusqu'à libération complète des lieux.
Article 4 : M. A C versera à la SCI Croix Rouge une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à la SCI Croix Rouge et à M. D A C.
Délibéré après l'audience du 13 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Brossier, président,
Mme Bala, première conseillère,
M. Aymard, premier conseiller.
Lu en audience publique le 27 décembre 2022.
La rapporteure,
K. B
Le président,
J. B. BROSSIER
La greffière,
E. NIVARD
La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026